Définition et nature de la conscience
1. Définition et nature de la conscience
Étymologie
Le mot conscience vient du latin cum scientia qui signifie littéralement « avec savoir ». La conscience implique donc une forme de savoir ou de connaissance accompagnant l'esprit.
2. Trois réalités de la conscience
| Aspect de la conscience | Description |
|---|---|
| Conscience de soi | Capacité à se percevoir soi-même, condition nécessaire à la morale (connaître ses actes). |
| Conscience morale | Être conscient de ses actes et de leurs conséquences, permettant fierté, honte, jugement. |
| Conscience comme savoir | Opposée à l’ignorance, elle permet de conceptualiser et de réfléchir sur ce que l’on vit. |
3. Fonction de la conscience
- La conscience permet de mettre l’esprit à distance de l’objet perçu, c’est-à-dire de savoir que l’on est en train de vivre ou d’agir.
- Elle est réflexive : capable de réfléchir sur le monde et sur elle-même.
- Elle donne un « œil intérieur » qui observe l’expérience vécue.
À retenir
L’œil qui se tient à distance et qui se regarde en train de vivre, c’est la conscience.
4. Conscience humaine vs conscience animale
- Les animaux ont une vie intérieure et des émotions (joie, peur, attachement) et peuvent rêver.
- Cependant, ils ne possèdent pas la conscience réflexive : ils ne savent pas qu’ils sentent ou ressentent.
- La conscience réflexive, qui inclut la morale, est propre à l’être humain.
5. Approches historiques de la conscience
| Philosophe | Apport principal |
|---|---|
| Aristote | Connaissance de soi par autrui : se connaître soi-même est difficile et nécessite un ami, « un autre soi-même ». La connaissance de soi est un plaisir mais biaisée par passions et indulgence. |
| Descartes | Fondement de la conscience moderne avec le cogito : « Je pense donc je suis ». Même en doutant de tout, on ne peut douter du fait que l’on pense. La conscience est la certitude d’être un sujet pensant. |
6. La conscience selon Descartes
- L’expérience du doute méthodique montre que tout peut être remis en question sauf le fait de penser.
- La conscience est donc la preuve première et indubitable de l’existence.
- Cette idée est résumée par la formule :
« Cogito ergo sum » (Je pense donc je suis).
À retenir
La conscience est la certitude d’être un sujet pensant, même en doutant de tout le reste.
La conscience à travers l'histoire de la philosophie
1. Le dualisme corps-esprit chez Descartes
- Dualisme corps-esprit : corps et esprit sont deux substances distinctes et séparables.
- La conscience est avant tout une conscience de soi.
- Le corps est vu comme un automate dirigé par l’esprit.
- L’esprit peut exister indépendamment du corps (exemple de l’illusion du corps).
La conscience, selon Descartes, est la preuve de l’existence de l’esprit distinct du corps.
2. La conscience pour soi chez Hegel
- L’être humain a une double existence :
- En soi : existence physique, comme les choses naturelles.
- Pour soi : conscience de soi, capacité à se représenter et se reconnaître.
- La conscience se manifeste par l’activité pratique : l’homme modifie le monde et se reconnaît dans ses actions.
- Cette conscience pour soi dépasse le simple dualisme corps-esprit.
| Aspect | Description |
|---|---|
| Existence en soi | Existence physique, naturelle |
| Existence pour soi | Conscience réflexive, capacité à se reconnaître |
La conscience permet à l’être humain de se transformer et d’évoluer continuellement.
3. L’intentionnalité de la conscience chez Husserl
- La conscience est toujours conscience de quelque chose (elle est dirigée vers un objet).
- Cette propriété s’appelle l’intentionnalité.
- Le réel n’existe que par la conscience, qui projette sur les objets des significations et affects.
- L’épochê est la suspension du jugement permettant d’accéder aux phénomènes dans leur pureté, sans intentionnalité.
L’intentionnalité est une caractéristique essentielle de la conscience humaine.
4. La phénoménologie et la notion de phénomène
- Phénoménologie : étude des phénomènes tels qu’ils apparaissent à la conscience.
- Kant distingue :
- Phénomène : ce qui apparaît à notre entendement (accessible à la connaissance).
- Noumène : la chose en soi, inaccessible.
- Kant introduit le sentiment du sublime face aux limites de notre entendement :
- Sublime mathématique : face à l’immensité (ex : océan).
- Sublime dynamique : face à la force (ex : tempête).
- Husserl critique la séparation phénomène/noumène et affirme que tout est phénomène.
5. Synthèse : évolution de la notion de conscience
| Philosophe | Conception clé de la conscience | Particularité |
|---|---|---|
| Descartes | Conscience de soi, dualisme corps-esprit | Esprit distinct du corps |
| Hegel | Conscience pour soi, double existence | Activité pratique, transformation de soi |
| Kant | Phénomène vs noumène, limites de l’entendement | Connaissance limitée aux phénomènes |
| Husserl | Intentionnalité, toute conscience est conscience de quelque chose | Suspension du jugement (épochê) pour accéder aux phénomènes purs |
- La conscience est aujourd’hui définie par sa réflexivité (conscience de soi) et son intentionnalité (direction vers un objet).
- Elle permet à l’être humain d’exister en soi et pour soi, de se transformer, et d’agir sur le monde (travail, art, politique).
- La conscience est ce qui distingue l’homme de l’animal et fonde sa liberté.
La conscience est la condition même de l’existence humaine et de sa capacité à transformer le monde.