Médée au cinéma de Pier Paolo Pasolini : contexte et production
1. Médée au cinéma de Pier Paolo Pasolini : contexte et production
Œuvre majeure du XXe siècle, le film Médée de Pasolini (1969) s’inscrit dans une réécriture du mythe antique, mêlant poésie et énigme plutôt que narration classique.
2. Contexte de production
- Producteur : Franco Rossellini, inspiré par le succès théâtral de la tragédie d’Euripide.
- Choix de l’actrice principale : Maria Callas, célèbre cantatrice, choisie pour incarner Médée.
- Callas avait déjà interprété ce rôle dans l’opéra de Cherubini (1953, 1957).
- Elle s’éloigne alors des scènes lyriques à cause de problèmes de voix.
- Projet initial :
- En 1965, un scénario de Carl Théodor Dreyer sur Médée, refusé par Callas.
- Repris en 1988 par Lars Von Trier pour la télévision.
3. Distribution et tournage
| Personnage | Acteur | Particularité |
|---|---|---|
| Médée | Maria Callas | Cantatrice, rôle-titre |
| Centaure Chiron | Laurent Terzieff | Acteur professionnel |
| Jason | Giuseppe Gentile | Athlète italien, non professionnel |
| Habitants de Colchide | Acteurs non professionnels | Réels habitants turcs |
- Le film est tourné en Turquie, avec des acteurs locaux pour incarner les habitants de Colchide.
- Accueil : Échec commercial, critiques mitigées et variables.
4. Scénario et structure narrative
- Le scénario de Pasolini s’éloigne d’Euripide, élargissant le récit au-delà de l’épisode corinthien.
- Deux versions du texte :
- Récit large, incluant les origines du mythe (éducation de Jason par Chiron).
- Version simplifiée et plus courte pour le script final.
- Début du film :
- Éducation de Jason par le Centaure Chiron, d’abord sous forme mythique (corps de cheval), puis humaine.
- Long discours introductif de Chiron, rare dans un film très silencieux, exposant l’histoire et une sagesse évolutive.
5. Style et tonalité
- Film poétique et énigmatique, peu explicatif.
- Exemples d’incertitudes :
- On ignore pourquoi Jason est élevé par un Centaure.
- Chiron livre des aphorismes contradictoires :
- Scène 7 : « Tout est saint, tout est saint, tout est saint »
- Scène 15 : « Il n’y a nul Dieu »
6. Deuxième partie du film : la Colchide et ses rituels
- Découverte de la royauté locale (Médée est fille du roi).
- Mise en scène d’un rite sacrificiel agraire inédit dans le mythe :
- Un jeune homme est tué et découpé pour fertiliser les champs.
- Cette séquence dure environ 15 minutes, avec un travail important sur les sons et la musique.
- Insistance sur le rituel, sa dimension sacrée et primitive.
À retenir : Le film de Pasolini réinvente le mythe en mêlant poésie, mystère et rituels archaïques, loin d’une simple adaptation d’Euripide.
Structure narrative et réécriture du mythe
1. Structure narrative dans le film de Pasolini
- Jason se présente à Pélias, qui l’envoie chercher la Toison d’or.
- L’Argo est dépeint comme un radeau, et les Argonautes comme des jeunes cherchant le pillage, ce qui :
- Supprime la dimension héroïque et l’expédition maritime.
- Élimine les épreuves pour conquérir la Toison.
- Jason ne rencontre ni Médée ni Pélias ; Médée a une prévision spirituelle de Jason.
- Médée vit une expérience obscure, prend la Toison et rejoint Jason pour lui offrir.
2. Réécriture des crimes et rupture avec le rituel
| Élément | Version classique | Version Pasolini |
|---|---|---|
| Premier crime | Meurtre rituel collectif | Médée tue son frère seule |
| Deuxième crime | Rituel de régénération | Crime individuel, non collectif |
| Conséquence | Maintien du cycle mythique | Rupture avec la communauté et le temps cyclique |
- Médée subit une « conversion à l’envers » (discours du Centaure) : elle sacrifie un objet sacré pour son peuple, marquant une sortie du temps cyclique et de la communauté.
