Repères historiques
1. Repères historiques
a) Les précurseurs
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Moritz Lazarus et Heymann Steinthal (1860)
- Fondent la Völkerpsychologie : appliquer les lois de la psychologie individuelle à l’échelle collective (peuple, nation).
- Insistent sur l’importance du contexte social et culturel (traditions, langue, religion) pour comprendre l’individu.
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Wilhelm Wundt
- Propose d’étudier les faits psychiques généraux issus de la connexion des faits individuels.
- Introduit une approche historique (plutôt qu’expérimentale) pour comprendre le psychisme humain dans ses aspects sociaux.
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Gabriel Tarde (1890-1901)
- Loi de l’imitation : les comportements individuels sont régis par l’imitation, qui se propage socialement comme une onde.
- Travaux sur l’opinion et la foule, soulignant l’influence sociale sur l’individu.
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Gustave Le Bon (1895)
- Psychologie des foules : en groupe, l’individu perd son esprit critique, devient suggestible et agit de manière irrationnelle.
- Concepts clés : hypnose grégaire, contagion mentale, perte de responsabilité individuelle.
b) Les recherches pionnières
| Chercheur | Année | Étude / Concept | Résultat clé |
|---|---|---|---|
| Norman Triplett | 1897 | Influence d’autrui sur la performance | Présence d’autrui facilite la performance (effet de facilitation sociale) mais peut aussi inhiber. |
| Max Ringelmann | 1913 | Effort collectif dans une tâche physique | Effort individuel diminue à mesure que le groupe s’agrandit (effet Ringelmann ou paresse sociale). |
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Triplett (1897)
- Étude sur cyclistes : meilleure performance en présence d’autres coureurs.
- Expérience avec enfants : 50% plus rapides en coaction, 25% plus rapides seuls, 25% sans différence.
- Définit la facilitation sociale (influence positive) et l’inhibition sociale (influence négative).
-
Ringelmann (1913)
- Mesure de la force de traction individuelle dans un groupe.
- Résultat : effort par personne diminue avec l’augmentation du nombre de participants.
- Concept de paresse sociale : tendance à fournir moins d’effort en groupe.
À retenir : La psychologie sociale naît de la prise en compte de l’individu en interaction avec autrui, dépassant l’étude isolée des phénomènes mentaux individuels. Les travaux de Triplett et Ringelmann illustrent comment la présence et la taille du groupe influencent le comportement individuel.
Objet et approche de la psychologie sociale
1. Effets de la présence d’autrui sur le comportement
- Coaction (présence passive d’autrui) modifie le comportement individuel :
- Facilitation sociale : amélioration des performances.
- Inhibition sociale : détérioration des performances.
- Présence active d’autrui (travail en groupe) tend à diminuer la performance individuelle (effet Ringelmann).
- Qualité des relations interpersonnelles influence positivement ou négativement le comportement individuel et collectif (Mayo, 1930s).
2. Étude d’Elton Mayo sur le rendement au travail (Effet Hawthorne)
| Aspect | Description |
|---|---|
| Question | Comment améliorer la performance humaine au travail ? |
| Hypothèse initiale | Amélioration des conditions matérielles de travail augmente le rendement (OST, Taylorisme). |
| Résultats | Rendement augmente quelle que soit la modification des conditions. |
| Explication de Mayo | - L’attention portée à l’individu observé stimule la productivité (effet Hawthorne). |
| - Des relations interpersonnelles de qualité créent un climat social favorable à la productivité. |
3. Définition de la psychologie sociale
- Psychologie sociale : étude des comportements, jugements, affects et performances des individus en tant que membres de collectifs sociaux ou occupant des positions sociales.
- Elle analyse comment ces comportements sont influencés par les appartenances et positions sociales.
- Considère l’être humain comme un animal social en interaction avec autrui.
4. Niveaux d’analyse du comportement humain (Doise, 1982)
| Niveau | Focus | Exemple de facteurs étudiés |
|---|---|---|
| 1. Intraindividuel (intrapsychique) | États et processus internes (cognitifs, affectifs, conatifs) | Croyances, émotions, motivations |
| 2. Interindividuel (groupal) | Relations entre individus au sein des groupes | Interactions, influences sociales |
| 3. Positionnel (sociologique) | Appartenances et positions sociales | Statuts, rôles sociaux |
| 4. Représentationnel (idéologique) | Systèmes de croyances et représentations collectives | Normes, valeurs, idéologies |
- La psychologie sociale se situe principalement aux niveaux 2 et 3.
- L’explication complète articule idéalement tous les niveaux.
5. Modes de présence d’autrui
- Présence explicite : autrui en chair et en os.
- Présence imaginaire : représentations mentales d’autrui (souvenirs, paroles, mimiques).
- Présence implicite : normes, valeurs et culture intériorisées via la socialisation.
