Objectifs du diagnostic des prairies permanentes
- Caractériser les prairies pour évaluer leur potentiel de production.
- Identifier les points forts et faibles.
- Proposer des améliorations ou mesures pour maintenir ou augmenter le potentiel.
État des lieux et contexte de l’élevage
1. Objectifs et stratégies de l’éleveur
Connaître les objectifs et stratégies est indispensable pour un diagnostic pertinent.
- Besoins à satisfaire : type de production, autonomie, quantité, qualité, stocks, chargement.
- Sécurité alimentaire : gestion des contraintes pédoclimatiques.
- Contraintes d’utilisation : éloignement, temps disponible, accessibilité, environnement.
- Évolution du système fourrager : ponctuelle ou durable.
- Efficacité du travail : temps disponible, priorités.
- Moyens financiers et volonté d’investissement dans les prairies.
Le diagnostic doit concilier la fonction assignée par l’éleveur et la réalité du terrain.
2. Caractéristiques générales de l’exploitation
Observation pour déterminer le potentiel et les possibilités d’exploitation.
| Critère | Description |
|---|---|
| Localisation géographique | Altitude, latitude, zone climatique |
| Proximité des bâtiments | Distance entre parcelles et bâtiments |
| Taille et dispersion | Surface et répartition des parcelles |
| Situation dans le paysage | Proximité cours d’eau, relief, haies, bois |
| Exposition | Orientation au soleil |
| Topographie | Relief, accessibilité |
| Améliorations foncières | Fossés, drainages, captage de sources |
| Infrastructures | Points d’eau, clôtures |
Chaque éleveur adapte son parcellaire à ses objectifs et contraintes naturelles, réglementaires et économiques.
Diagnostic parcellaire
Observation globale de la parcelle, puis identification de stations homogènes pour inventaire botanique.
1. Caractérisation du milieu : le sol
- Présence de cailloux ou roche visible.
- Type de sol (texture).
- Profondeur et possibilité de labour.
- Zones humides, traces d’hydromorphie.
- Activité biologique (vers, sangliers).
- Matière organique et son évolution.
- pH du sol : détermination essentielle.
- Profil du sol (profondeur, obstacles, compaction).
Le pH influence fortement la composition floristique.
2. Caractérisation du milieu : la végétation
- Densité du couvert : dense, lâche (terre visible), ouvert (larges plages nues).
- Structure du couvert : homogénéité ou hétérogénéité.
| Type d’hétérogénéité | Origine / Description | Impact |
|---|---|---|
| Macro-hétérogénéités | Pente, changement progressif, pratiques | Zones préférées par le cheptel (surpâturage) |
| Micro-hétérogénéités | Affleurements rocheux, mouillères, plantes envahissantes | Zones mal exploitées ou envahies |
Délimiter les zones homogènes permet un diagnostic ciblé.
3. Historique de la parcelle
Questionner l’éleveur pour comprendre l’état actuel.
- Mode d’exploitation : fauche (stade), pâture, temps de séjour, rythme, chargement.
- Fertilisation : dose, forme, date, fréquence.
- Amendements calciques.
- Entretien : hersage, ébousage, fauche des refus, curage fossés, haies, points d’eau.
- Causes de dégradation : météorologiques ou liées à la conduite.
Inventaire botanique de la station
1. Objectifs
- Évaluer le potentiel actuel et la capacité d’évolution.
- Comprendre la dynamique des espèces (10 à 100 espèces par prairie).
- Adapter les techniques d’amélioration.
2. Méthodes d’échantillonnage
- Choix de la zone la plus représentative après repérage des zones hétérogènes.
- Échantillonnage par poignées : 10 à 30 poignées de 25 cm² (5×5 cm), arrachées ou coupées.
3. Critères mesurés
| Critère | Description |
|---|---|
| Abondance | % relatif de chaque espèce (total ≤ 10 par échantillon) |
| Fréquence | Présence dans l’échantillon (0 si présente sans contribution notable, notée par une croix) |
4. Calculs
- Abondance relative :
Estimation instantanée de la structure botanique, sensible aux pratiques et saisons, ne prend en compte que les espèces abondantes.
