Utilité et historicité de l'analyse harmonique
1. Utilité de l’analyse harmonique
- Objectif principal : identifier les accords et comprendre leurs relations dans la tonalité.
- Développement de l’oreille : chiffrer les accords et analyser leur contexte tonal améliore la finesse de l’écoute harmonique.
- Compréhension des mécanismes tonals : essentielle pour analyser les formes musicales.
2. Historicité de la compréhension de l’harmonie
- La compréhension de l’harmonie a évolué au fil du temps, intégrant diverses notions théoriques.
- Notion de fonction tonale : apparue à la fin du 19ᵉ siècle.
- Dominante secondaire : formalisée par Hugo Riemann à la fin du 19ᵉ siècle, mais déjà évoquée par certains théoriciens du 19ᵉ siècle.
3. Notions fondamentales
| Notion | Définition / Description |
|---|---|
| Accord | Empilement de tierces au-dessus d’une note appelée fondamentale. |
| État fondamental | Accord réduit à une pile de tierces avec la fondamentale en basse. |
| Renversement | Accord dont la basse n’est pas la fondamentale ; chaque note peut être à la basse (1er, 2e renversement). |
4. Chiffrages d’intervalles
- Le chiffrage intervallique indique les intervalles formés par les notes de l’accord avec la basse, noté en chiffres arabes.
- Exemple : accord do-mi-sol en état fondamental est chiffré « 5/3 ».
- Usage courant : simplification des chiffrages
- « 5/3 » devient « 5 » (tierce sous-entendue)
- « 6/3 » devient « 6 »
- Chiffrage « +4 » : raccourci pour le 3ᵉ renversement de l’accord de septième de dominante.
L’analyse harmonique permet non seulement d’identifier les accords, mais aussi de comprendre leur rôle et leur fonction dans la tonalité, ce qui est fondamental pour l’analyse musicale approfondie.
Notions fondamentales : accords, renversements et chiffrages
1. Chiffrage des intervalles et altérations
- Le chiffrage d’intervalles indique la composition d’un accord par rapport à sa basse, sans préciser sa disposition.
- Un chiffrage complet peut cumuler plusieurs intervalles, par exemple : 6/4/2.
- Le signe « + » signale la présence de la sensible (note menant à la tonique), typique de la tradition française (ex. : 7/+).
- Les altérations dans le chiffrage doivent être précisées, surtout si elles ne découlent pas directement du chiffrage de la fondamentale.
- Exemple : la sixte napolitaine doit être chiffrée selon la tonalité en ♭6 ou ♯6 sur le degré ♭II ou ♯II, ce dernier étant majeur par altération descendante de sa fondamentale (indiqué en chiffre romain majuscule).
Le chiffrage d’intervalles renseigne sur la structure de l’accord, mais pas sur sa disposition.
- La quinte peut être omise dans un accord parfait sans que cela modifie sa nature fondamentale ; certains enseignants notent alors un simple 3.
2. Chiffrage des fondamentales et fonctions tonales
- Le chiffrage des fondamentales s’effectue en chiffres romains (I, II, III, IV, V, VI, VII) pour situer l’accord dans la tonalité.
- Il révèle une grammaire tonale fondée sur trois fonctions principales :
| Fonction | Description | Degré principal | Représentants secondaires (accords relatifs) |
|---|---|---|---|
| Tonique (T) | Fonction de repos, stabilité | I | VI |
| Sous-dominante (S) | Fonction de tension, instabilité | IV | II |
| Dominante (D) | Fonction de tension, instabilité | V | III, VI, [vii] (dominante sans fondamentale) |
- Les accords relatifs partagent deux notes communes avec leur accord principal.
- La fonction tonique est la seule à offrir un posé stable.
- Les fonctions de dominante et sous-dominante créent une tension harmonique.
3. Logique des successions fonctionnelles
- Les fonctions tonales se succèdent selon une logique générale, avec toutes les relations possibles sauf la transition directe de Dominante (D) vers Sous-dominante (S).
- La progression la plus courante est la suivante, appelée cycle fonctionnel :
- Chaque fonction peut être représentée par son degré principal ou un degré relatif, ce qui enrichit la variété harmonique tout en respectant la cohérence fonctionnelle.
La succession T – S – D – T forme la base de la grammaire harmonique tonale, assurant stabilité et mouvement.