3. Passage à Iolcos et Corinthe
- Pélias refuse de rendre le trône, mais l’épisode est très court, sans magie.
- Médée et Jason partent seuls vers Corinthe.
- À Corinthe, l’épisode est réduit, avec des éléments laissés en suspens :
- Jason danse, Médée l’observe dans la douleur.
- Médée a une vision : elle porte ses habits de Colchide, signe d’un retour au passé et à la sacralité.
- Médée communique avec le Soleil et décide de se venger.
4. Vengeance et infanticide
- Médée offre une parure noire à Glaucé, portée par les enfants.
- Glaucé meurt brûlée avec son père, scène de jeune femme en feu.
- Retour en arrière : Médée en habits grecs, Glaucé vivante mais triste, sentiment de culpabilité.
- Créon demande à Médée de partir pour protéger sa fille.
- Scènes rejouées : parure pour Glaucé, enfants la portant.
- Ajout d’un échange final entre Jason et Médée, dernière union.
- Pas de magie : Glaucé se jette d’une tour, Créon se suicide.
- Infanticide présenté sans violence, avec une scène douce du coucher des enfants (bain, berceuse).
- Les enfants morts semblent paisiblement endormis, rappelant un rituel.
5. Conclusion dramatique et esthétique
- Médée met le feu à la demeure, tenant ses enfants sur le toit.
- Colère finale contre Jason : « Rien n’est plus possible désormais ».
- Film presque muet, accent sur l’image et la musique.
- Maria Callas, silencieuse et doublée, renforce l’atmosphère.
À retenir : Pasolini réécrit le mythe en supprimant la dimension héroïque et collective, en insistant sur l’expérience intérieure de Médée, la rupture avec le rituel et la communauté, et en privilégiant une esthétique visuelle et sonore minimaliste.
L'éducation de Jason et le rôle du Centaure
1. L'éducation de Jason et le rôle du Centaure
-
Jason est éduqué par Chiron, un centaure qui incarne à la fois le mythique et le rationnel. Cette éducation symbolise la transition de Jason du monde sacré vers le monde profane.
-
Chiron se dédouble en deux figures :
Aspect Description Mythique Centaure avec corps de cheval, lié au sacré et aux rites archaïques Rationnel Humanisé à la fin de l’éducation, sans corps de cheval, représentant la raison et la laïcité -
L’éducation de Jason par Chiron est marquée par des répétitions rituelles, soulignant le passage du sacré au profane.
-
Le départ de Médée de Colchide symbolise la sortie du sacré et l’entrée dans le monde profane, tout comme l’éducation de Jason.
-
Dans le film de Pasolini, ce passage est illustré par la perte progressive de la sacralité des personnages, traduisant la transition vers un monde rationnel et laïque (la Grèce).
-
Chiron rappelle à Jason qu’il a connu deux formes de vie :
- Une enfance sacrée, rythmée par les rites et le mythe.
- Une vie adulte désacralisée, rationnelle.

« L’un sacré quand tu étais enfant, et l’autre désacralisé quand tu es devenu adulte. Mais ce qui est sacré persiste à côté de sa nouvelle forme désacralisée. »
-
Cette dualité entre sacré et profane se retrouve dans plusieurs éléments du mythe et du film :
- Deux meurtres en Colchide (rituel et fratricide)
- Deux scènes d’habillement (Médée / Glaucé)
- Deux crises de Médée (en Colchide et en Grèce)
- Deux infanticides
- Dédoublement de la séquence de la vengeance
-
La violence rituelle (ex. : le « détrônement » dans le rite de fertilité) sert à rétablir l’ordre social après une période de chaos, soulignant la dimension sacrée des rites dans les sociétés archaïques.
-
L’infanticide dans le mythe n’est pas seulement une vengeance, mais aussi un désir de retour au temps cyclique, propre aux rites archaïques.
-
Le film de Pasolini illustre ce passage par un renversement carnavalesque où la victime devient bourreau, et la famille royale est humiliée puis rétablie dans son rang.
