Fondements du commerce international
1. Pourquoi les pays échangent-ils ?
Le commerce international repose principalement sur les différences entre les pays :
- Modèle ricardien : différences de productivité du travail dues aux technologies.
- Modèles à facteurs spécifiques et Heckscher-Ohlin : différences de dotations en facteurs (main-d’œuvre, capital, terre).
- Le commerce peut aussi résulter d’économies d’échelle, où une production à plus grande échelle est plus efficace.
2. Le principe des avantages comparatifs
David Ricardo (1817) a introduit ce principe fondamental du commerce international.
- Coût d’opportunité : coût de ne pas produire un autre bien avec les mêmes ressources.
- Avantage comparatif : un pays a un avantage comparatif dans la production d’un bien si son coût d’opportunité est plus faible que dans un autre pays.
a) Exemple simplifié (roses et ordinateurs)
| Pays | Production avec mêmes ressources | Coût d’opportunité de 1 rose (en ordinateurs) | Avantage comparatif |
|---|---|---|---|
| États-Unis | 10 millions de roses ou 100 000 ordinateurs | 10 millions de roses / 100 000 ordinateurs = 100 roses par ordinateur | Ordinateurs |
| Colombie | 10 millions de roses ou 30 000 ordinateurs | 10 millions de roses / 30 000 ordinateurs = 333 roses par ordinateur | Roses |
- La Colombie a un coût d’opportunité plus faible pour produire des roses.
- Les États-Unis ont un avantage comparatif dans la production d’ordinateurs.
b) Gains à l’échange
- En se spécialisant selon leur avantage comparatif, les deux pays peuvent produire et consommer plus.
- Exemple : si les États-Unis cessent de produire des roses pour produire 100 000 ordinateurs, et la Colombie cesse de produire 30 000 ordinateurs pour produire des roses, la production totale augmente de 70 000 ordinateurs, sans perte de roses.
| Pays | Variation roses (millions) | Variation ordinateurs (milliers) |
|---|---|---|
| États-Unis | -10 | +100 |
| Colombie | +10 | -30 |
| Total | 0 | +70 |
À retenir : Le commerce permet d’augmenter la production totale grâce à la spécialisation selon les avantages comparatifs.
3. Économie à un facteur
Le modèle ricardien se base sur une économie simple à un seul facteur de production (le travail), ce qui facilite l’analyse des différences de productivité entre pays et la détermination des avantages comparatifs.
Le principe des avantages comparatifs
1. Hypothèses du modèle ricardien à facteur unique
- Travail : seul facteur de production, avec une offre constante (heures disponibles).
- Productivité du travail : varie entre pays à cause des différences technologiques, mais constante dans chaque pays.
- Biens produits : deux marchandises, vin () et fromage ().
- Pays : deux pays, domestique et étranger.
- Salaire : égal à la valeur produite par heure de travail, travailleurs mobiles entre secteurs.
2. Quantités unitaires de travail
- : heures nécessaires pour produire 1 kg de fromage dans le pays domestique.
- : heures nécessaires pour produire 1 litre de vin dans le pays domestique.
Note : un besoin élevé en travail ( élevé) signifie une faible productivité.
3. Frontière des possibilités de production (FPP)
-
La FPP exprime la contrainte de ressources :
où et sont les quantités produites de fromage et vin.
-
Production maximale si tout le travail est consacré à un seul bien :
4. Exemple numérique
- heures
- h/kg (fromage)
- h/litre (vin)
FPP :
- Max fromage : 1000 kg
- Max vin : 500 litres
5. Coût d’opportunité
- Défini comme la quantité de vin sacrifiée pour produire une unité supplémentaire de fromage.
- Calcul :
- La pente (en valeur absolue) de la FPP représente ce coût d’opportunité, constant ici car et sont constants.
6. Prix relatifs et choix de production
- La FPP indique ce qui est possible de produire, mais la production effective dépend des prix relatifs des biens.
- Le prix relatif est le rapport du prix d’un bien par rapport à l’autre.
- Les salaires sont déterminés par la productivité et les prix des biens, orientant la main-d’œuvre vers le secteur le plus rémunérateur.
À retenir :
Le principe des avantages comparatifs repose sur la spécialisation dans la production du bien pour lequel un pays a le coût d’opportunité le plus faible, même s’il est moins productif en termes absolus.
