La Destinée Manifeste et l'exploitation de la nature au XIXe siècle
1. La Destinée Manifeste : idéologie et exploitation de la nature
Destinée Manifeste (1845) : idéologie calviniste affirmant que la nation américaine a une mission divine d'expansion de la « civilisation » vers l'Ouest, puis mondialement au XXe siècle.
- Allégorie féminine symbolisant la conquête de l’Ouest.
- Justifie la colonisation et la négation des droits des peuples amérindiens.
- Moyens : développement agricole, transports, électrification.
2. Exploitation intensive des ressources naturelles
| Aspect | Détails clés |
|---|---|
| Agriculture et déforestation | - Avant colonisation : forêts couvraient >50% du territoire. <br>- En 1900 : 25% dans le Sud, 40% dans le Nord. <br>- Ouest et côte Pacifique préservés. <br>- Couverture forestière jamais revenue au niveau de 1760 (anthropisation). |
| Exploitation minière et hydrocarbures | - Premier puits de pétrole en 1859 (Pennsylvanie). <br>- Extraction intensive de charbon, fer, or, pétrole dès 1848. <br>- USA deviennent 1ère puissance industrielle mondiale dès 1872. <br>- Détérioration rapide des milieux naturels. |
| Conséquences écologiques | - Disparition massive des bisons (de 30 millions à quelques centaines). <br>- Paysages défigurés par l’exploitation minière à l’Est. |
3. Émergence d’une conscience écologique au XIXe siècle
a) Courants environnementaux
| Courant | Principes clés | Figures emblématiques |
|---|---|---|
| Transcendantalisme | Nature exaltée comme œuvre divine, source d’inspiration spirituelle. | Henry D. Thoreau |
| Préservation | Protection intégrale de la nature, sans influence humaine. | John Muir (fondateur du Sierra Club en 1892) |
| Conservation | Usage raisonné et durable des ressources naturelles, pour préserver leur disponibilité future. | Gifford Pinchot (ingénieur forestier, formé en France) |
La Destinée Manifeste a légitimé l’exploitation intensive des ressources naturelles, mais cette exploitation a aussi suscité dès le XIXe siècle une prise de conscience écologique, marquée par l’émergence des courants de préservation et de conservation.
L'émergence d'une conscience écologique au XIXe siècle
1. L'émergence d'une conscience écologique au XIXe siècle
a) Les premières mesures de conservation de la nature aux États-Unis
- Création du premier Parc National à Yellowstone en 1872 : décret du Sénat américain, marquant le début de la protection officielle des espaces naturels.
- Aujourd’hui, les États-Unis comptent 61 parcs nationaux, couvrant environ 2% du territoire national (210 000 km²).
- Depuis 1916, ces parcs sont gérés par le National Park Service (NPS), une agence fédérale.
- La protection de l’environnement devient une cause nationale sous la présidence de Théodore Roosevelt (1901-1909), qui remet en cause la vision productiviste de la nature.
- Roosevelt crée 5 nouveaux parcs nationaux et fonde en 1905 le National Forest Service, qui gère 675 000 km² de forêts sous statut fédéral, avec une approche plus utilitaire.
À retenir : La création des parcs nationaux et la gestion fédérale marquent l’émergence d’une conscience écologique et d’une politique de conservation durable au XIXe siècle.
b) La sanctuarisation et la préservation pour la durabilité
- La notion de sanctuarisation consiste à protéger des espaces naturels pour leur valeur intrinsèque, au-delà de leur exploitation économique.
- La préservation vise à garantir la durabilité des ressources naturelles, en limitant leur usage et en protégeant les écosystèmes.
| Aspect | Description | Exemple |
|---|---|---|
| Sanctuarisation | Protection stricte d’espaces naturels | Parcs nationaux |
| Préservation | Gestion durable des ressources naturelles | National Forest Service |
c) Contexte historique et vision nouvelle de la nature
- La prise de conscience écologique naît en réaction aux dégradations visibles, notamment liées à l’industrialisation et à l’agriculture intensive.
- La nature cesse d’être vue uniquement comme une ressource à exploiter, pour devenir un patrimoine à protéger.
- Cette évolution s’appuie sur des institutions spécialisées comme l’École Nationale des Eaux et Forêts de Nancy, formant des experts en gestion durable.
À retenir : Le XIXe siècle voit l’émergence d’une conscience écologique qui remet en cause l’exploitation purement productiviste de la nature et instaure des mesures de protection durable.
L'âge d'or de l'environnementalisme américain dans la seconde moitié du XXe siècle
1. L'âge d'or de l'environnementalisme américain dans la seconde moitié du XXe siècle
a) Engagement initial et rôle des présidents démocrates
- GIEC : Créé sous l'impulsion du G7, avec un rôle scientifique pour éviter que le climat ne soit instrumentalisé par des groupes écologistes.
