Les dimensions et champs disciplinaires d'étude de la danse
1. Dimensions de la danse
La danse est un art corporel éphémère, intimement lié au rythme et à la musique, et constitue un reflet de la société. Elle engage le corps dans une expression à la fois physique et culturelle.
| Dimension | Description |
|---|---|
| Éducative | Intégrée dans les programmes scolaires, régie par des textes officiels. |
| Sociale et culturelle | Pratique dans les associations, écoles, ou de manière spontanée, favorisant le lien social. |
| Thérapeutique | Utilisée en danse-thérapie, adaptée à des publics spécifiques pour des bienfaits psychocorporels. |
| Professionnelle et artistique | Soutenue par le ministère de la Culture, elle fait l’objet d’une politique culturelle en France. |
| Compétitive | Organisée par des fédérations, avec des compétitions comme les championnats de danse de couple, battles, et intégrée aux JO 2024. |
| Commerciale | Présente dans le show business : clips, publicités, comédies musicales. |
2. Champs disciplinaires d’étude de la danse
L’étude de la danse mobilise plusieurs approches théoriques issues des sciences humaines et biologiques :
- Historique : analyse de l’évolution de la danse à travers le temps.
- Ethno-anthropologique : étude des danses en lien avec les cultures et sociétés.
- Phénoménologique (Husserl, Merleau-Ponty) : exploration de l’expérience vécue du corps dans la danse.
- Philosophique : réflexion sur le sens, l’esthétique et la symbolique de la danse.
- Sociologique : étude des fonctions sociales et des pratiques collectives liées à la danse.
- Sciences biologiques et neurosciences : compréhension des mécanismes corporels et cérébraux impliqués dans la danse.
À retenir : La danse est une pratique multidimensionnelle qui s’étudie à travers des disciplines variées, mêlant corps, culture, société et sciences.
Les fonctions de la danse
1. Fonctions de la danse
a) Fonction rituelle et sacrée
- Danse sacrée : Pratique liée aux croyances religieuses, notamment dans la civilisation indienne.
- Préhistoire, Antiquité, Empire romain : La danse sert à communiquer avec les dieux, marquer les étapes de la vie (naissance, rites funéraires), et affirmer l’appartenance à une communauté ou un groupe social.
b) Fonction sociale
- La danse est inscrite dans la vie sociale, renforçant les liens communautaires et les identités collectives.
c) Fonction de divertissement
-
Moyen-Âge et Renaissance : La danse devient un art du divertissement, notamment avec la naissance du ballet en Italie.
-
La danse est une pratique sociale récréative, offrant une coupure dans le quotidien.
-
Elle est aussi un marqueur social :
Groupe social Type de danse Caractéristique Nobles Basses danses Pas glissés, élégants Paysans Danses sautillantes Effrénées, dynamiques -
Dans les tragédies lyriques, la danse est intégrée aux autres arts, enrichissant la représentation scénique.
-
Apparition des maîtres à danser et codification des pas dans des traités.
d) Fonctions ludiques et festives (fin du Moyen-Âge)
- La danse devient un art du divertissement à part entière.
- Exemples :
- Moresques : joutes dansées, mêlant combat et danse.
- Danses macabres : symboliques, liées à la mort.
- Momerie (14e-15e siècle) : théâtre burlesque avec éléments dansés, précurseur du cirque.
- Les intermèdes (Académie de poésie et de musique de Baif) s’inspirent de l’Antique Choreia, mêlant poésie, musique et danse.
La danse remplit des fonctions multiples : rituelle, sociale, divertissante et festive, évoluant selon les époques et les contextes culturels.
La danse artistique de création et les genres de danse classique
1. La fonction spectaculaire de la danse : du divertissement à la création
- La danse évolue du simple divertissement populaire (bals, carnavals, danses folkloriques régionales) vers une fonction spectaculaire plus élaborée.
- Elle devient un espace de représentation structuré :
- Passage de l’espace de jeu libre à la scène à l’italienne (scène encadrée, face au public).
- La danse se transforme en œuvre artistique avec un créateur (chorégraphe) reconnu.
