Les missions de l'École dans la société démocratique
1. Introduction
- École = passeport social : dans une société démocratique, l’École transmet des savoirs et vise à favoriser l’égalité des chances en effaçant l’héritage familial au profit du mérite individuel.
- La méritocratie repose sur l’attribution des positions sociales selon le mérite attesté par le diplôme.
- Malgré les réformes depuis le XIXe siècle, les inégalités scolaires persistent (origine sociale, genre, stratégies familiales).
2. À quoi sert l’École ?
a) Self made man ou réussite scolaire ?
- Démocratie = égalisation des conditions (Tocqueville) : la mobilité sociale est la possibilité pour tous d’accéder aux positions sociales, non l’égalité des positions.
- Mythe américain : self made man, réussite individuelle par l’effort personnel (ex. Steve Jobs).
- Modèle français : réussite sociale par la réussite scolaire (ex. Georges Pompidou).
- L’École est un vecteur central de mobilité sociale en France depuis le XIXe siècle.
b) Des réformes scolaires pour favoriser l’égalité des chances
| Période | Caractéristiques de l’École | Objectifs / Limites |
|---|---|---|
| Ancien Régime | École élitiste et genrée, accès réservé aux fils de nobles et bourgeois, filles exclues | Maintien des inégalités sociales et genrées |
| Révolution française | Abolition de la société d’ordres, mais système scolaire segmenté au XIXe siècle | Lycées pour bourgeois, faible scolarisation des classes populaires |
| Loi Guizot (1833) | Obligation d’école primaire publique pour garçons dans chaque commune | Première tentative d’universalisation, mais peu appliquée faute de moyens |
- L’École vise à offrir à tous les mêmes chances, mais la mise en œuvre reste inégale.
3. Missions principales de l’École dans la société démocratique
- Transmission des savoirs : garantir un socle commun de connaissances.
- Favoriser l’égalité des chances : offrir à chaque enfant, indépendamment de son origine sociale, la possibilité de réussir.
- Sélection sociale par le mérite : diplômes comme critères d’accès aux positions sociales.
- Socialisation : intégrer les élèves aux valeurs démocratiques et citoyennes.
- Réduction des inégalités : lutter contre les effets de l’héritage familial et des discriminations.
À retenir : L’École dans une société démocratique est conçue comme un levier d’égalité des chances, fondé sur la méritocratie, mais les inégalités sociales et genrées persistent malgré les réformes.
La démocratisation et la massification scolaires
1. La démocratisation et la massification scolaires
a) Les grandes étapes de la démocratisation scolaire en France
- Loi Falloux (1850) : obligation d’ouvrir une école primaire de filles dans les communes > 800 habitants.
- Lois Ferry (1881-1882) :
- Gratuité de l’enseignement primaire public.
- Laïcité et obligation scolaire de 6 à 13 ans.
- Ouverture aux catégories populaires (ouvriers, paysans).
- Front populaire (1936) : scolarité obligatoire jusqu’à 14 ans.
- Ve République : ouverture sociale de l’enseignement secondaire.
- Réforme Berthoin (1959) : obligation scolaire jusqu’à 16 ans, introduction d’un cycle d’observation (6e-5e).
- Réforme Fouchet (1963) : création du collège d’enseignement général et secondaire (4e-3e).
- Loi Haby (1975) : collège unique, accès au lycée pour tous.
- Années 1980 : massification du lycée.
- Objectif « 80% d’une classe d’âge au bac » (Chevènement, 1985).
- Création du bac professionnel (1985) pour prolonger les études après CAP/BEP.
- Loi d’orientation scolaire (1989) de Jospin.
b) Les missions de l’École selon Émile Durkheim
- L’École est une instance de socialisation méthodique de la jeunesse.
- Transition du contenu religieux/moral vers des savoirs humanistes et scientifiques, liée à la laïcisation et aux transformations économiques.
- Objectifs des lois Ferry :
- Développement économique (instruction minimale pour travailleurs).
- Intégration civique et culturelle (valeurs républicaines).
- L’éducation est un capital humain (Gary Becker) : accumulation de savoirs et compétences augmentant la productivité individuelle et le salaire.
- L’École est un vecteur de méritocratie : les diplômes permettent l’ascension sociale, remplaçant la société héréditaire.
