Les trois grands axes d'analyse d'un dessin animé
1. Les trois grands axes d'analyse d'un dessin animé
Pour analyser un dessin animé, il faut systématiquement répondre à trois questions clés qui structurent l’analyse : d’où ?, de quand ?, et pour qui ?
2. D’où ? (Origine culturelle et nationale)
- Nationalité : pays d’origine du dessin animé.
- Culture : contexte culturel spécifique.
- Valeurs : valeurs et normes propres au pays d’origine.
L’analyse doit prendre en compte comment la culture et les valeurs nationales influencent le contenu et le message du dessin animé.
3. De quand ? (Temporalité et contexte historique)
- Année de création : date de production du dessin animé.
- Thèmes : sujets abordés, souvent liés à l’époque.
- Images : style visuel et symboles propres à la période.
- Vision du monde : représentation du monde selon l’époque.
Le contexte historique éclaire la compréhension des thèmes et des représentations.
4. Pour qui ? (Public cible)
- Public visé : âge, caractéristiques spécifiques (handicap, etc.).
- Caractéristiques du public : besoins et attentes liés à l’âge ou à d’autres critères.
L’éducateur ou le parent doit impérativement avoir vu le dessin animé avant de le montrer ou de l’utiliser comme outil pédagogique.
5. Exemple d’application : thématiques chez Disney
| Film | Date | Thèmes principaux | Public cible | Valeurs et symboles clés |
|---|---|---|---|---|
| Blanche Neige et les 7 nains | 1937 | Problématique amoureuse, innocence | Enfants 4-12 ans | Symbolisation : blancheur (innocence), pomme (Bible, règles), cercueil de verre (passage à l’âge adulte) |
| Jasmine (Aladdin) | 1992 | Émancipation féminine, choix personnel | Enfants/adolescents | Opposition à la volonté paternelle |
| Ariel (La Petite Sirène) | 1989 | Émancipation, peur de l’autre | Enfants/adolescents | Recherche d’identité et liberté |
| Jane (Tarzan) et Belle (La Belle et la Bête) | 1991-1999 | Connaissances, réflexion, autonomie | Enfants/adolescents | Valorisation de l’intellect et de la curiosité |
| Mulan | 1998 | Opposition au destin familial | Enfants/adolescents | Courage et affirmation de soi |
| Tiana (La Princesse et la Grenouille) | 2009 | Travail acharné, indépendance | Enfants/adolescents | Autonomie économique, refus du destin imposé |
6. Points clés à retenir
- L’analyse d’un dessin animé doit toujours intégrer l’origine culturelle, le contexte temporel, et le public cible.
- Les symboles et thèmes évoluent avec le temps, reflétant les changements sociaux (ex. évolution du rôle féminin chez Disney).
- Comprendre le public permet d’adapter l’usage pédagogique du dessin animé.
> Une bonne analyse d’un dessin animé repose sur la compréhension de son contexte culturel, historique et de son public cible.
L'évolution des héroïnes Disney et la question de l'amour
1. L'évolution des figures paternelles dans les dessins animés Disney
-
Le Roi Lion (1994) : met en scène la mort de Mufasa, père protecteur, et la culpabilité de Simba, son fils, qui se sent responsable de cette mort. Le père est une figure centrale et affective, toujours présente même après sa disparition.
-
Nemo (2003) : illustre un père hyper protecteur, Marin, qui surprotège son fils à cause d’un handicap (nageoire atrophiée). Ce modèle reflète l’évolution sociétale vers une paternité plus affective et impliquée, marquée par le passage du terme « père » (statut) à « papa » (affectif).
-
Bambi (1942) : le père, roi de la forêt, est peu impliqué dans l’éducation de Bambi après la mort de la mère. La mort est un sujet tabou, peu abordé, et le deuil est « bâclé » : la mère est absente et on ne parle plus d’elle, ce qui reflète une époque où les sujets sensibles étaient évités dans les dessins animés.