-
Enfin, la réapparition de Chiron lors du passage à Corinthe rappelle que le sacré et le profane coexistent toujours, même dans un monde rationnel.
À retenir : L’éducation de Jason par Chiron symbolise le passage du sacré au profane, incarnant la transition du mythe archaïque vers un monde rationnel et laïque, tout en conservant une trace persistante du sacré.
La Colchide et le rite sacrificiel agraire
1. La Colchide et le rite sacrificiel agraire
a) Contexte mythologique et symbolique
- Colchide : région mythique, lieu d’origine de Médée, associée à un univers archaïque et sacré.
- Rite sacrificiel agraire : pratique rituelle liée à la fertilité de la terre, au cycle des saisons et au renouvellement de la vie, souvent marquée par des sacrifices symboliques.
b) Opposition dans le film de Pasolini
| Élément | Première partie (Colchide) | Deuxième partie (dialogues) |
|---|---|---|
| Musique | Musiques iraniennes et tibétaines, vocales | Musique instrumentale, inspirée du Japon |
| Ambiance | Atmosphère onirique, mystique | Dialogue plus développé, rationnel |
| Symbolique | Monde sacré, archaïque, en lien avec la nature | Monde profane, moderne, déconnecté du sacré |
c) Médée et Jason : figures opposées
- Médée : incarnation du sacré, du lien profond avec la nature et les forces archaïques.
- Jason : archétype de l’« homme areligieux », qui a renié le lien sacré avec le monde.
d) Thèmes majeurs du film
- Perte du sacré : le film illustre l’impossibilité de vivre dans une société moderne qui a perdu le sens du sacré.
- Infanticide : acte ultime de Médée pour soustraire ses enfants au temps linéaire et à un monde sans foi.
- Poésie cinématographique : Pasolini cherche à réveiller chez l’homme moderne le sentiment prémoderne du sacré.
À retenir : La Colchide symbolise un monde archaïque et sacré, en rupture avec la modernité profane incarnée par Jason, et le rite sacrificiel agraire illustre le lien fondamental entre l’homme, la nature et le sacré, aujourd’hui perdu.
e) Médée au cinéma : Pasolini et Maria Callas
- Maria Callas : cantatrice célèbre, choisie pour incarner Médée, apportant une dimension lyrique et tragique au personnage.
- Contexte de production : Pasolini réalise son film en 1969, s’inscrivant dans une réappropriation moderne du mythe.
- Importance artistique : le film est une œuvre majeure qui mêle poésie, musique et mythologie pour interroger la place du sacré dans le monde contemporain.
L'expédition des Argonautes et la rencontre avec Médée
1. L'expédition des Argonautes
- Jason, héros grec, est élevé par le Centaure Chiron, qui joue un rôle de précepteur et transmet une sagesse évolutive, passant d’une vision sacrée du monde à un scepticisme religieux.
- L’expédition des Argonautes vise à conquérir la Toison d’or, symbole de pouvoir et de légitimité.
- Le film de Pasolini illustre cette quête en mêlant éléments mythologiques et réalistes, tourné notamment en Turquie avec des acteurs non professionnels pour la partie en Colchide.
2. La rencontre avec Médée
- Médée, princesse de Colchide, est une figure centrale de la légende, souvent associée à la magie et à la trahison.
- Dans le film, Médée est incarnée par Maria Callas, soulignant son importance dramatique.
- La relation entre Jason et Médée est au cœur du récit, mêlant passion, alliance politique et trahison.
- Pasolini s’éloigne du texte d’Euripide, ne conservant que quelques citations, et propose une version plus poétique et symbolique de l’histoire.
3. Particularités du film de Pasolini
| Aspect | Description |
|---|---|
| Casting | Acteurs professionnels et non professionnels, dont un athlète italien pour Jason |
| Style | Peu de dialogues, musique omniprésente, atmosphère silencieuse |
| Scénario | Basé sur un texte antérieur, Visions de la Médée, plus long et poétique que le film final |
| Thèmes | Origines du mythe, éducation de Jason, évolution spirituelle du Centaure |
| Réception | Échec commercial, accueil intellectuel en France, réservé en Italie |
Le Centaure Chiron incarne la transmission du savoir et la transformation des croyances, marquant le début et la fin du film.