L’École démocratise la société quand elle garantit l’égalité des chances et l’accès aux diplômes pour tous, indépendamment de l’origine sociale.
c) La démocratisation scolaire : définitions et enjeux
| Sens de la démocratisation | Description | Exemple |
|---|---|---|
| Quantitative | Augmentation du taux de scolarisation dans une classe d’âge (massification). | Plus d’élèves accèdent au collège et au lycée. |
| Qualitative | Égalité réelle de réussite scolaire, indépendamment de l’origine sociale, du genre, etc. | Accès équitable aux filières prestigieuses et aux diplômes valorisés. |
- Pierre Merle critique cette distinction et parle de démocratisation ségrégative : ségrégation sociale dans les filières (ex : bac général vs bac technologique), accès inégal aux Grandes Écoles.
d) La massification scolaire sous la Ve République
- Massification = accès élargi à des niveaux d’études auparavant réservés à une élite.
- Réformes Berthoin, Fouchet, Haby : généralisation de l’accès au collège.
- Réformes Chevènement et Jospin : accès massif au lycée et au baccalauréat.
Évolution des effectifs scolaires (1958-2014)
| Niveau scolaire | Évolution des effectifs (1958 → 2014) |
|---|---|
| Fin d’études primaires/collège | 2 millions → augmentation significative |
| Second cycle général/technologique | 339 300 → 1 439 800 élèves |
| Proportion de bacheliers | 78,3% en 2014 (38% généraux, 16,2% technologiques, 24,1% professionnels) |
Enseignement supérieur
- Forte croissance des effectifs depuis les années 1980.
- En 2016, près de 46% des jeunes sortent du système scolaire avec un diplôme supérieur.
- Seulement 6% des sortants n’ont aucun diplôme.
La massification scolaire a permis un accès élargi à l’éducation, mais la démocratisation qualitative reste incomplète en raison des inégalités persistantes dans le type de diplômes obtenus.
2. À retenir
La démocratisation scolaire combine massification quantitative (plus d’élèves scolarisés) et égalité qualitative (réussite équitable), mais la ségrégation sociale dans les filières limite encore la pleine réalisation de la méritocratie.
La persistance des inégalités scolaires malgré la massification
1. La massification scolaire et ses limites
- Massification scolaire = augmentation quantitative de la scolarisation, avec une part croissante de la population accédant à l'enseignement supérieur (47 % des 25-34 ans diplômés en 2018 en France).
- Malgré cette massification, les inégalités scolaires persistent fortement selon l'origine sociale :
- 79 % des enfants de cadres supérieurs sont diplômés du supérieur contre 29 % des enfants d’ouvriers.
- Ces inégalités sont mesurées par le rapport des chances relatives (odds ratio), qui compare les probabilités d’accès à un diplôme selon l’origine sociale. Plus ce rapport est élevé, plus l’inégalité est forte.
- Exemple : pour la génération née entre 1919 et 1928, un garçon d’origine populaire a 32,7 fois plus de chances de ne pas avoir de diplôme supérieur qu’un garçon d’origine supérieure.
2. Inégalités scolaires cumulatives
- Les inégalités apparaissent dès l’entrée à l’École et s’accentuent au fil de la scolarisation, car elles sont cumulatives.
- Les enfants des classes populaires sont surreprésentés parmi les élèves sortant sans formation, tandis que les enfants des classes supérieures dominent dans les filières sélectives.
- Les inégalités sont aussi genrées :
- Les filles réussissent mieux que les garçons jusqu’en Terminale (meilleures notes, mentions).
- Cependant, elles sont sous-représentées dans les filières sélectives (IUT, écoles d’ingénieurs) et surreprésentées dans les filières de santé, littéraires et juridiques.
3. Facteurs d’inégalités de réussite scolaire
a) Le capital culturel (Bourdieu et Passeron)
- Le capital culturel est un ensemble de ressources culturelles transmises par la famille qui favorisent la réussite scolaire.
- Il existe sous trois formes :
- Incorporé : dispositions durables (compétences, savoir-être).
- Objectivé : biens culturels (livres, œuvres d’art).
- Institutionnalisé : diplômes et titres scolaires.
- Les familles des classes dominantes transmettent ce capital culturel pour assurer leur reproduction sociale.
- L’École valorise implicitement ce capital culturel, notamment par le langage, le raisonnement et la culture générale, ce qui avantage les enfants des classes supérieures.
