Compléments sur la cité idéale de Platon
1. Mise en commun des personnes chez Platon
- Mise en commun étendue : Platon étend la mise en commun non seulement aux biens matériels, mais aussi aux femmes et enfants de la classe dirigeante (gardiens + philosophe-roi).
- Pas de mariage ni filiation reconnue : Les enfants sont élevés collectivement, sans lien de parenté biologique identifiable.
- But : Éliminer l’égoïsme et le favoritisme pour favoriser le bien commun.
- Limitation : Ce régime ne concerne que l’élite dirigeante, pas le peuple, soulignant un élitisme clair.
- Comparaison avec Thomas More : Platon réserve l’égalité hommes-femmes à l’élite, More l’étend à toute la société.
2. Critique d’Aristote
- Aristote partage l’objectif de Platon (amitié et concorde) mais critique la méthode.
- Selon lui, l’attachement naît de la possession personnelle (biens, famille).
- La mise en commun platonicienne dilue les liens sociaux, affaiblissant la concorde.
- Effet inverse : ce qui devait unir divise.
3. Eugénisme et dérive totalitaire
- La sélection des gardiens repose sur un contrôle eugéniste visant à produire une descendance « parfaite ».
- Cette logique peut mener au totalitarisme, illustré historiquement par le nazisme.
- Paradoxe des utopies : la quête de perfection conduit souvent à la privation des libertés individuelles.
Vouloir créer une société parfaite à tout prix conduit souvent au totalitarisme.
4. Huit thèmes récurrents des utopies post-Thomas More
| Thème | Description clé |
|---|---|
| Spatialité | Isolement géographique pour protéger la pureté sociale ; architecture pensée pour favoriser la concorde. |
| Temporalité | Uchronie, hors-temps ou régulation stricte du temps (travail, loisirs). |
| Lois | Fondées sur justice et égalité, elles régulent et ordonnent la société idéale. |
| Éducation | Façonne l’individu dès l’enfance, corrige et développe les qualités morales et intellectuelles. |
| Propriété | Souvent abolition de la propriété privée, parfois étendue aux personnes (mise en commun). |
| Travail | Deux modèles : absence totale de travail (épanouissement par les arts) ou travail hyperrationalisé selon les talents. |
| Rejet de la guerre | Désir de paix, guerre seulement défensive, jamais offensive. |
| Nature, sciences et techniques | Deux modèles : retour à la nature ou progrès scientifique comme solution aux maux humains. |
5. L’abbaye de Thélème (Rabelais, 1534)
- Contexte : Utopie postérieure à More, dans Gargantua.
- Principe de liberté : Devise « Fais ce que tu voudras », liberté fondée sur la raison et la vertu, non sur le désordre.
- Élitisme social : Ouverte géographiquement, mais fermée socialement (seuls nobles, riches, éduqués admis).
- Inversion des monastères réels : Liberté remplace la contrainte, élitisme remplace l’ouverture sociale.
- Exception à la spatialité : Ici, la société idéale est protégée par la sélection sociale, non par l’isolement géographique.
L’abbaye de Thélème illustre une utopie où la liberté raisonnée et l’élitisme social remplacent la contrainte et l’ouverture des monastères traditionnels.
Huit thèmes récurrents des récits d'utopie
1. Huit thèmes récurrents des récits d'utopie
a) Égalité et détestation de la guerre
- Égalité entre citoyens et entre hommes et femmes est un trait fondamental.
- Rejet de la guerre comme pratique sociale.
b) Mise en commun des biens
- Abolition de la propriété privée : tout est mis en commun, le bien public prime.
- Les habitants changent régulièrement de maison pour éviter l'attachement à la propriété.
- Ce principe est un précurseur du communisme, déjà présent chez Platon.
c) Travail collectif et régulé
- Tous travaillent pour le bien commun, principalement en agriculture.