L'épisode de Corinthe et la vengeance
1. L'épisode de Corinthe et la vengeance
L’épisode de Corinthe dans le mythe de Médée est marqué par la trahison de Jason et la vengeance implacable de Médée.
a) Contexte à Corinthe
- Jason arrive à Corinthe où il abandonne Médée pour épouser la fille du roi Créon, cherchant à consolider son pouvoir.
- Cette trahison est le point de départ de la vengeance de Médée, qui se sent humiliée et trahie.
b) La vengeance de Médée
- Médée prépare une vengeance terrible, qui se manifeste par le meurtre de la nouvelle épouse de Jason.
- Elle va plus loin en tuant ses propres enfants, acte extrême qui souligne la profondeur de sa douleur et sa volonté de faire souffrir Jason.
- Ce geste radical est souvent interprété comme une punition symbolique, visant à détruire la descendance de Jason et à briser son avenir.
c) Thèmes clés
| Thème | Description |
|---|---|
| Trahison | Jason abandonne Médée pour une alliance politique, déclenchant la tragédie. |
| Vengeance | Médée agit avec une violence extrême, dépassant la simple revanche personnelle. |
| Violence familiale | Le meurtre des enfants illustre la rupture totale des liens familiaux et la tragédie humaine. |
| Pouvoir et politique | Le mariage de Jason avec la fille du roi est un acte politique qui provoque la tragédie. |
d) Particularités dans les adaptations
- Certaines versions, comme le film de Pasolini, adoptent une approche plus poétique et énigmatique, mettant en avant des rituels et des symboles plutôt que la narration classique.
- L’épisode de Corinthe est souvent le moment culminant où la tension dramatique atteint son paroxysme, illustrant la complexité des passions humaines.
À retenir : La vengeance de Médée à Corinthe, par le meurtre de la nouvelle épouse et de ses propres enfants, symbolise la rupture totale avec Jason et incarne la tragédie de la trahison et de la douleur extrême.
L'infanticide et la fin du film
1. L'infanticide et la fin du film
- Médée subit une "conversion à l’envers" : après une expérience spirituelle obscure, elle décroche la Toison d’or pour Jason, trahissant son peuple.
- Elle offre la Toison à Jason, puis commet un deuxième crime : elle tue son frère et le découpe en morceaux pour retarder leur père, conformément au mythe.
- Ce meurtre diffère du rituel collectif traditionnel : il marque une rupture avec le temps cyclique et la communauté de Médée, symbolisant sa sortie de son monde d’origine.
- Après cet épisode, Médée et Jason quittent Iolcos sans que le film montre le meurtre de Pélée ni la magie du rajeunissement d’Eson, contrairement au mythe.
- Dans la dernière partie, le film réduit l’histoire à l’essentiel, laissant en suspens les motivations :
- Jason s’éloigne de Médée, leur amour est terminé.
- Médée exprime sa douleur par un cri et retourne chez elle.
- Médée retrouve alors une vision de son pays natal, revêt ses habits traditionnels (non grecs), renouant avec la sacralité de son peuple et communiquant avec le Soleil, son ancêtre.
- Elle décide de se venger en offrant à Glaucé une parure noire empoisonnée portée par ses enfants :
- Glaucé meurt brûlée par la parure.
- Créon, qui tente de la sauver, meurt également.
- Ce passage correspond au mythe classique mais est révélé comme un songe de Médée.
- La narration revient au moment du désespoir de Médée, sans ses habits de Colchide, marquant un retour en arrière explicite.
À retenir : L’infanticide dans le film est lié à la rupture identitaire de Médée, entre son monde d’origine et celui des Grecs, et la fin mêle réalité et vision onirique pour souligner sa vengeance et son isolement.
Approche cinématographique et interprétation anthropologique
1. Approche cinématographique de Pasolini dans Médée
- Mise en scène minimaliste et silencieuse : le film est presque muet, privilégiant l’image et la musique pour transmettre les émotions et les tensions.