- L’habitus (ensemble des dispositions sociales et culturelles) des enfants de cadres est en affinité avec celui des enseignants, facilitant leur réussite.
- L’École, en se déclarant neutre, légitime les inégalités sociales en attribuant l’échec à des différences intellectuelles plutôt que sociales.
À retenir : L’École reproduit les inégalités sociales en valorisant le capital culturel des classes dominantes, ce qui maintient leur domination générationnelle.
b) Le rôle des stratégies familiales (Boudon)
- Selon Raymond Boudon, les inégalités scolaires s’expliquent aussi par les stratégies des familles qui influencent les choix scolaires des enfants.
- Ces stratégies peuvent renforcer les inégalités en orientant différemment les enfants selon leur origine sociale.
4. Synthèse des inégalités scolaires
| Dimension | Description | Exemple / Donnée clé |
|---|---|---|
| Origine sociale | Inégalités fortes entre enfants de cadres et d’ouvriers | 79 % vs 29 % diplômés du supérieur |
| Cumul des inégalités | Inégalités dès l’entrée à l’École, qui s’accentuent avec la scolarisation | Surreprésentation des enfants d’ouvriers sans diplôme |
| Genre | Filles réussissent mieux mais sont sous-représentées dans les filières sélectives | 32 % filles avec mention « bien » ou « très bien » au bac scientifique |
| Capital culturel | Transmission familiale de ressources culturelles favorisant la réussite | Habitus en affinité avec celui des enseignants |
| Stratégies familiales | Choix et investissements différenciés selon l’origine sociale | Orientation vers filières sélectives ou non |
Cette persistance des inégalités scolaires montre que la massification quantitative ne suffit pas à assurer une démocratisation réelle de l’accès à la réussite scolaire.
Le rôle du capital culturel et des stratégies familiales
1. Le rôle du capital culturel et des stratégies familiales
a) Inégalités culturelles selon l'origine sociale
- Capital culturel : ensemble des connaissances, compétences et pratiques culturelles transmises par la famille.
- Les étudiants issus de milieux sociaux élevés possèdent un capital culturel plus riche et diversifié (musique classique, théâtre, peinture, jazz, cinéma).
- Ces inégalités culturelles persistent même dans des domaines dits « arts de masse » (ex. : histoire du jazz, fréquentation des musées).
- En l'absence d'un enseignement organisé, les pratiques culturelles reflètent davantage les déterminismes sociaux que les goûts individuels.
À retenir : Les inégalités culturelles sont particulièrement marquées dans les domaines non institutionnalisés, où le capital culturel familial joue un rôle déterminant.
b) Les stratégies scolaires des élèves et de leurs parents (Raymond Boudon)
- L'école est un système de filtrage qui oriente les élèves vers des formations adaptées au marché du travail.
- À chaque point de bifurcation (ex. : passage en 3ème, 2nde), élèves et parents font un calcul rationnel basé sur :
- Coûts : frais, perte de salaire, effort.
- Risques : échec scolaire, perte de temps.
- Avantages : salaire futur, prestige du diplôme.
- Les familles populaires surestiment les coûts et risques, sous-estiment les avantages → auto-exclusion des filières valorisées.
- Les familles aisées connaissent mieux les avantages, peuvent assumer les coûts et compenser les risques (ex. : soutien scolaire).
- L'école n'est pas responsable des inégalités, ce sont les stratégies familiales qui les produisent.
| Facteurs influençant les choix scolaires | Effets sur les familles populaires | Effets sur les familles aisées |
|---|---|---|
| Coûts (financiers, effort) | Surestimés | Assumés facilement |
| Risques (échec, perte de temps) | Surestimés | Compensés |
| Avantages (salaire, prestige) | Sous-estimés | Bien évalués |
- Pour réduire les inégalités, Boudon propose :
- Réduire le nombre de choix stratégiques.
- Diminuer les coûts (ex. : bourses).
- Renforcer la dépendance des choix scolaires aux résultats réels.
À retenir : Les inégalités scolaires résultent des stratégies rationnelles des familles, influencées par leur origine sociale.
c) L'école comme espace d'interactions
1. La maîtrise du métier d'élève
- Les règles scolaires ne sont pas toujours explicitement enseignées ; les élèves doivent apprendre à les comprendre et à les appliquer en situation.