Économie à un facteur de production
1. Prix relatifs, salaires et offre de biens
- Prix du fromage :
- Prix du vin :
- Salaire horaire dans la production de fromage :
- Salaire horaire dans la production de vin :
- Productivité horaire en fromage : (heures nécessaires pour 1 unité de fromage)
- Productivité horaire en vin : (heures nécessaires pour 1 unité de vin)
a) Relations fondamentales (concurrence parfaite)
- Salaire dans le secteur fromage :
- Salaire dans le secteur vin :
Les travailleurs choisissent l'industrie qui offre le salaire horaire le plus élevé.
b) Spécialisation selon le prix relatif
-
Si
alors
→ Spécialisation dans la production de fromage (tous les travailleurs produisent du fromage). -
Si
alors
→ Spécialisation dans la production de vin. -
Si
alors
→ Les travailleurs sont indifférents entre les deux productions, les deux biens sont produits.
c) Exemple numérique
| Bien | Prix () | Heures par unité () | Salaire horaire () |
|---|---|---|---|
| Fromage | 4 €/kg | 1 h/kg | 4 €/h |
| Vin | 7 €/litre | 2 h/litre | 3,5 €/h |
-
Ici,
→ Spécialisation dans le fromage. -
Si baisse à 3 €/kg :
→ Spécialisation dans le vin.
d) Production conjointe sans commerce
Pour produire et consommer à la fois fromage et vin, il faut que les salaires soient égaux :
2. Commerce international dans un modèle à un facteur
-
Deux pays : domestique et étranger (variables marquées pour l’étranger).
-
Avantage absolu : un pays a un avantage absolu dans la production d’un bien s’il utilise moins de travail pour produire une unité que l’autre pays.
Exemple :
-
Avantage comparatif (clé du commerce) : un pays a un avantage comparatif dans la production d’un bien si son coût d’opportunité est plus faible que celui de l’autre pays.
Coût d’opportunité du fromage en termes de vin :
-
Le pays exporte le bien pour lequel il a un avantage comparatif, même s’il n’a pas d’avantage absolu.
À retenir : La spécialisation et les échanges internationaux sont déterminés par les coûts d’opportunité relatifs (avantages comparatifs), pas par les avantages absolus.
Commerce international et spécialisation
1. Spécialisation et coût d’opportunité dans le modèle Ricardien
- Frontière des possibilités de production (FPP) : Représente les combinaisons maximales de deux biens qu’un pays peut produire avec ses ressources.
- Le rapport des quantités unitaires de travail () dans la production de fromage et de vin est plus élevé dans le pays étranger que dans le pays domestique.
- La FPP du pays étranger est donc plus pentue (plus raide) que celle du pays domestique.
2. Prix relatifs en autarcie
- En autarcie, le prix relatif du fromage par rapport au vin reflète le coût d’opportunité du fromage en termes de vin dans chaque pays.
- Si le coût d’opportunité du fromage est plus élevé à l’étranger, alors le prix relatif du fromage est plus élevé à l’étranger qu’au pays domestique.
- Cela crée une incitation à échanger : exporter du fromage domestique vers l’étranger et importer du vin.
3. Détermination du prix relatif en libre-échange
- Le prix relatif du fromage () est déterminé par l’offre relative mondiale et la demande relative mondiale de fromage.
- L’offre relative mondiale de fromage est la somme des quantités de fromage produites par les deux pays divisée par la somme des quantités de vin produites.
4. Cas selon le prix relatif du fromage
| Prix relatif | Production domestique | Production étrangère | Offre relative mondiale |
|---|---|---|---|
| Aucun fromage produit | Aucun fromage produit | ||
| Indifférent (fromage ou vin) | Vin uniquement | (domestique) | |
| Fromage uniquement | Vin uniquement | ||
| Fromage uniquement | Indifférent (vin ou fromage) | ||
| Fromage uniquement | Fromage uniquement |
- : quantité de travail unitaire pour produire du fromage dans le pays domestique.
- : quantité de travail unitaire pour produire du vin dans le pays domestique.
- Les variables avec * désignent le pays étranger.
5. Demande relative mondiale
- La demande relative mondiale de fromage diminue lorsque le prix relatif du fromage augmente : les consommateurs achètent moins de fromage et plus de vin.
- La demande relative est une fonction décroissante du prix relatif du fromage.