- Fréquence relative :
Plus stable dans le temps, inclut plus d’espèces, utile pour anticiper l’évolution.
L’abondance relative reflète la valeur actuelle, la fréquence relative renseigne sur la stabilité et le potentiel d’évolution.
Interprétation des résultats
1. Plantes indicatrices
- Trèfle blanc : indicateur de surpâturage.
- Fougères : indicateur de sols acides.
- Interprétation à utiliser avec prudence, parfois contradictoire.
2. Nombre d’espèces
| Type de prairie | Nombre d’espèces | Explication |
|---|---|---|
| Prairies fauchées, peu fertilisées | > 15 | Forte diversité liée à faible fertilité |
| Prairies pâturées, fertilisées | Moins élevé | Dominance d’espèces agressives |
| Prairies sursaturées | Augmentation | Effet paradoxal de la saturation |
La fertilisation accrue favorise les espèces dominantes au détriment de la diversité.
3. Abondance relative des plantes
| % Dicotylédones indésirables et mousses | Moins de 30 % bonnes graminées/légumineuses | 30 à 70 % bonnes espèces | Plus de 70 % bonnes espèces |
|---|---|---|---|
| Moins de 15 % | Amélioration | Entretien / fertilisation | Bonne prairie |
| 15 à 30 % | (Amélioration) Rénovation | Entretien / fertilisation + amélioration | Bonne prairie (désherbage sélectif si peu de légumineuses) |
| Plus de 30 % | Rénovation | Amélioration + désherbage sélectif | - |
4. Niveaux d’intervention
- Bonne prairie : maintien par entretien.
- Prairie correcte (30-70 % bonnes espèces) : renforcer entretien.
- Amélioration : modifier pratiques, désherbage sélectif, sursemis légumineuses (<15 % indésirables).
- Rénovation : destruction totale de la flore, coûteuse mais efficace.
Entretien des prairies permanentes
1. pH des sols
- Optimal : 6 à 6,5 pour légumineuses.
- Amendement d’entretien : 2 t/ha (1000 unités CaO) tous les 5 ans.
- Amendement léger (pH 5,8-6,2) : 500 unités CaO tous les 3 ans (pâturage), 1000 unités (fauche).
- Luzerne exporte ~500 unités CaO/ha/an.
2. Gestion de l’eau
- Éviter stagnation par entretien des fossés et exutoires.
3. Herse de prairie
- Sortie hiver et après pâturage.
- Objectifs :
- Désherbage adventices annuelles (dicotylédones).
- Favoriser tallage graminées (scarification).
- Stimuler activité biologique (libération azote).
- Émousser mousse.
- Aplanir sol (étaupage).
- Limiter refus (ébourgeonnage).
4. Technique d’exploitation
- Première récolte rapide au printemps, au bon stade.
- Hauteur suffisante pour préserver réserves.
- Rythme d’exploitation : 3 à 6 semaines.
- Alterner fauche/pâture (fauche favorise graminées, pâture légumineuses).
- Fauche des refus avant sortie animaux et montée en graine.
5. Fertilisation
- Compostage des fumiers pour éviter graines indésirables.
- Maîtrise fumure P K, essentielle pour légumineuses.
- Fertilisation azotée raisonnée, azote minéral défavorable aux légumineuses.
Amélioration sans destruction de la flore
1. Conditions
- Espèces intéressantes dominantes.
- < 15 % d’espèces indésirables.
| Avantages | Inconvénients |
|---|---|
| Pas d’arrêt de production | Efficacité moins rapide |
| Coût modéré |
2. Amendement de redressement (chaulage)
- Remonter pH à 6-6,5.
- Quantités selon pH initial, éviter remontée brutale.
- Ne pas dépasser 2500-3000 unités par apport, renouveler si besoin.
- Entretien régulier après redressement.
3. Améliorations foncières
- Fossés, captage sources, assainissement mouillères, irrigation, drainage.
- Respect réglementation (zones protégées, Natura 2000).
4. Désherbage sélectif
- Cible dicotylédones indésirables, préserve graminées.
- Légumineuses sensibles, nécessitent sursemis l’année suivante.
- Localisé pour vivaces (chiendent, chardons, orties).
