Un Égyptien : Moïse
1. Moïse : un personnage historique ou légendaire ?
- Moïse est considéré comme un libérateur du peuple juif, fondateur de ses lois et de sa religion.
- Sa période probable : XIIIe ou XIVe siècle av. J.-C.
- Sources principales : Livres saints et traditions juives.
- La plupart des historiens admettent que Moïse a réellement vécu et que l'Exode a eu lieu.
- Rejeter cette hypothèse rendrait l'histoire d'Israël incompréhensible.
2. Origine et signification du nom "Moïse"
| Hypothèse | Détails | Critique |
|---|---|---|
| Étymologie hébraïque | "Moïse" (Mosche) signifierait "celui qui a été retiré des eaux" (exode, chapitre II) | Étymologie populaire, incompatible avec la forme hébraïque active "Mosche" ("le retireur") |
| Origine égyptienne | "Mose" signifie "enfant" en égyptien, souvent combiné avec un nom de divinité (Amon-mose) | Plus plausible, car princesse égyptienne ne connaissait pas l'hébreu, et le Nil n'est pas l'eau du récit |
- Le suffixe grec "-s" dans "Moses" n'appartient pas à l'hébreu.
- Le nom "Moïse" est fréquent dans les noms royaux égyptiens (Ahmose, Thoutmose, Ramsès).
3. Pourquoi Moïse n'est-il pas considéré comme Égyptien ?
- Malgré l'origine égyptienne probable du nom, les historiens hésitent à conclure que Moïse était lui-même égyptien.
- Cette réticence vient du respect de la tradition biblique qui présente Moïse comme un Hébreu.
- Freud propose de dépasser cette tradition pour mieux comprendre l'histoire.
4. Le mythe de la naissance du héros (O. Rank, 1909)
-
Caractéristiques communes des héros légendaires :
- Naissance de parents nobles, souvent royaux.
- Grossesse précédée de difficultés ou d'interdictions.
- Prédiction annonçant un malheur lié à l'enfant.
- Ordre d'exposer ou tuer le nouveau-né.
- Sauvetage miraculeux (souvent par des animaux ou des gens modestes).
- Retrouvailles avec la famille noble et ascension sociale.
- Vengeance ou confrontation avec le père.
-
Exemples : Sargon d'Agade, Oedipe, Romulus, Cyrus, Moïse (partiellement).
5. Particularités du mythe de Moïse
| Élément du mythe | Légende type | Légende de Moïse | Interprétation psychanalytique |
|---|---|---|---|
| Famille noble | Famille d'origine de l'enfant | Famille modeste (Lévites juifs) | Les deux familles sont identiques dans le temps |
| Famille modeste | Famille qui recueille l'enfant | Famille royale égyptienne (princesse) | La famille noble est imaginaire, la modeste réelle |
| Abandon de l'enfant | Exposition aux eaux (danger) | Abandon aux eaux du Nil (sauvetage) | L'abandon symbolise la naissance, l'eau le liquide amniotique |
| Statut initial du héros | Naissance modeste, ascension | Début héroïque déjà élevé (éducation royale) | Moïse commence au niveau des enfants d'Israël |
- La légende juive a modifié le mythe pour faire de Moïse un héros juif, malgré son origine égyptienne probable.
- Le mythe a été adapté pour des raisons nationales : glorifier Moïse comme un héros juif.
6. Conclusion psychanalytique sur l'origine de Moïse
- La famille qui abandonne Moïse est probablement imaginaire.
- La famille qui l'élève (la maison royale égyptienne) est la vraie.
- Moïse serait donc un Égyptien de noble naissance, transformé en héros juif par la légende.
- Cette hypothèse éclaire les motifs de l'entreprise de Moïse et l'origine des lois et de la religion juive.
- Freud insiste sur la prudence : ces conclusions restent des probabilités psychologiques, faute de preuves historiques directes.
À retenir : Moïse, dont le nom est d'origine égyptienne, est vraisemblablement un noble Égyptien adopté par la tradition juive comme héros national, ce qui explique la singularité de son mythe de naissance et d'abandon.
Si Moïse fut égyptien
1. Origine égyptienne de Moïse : hypothèse et enjeux
- Nom de Moïse dérivé du vocabulaire égyptien, suggérant une origine égyptienne.
- Moïse serait un Égyptien devenu chef et législateur du peuple juif, transformé en Juif par son peuple.
- Cette hypothèse repose sur des probabilités psychologiques, non sur des preuves objectives.
2. Difficultés liées à l'origine égyptienne de Moïse
| Problème | Description |
|---|---|
| Chef égyptien à la tête d'étrangers | Peu plausible qu’un Égyptien noble dirige une troupe d’immigrés sémites |
| Création d’une religion nouvelle | Moïse impose une religion monothéiste rigide, contrastant avec le polythéisme égyptien |
| Contraste religieux | Religion juive : monothéisme strict, interdit images et nom de Dieu ; religion égyptienne : polythéisme, magie, nombreuses divinités animales |
3. Monothéisme d’Aton sous Akhenaton (Amenhotep IV)
- Vers 1375 av. J.-C., Akhenaton instaure un monothéisme exclusif centré sur Aton, dieu solaire universel.