6. Équilibre du prix relatif
- Le prix relatif d’équilibre en libre-échange est celui où l’offre relative mondiale égale la demande relative mondiale.
- Ce prix se situe entre les coûts d’opportunité des deux pays, permettant à chacun de se spécialiser dans le bien où il est le plus efficace.
7. Gains à l’échange
- Le commerce international permet à chaque pays de se spécialiser dans la production du bien où il a un avantage comparatif (coût d’opportunité plus faible).
- La spécialisation et l’échange augmentent la consommation possible dans les deux pays, générant des gains à l’échange.
À retenir : Le commerce international repose sur la spécialisation selon les coûts d’opportunité relatifs, ce qui détermine le prix relatif des biens et permet des gains mutuels.
Idées reçues sur l'avantage comparatif
1. Gains à l’échange et avantage comparatif
- Gains à l’échange proviennent de la spécialisation dans le secteur utilisant les ressources le plus efficacement, c’est-à-dire dans le bien où un pays a un avantage comparatif.
- Le commerce est une production indirecte : il permet à un pays de se spécialiser et d’échanger pour obtenir un mix de biens plus large que ce qu’il pourrait produire seul.
- Sans commerce, un pays doit produire tous les biens qu’il consomme ; avec commerce, il peut se concentrer sur ce qu’il produit le mieux, augmentant ainsi ses revenus et possibilités de consommation.
- Le commerce élargit la frontière des possibilités de consommation au-delà de la frontière des possibilités de production en autarcie.
2. Salaires relatifs et productivité
| Notion | Description |
|---|---|
| Salaires relatifs | Rapport des salaires d’un pays par rapport à un autre. |
| Productivité et salaires | Les différences de productivité expliquent les différences salariales entre pays. |
| Avantage en coût | Un pays peut avoir un avantage de coût dans un bien même avec des salaires élevés si sa productivité est aussi élevée. |
| Relation empirique | Salaires et productivité sont proportionnels (ex. Europe, Corée du Sud). |
- Les salaires élevés peuvent être compensés par une productivité élevée, et inversement.
- Les données montrent que les bas salaires correspondent souvent à une faible productivité.
3. Idées reçues sur l’avantage comparatif
| Idée reçue | Réalité |
|---|---|
| 1. Le libre-échange n’est bénéfique que si un pays est plus productif. | Faux : même un pays peu productif gagne à échanger en évitant les coûts élevés de production inefficace. L’avantage vient de la spécialisation selon l’avantage comparatif, pas absolu. |
| 2. Le libre-échange avec des pays à bas salaires nuit aux pays à salaires élevés. | Faux : le commerce profite aux consommateurs (biens moins chers) et aux travailleurs (revenus plus élevés dans les secteurs efficaces). |
| 3. Le libre-échange exploite les pays moins productifs aux bas salaires. | Faux : les normes de travail sont indépendantes du commerce. Le libre-échange augmente les salaires et profits par rapport à l’autarcie, et les consommateurs bénéficient aussi. |
À retenir : Le libre-échange repose sur les avantages comparatifs, pas sur les avantages absolus, et profite à tous les pays en améliorant l’efficacité et les revenus.
Avantage comparatif avec plusieurs biens
1. Avantage comparatif avec plusieurs biens
a) Hypothèses et notations
- Il existe N biens indexés par .
- Quantité unitaire de travail requise pour produire le bien :
- Pays domestique :
- Pays étranger :
- Salaire dans le pays domestique :
- Salaire dans le pays étranger :
b) Règle de production selon l’avantage comparatif
-
Un bien est produit dans le pays où le coût unitaire de production est le plus faible :
-
Autrement dit, si la productivité relative d’un pays dans la production d’un bien est supérieure au salaire relatif, ce pays produit ce bien :
c) Exemple chiffré (5 biens)
| Bien | (domestique) | (étranger) | Productivité relative |
|---|---|---|---|
| Pommes | 1 | 10 | 10 |
| Bananes | 5 | 40 | 8 |
| Caviar | 3 | 12 | 4 |
| Dattes | 6 | 12 | 2 |
| Enchiladas | 12 | 9 | 0,75 |
- Avec un salaire relatif , le pays domestique produit pommes, bananes et caviar (productivité relative > 3).