- Respect doses (certiphyto).
5. Sursemis
- Apport de graines sur prairie sans destruction totale.
- Conditions : vides < 20-25 cm, fond prairial correct.
- Objectifs : combler vides, limiter adventices.
- Types : légumineuses, graminées, ou mixte.
- Rénovation = désherbage sélectif préalable.
a) Règles pour réussir
- Végétation rase et stressée.
- Bon contact sol-graine (semoir à disques si feutrage).
- Espèces agressives pour levée rapide.
- Éviter concurrence végétation en place.
- Pas d’azote avant semis (attendre 10 semaines).
- Semis en conditions humides.
- Surveiller ravageurs (limaces).
- Éviter vivaces allopathiques (chiendent, agrostide).
- Semis fin été/début automne, jamais printemps.
- Stress naturel ou artificiel (micro-doses glyphosate 0,2-0,3 L/ha).
6. Techniques de semis
| Méthode | Description | Avantages / Conditions clés |
|---|---|---|
| Semoir de semis direct | Semis direct avec outils performants. | Coût 25-50 €/ha, réussite météo dépendante. |
| Sursemis à la volée | Préparation par herse, semis à la volée, recouvrement par rouleau. | Sol plat nécessaire pour bon contact graine-sol. |
| Sursemis à la volée avec génisses | Semis à la volée suivi surpâturage volontaire par génisses pour stress et contact graine-sol. | Faible coût, dépend météo. |
Rénovation des prairies permanentes
1. Enjeux
- Coût élevé (200-300 €/ha semences + mécanisation + temps).
- Arrêt temporaire production.
- Contraintes réglementaires (MAE, Natura 2000).
- Contraintes techniques (labour, relief, roches).
- Disponibilité matériel.
Pas de droit à l’erreur.
2. Pourquoi rénover ?
- Productivité insuffisante.
- < 30 % espèces productives ou > 30 % indésirables.
- Espèces trop précoces (épiaison inadaptée).
-

20 espèces (dégradation).
- Couvert hétérogène.
- Refus abondants (> 3-4 sur 10 m).
- Densité faible, mauvais recouvrement (< 1 dm²/m²).
3. Destruction de la flore en place
| Méthode | Description | Avantages | Inconvénients |
|---|---|---|---|
| Chimique | Glyphosate 1,5-2 L/ha + sulfate d’ammonium, fin d’été, sève descendante. | Rapide, efficace, économique, évite labour | Interdit bio, zones protégées (ZNT) |
| Mécanique | Outils à disque, plusieurs passages, coupe feutrages racinaires, enfouissement MO. | Favorise travail sol, efficace sur non vivaces | Dépend météo, plus long |
- Labour assure bonne destruction hors vivaces.
4. Choix des espèces et variétés
| Type de prairie | Avantages | Inconvénients / Limites | Usage conseillé |
|---|---|---|---|
| Semis purs | Un seul stade de récolte, pas de concurrence, coût modéré | Alimentation moins variée, moins appétence sans légumineuse, peu adapté aux prairies permanentes | Prairies courtes (RGI, CIPAN) |
| Associations graminées/légumineuses | Meilleur équilibre ration, appétence, moins fertilisation azotée, récolte plus facile légumineuses | Gestion azote délicate, désherbage difficile, semis délicat, concurrence, récolte complexe | Mélanges simples selon sol |
| Mélanges complexes (5-7 espèces) | Flore variée, moins dépendant aléas climatiques, qualité et rendement supérieurs, pérennité 3-5 ans | Choix délicat, équilibre à adapter, récolte délicate, coût élevé (> 200 €/ha) | Favoris instituts techniques |
| Mélanges suisses (>12 plantes) | Sélection naturelle adaptée sol et micro-hétérogénéité, bons résultats si concurrence maîtrisée | Coût élevé (350-400 €/ha), installation délicate (RGI limite fétuques) | Agriculture bio, recherche helvétique |
5. Critères de choix
- Mode d’exploitation : précocité, épiaison, souplesse.
- Pâturage : production régulière, appétence, résistance piétinement, faible remontaison.
Choisir espèces et mélanges adaptés au contexte pédoclimatique et mode d’exploitation.