2. Comparaison des représentations du deuil et de la paternité
| Aspect | Bambi (1942) | Le Roi Lion (1994) | Nemo (2003) |
|---|---|---|---|
| Père | Peu présent, peu affectif | Père protecteur, figure centrale | Père hyper protecteur, affectif |
| Traitement du deuil | Mort de la mère peu évoquée | Mort du père centrale, culpabilité du fils | Pas de deuil, mais surprotection liée au handicap |
| Approche éducative | Éducation limitée, tabous sur la mort | Dialogue sur la mort et le deuil | Éducation moderne, paternité affective |
| Langage sur la mort | « Ta mère ne sera plus jamais à tes côtés » (ambigu) | « Le roi est mort. Si tu n’avais pas été là, il serait encore en vie » (direct) | N/A |
3. Notions clés
- Évolution du rôle paternel : passage d’un père distant et statutaire (Bambi) à un père affectif et protecteur (Le Roi Lion, Nemo).
- Évolution sociétale : la paternité est désormais vue comme un rôle affectif et éducatif, reflété par le terme « papa ».
- Traitement du deuil : dans les années 40, la mort est un sujet tabou, peu explicité ; dans les années 90, elle est abordée frontalement, avec un impact émotionnel sur les enfants.
- Exception - Pinocchio (1940) : évoque le désir de paternité, avec un Gepetto « trop vieux » pour être père, ce qui est rare dans les dessins animés où les parents sont déjà présents.
Le traitement de la paternité et du deuil dans les dessins animés Disney reflète l’évolution des normes sociales et éducatives, passant d’une vision statutaire et taboue à une approche affective et ouverte.
Les rôles parentaux et les substituts parentaux
1. Substituts parentaux dans les dessins animés
Le substitut parental est la personne qui remplace les parents dans l’éducation de l’enfant, assumant leurs rôles et responsabilités.
| Dessin animé | Substitut parental |
|---|---|
| Cendrillon | Marraine la bonne fée |
| La Belle au bois dormant | Les 3 fées |
| Le Roi Lion | Timon et Pumba |
| Nemo | Gill |
- Les substituts parentaux ne sont pas toujours bienveillants (ex : la sorcière dans Blanche Neige, la marâtre dans Cendrillon).
- La maltraitance peut être physique, verbale, émotionnelle (non-expression d’émotions, cris, paroles blessantes).
- L’enfant ressent la menace sur ses besoins essentiels, mais pas toujours la manière dont elle se manifeste.
- La maltraitance empêche la formation d’un lien affectif positif.
- Dans les films Disney, les enfants maltraités se plaignent rarement.
À retenir : Le substitut parental peut être protecteur ou maltraitant, influençant profondément le développement affectif de l’enfant.
2. La notion du bien et du mal : les méchants dans Disney
- Les méchants sont essentiels à l’intrigue, souvent à l’origine des conflits.
- Ils sont très typés pour être facilement identifiables par les enfants.
- La représentation est manichéenne : le bien est beau et gentil, le mal est laid et méchant.
- La fin des méchants tourne souvent à la dérision, ils ne sont jamais tués par les héros, qui doivent rester bons.
- La disparition du méchant est la conséquence logique de ses mauvaises actions : le méchant se détruit lui-même.
| Caractéristiques des méchantes typiques | Exemples |
|---|---|
| Immenses | Maléfique, Cruella, marâtre |
| Maigres | |
| Visage creux | |
| Traits anguleux (manque de souplesse) | |
| Regard hypnotisant |
- Certains méchants sont beaux (ex : Gaston dans La Belle et la Bête, Hans dans La Reine des Neiges), ce qui complexifie la vision manichéenne.
- Le côté ridicule et capricieux de certains méchants (ex : Cruella) permet à l’enfant de prendre du recul.
À retenir : Les méchants dans Disney incarnent le mal de façon stéréotypée, mais leur destruction est toujours liée à leurs propres erreurs, préservant la bonté des héros.
La représentation du bien et du mal : les méchants
1. La représentation du bien et du mal : les méchants
a) Disparition du méchant
- La disparition du méchant ne signifie pas forcément sa mort.
- Exemples :
- Cruella finit dans une mare de boue.
- Madame Mim est soignée par Merlin.