- La régulation du travail est un élément récurrent dans les utopies postérieures.
d) Tolérance religieuse limitée
- Plusieurs religions sont tolérées, mais aucune religion d'État n'est imposée.
- Le catholicisme reste la religion dominante.
- Intolérance envers l’athéisme : croire en Dieu et en l’immortalité de l’âme est obligatoire.
- Les athées sont exclus, montrant que la liberté de conscience n’est pas absolue.
e) Procédés littéraires dans L’Utopie
- Récit de voyage imaginaire : narrateur Raphaël Hythlodée découvre une île inconnue.
- Le voyage permet un regard neuf et une critique déguisée de la société réelle.
- Choix de l’île : symbole d’isolement protégeant la société idéale des influences extérieures.
- Présence de deux narrateurs (Thomas Maurus et Raphaël Hythlodée) pour brouiller les pistes sur la véracité et la portée critique.
- L’œuvre oscille entre jeu littéraire et critique sérieuse (« serious game »).
f) Thomas More : biographie et influence
- Humaniste anglais (1478-1535), avocat, enseignant, homme politique.
- Idéaliste, catholique convaincu, il a conscience des dérives du pouvoir absolu.
- Exilé sous Henri VII, puis ambassadeur et chancelier sous Henri VIII.
- Refuse le schisme anglican, est exécuté pour trahison en 1535.
- Son œuvre reflète sa critique de la société anglaise inégalitaire et injuste.
g) La postérité de L’Utopie
- Thomas More crée un genre littéraire qui se développe ensuite.
- S’inspire de La République de Platon, premier modèle d’utopie.
h) La République de Platon : première utopie ?
- Écrit au IVe siècle av. J.-C., œuvre philosophique.
- Gouvernance par un philosophe-roi éduqué pour appliquer le bien commun.
- Propose la mise en commun des femmes et des enfants pour éliminer le favoritisme familial.
- Cette idée vise à orienter les individus vers le bien collectif plutôt que l’intérêt particulier.
- Différence majeure avec More : Platon conçoit un concept philosophique, More une fiction littéraire.
À retenir : Les récits d’utopie partagent des thèmes récurrents tels que l’égalité, la mise en commun des biens, la tolérance limitée, et utilisent le voyage imaginaire et l’île comme procédés littéraires pour critiquer la société réelle tout en proposant un modèle idéal.
L'abbaye de Thélème de Rabelais
1. L'abbaye de Thélème de Rabelais
L'abbaye de Thélème, imaginée par François Rabelais dans Gargantua, est une utopie qui illustre une société idéale fondée sur la liberté et le respect mutuel, en opposition aux institutions rigides de son temps.
a) Principes fondamentaux
- Liberté absolue : Les habitants vivent sans règles imposées, sauf celle de faire ce qu'ils veulent, à condition de ne nuire à personne.
- Refus de la contrainte : Contrairement aux monastères traditionnels, Thélème rejette la discipline stricte et les vœux forcés.
- Égalité et respect : Tous les membres sont égaux, sans distinction sociale ou de genre, et vivent en harmonie.
b) Organisation sociale
| Aspect | Description |
|---|---|
| Mode de vie | Volontaire, basé sur le libre arbitre |
| Relations sociales | Basées sur la confiance et la responsabilité |
| Éducation | Favorise le développement personnel et intellectuel |
| Travail | Choisi librement, sans contrainte |
c) Symbolisme et portée
- Critique sociale : Thélème dénonce les excès et la rigidité des institutions religieuses et politiques du XVIe siècle.
- Idéal humaniste : Elle incarne les valeurs de la Renaissance, valorisant la liberté individuelle, la raison et la tolérance.
- Utopie réalisable : Contrairement à d'autres utopies, Thélème propose un modèle qui repose sur la confiance en l'homme plutôt que sur des lois coercitives.
L'abbaye de Thélème illustre une utopie où la liberté individuelle est la règle suprême, fondée sur la confiance et le respect mutuel, en rupture avec les normes sociales et religieuses de son époque.