- Maria Callas choisie pour son expressivité faciale, non pour sa voix, qui est doublée à cause de son accent. La caméra s’attarde en longs gros plans sur son visage, révélant une profondeur psychologique.
- Reprise fidèle de certaines scènes clés (ex. remise de la parure à Glaucé), mais sans magie ni violence explicite.
- Mort de Glaucé et Créon : Glaucé se suicide en se jetant d’une tour, non empoisonnée, et Créon se donne la mort après elle.
- Infanticide traité sans violence : Médée apparaît douce et maternelle, préparant ses enfants au coucher, avec un couteau caché à la main. Les enfants semblent endormis paisiblement mais sont en réalité morts.
- Ritualisation de la mort : la scène de l’infanticide renvoie à une mort rituelle, répétant des gestes calmes et accompagnée d’une musique douce.
- Climax final : Médée met le feu à la maison, porte les enfants dans ses bras sur le toit, entourée par les flammes. Elle refuse que Jason enterre les enfants, déclarant : « Rien n’est plus possible désormais », laissant la fin ouverte.
2. Interprétation anthropologique
- Médée n’est pas seulement une épouse jalouse ou une amante abandonnée : Pasolini propose une figure complexe, à la fois maternelle et destructrice, où la violence est intériorisée et ritualisée.
- Le film suggère une lecture symbolique et rituelle des actes de Médée, éloignée des représentations classiques de la tragédie.
- La violence est sublimée par la douceur et le silence, ce qui invite à une réflexion sur la nature profonde de la vengeance et du sacrifice.
- La fin ouverte souligne l’impossibilité de réconciliation, traduisant un conflit anthropologique entre l’individu, la famille et la société.
À retenir : Pasolini transforme Médée en une figure rituelle et silencieuse, où la violence est intériorisée, sublimée par la douceur, et où l’image prime sur le dialogue pour exprimer la tragédie.
La réflexion sur le sacré et le profane
1. La réflexion sur le sacré et le profane dans Médée selon Pasolini
Le film de Pasolini propose une interprétation anthropologique du mythe, s’appuyant sur la dimension mythique et archaïque de la cantatrice grecque, incarnant ainsi une connexion au sacré.
a) Rites et religions dans le film
- La scène d’ouverture montre un rite de fertilité inspiré des travaux de Mircea Eliade, notamment son Traité d’histoire des religions.
- En Colchide, la société est une société agricole fondée sur une temporalité cyclique, où le sacrifice humain fertilise la terre.
- Le rite se conclut par un renversement carnavalesque :
- Dérision des représentants de la famille royale par le peuple.
- Médée devient victime sur l’autel.
- Apsyrtos (le frère) est fustigé par des enfants.
- Ce rituel vise à rétablir la famille régnante dans son rang social après humiliation.
- La scène met en lumière la dimension sacrée des rites dans les sociétés archaïques où la violence est ritualisée et bénéfique à la communauté.
b) Passage du sacré au profane
- Médée quitte cette société cyclique et sacrée en suivant Jason, sacrifiant son frère : elle entre dans un monde profane où elle perd ses repères.
- L’éducation de Jason par le Centaure Chiron symbolise aussi cette transition :
- Chiron passe du mythe à l’humanisation progressive (perd son corps de cheval).
- Jason sort du monde mythique et religieux au fil des discours de Chiron.
c) La figure de la répétition
- La répétition symbolise le passage du sacré au profane dans l’œuvre.
- Exemple : apparition du centaure Chiron sous deux formes — mythique et rationnelle — lors de la rencontre à Corinthe.
- Le sacrifice du corps démembré est également un motif récurrent, renforçant cette idée.
À retenir : Le film illustre la transition entre un monde sacré, cyclique et rituel, et un monde profane marqué par la perte des repères mythiques et religieux.
Les répétitions comme passage du sacré au profane
1. Les répétitions comme passage du sacré au profane
- Origine de Médée : issue d’un monde paysan, grec et rural, Médée incarne une complexité liée à sa double appartenance entre archaïsme et civilisation bourgeoise (Pasolini).