Fonctions tonales et progressions harmoniques
1. Progressions harmoniques équivalentes
Les progressions suivantes sont fonctionnellement équivalentes :
- I – IV – V – I
- I – ii – V – I
- I – ii – V – vi
Elles remplissent la même fonction tonale dans un contexte harmonique donné.
2. Notes mélodiques (ou « étrangères »)
La mélodie s’appuie sur des notes harmoniques (appartenant aux accords) et des notes non harmoniques, appelées notes étrangères. Ces dernières créent des tensions et enrichissent la ligne mélodique.
a) Principales notes mélodiques étrangères
| Note mélodique | Définition / Fonction | Particularités |
|---|---|---|
| Note de passage | Comble un intervalle entre deux notes harmoniques | Souvent conjoint |
| Retard | Note d’un accord précédent prolongée dans l’accord suivant, créant une dissonance | 3 temps : préparation, retard (dissonance), résolution ; souvent retard supérieur (résolution descendante) |
| Broderie | Mouvement circulaire autour d’une note réelle | Peut être chromatique ; broderie tronquée = ne revient pas à la note réelle avant de passer à la suivante |
| Appoggiature | Note étrangère résolue conjointement sur la note réelle, accentuée lors de l’exécution | Fréquemment chromatique |
| Anticipation | Note présente dans l’harmonie précédente avant de se produire dans l’harmonie suivante | Ex : anticipation de la tonique dans l’accord de dominante lors d’une cadence parfaite |
À retenir : Les notes étrangères apportent tension et expressivité en s’opposant temporairement à l’harmonie sous-jacente.
3. Accords chromatiques caractéristiques
Une tonalité n’est pas limitée à son matériau diatonique : des altérations chromatiques sont souvent utilisées.
| Accord | Description |
|---|---|
| Sixte napolitaine | Accord construit sur le II degré abaissé en mineur (II), présenté au premier renversement |
| Tierce picarde | Majorisation finale d’un accord cadentiel de tonique en mode mineur |
4. Dominante sans fondamentale
Un accord de dominante conserve sa fonction même si sa fondamentale est absente :
- Accord de septième de dominante sans fondamentale → triade à quinte diminuée
- Accord de neuvième de dominante mineure sans fondamentale → accord de septième diminuée
Pour le chiffrage, on peut utiliser :
- Notation « [V] »
- Ou « vii » (ne se réfère pas à la fondamentale absente)
À retenir : La fonction dominante est maintenue même sans la fondamentale dans l’accord.
Notes mélodiques et phénomènes d'ornementation
1. Notes mélodiques et phénomènes d'ornementation
a) Notes mélodiques
- Note échappée (échappée) : note de passage qui s'écarte d'une note consonante par un intervalle conjoint, puis revient à une note consonante différente.
- Note de voisinage : note dissonante insérée entre deux notes identiques consonantes, par mouvement conjoint.
- Note de passage : note dissonante située entre deux notes consonantes différentes, par mouvement conjoint.
- Appoggiature : note dissonante précédant une note consonante, généralement accentuée, qui se résout par un mouvement conjoint.
- Retard : note dissonante qui prolonge une note consonante au-delà du changement d'accord, se résolvant ensuite par un mouvement conjoint descendant.
b) Phénomènes d'ornementation
Les ornements sont des notes ajoutées pour enrichir la mélodie sans modifier la structure harmonique fondamentale.
| Ornement | Description | Fonction harmonique |
|---|---|---|
| Appoggiature | Note dissonante précédant la note principale, accentuée | Accentue la résolution |
| Retard | Note tenue d'un accord précédent, retardant la résolution | Crée une suspension temporaire |
| Note de passage | Note entre deux notes consonantes différentes, par mouvement conjoint | Lie deux notes consonantes |
| Note échappée | Note dissonante qui s'écarte d'une note consonante puis revient à une autre | Variation mélodique rapide |
| Note de voisinage | Note dissonante entre deux notes identiques consonantes | Décoration mélodique |
À retenir : Les notes mélodiques ornementales sont des dissonances temporaires qui enrichissent la mélodie sans modifier la fonction harmonique fondamentale de l'accord sous-jacent.
c) Notation et analyse
- Les notes d'ornementation sont souvent indiquées entre parenthèses ou en petites notes dans les partitions.
- En analyse harmonique, ces notes ne modifient pas le chiffrage de l'accord principal.
- Les accords résultant de notes mélodiques (ex. accord de quarte et sixte de passage) sont notés entre parenthèses, signalant leur nature ornementale.