- Jimmy Carter (1979) : Premier geste symbolique fort avec l'installation de panneaux solaires à la Maison Blanche, suite au rapport Meadows sur les limites de la croissance.
- Les présidents démocrates affichent une volonté d'intervention environnementale, mais leurs actions restent souvent timides.
b) Ambivalence américaine face à la gouvernance climatique internationale (années 1990-2000)
| Années | Position américaine | Exemple clé |
|---|---|---|
| Années 90-00 | Refus des engagements internationaux | Non-ratification du Protocole de Kyoto (1997) |
| 1992 | Refus de signer la Convention de Rio (CCNUC) | Décision du président G. W. Bush |
- Cette posture est qualifiée d'exemptionnisme américain, privilégiant la souveraineté nationale face aux contraintes internationales.
c) Retour progressif dans la gouvernance climatique avec les démocrates (2011+)
- Barack Obama et Joe Biden signent les Accords de Paris (2015, 2021), marquant un engagement renouvelé.
- Citation d’Obama (2011) : « Aucune nation, même puissante, ne peut résoudre seule le problème climatique. »
- Cette période est caractérisée par une volonté de coopération internationale et de lutte contre le dérèglement global.
d) Régression sous l’administration Trump (2017-2025)
- Retrait des États-Unis de la gouvernance mondiale climatique, notamment sortie de la COP21.
- Actions majeures :
- Abrogation de la notion scientifique de « gaz à effet de serre » et suppression du Clean Air Act.
- Suppression des normes fédérales sur les émissions des véhicules.
- Dérégulation massive de l’Agence de Protection de l’Environnement (EPA).
- Facilitation des projets fossiles et industriels (« Drill Baby, drill »).
- Maintien forcé de centrales fossiles en activité malgré leur fermeture prévue.
À retenir : L’environnementalisme américain a connu un âge d’or dans les années 60-70, suivi d’une ambivalence marquée par des avancées timides, un refus des engagements internationaux dans les années 90-2000, un retour à la coopération sous les démocrates, puis une régression sous Trump avec un démantèlement des protections environnementales.
L'ambivalence américaine face à la gouvernance environnementale mondiale
1. L'ambivalence américaine face à la gouvernance environnementale mondiale
a) Une politique environnementale fédérale fluctuante
- Sous l'administration Trump, l'Agence de Protection de l'Environnement (EPA) a subi une direction climato-sceptique et une censure des données du GIEC (Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat).
- Résultat : les États-Unis restent parmi les plus grands émetteurs de gaz à effet de serre (GES) au monde.
b) Engagements hors gouvernement fédéral
- Al Gore, ancien vice-président et militant environnemental, incarne une action politique hors champ gouvernemental, notamment avec le documentaire Une vérité qui dérange (2006) et son engagement contre la politique climatique de Trump.
- À l'échelle des États fédérés, certains comme la Californie compensent les faiblesses fédérales en s'engageant dans des politiques climatiques ambitieuses :
- Signature du protocole de Kyoto.
- Sanctions financières contre les industriels pollueurs.
- En 2017, 10 États fédérés s'engagent à réduire leurs émissions conformément aux Accords de Paris.
| Niveau d'action | Exemple | Actions clés |
|---|---|---|
| État fédéral | EPA | Compétence nationale, gestion des ressources |
| États fédérés | Californie, 10 autres | Engagements climatiques, sanctions industrielles |
| Grandes métropoles | New York, San Francisco | Laboratoires d'innovation en développement durable |
- Plus de 4000 villes américaines adoptent des politiques écologiques actives (green politics).
c) Le rôle des acteurs non étatiques
- ONG et organisations environnementales jouent un rôle majeur :
- Worldwatch Institute : recherche environnementale et publication annuelle The State of the World.
- The Nature Conservancy (TNC) : préservation des terres et eaux, active dans 72 pays hors USA.
- Sea Shepherd : ONG activiste, parfois contestée, pour la protection marine.
- La mobilisation de la jeunesse, inspirée par Greta Thunberg, dynamise la lutte contre le réchauffement climatique.
d) Justice internationale et écocide
- Le Tribunal Monsanto (2016, La Haye) est un procès citoyen visant à reconnaître l’écocide comme crime international.
- Composé de 5 magistrats internationaux.
- Audition de témoins, experts, victimes.
- Monsanto a refusé de comparaître.
- Objectif : faire avancer le droit pénal international en matière d’environnement, conformément aux principes établis par la Conférence des Nations Unies sur l’Environnement (CNUE, 1972).
À retenir : Les États-Unis illustrent une gouvernance environnementale ambivalente, marquée par une politique fédérale souvent réticente, compensée par des initiatives locales, des ONG et une mobilisation citoyenne croissante.