- L'élève compétent sait gérer les interactions en classe : solliciter l'enseignant et ses pairs.
- Les élèves issus de milieux populaires, notamment les garçons, ont souvent plus de difficultés à gérer ces interactions, ce qui contribue à leur échec scolaire.
- La maîtrise du métier d'élève est une compétence interactionnelle essentielle pour réussir.
2. L'effet-maître (effet-enseignant)
- L'enseignant influence la réussite par sa capacité à mobiliser et stimuler les élèves.
- L'effet-maître dépend de la gestion des interactions, de la différenciation pédagogique et de la clarté des objectifs.
- La mise en activité des élèves est plus efficace que le simple cours magistral.
- L'effet Pygmalion : les attentes élevées de l'enseignant améliorent les performances des élèves (prophétie autoréalisatrice).
3. L'effet-établissement et l'effet-classe
- Les établissements scolaires recrutent socialement de manière très hétérogène.
- À population sociale comparable, les performances varient selon l'établissement, soulignant l'importance du contexte scolaire.
À retenir : La réussite scolaire dépend aussi des interactions en classe, des attentes des enseignants et du contexte de l'établissement, au-delà des seules ressources familiales.
L'École comme espace d'interactions et de mobilisation
1. Facteurs favorables à la réussite scolaire
- Stabilité et bonne entente de l’équipe pédagogique : favorisent la cohérence et la mise en œuvre de projets communs.
- Leadership du chef d’établissement : impulse des projets et soutient les enseignants, notamment en matière de discipline.
- Niveau d’attente élevé : traitement complet des programmes, devoirs à la maison, etc.
2. Effet-classe et réussite scolaire
- La composition sociale de la classe influence la réussite : l’hétérogénéité sociale est bénéfique aux élèves moins dotés en capital culturel.
- L’ambiance de la classe (absence de conflits, bonne entente) est essentielle pour des interactions positives.
3. Mobilisation des familles
a) Rendre possibles des réussites improbables
- Selon Bernard Lahire, la transmission du capital culturel parental n’est pas automatique : certains enfants des classes dominantes échouent (méshéritiers), tandis que certains enfants populaires réussissent.
- Le rôle clé des mères dans la socialisation familiale : elles transmettent un mode de raisonnement, une gestion du temps et un rapport à l’école favorables à la réussite.
- Dans les milieux populaires, l’apprentissage scolaire s’appuie souvent sur des activités pratiques (listes de courses, cahier de comptes).
- Les enfants qui réussissent sont souvent des "maîtres du temps", c’est-à-dire qu’ils s’adaptent au rythme scolaire (heures régulières de coucher, repas, etc.).
- L’intériorisation des contraintes temporelles (ex. usage de la montre) est un facteur de réussite.
- La fratrie joue un rôle important : l’aîné agit souvent comme passeur culturel, et les filles réussissent mieux grâce à leur proximité avec la mère et les échanges entre sœurs.
À retenir : La réussite scolaire dépend autant de la gestion du temps et des relations familiales que de la possession d’un capital culturel classique.
b) Le diplôme, arme des faibles
- Avec la massification de l’école, les familles populaires prennent conscience de l’importance du diplôme pour la mobilité sociale.
- Enquête INSEE (2000) : les parents ouvriers poussent de plus en plus leurs enfants à poursuivre leurs études.
- Cette stratégie s’explique par une adaptation aux transformations de l’école (idéologie méritocratique) et du marché du travail (importance croissante des diplômes).
| Génération | % de fils d’ouvriers poussés à continuer leurs études |
|---|---|
| 1945-1959 | 55% |
| 1960-1969 | 70% |
| 1970-1984 | 82% |
c) Les classes moyennes et le choix de l’école
- Les familles des classes moyennes sont souvent des "choosers" : elles élaborent des stratégies pour choisir l’école la plus favorable.
- Objectifs des parents :
- Investissement en capital humain pour un diplôme rentable.
- Bien-être et développement personnel de l’enfant.
- Stratégies utilisées :
- Déménagement pour accéder à des établissements réputés.
- Contournement de la carte scolaire (adresse professionnelle, grands-parents).
- Choix d’établissements privés.
- Le marché immobilier est lié à la réputation des collèges : prix des logements plus élevés dans les secteurs scolaires réputés.