Cette synthèse permet de distinguer clairement les notes mélodiques ornementales des notes fondamentales dans l'analyse harmonique, en identifiant leur rôle décoratif et leur impact limité sur la structure harmonique.
Altérations chromatiques : sixte napolitaine et tierce picarda
1. Altérations chromatiques : sixte napolitaine et tierce picarde
a) Sixte napolitaine
- Définition : La sixte napolitaine est un accord de quarte augmentée et sixte majeure construit sur le II degré de la gamme mineure, généralement en position de premier renversement.
- Composition :
- Fondamentale : bII (degré abaissé)
- Tierce majeure
- Sixte majeure (caractéristique)
- Fonction harmonique :
- Sert souvent d'accord de passage ou de préparation vers la dominante (V).
- Crée une tension chromatique forte par l'altération du second degré.
- Caractéristique principale :
- L'altération chromatique majeure est la basse en sixte (premier renversement), ce qui donne son nom à l'accord.
- Utilisation :
- Employée pour enrichir la couleur harmonique et renforcer la résolution vers la dominante.
- Typique dans la musique classique et romantique.
b) Tierce picarde
- Définition : La tierce picarde est une altération chromatique qui consiste à terminer une pièce ou une section en mode mineur par un accord final majeur.
- Mécanisme :
- La tierce de l'accord final est élevée d'un demi-ton (tierce majeure au lieu de mineure).
- Effet harmonique :
- Apporte une sensation de lumière et de résolution complète, contrastant avec la tonalité mineure.
- Contexte d'emploi :
- Utilisée fréquemment à la fin d’une pièce ou d’une phrase en mode mineur pour renforcer la conclusion.
- Exemple typique :
- Une pièce en la mineur se termine sur un accord de la majeur (avec la tierce C# au lieu de C naturel).
À retenir :
La sixte napolitaine est un accord chromatique construit sur le II degré abaissé en position de premier renversement, utilisé pour préparer la dominante, tandis que la tierce picarde est une altération finale qui élève la tierce d’un accord mineur pour conclure en majeur.
Dominantes secondaires et modulation
1. Dominantes secondaires
- Définition : Accord de dominante appliqué non pas à la tonique principale, mais à un degré autre que I, créant une tension temporaire vers cet accord.
- Notation : où est le degré ciblé (ex. est la dominante de la dominante).
- Fonction : prépare un accord autre que la tonique, enrichissant la progression harmonique.
- Exemple classique : prépare .
2. Modulation
- Définition : Passage d'une tonalité à une autre au sein d'un même morceau.
- Types :
- Modulation diatonique : changement de tonalité par un accord commun aux deux tonalités.
- Modulation chromatique : changement par un accord emprunté, souvent une dominante secondaire.
- Mécanismes :
- Utilisation de dominantes secondaires pour préparer la nouvelle tonalité.
- Cadences dans la nouvelle tonalité pour confirmer la modulation.
3. Cadences et leur rôle dans la modulation
| Type de cadence | Caractéristiques principales | Notation en analyse harmonique |
|---|---|---|
| Cadence parfaite (CP) | - Progression avec accords à l'état fondamental<br>- Mouvement de basse : quinte descendante ou quarte ascendante<br>- Mouvement de soprano : ou <br>- Posé stable en fin d'unité ou section | CP + degrés (SD-D-T) + crochet horizontal fermé |
| Cadence parfaite non conclusive (CPnc) | - Progression avec accords à l'état fondamental<br>- Mouvement de basse similaire à CP<br>- Mouvement de soprano vers ou (moins stable)<br>- Posé instable, ponctuation virgule | CPnc + degrés (SD-D-T) + crochet horizontal fermé |
| Cadence imparfaite (CI) | - Progression avec un accord renversé (souvent )<br>- Posé instable ou imparfaitement stable | CI + degrés (SD-D-T) + crochet horizontal fermé |
| Demi-cadence (DC) | - Posé instable sur <br>- Souvent ornée d'un 6/4 de cadence<br>- Mouvement de basse conjoint ascendant vers | DC + degré + préparation + crochet horizontal |
| Cadence rompue (CR) | - Posé instable sur ou autre degré contenant la tonique<br>- Surprise harmonique où ne résout pas sur attendu | CR + degrés (SD-D-[T]) + crochet horizontal fermé |
4. Remarques importantes
- Cadence élidée : le posé final sur peut être à la fois la fin d'une unité et le début de la suivante, comptant double dans le décompte des carrures.