- La danse se professionnalise : apparition de danseurs-chorégraphes, maîtres à danser et théoriciens.
2. Pluralité des formes esthétiques de la danse artistique
| Genre de danse | Caractéristiques principales |
|---|---|
| Danse classique | Modèle structurant, rigueur technique, tradition |
| Danse moderne | Rupture avec la tradition classique, expression libre |
| Post modern dance | Déconstruction des codes, expérimentation |
| Danse jazz | Influences afro-américaines, rythme syncopé |
| Danse Hip Hop | Culture urbaine, improvisation, énergie brute |
| Danse contemporaine | Fusion des styles, innovation, expressivité |
3. La danse classique : le ballet, figure emblématique
- Le ballet est le modèle structurant de la danse classique, traversant quatre siècles d’évolution.
- Origines : Renaissance italienne, où le ballet naît comme spectacle de cour.
a) Les grandes étapes historiques du ballet
| Période | Type de ballet | Particularités |
|---|---|---|
| Renaissance italienne | Ballet de cour | Propagande royale, spectacle de prestige |
| XVIIe siècle | Comédie-ballet | Louis XIV, mélange théâtre et danse |
| XVIIIe siècle | Ballet pantomime (d’action) | Narration par gestes, début de la dramaturgie dansée |
| Début XIXe siècle | Ballet romantique | Émotion, mysticisme, légèreté |
| Fin XIXe siècle | Ballet classique | Codification technique, rigueur, esthétique formelle |
À retenir : Le ballet est la forme fondatrice de la danse classique, incarnant la fusion des arts et la professionnalisation de la danse en art autonome.
La danse moderne et post-moderne
1. La danse baroque : la « belle danse »
La belle danse est un style de danse codifié du XVIIe siècle, caractérisé par des principes esthétiques précis :
| Principes fondamentaux | Description |
|---|---|
| En dehors | Rotation externe des jambes |
| Verticalité / aplomb | Maintien d’une posture droite et stable |
| Légèreté | Mouvement fluide et aérien |
| Symétrie | Figures de ballet équilibrées et harmonieuses |
| 5 positions des pieds et bras | Base technique rigoureuse et codifiée |
- La danse classique s’appuie sur un vocabulaire strict de pas et figures.
- Pierre Beauchamp, maître de ballet sous Louis XIV, a codifié ces positions.
- Collaboration artistique avec Jean-Baptiste Lully (compositeur) et Molière (dramaturge).
- Aujourd’hui, les grandes compagnies classiques interprètent des pièces du répertoire traditionnel dans le monde entier.
2. Danse néo-classique : évolution esthétique et technique
La danse néo-classique conserve la rigueur classique tout en introduisant des innovations :
| Caractéristiques clés | Description |
|---|---|
| Recherche d’un corps parfait | Idéal esthétique du corps en mouvement |
| Formes simples et pures | Épuration des lignes et des gestes |
| Perfection des lignes | Arabesques longues et étirées |
| Cassure des lignes | Introduction de formes angulaires |
| Décentrement de l’alignement | Corps parfois désaxé pour plus de dynamisme |
| Positions parallèles | 6e et 7e positions introduites par Serge Lifar |
3. Danse moderne (fin XIXe – années 1950) : deux courants majeurs
La danse moderne se développe en deux grandes voies, avec des approches différentes :
| Courant | Origines et figures clés | Particularités |
|---|---|---|
| Américaine | Isadora Duncan, Loïe Fuller, Martha Graham, Dorise Humphrey, Merce Cunningham | Expression libre, rupture avec la rigueur classique |
| Allemande | R. Von Laband, E. Jacque Dalcroze (précurseurs), Mary Wigman, Hanya Holm, Kurt Joos | Approche plus rythmique et corporelle, lien avec la musique et l’expression intérieure |
À retenir : La danse moderne marque une rupture avec la rigueur classique en valorisant l’expression personnelle et la liberté du mouvement, tandis que la danse néo-classique affine et modernise les codes classiques.