- Jafar est enfermé dans la lampe.
b) La vie et la mort dans les dessins animés
| Aspect | Exemple(s) | Caractéristiques clés |
|---|---|---|
| La vie - naissance | Le Roi Lion (1994), La Belle au bois dormant, Hercule | Rituels de naissance symboliques (cérémonies, fêtes). Le parcours initiatique d’un enfant est mis en avant. |
| La mort | Bambi (1942), Le Roi Lion (1994) | Évolution de la représentation de la mort :<br>- Bambi : mort suggérée, non montrée explicitement (tabou de l’époque).<br>- Le Roi Lion : mort visible, induit la culpabilité chez l’enfant, reflet d’un changement sociétal. |
c) La mort dans les dessins animés Disney
- La mort est un thème central qui touche les angoisses fondamentales :
- Adultes : peur de la mort.
- Enfants : peur de l’abandon.
- Ces œuvres enseignent que l’amour ne protège pas de la mort, mais que la vie continue grâce aux substituts parentaux.
- Concept clé : la métamorphose du traumatisme (Cyrulnick) — l’enfant apprend à dépasser le drame de la mort.
- Exemple : Pan-pan dans Bambi montre à Bambi que des choses positives peuvent arriver malgré la perte.
d) Impact sur l’enfant
- Regarder plusieurs fois le même dessin animé permet à l’enfant d’apprivoiser les séquences douloureuses.
- Certains dessins animés ne sont pas adaptés à des enfants en période de deuil (ex. Franklin et le trésor du lac déconseillé).
La disparition d’un méchant ne signifie pas forcément sa mort, et la représentation de la mort dans les dessins animés évolue avec la société, aidant l’enfant à apprivoiser ses peurs et à dépasser le traumatisme.
La vie, la mort et l'accompagnement de l'enfant
1. La culpabilité de l’enfant face à la mort
- L’enfant peut ressentir une culpabilité lorsqu’un proche meurt, pensant ne pas avoir « assez fait » pour empêcher cette mort.
- Cette culpabilité est liée à sa quête d’empêcher la mort, notamment celle d’un membre de sa famille.
2. L’importance de l’accompagnement
- Accompagner un enfant ne se limite pas à être simplement à côté de lui pendant qu’il regarde un dessin animé.
- La présence de l’adulte donne une valeur différente au dessin animé pour l’enfant, créant des moments d’échange et de complicité.
3. Choix et partage du dessin animé
- L’accompagnement implique de choisir ensemble le dessin animé, en fonction de :
- L’âge de l’enfant
- Ses centres d’intérêts
- La compréhension du contenu du dessin animé
- Le but est de créer des animations et activités adaptées qui favorisent le contact avec l’enfant (ex : discuter après un épisode).
4. La répétition comme besoin de l’enfant
- L’enfant aime la répétition, qui lui permet de :
- Anticiper les situations
- Apprivoiser les émotions
- S’identifier au héros ou à l’héroïne
5. La peur de la violence et ses conséquences
| Aspect | Description | Conséquence |
|---|---|---|
| Peur des parents | Les parents évitent les dessins animés violents | Sélection restreinte, parfois trop « gentils » |
| Personnages trop « gentils » | Ex : Calimero, symbole d’an- résilience et passivité | Diffusion d’images qui encouragent la passivité face à la vie |
| Imposition des choix adultes | Adultes imposent souvent leurs dessins animés d’enfance (ex : Babar, Franklin) | Transmission de messages parfois troublants sans consultation de l’enfant |
6. Psychanalyse et fiction chez l’enfant
- Chez l’enfant, la fiction et la réalité se mêlent, provoquant un remaniement psychique important.
- Il est essentiel que les adultes (parents, enseignants, éducateurs) sélectionnent les dessins animés en fonction de l’âge et des capacités psychiques de l’enfant.
> Accompagner un enfant, c’est choisir et partager des contenus adaptés pour lui permettre de comprendre, anticiper et s’identifier, tout en évitant de lui transmettre des messages passifs ou inadaptés.
L'image et le contenu : critères de sélection des dessins animés
1. L'image
- Importance de l’image : elle permet à l’enfant de visualiser l’action et de s’identifier facilement au héros ou à l’héroïne.
- Dans le conte oral, l’enfant imaginait librement les personnages, mais dans les dessins animés, l’image fixe une représentation.