- Le pays étranger produit dattes et enchiladas (productivité relative < 3).
d) Spécialisation et gains à l’échange
- Chaque pays se spécialise dans les biens où il a un avantage de coût.
- L’échange permet à chaque pays d’accéder à une plus grande variété de biens à moindre coût.
- Tenter de produire tous les biens localement conduit à un gaspillage des ressources.
e) Détermination du salaire relatif
- Le salaire relatif est fixé par l’équilibre entre l’offre et la demande relative de travail.
- Si la demande relative de main-d’œuvre domestique diminue, alors diminue.
- À mesure que les travailleurs domestiques deviennent plus chers, la demande pour les biens produits localement et pour la main-d’œuvre domestique diminue, ce qui réduit encore la demande de main-d’œuvre domestique.
f) Effets d’une variation du salaire relatif
- Si augmente de 3 à 3,99, le pays domestique continue de produire pommes, bananes et caviar, mais la demande pour ces biens et la main-d’œuvre diminue.
- Si dépasse 4,01, la production du caviar devient trop coûteuse dans le pays domestique, et cette industrie se déplace à l’étranger, provoquant une baisse abrupte de la demande de main-d’œuvre domestique.
g) Offre relative de travail
- L’offre relative de travail est supposée fixée par la population dans chaque pays, indépendante du salaire relatif.
- L’équilibre salarial est obtenu à l’intersection entre la courbe de demande relative de travail (DR) et l’offre relative de travail (OR).
À retenir : Dans un modèle ricardien à plusieurs biens, chaque pays produit les biens pour lesquels sa productivité relative est supérieure à son salaire relatif, ce qui détermine la spécialisation et les salaires relatifs par l’équilibre offre-demande de travail.
Validation empirique du modèle ricardien
1. Validation empirique du modèle ricardien
a) Généralisation du modèle ricardien
- Eaton & Kortum (2002) ont étendu le modèle ricardien pour intégrer plusieurs biens et plusieurs pays, montrant qu'un pays peut avoir un avantage comparatif sur un éventail de biens, pas seulement un seul.
- Ces avancées sont synthétisées dans l’article Putting Ricardo to Work (Eaton & Kortum, 2012).
b) Limites à la spécialisation complète
Le modèle ricardien prédit une spécialisation complète, mais en pratique, cela est rare à cause de :
- Coûts de transport élevés et existence de biens non échangeables (ex. denrées périssables, services locaux).
- Multiplicité des facteurs de production, qui réduit la spécialisation.
- Protectionnisme, limitant le commerce.
Les pays consacrent une part importante de leur revenu à des biens et services non échangeables, produits localement.
c) Relation entre productivité et exportations
- Les pays tendent à exporter les biens pour lesquels leur productivité relative est élevée.
- Exemple : en 1951, le ratio des exportations américaines par rapport aux britanniques dans 26 industries manufacturières est corrélé au ratio de productivité du travail entre les États-Unis et la Grande-Bretagne.
- Même si les États-Unis avaient un avantage absolu dans toutes ces industries, ils exportaient moins dans les secteurs où leur productivité relative était faible.
| Étude | Résultat clé |
|---|---|
| Balassa (1963) | Exportations élevées dans les industries où la productivité relative américaine est élevée |
| Stern (1962) | Confirmation de la relation productivité-exportations |
d) Exemple du Bangladesh et de la Chine (2011)
- Le Bangladesh, pays pauvre, a un avantage comparatif dans le textile malgré une productivité inférieure à celle de la Chine.
- Productivité moyenne au Bangladesh = 28,5% de celle de la Chine.
- Productivité dans le textile au Bangladesh = 77% de celle de la Chine, ce qui crée un avantage comparatif.
- Exportations textiles du Bangladesh = 15,5% des exportations chinoises.
| Secteur | Productivité Bangladesh (% Chine) | Exportations Bangladesh (% Chine) |
|---|---|---|
| Tous secteurs manufacturiers | 28,5% | 1,0% |
| Textile | 77% | 15,5% |
e) Conclusions empiriques
- Les différences de productivité expliquent une grande part du commerce international.
- L’avantage comparatif (et non l’avantage absolu) est la clé pour comprendre les échanges internationaux, validant ainsi la théorie ricardienne.
Le commerce international s’explique principalement par les différences relatives de productivité entre pays, confirmant la théorie de l’avantage comparatif.