- Rejet des cultes traditionnels, fermeture des temples, persécution des prêtres d’Amon.
- Caractéristiques de la religion d’Aton :
- Exclusion des mythes, magie et sorcellerie.
- Dieu représenté par un disque solaire avec des rayons terminés par des mains humaines, sans image personnelle.
- Négation du culte d’Osiris et de l’au-delà.
- Cette réforme échoue rapidement après la mort d’Akhenaton (1358 av. J.-C.).
4. Parallèles entre religion mosaïque et religion d’Aton
| Aspect | Religion mosaïque | Religion d’Aton |
|---|---|---|
| Monothéisme | Rigoureux, Dieu unique, interdit images et nom | Rigoureux, Dieu unique, exclusif |
| Magie et sorcellerie | Condamnées | Exclues |
| Culte du soleil | Abandonné | Central |
| Vie après la mort | Négation totale | Négation totale |
| Éthique | Vérité et justice (Maat) valorisées | Vivant en Maat (vérité, justice) |
À retenir : La religion mosaïque semble dériver de la religion d’Aton, rejetée par l’Égypte.
5. Circoncision : un indice égyptien
- Pratique répandue en Égypte, attestée par Hérodote et les momies.
- Absente chez les Sémites et Babyloniens.
- Moïse impose la circoncision aux Juifs, ce qui suggère une origine égyptienne.
- La circoncision sert à distinguer les Juifs des autres peuples et à perpétuer un lien avec l’Égypte.
6. Hypothèse chronologique et historique
- Moïse serait contemporain ou proche d’Akhenaton.
- Après la mort d’Akhenaton, Moïse, noble égyptien, aurait dirigé l’exode des tribus sémitiques vers Canaan.
- L’Exode aurait eu lieu entre 1358 et 1350 av. J.-C., durant une période d’anarchie en Égypte.
- Moïse aurait voulu fonder un nouvel empire avec la religion monothéiste d’Aton.
7. Fusion des traditions et dualité des figures de Moïse
- Deux Moïses distincts dans la tradition :
- Moïse égyptien : fondateur de la religion monothéiste d’Aton, chef politique.
- Moïse midianite : gendre du prêtre Jethro, lié à la religion de Jahvé, dieu local des volcans.
- La tradition juive a fusionné ces deux figures pour former un seul personnage.
- La religion de Jahvé, adoptée à Quadès (Meribat-Quadès), est une religion locale, violente et sanguinaire, distincte du monothéisme d’Aton.
8. Déformations et remaniements du récit biblique
- L’Hexateuque est composé de plusieurs sources (Jahviste, Élohiste, Deutéronomiste, Code des prêtres) compilées entre le VIIe et Ve siècle av. J.-C.
- Le texte biblique contient des contradictions, répétitions et altérations dues à des tendances déformantes.
- Ces déformations visent notamment à :
- Dissimuler l’origine égyptienne de Moïse et la circoncision.
- Transférer l’action de Moïse vers Midian et Quadès.
- Rattacher la religion à des patriarches cananéens pour légitimer Jahvé comme dieu ancestral.
9. Meurtre de Moïse et abandon de sa religion
- Selon une tradition ancienne (découverte par Ed. Sellin), Moïse aurait été tué par son peuple lors d’une révolte.
- Après sa mort, sa religion fut abandonnée, mais la tradition a été conservée par ses partisans, notamment les Lévites.
- La religion mosaïque originelle, rigoureuse et éthique, fut progressivement supplantée par la religion de Jahvé.
- Les prophètes ultérieurs ont réhabilité les idées éthiques de Moïse, insistant sur la justice et la vérité (Maat).
10. Synthèse des dualités dans l’histoire juive
| Dualité | Description |
|---|---|
| Deux peuples | Juifs restés en Canaan et Juifs revenus d’Égypte |
| Deux royaumes | Israël et Juda issus de la division |
| Deux noms divins | Jahvé et Elohim dans les sources bibliques |
| Deux religions | Religion d’Aton (Moïse égyptien) et religion de Jahvé (Midianite) |
| Deux Moïses | Moïse égyptien fondateur et Moïse midianite légendaire |
À retenir : La complexité de l’histoire juive résulte de la fusion et du conflit entre ces dualités, avec une influence majeure d’un Moïse égyptien porteur d’un monothéisme éthique.
Moïse, son peuple et le monothéisme
1. Hypothèse historique du monothéisme égyptien et juif
- Monothéisme d'Aton : Initié par le pharaon Amenhotep IV (Ikhnaton) vers 1350 av. J.-C., il instaure la religion d'Aton, un dieu solaire universel, rejetant la magie et la vie après la mort. C’est le premier monothéisme connu.