- En cas d’échec des stratégies, les parents s’impliquent davantage dans l’école pour la faire évoluer.
4. Synthèse des rôles familiaux dans la réussite scolaire
| Facteur | Description |
|---|---|
| Transmission culturelle | Non automatique, dépend du temps et de l’investissement familial, surtout maternel |
| Gestion du temps | Emploi du temps régulier, intériorisation des contraintes temporelles |
| Rôle de la fratrie | Aînés comme passeurs culturels, échanges entre sœurs favorisant la réussite |
| Stratégies scolaires | Poussée à la poursuite des études, choix d’école, déménagement, contournement de la carte scolaire |
| Capital culturel | Différent selon les milieux, mais la réussite peut exister même sans capital classique |
À retenir : L’école est un espace d’interactions complexes où la réussite dépend autant des dynamiques internes (classe, enseignants) que des mobilisations familiales et des stratégies sociales.
Les inégalités de genre dans la réussite scolaire
1. Inégalités de genre dans la réussite scolaire
a) Socialisation familiale différenciée
- Socialisation genrée : Les filles et les garçons sont socialisés différemment dès l'enfance, avec des jouets et des rôles symboliques distincts (ex. : poupées pour filles, soldats pour garçons).
- Rôles traditionnels : Dans les sociétés traditionnelles, les garçons sont préparés au rôle de « breadwinner » (gagnant de pain), les filles à celui de « care-dealer » (pourvoyeuse de soins).
- Remise en cause partielle : Malgré l'entrée massive des femmes sur le marché du travail, la socialisation familiale influence encore les choix d’orientation, avec une préférence des filles pour les filières littéraires et juridiques, et un désintérêt pour les filières scientifiques.
- Ambition vs compétence (Baudelot & Establet) : Les filles ne sont pas moins compétentes en mathématiques, mais leur moindre ambition dans cette discipline explique leur moindre choix des filières scientifiques.
- Respect des règles : Les filles réussissent mieux en français grâce à une socialisation qui valorise la soumission aux règles formelles (orthographe, grammaire), ce qui influence leur réussite scolaire.
- Effet sur les choix scolaires : À niveau égal, les filles choisissent moins la filière scientifique au lycée et dans l’enseignement supérieur.
b) Le rôle de l’École dans les inégalités de genre
- Traitement différencié par les enseignants (Marie Duru-Bellat) :
- Les garçons reçoivent plus d’attention personnalisée, sont plus encouragés et interrogés.
- Les filles sont moins stimulées, surtout en mathématiques, où elles sont perçues comme moins naturellement douées.
- Interactions en classe de mathématiques :
- Moins d’interactions et d’encouragements cognitifs pour les filles.
- Les échecs des garçons sont perçus comme un problème de compétence, ceux des filles comme un manque de sérieux ou d’intérêt.
- Les filles apprennent qu’elles peuvent être « aimées » même en cas d’échec, à condition d’être sages.
- Jugements scolaires genrés dans l’enseignement supérieur (Blanchard, Orange, Pierrel) :
- Les appréciations valorisent le « potentiel » et les « capacités inexploitées » au masculin, tandis que le « travail sérieux » est attribué au féminin.
- Exemple de Léa et Loïc : malgré des résultats comparables, Loïc est encouragé à viser les écoles prestigieuses, Léa est découragée et ne se présente pas aux concours les plus exigeants.
- Conséquence : Ces jugements contribuent à une naturalisation des aspirations et renforcent la sous-représentation des filles dans les filières scientifiques et les grandes écoles.
| Aspect | Garçons | Filles |
|---|---|---|
| Socialisation familiale | Jouets mécaniques, ambition scientifique | Jouets domestiques, ambition littéraire |
| Attitude en classe | Plus d’interactions, encouragements | Moins d’interactions, fatalisme en cas d’échec |
| Jugements scolaires | Potentiel, capacités inexploitées | Travail sérieux, effort |
| Choix d’orientation | Plus de filières scientifiques | Plus de filières littéraires et juridiques |
| Résultats scolaires | Moins bons jusqu’en Terminale | Meilleurs jusqu’en Terminale |
À retenir : Les inégalités de genre dans la réussite scolaire résultent d’une socialisation familiale différenciée et d’un fonctionnement scolaire qui perpétue les stéréotypes, limitant les ambitions des filles, notamment dans les filières scientifiques.