- En analyse, toujours noter la cadence avec son type, les degrés impliqués (fonctions SD-D-T), et encadrer les accords concernés par un crochet horizontal fermé (« barquette »).
- La reconnaissance des cadences est essentielle pour identifier les modulations et les dominantes secondaires dans un discours harmonique.
À retenir : Les dominantes secondaires préparent des accords autres que la tonique, et les cadences, notamment parfaites et rompues, sont des repères clés pour détecter les modulations et la structure harmonique.
Les cadences : types et reconnaissance
1. Les cadences : types et reconnaissance
a) Définition générale des cadences
Une cadence est une formule harmonique qui marque la fin d'une phrase ou d'une section musicale, créant un sentiment de repos ou de suspension.
b) Types principaux de cadences
| Type de cadence | Description | Fonction harmonique | Exemple typique |
|---|---|---|---|
| Cadence parfaite (CP) | Progression V → I avec la fondamentale dans la basse et la tonique dans la mélodie finale. | Marque une fin définitive, un repos complet | Fin de phrase, fin de morceau |
| Demi-cadence (DC) | Progression se terminant sur l'accord de dominante (V), sans résolution sur I. | Suspension, attente, effet d'ouverture | Souvent en milieu de phrase |
| Cadence plagale | Progression IV → I, souvent appelée "cadence d'amen". | Sens de conclusion douce | Fin de phrases liturgiques |
| Cadence rompue | Progression V → VI (ou autre accord inattendu), évitant la résolution attendue sur I. | Surprise, effet de rupture | Fin de section ou phrase |
c) Ambiguïtés dans la reconnaissance des cadences
-
Ambiguïté entre demi-cadence (DC) et cadence parfaite élidée (CP élidée) :
Certaines progressions peuvent être interprétées soit comme une DC, soit comme une CP incomplète, notamment lorsque la résolution est retardée ou absente. -
Ambiguïté entre DC et CP dans la tonalité de la dominante (V:CP) :
Une cadence parfaite proche du début d'une phrase, peu préparée tonalement, peut produire un effet de DC très marqué, même si les critères techniques de la CP sont réunis (mélodie et basse).
À retenir : La perception d'une cadence peut varier selon le contexte tonal et mélodique, et l'analyse peut être sujette à interprétation.
d) Reconnaissance des cadences dans la pratique
-
Repérer la basse et la mélodie finale :
La présence de la tonique dans la mélodie finale et de la fondamentale dans la basse est un critère clé pour identifier une cadence parfaite. -
Observer la préparation harmonique :
Une cadence parfaite est généralement précédée d'une préparation harmonique claire, tandis qu'une demi-cadence peut apparaître plus brusquement. -
Analyser le contexte phrastique :
Le placement de la cadence dans la phrase musicale (fin, milieu, début) influence son interprétation.
e) Notes de passage et leur rôle dans la reconnaissance des cadences
-
Notes de passage : notes non harmoniques qui comblent des intervalles disjoints entre deux notes appartenant à l'harmonie, avec un mouvement conjoint avant et après.
-
Caractéristiques :
- Peuvent être altérées selon la direction mélodique.
- Peuvent être chromatiques entre deux notes distantes d'une seconde majeure.
- Peuvent être déplacées rythmiquement, s'apparentant à des appoggiatures.
- Peuvent apparaître simultanément dans plusieurs voix, formant des accords de passage.
Ces notes influencent la perception de la cadence en modifiant la ligne mélodique sans altérer la structure harmonique fondamentale.
2. Synthèse rapide
| Cadence | Progression harmonique | Fonction principale | Critère clé de reconnaissance |
|---|---|---|---|
| Cadence parfaite | V → I | Fin définitive, repos complet | Tonique en mélodie finale + fondamentale en basse |
| Demi-cadence | se termine sur V | Suspension, attente | Absence de résolution sur I |
| Cadence plagale | IV → I | Conclusion douce | Progression caractéristique "Amen" |
| Cadence rompue | V → VI (ou autre) | Surprise, rupture | Résolution inattendue |
À retenir : La reconnaissance des cadences repose sur l’analyse de la progression harmonique, la position dans la phrase, et la relation entre mélodie et basse. Les ambiguïtés sont fréquentes, notamment entre demi-cadence et cadence parfaite élidée.