- Dualité du Centaure : Jason rencontre deux formes du Centaure :
- Le Centaure sacré : figure mythique traditionnelle, porteuse d’un sens rituel et sacralisé.
- Le Centaure profane : nouvelle forme, rationnelle, déconnectée du sacré.
| Aspect | Sacré | Profane |
|---|---|---|
| Assassinat d’Apsyrtos par Médée | Rituel sacralisé | Action profane, déconsacrée |
| Habillement féminin (Médée avant prière, Glaucé avant mariage) | Rituels sacrés | Gestes profanes |
| Crise d’hystérie de Médée | Prêtresse, prophétie apocalyptique | Réaction profane en Grèce |
| Vengeance | Séquence onirique et rituelle | Passage à la réalité profane |
| Plan du film (soleil au centre) | Symbole sacré | Répétition profane |
- Répétitions rituelles : les actions de Médée se déroulent d’abord dans un cadre sacré, puis se répètent dans un contexte profane, marquant la perte progressive de la sacralité.
- Perte du sacré : Médée, comme le nouveau Centaure, ne peut plus accéder à la logique du monde ancien, sacré et mythique. Cette rupture se manifeste par son incapacité à entendre la voix de la Terre et du Soleil, symboles du sacré.
- Citation clé de Médée (à son arrivée en Grèce) :

« Parle-moi, Terre, fais-moi entendre ta voix ! Je ne me rappelle plus ta voix ! Parle-moi, Soleil ! Où est l’endroit où je peux écouter votre voix ? […] Je ne l’entends plus ! […] Je touche la Terre avec mes pieds et je ne la reconnais pas ! Je regarde le Soleil avec mes yeux et je ne le reconnais pas ! »
- Contexte grec : un monde rationnel, laïque, où le sacré a disparu. Médée, issue d’un monde archaïque et barbare (étranger à la Grèce), ne peut s’y intégrer.
À retenir : Les répétitions dans Médée illustrent le passage du sacré au profane, symbolisant la rupture entre un monde archaïque mythique et un monde moderne rationnel et laïque.
Médée et Jason : archétypes du sacré et du profane
1. Médée et Jason : archétypes du sacré et du profane
L’infanticide final de Médée symbolise un retour au temps cyclique, non une simple vengeance. En réduisant ses enfants en cendres, elle les disperse à nouveau dans le monde, comme dans un sacrifice originel. Cependant, ce geste ne promet aucun renouveau, soulignant la rupture avec le temps linéaire d’un monde désacralisé.
2. Opposition sacré / profane dans le film de Pasolini
| Aspect | Première partie | Deuxième partie |
|---|---|---|
| Musique | Vocale, inspirée des traditions iraniennes et tibétaines, aux accents barbares | Instrumentale, inspirée de la tradition japonaise |
| Ambiance | Dominée par le sacré et le mystique | Plus de dialogues, approche rationnelle |
Cette opposition musicale souligne la tension entre un monde archaïque, sacré, et un monde moderne, profane.
3. Jason : archétype de l’homme areligieux
- Jason incarne l’homme moderne qui a renié le sacré.
- Il croit avoir dépassé toute relation au sacré, mais est hanté par le retour du refoulé, notamment symbolisé par l’apparition du Vieux Centaure.
- Pasolini veut réveiller chez l’homme moderne le sentiment prémoderne du sacré.
- Le cinéma de Pasolini se fonde sur ce rapport mythique et sacré au réel.
4. Médée : dénonciation de la perte du sacré
- Par l’infanticide, Médée manifeste une appropriation particulière du mythe.
- Elle dénonce l’impossibilité de vivre dans une société qui a perdu le sens du sacré.
- Son geste vise à soustraire ses enfants au temps linéaire d’un monde sans foi, les ramenant à un temps cyclique sacré.
À retenir : Médée incarne le sacré archaïque qui s’oppose au monde profane et désacralisé représenté par Jason, révélant la tension entre un temps cyclique et un temps linéaire moderne.