La danse jazz et hip hop
1. La danse jazz et hip hop : contexte et évolution
La danse jazz et hip hop s'inscrivent dans une rupture avec la tradition classique, reflétant les bouleversements économiques, sociaux et culturels du début du XXe siècle, notamment la révolution industrielle, les échanges et les migrations. Ces danses incarnent une nouvelle conception du corps dansant, plus libre et incarnée, souvent portée par des femmes.
2. Postmodern dance (années 1960-1970)
La postmodern dance, née aux États-Unis dans les années 1960-1970, rejette les principes fondateurs de la Modern Dance dans un contexte de contreculture. Elle remet en question :
- Le processus et les raisons de la création chorégraphique
- La nécessité d’une technique ou d’une expressivité codifiée
a) Caractéristiques clés
| Aspect | Description |
|---|---|
| Geste « brut » | Utilisation de mouvements quotidiens : marche, course, gestes répétitifs |
| Tout mouvement est danse | La danse n’est plus réservée aux gestes codifiés ou esthétiques |
| Dépersonnalisation | Tout le monde peut être danseur, même sans formation |
| Libération | Danse affranchie de la narration, des personnages, de l’expressivité et de la technique |
| Défi au public | La danse défie les attentes traditionnelles du spectateur |
b) Manifestations et figures
- Manifeste du « Non » par Yvonne Rainer, symbole du rejet des conventions
- Performers de la Judson Church, pionniers du mélange des expressions artistiques
- Performances hors des lieux traditionnels de représentation
- Création du contact improvisation par Steve Paxton en 1972, mettant l’accent sur l’improvisation et le contact physique entre danseurs
La postmodern dance affirme que tout mouvement, même quotidien, peut être danse, et que la danse peut être pratiquée par tous, sans formation préalable.
La danse contemporaine
1. La danse contemporaine
La danse contemporaine se caractérise par un métissage des styles, une interdisciplinarité et une hybridité qui en font une forme d’expression artistique ouverte et évolutive. Elle est souvent considérée comme une danse d’auteur et de création, centrée sur l’expérience esthétique et l’émotion.
a) Caractéristiques clés
- Performance : la danse contemporaine est une forme de spectacle où l’interprétation et la présence scénique sont essentielles.
- Improvisation : elle intègre fréquemment des moments d’improvisation, favorisant la spontanéité et la créativité.
- Œuvre originale : chaque création est unique, reflétant la vision personnelle du chorégraphe.
b) Figures majeures de la Post Modern Dance
| Nom | Contribution principale |
|---|---|
| Lucinda Childs | Chorégraphie minimaliste et répétitive |
| Yvonne Rainer | Remise en question des codes traditionnels |
| Robert Dunn | Enseignant influent, promoteur de la danse expérimentale |
| Trisha Brown | Exploration des mouvements naturels et du corps dans l’espace |
| Ann Halprin | Intégration de la danse et de la thérapie, approche holistique |
2. La danse Jazz
Issue d’un métissage culturel afro-américain, la danse jazz est un assemblage de plusieurs disciplines :
- Claquettes
- Danses swing (années 1940)
- Comédies musicales
- Cabaret
Le Modern’jazz est une alliance entre le jazz et la danse moderne, tandis que le street jazz et le jazz fusion illustrent son évolution et sa diversité.
a) Caractéristiques techniques
- Rythmes syncopés : utilisation du contretemps, créant un effet rythmique dynamique.
- Musique : principalement blues et gospel.
- Pulsation : rythme marqué et énergique.
- Énergie : mouvements vifs et expressifs.
- Dissociation segmentaire : isolations des différentes parties du corps.
- Routines d’apprentissage : séquences répétitives pour maîtriser les techniques.
3. La danse Hip Hop
- Origines : née dans le Bronx à New York dans les années 1960, liée à la culture afro-américaine et à la naissance du rap.
- Diversité : regroupe plusieurs techniques et formes variées.
- Institutionnalisation : intégrée aux scènes contemporaines françaises à partir des années 1980.
À retenir : La danse contemporaine est une forme d’expression artistique hybride, mêlant métissage, interdisciplinarité, improvisation et création originale, incarnée par des figures clés de la Post Modern Dance.