XVIIᵉ et XVIIIᵉ siècles
1) 🖼️ Présentation de la période
La fin de la Renaissance subit les guerres de Religion. Contre le protestantisme, le catholicisme repense l’art de ses lieux de culte, à travers un nouveau style, nommé plus tard baroque. Il se diffuse dans toute l’Europe catholique jusqu’à la fin du XVIIIᵉ siècle. Seule la France maintient le classicisme.
Images
| Sculpture baroque | Sculpture classique |
|---|---|
| Statue équestre de Louis XIV, Le Bernin (Gian Lorenzo Bernini, dit) et Girardon, 1677 | Statue équestre de Louis XIV, François Girardon, 1699 |
| Peinture baroque | Peinture classique |
|---|---|
| L’Adoration des mages, Pierre-Paul Rubens, 1624 | L’Adoration des mages, Nicolas Poussin, 1633 |
2) 🖼️ Baroque et classicisme en sculpture
- Dans son effort global de résistance au protestantisme, l’Église catholique fait appel aux artistes pour la création de formes et de décors pouvant accompagner la ferveur religieuse des fidèles, et les inciter à demeurer au sein du catholicisme. Ils créent des décors somptueux, où domine l’or, les couleurs vives et les personnages dynamiques exprimant des émotions fortes. Ils s’inspirent de la « théâtralisation » du réalisme maniériste de la fin du XVIᵉ siècle (cf. p. 419), qu’ils exacerbent, souvent jusqu’à l’outrance.
- Le Bernin, héraut de l’art baroque adulé en Italie : l’exaspération du mouvement et de la vitalité est parfaitement lisible dans cette sculpture (p. 428), offerte à Louis XIV.
- Girardon, sculpteur classique français : la statue de Girardon, sculpteur du roi à Versailles, correspond à la retenue et la mesure caractéristiques de l’idéal classique.
- Louis XIV, roi catholique, refuse l’art baroque et institue le classicisme en France. Lorsque Louis XIV découvre, en 1685, la statue du Bernin, il considère que la noblesse de son statut royal est incompatible avec autant de gesticulations. Dans un esprit classique de retenue et de mesure, le très catholique Roi-Soleil décide dès 1648 que ce nouveau style, pourtant encouragé par le Pape, n’aura pas de place en France. Dans cette logique, il crée les académies, qui garantiront le maintien du classicisme dans l’art français pour les deux siècles suivants.
3) 🖼️ Baroque et classicisme en peinture
- Les caractères de l’art baroque se développent également en peinture. Le réalisme des volumes (clair-obscur) et de l’espace (perspective conique), hérité de la Renaissance, reste la règle. Cependant, il est mis au service de l’intensification des émotions exprimées par les visages et les corps. En France, Louis XIV maintiendra la retenue et la dignité classiques avec la création d’académies de peinture.
- L’Adoration des mages de Rubens, une œuvre baroque : le traitement des mouvements, des gestes et des émotions des personnages (visages quasi grimaçants) est « théâtralisé ».
- L’Adoration des mages de Poussin, une œuvre classique : influencé par les grands classiques renaissants, l’art de Poussin peut exprimer le mouvement et les émotions mais, en comparaison avec l’art baroque, il n’y est jamais question d’exagération.
4) 🖼️ Peinture dans les pays protestants
Le protestantisme, dans son effort de retour aux textes fondamentaux (deuxième commandement du Décalogue : « Tu ne feras pas d’images... »), délaisse la peinture religieuse. Les peintres des pays protestants du nord de l’Europe se spécialisent alors dans le portrait, le paysage ou la nature morte. Ils y trouvent une liberté de l’expression plastique qui sera en partie à l’origine, près de deux siècles plus tard, de l’art moderne (impressionnisme).
FICHE 14 - L’essentiel
1) Arts plastiques : questionner la ressemblance
- Le réalisme, héritié de la Renaissance, reste la règle absolue jusqu’au milieu du XIXᵉ siècle. Cependant, la différence entre l’art classique et l’art baroque s’organise autour de la retenue (classique) ou l’exubérance (baroque).
- Pour la peinture et la sculpture
- Notions plastiques de forme et de couleur (en peinture seulement) : elles restent les éléments majeurs du réalisme. L’art baroque en développe fortement les contrastes (contrairement au classicisme).
- Notion plastique de composition : cette notion devient fondamentale. Elle désigne la manière dont sont organisés (composés, c’est-à-dire « posés ensemble ») les éléments de l’image peinte ou sculptée. Elle fonctionne selon des lignes de force, portées par des éléments figuratifs de l’image (une jambe, une branche...) ou des formes géométriques simples (triangles, cercles...) où s’insèrent les éléments figurés. L’art baroque privilégie les lignes et géométries courbes et asymétriques (qui « dynamisent » la figuration) et l’art classique, au contraire, les droites et la symétrie (qui « calment » la composition).
- Notion plastique de matière picturale (en peinture seulement) : la nouvelle peinture des pays protestants la développe chez certains peintres majeurs, en rendant visible le geste du peintre dans la pâte picturale. Ce point sera très important pour l’art moderne du XIXᵉ siècle.
2) HDA : la représentation de l’être humain
a) Contexte historique
Il est celui de la fin des guerres de religion, relancées par Louis XIV avec la révocation de l’édit de Nantes (1685). Un nouveau style émerge, initié par le catholicisme italien, et nommé plus tard baroque. Ce style se développera rapidement dans toute l’Europe catholique, sauf en France, qui crée les académies dans la tradition classique héritée de la Renaissance.
b) Spécificités artistiques
L’art baroque et l’art classique font des choix expressifs globalement assez opposés.
- Baroque : dynamisme et « théâtralisation » des corps et des expressions, inspirés du maniérisme de la fin de la Renaissance. À l’origine, cet art correspond au désir de « séduire » le public, pour aider à son maintien dans les églises catholiques.
- Classique : maintien de la retenue et de la mesure du classicisme renaissant.
À MÉMORISER
ART DES XVIIᵉ ET XVIIIᵉ SIÈCLES EUROPÉENS
Arts plastiques
► Réalisme des mouvements dynamiques et souvent désordonnés.
► Compositions complexes : asymétrie, courbe, arabesque et spirale.
Histoire des arts
► Renforcement de la « théâtralisation » du maniérisme, visant à maintenir les fidèles dans la foi catholique.
Art baroque dans l’Europe catholique
↔
Art classique en France
► Maintien du classicisme « à l’antique » et de la première Renaissance.
► Création des académies.
► Organisation hiérarchisée des genres picturaux : peinture d’histoire ; portrait ; scène de genre ; paysage ; nature morte.
Art des pays protestants du Nord
► Raréfaction des images religieuses.
► Développement du portrait, du paysage et de la nature morte.
► Vogue de la nature morte de vanité.
↔
Art classique en France
► Réalisme de la dignité et du calme. Retenue et mesure.
► Compositions aux géométries élémentaires : orthogonalité, carré, triangle, cercle... Symétrie.
► Approfondissement de la mimesis dans les natures mortes.
► Matérialité de l’œuvre. Mise en valeur de la matière picturale. Voir Rembrandt.