- Exemple : les personnages Disney sont devenus des figures universelles, impossibles à réimaginer autrement.
2. Le contenu
- Trouver un programme adapté à tous les âges est difficile car la durée d’attention et le degré de compréhension varient selon l’âge.
- Rare qu’un dessin animé fasse l’unanimité, mais certains comme Shrek y parviennent.
- Différences entre attentes des parents et besoins/envies des enfants :
| Parents désirent | Enfants ont besoin/envie de |
|---|---|
| Partager un plaisir d’enfance | Personnage avec une graphie simple, volumineuse, reconnaissable |
| Programme éducatif | Plaisir lié à la reconnaissance du héros plus qu’à l’aventure |
| Divertissement (« se changer les idées ») | Capacité d’attention courte chez les plus jeunes |
| Différencier rapidement les « gentils » des « méchants » | |
| Satisfaction par identification au héros |
3. À retenir
La difficulté majeure pour les adultes créateurs est de fixer une limite à la capacité de supporter la frustration chez l’enfant.
- Les séries et suites (ex. Toy Story 2, Le Roi Lion 2) permettent de faire revivre indéfiniment le héros.
- Si une série doit s’arrêter, il est préférable d’en avertir l’enfant pour qu’il s’y prépare.
- Le plaisir de retrouver des moments appréciés implique aussi la capacité à s’en détacher.
- La violence dans les dessins animés est souvent perçue comme « pour du faux », contrairement à celle des journaux télévisés, qui est plus inquiétante pour l’enfant.
- Les adultes ont des références psychologiques, politiques et sociologiques qui influencent leur perception de la violence.
La violence à l'écran et la distinction réalité-fiction
1. La violence à l'écran : définitions et enjeux
- Violence : acte qui blesse ou cause de la douleur en perturbant le bien-être physique, psychologique et/ou social d’une personne ou d’un groupe.
- Elle peut être flagrante (visible, explicite) ou subtile (dissimulée, implicite).
- La perception de la violence est subjective selon l’âge, le contexte et la sensibilité.
2. Impact de la violence à l'écran sur l'enfant
| Aspect | Enfants (dessins animés) | Adultes (émissions pour adultes) | Actualités et JT |
|---|---|---|---|
| Nature de la violence | Violente mais humoristique, personnages subissent des chocs sans conséquences réelles | Violence explicite : armes, sang, corps démembrés, cris de douleur | Violence réelle : images de brutalité, terreur, mort, vécues comme vraies |
| Conséquences montrées | Rarement montrées, souvent absentes | Souffrance et peur à long terme non montrées | Répercussions réelles connues et marquantes |
| Effet sur l'enfant | Peut être rassurant mais entretient l’illusion de l’éternel présent (pas de fin) | Non adapté aux enfants | Effet marquant, traumatisant |
| Distinction réalité/fiction | Difficulté avant 7 ans, enfant ne fait pas toujours la différence | Clair pour adultes | Clair, mais impact émotionnel fort |
3. Distinction réalité-fiction chez l’enfant
- À partir de 7 ans, l’enfant commence à distinguer le réel de la fiction.
- Avant cet âge, il reçoit la violence sans filtre et peut la percevoir comme réelle.
- Le DVD joue un rôle consolateur, permettant à l’enfant de revoir plusieurs fois une scène, ce qui peut renforcer l’illusion d’un présent éternel et empêcher l’apprentissage de la notion de fin.
4. Évolution de la frontière réel/fiction
- La frontière devient de plus en plus mince avec l’évolution des dessins animés qui se rapprochent de la réalité.
- Cette confusion complique la capacité à faire la distinction entre ce qui est fictif et ce qui est réel.
5. Violence dans les médias et séries
- Les crimes violents sont plus fréquents dans les séries et sur Internet que dans la réalité.
- Exemple : un policier dans une série tue plus souvent qu’un policier dans la vie réelle.
- Les enfants, exposés à ces images, peuvent ne pas comprendre ou interpréter ces violences comme les adultes.
À retenir : L’enfant ne fait pas toujours la distinction entre réalité et fiction avant 7 ans, ce qui rend la violence à l’écran potentiellement perturbante et nécessite un encadrement adapté.