- Moïse égyptien : Un haut fonctionnaire égyptien, partisan d'Aton, quitte l'Égypte avec une tribu sémitique, leur transmet la religion d'Aton, la circoncision et des lois strictes. Il est à l'origine du monothéisme juif.
- Exode et fusion tribale : Après l'Exode (~1350-1215 av. J.-C.), les Juifs fusionnent avec d'autres tribus en Quadès, adoptant le culte de Jahvé, dieu volcanique, avant d'envahir Canaan.
- Transformation de Jahvé : Jahvé évolue pour ressembler de plus en plus à Aton, devenant un dieu unique, cruel et exigeant, avec les Juifs comme peuple élu.
2. Latence et tradition dans l'histoire religieuse juive
- Latence religieuse : Après le rejet initial de la religion mosaïque, une longue période de silence suit, comparable à la latence d'une névrose traumatique.
- Tradition orale vs écrite : La tradition orale conserve des souvenirs authentiques et parfois plus fidèles que les textes écrits, qui peuvent être déformés par des intérêts politiques ou religieux.
- Renaissance du monothéisme : La tradition mosaïque, bien que déformée, resurgit progressivement et influence profondément la religion juive, transformant Jahvé en dieu mosaïque.
3. Analogie avec la névrose individuelle
| Aspect religieux | Analogie psychanalytique |
|---|---|
| Latence de la religion mosaïque | Latence d'une névrose traumatique |
| Refoulement d'un souvenir douloureux | Refoulement d'un traumatisme infantile |
| Retour du refoulé sous forme de tradition | Symptômes névrotiques, fixation au traumatisme |
| Influence obsédante et compulsionnelle | Caractère compulsionnel des symptômes |
- Les traumatismes précoces (2-5 ans), oubliés mais puissants, provoquent des symptômes obsédants.
- Le refoulement maintient ces souvenirs inconscients, mais ils peuvent resurgir déformés.
- La religion juive serait une manifestation collective d'un tel "retour du refoulé".
4. Origine préhistorique du monothéisme et totémisme
- Horde primitive : Société patriarcale dirigée par un père tyrannique, possédant toutes les femmes.
- Révolte des fils : Les fils tuent le père (patricide), instaurent un ordre social basé sur le renoncement aux instincts (tabou de l'inceste, exogamie).
- Totémisme : L'animal totem remplace symboliquement le père, vénéré mais aussi sacrifié lors d'un repas rituel, rappel du meurtre du père.
- Évolution religieuse : Du totémisme à la divinité humaine, puis à la divinité unique, reflet de la restauration symbolique du père primitif.
5. Moïse, le grand homme et la formation du peuple juif
- Moïse incarne la figure paternelle, conférant au peuple juif la confiance d'être le peuple élu.
- Le "grand homme" exerce son influence par sa personnalité (autorité paternelle) et l'idée qu'il défend (monothéisme).
- Moïse reprend et transmet l'idée monothéiste d'Aton, adaptée au peuple juif.
- La religion mosaïque impose un renoncement aux instincts, une spiritualité élevée et une éthique stricte.
6. Progrès spirituel et renoncement aux instincts
- Interdiction de l'image de Dieu : Dieu est invisible, ce qui favorise l'abstraction et la spiritualité.
- Triomphe de la spiritualité : La pensée abstraite prime sur la perception sensorielle, marquant un progrès culturel.
- Renoncement aux pulsions : La morale juive repose sur la restriction des instincts sexuels et agressifs, liée à l'autorité paternelle intériorisée (surmoi).
- Sainteté et interdictions : Le caractère sacré traduit la volonté du père primitif, mêlant respect et crainte (exemple : tabou de l'inceste, circoncision comme symbole de castration).
7. Vérité historique et retour du refoulé
- La religion mosaïque agit indirectement par la tradition, qui conserve un souvenir déformé mais puissant d'un événement primordial (meurtre du père primitif).
- Le monothéisme juif est un "retour du refoulé" collectif, analogue aux symptômes névrotiques individuels.
- La tradition religieuse est inconsciente, obsédante, et échappe à la pensée logique.
- Le christianisme, fondé par Paul, reprend ce sentiment de culpabilité collective (péché originel) et propose une rédemption par le sacrifice du Fils de Dieu, successeur symbolique du père primitif.
8. Caractère et destinée du peuple juif
- Moïse crée le peuple juif en lui donnant une religion qui renforce sa confiance en lui-même et son sentiment d'élection divine.
- Cette foi confère au peuple une ténacité exceptionnelle et explique en partie l'hostilité qu'il suscite.
- Le peuple juif se distingue par une forte identité religieuse, une éthique rigoureuse et un attachement à l'étude des textes sacrés.
- La persistance de cette identité est liée à la tradition religieuse et à la mémoire collective inconsciente.
À retenir : Le monothéisme juif est l'expression collective d'un "retour du refoulé" historique et psychique, fondé sur la figure paternelle symbolique de Moïse, qui a transmis une religion de renoncement, d'élection et de spiritualité, façonnant le caractère et la destinée du peuple juif.