- Autrui peut être une personne ou un groupe.
6. Causes du comportement humain (Heider, 1958)
| Catégorie | Description | Exemples |
|---|---|---|
| Causes dispositionnelles (internes) | Caractéristiques propres à l’individu | Croyances, attitudes, personnalité, intentions |
| Causes situationnelles (externes) | Caractéristiques du contexte social | Statuts, rôles, normes, culture, conjonctures (crises, guerre, etc.) |
7. Risques de réductionnisme explicatif
- Psychologisme : expliquer tout par les dispositions internes (niveau 1) → déterminisme individuel, libre arbitre.
- Sociologisme : expliquer tout par le contexte social (niveau 4) → déterminisme social, aliénation.
- Ces approches binaires séparent artificiellement individu et société, ce qui est méthodologiquement insuffisant.
La psychologie sociale vise à dépasser ce dualisme en intégrant les interactions entre individu et contexte social dans l’explication des comportements.
Les principales orientations théoriques
1. Le regard ternaire en psychologie sociale
- La psychologie sociale considère que l’individu se construit dans ses interactions avec autrui et que la société n’existe que par ces interactions.
- Un biais psychologiste (Ross, 1977) est l’erreur fondamentale d’attribution : tendance à surestimer les causes dispositionnelles (internes) au détriment des causes situationnelles (externes) pour expliquer le comportement d’autrui.
- L’approche psychosociale propose un regard ternaire qui dépasse le réductionnisme en intégrant simultanément :
- les facteurs dispositionnels (personnalité, traits internes),
- les facteurs situationnels (environnement, contexte social),
- et leur interaction sur le comportement.
Le comportement d’un individu est fonction de sa personnalité et de la situation sociale dans laquelle il agit (Lewin, 1931) :
C = f(P, E)
où C = comportement, P = personnalité, E = environnement.
a) Illustration par l’exemple de la moyenne en maths
| Hypothèse | Facteur principal | Résultat attendu |
|---|---|---|
| Psychologiste | Intelligence (disposition) | Moyenne plus élevée chez élèves intelligents, quel que soit l’encadrement |
| Sociologiste | Encadrement extra-scolaire | Moyenne plus élevée chez élèves encadrés, quelle que soit l’intelligence |
| Psychosociale | Interaction intelligence * encadrement | Moyenne la plus élevée chez élèves intelligents et encadrés, la plus faible chez non intelligents et non encadrés |
- La psychologie sociale insiste sur la complexité des phénomènes, qui dépendent d’un ensemble de facteurs internes et externes.
- Les réductionnismes (psychologiste ou sociologiste) sont insuffisants pour expliquer pleinement les comportements.
2. Les principales orientations théoriques en psychologie sociale
a) Le behaviorisme
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Fondé par J. B. Watson en 1912, le behaviorisme rejette le mentalisme (concepts liés à l’intériorité comme conscience, volonté) et l’introspection (non vérifiable).
-
Il étudie uniquement les comportements observables et mesurables, considérant la psychologie comme la science du comportement.
-
Tout comportement est une réaction (R) à un stimulus (S) :
- Le comportement peut être modifié par manipulation du stimulus.
- Le conditionnement permet d’apprendre tout comportement, même complexe.
-
Schéma classique :
Stimulus (S) → Réponse (R) -
Exemple : Floyd H. Allport (1924) définit la psychologie sociale comme l’étude scientifique des comportements sociaux, où la présence d’autrui (stimulus social) influence la performance motrice (réponse).
b) Critique du behaviorisme classique
- Le comportement est plus complexe qu’une simple relation mécanique entre stimulus et réponse.
- Il est nécessaire de prendre en compte les variables intermédiaires internes (processus cognitifs, émotions) qui interviennent entre le stimulus et la réponse.
En psychologie sociale, l’explication des comportements nécessite toujours de considérer l’interaction entre les facteurs internes (dispositionnels) et externes (situationnels), dépassant ainsi les approches réductionnistes.
La soumission à l'autorité
1. La soumission à l'autorité
La soumission à l'autorité désigne le phénomène par lequel un individu accepte de se conformer aux ordres ou directives émanant d'une figure d'autorité, même si ces ordres vont à l'encontre de ses propres valeurs ou jugements.
2. Expérience clé : Milgram (1961)
- Objectif : Étudier jusqu'où des individus ordinaires peuvent aller dans l'obéissance à une autorité, même si cela implique de faire du mal à autrui.
- Protocole : Un "enseignant" administre des chocs électriques à un "apprenant" sur ordre d'une figure d'autorité.
- Résultat : Une majorité des participants obéissent jusqu'à des niveaux de choc potentiellement mortels, montrant une forte tendance à la soumission à l'autorité.
À retenir : La pression exercée par une figure d'autorité peut amener des individus à agir contre leur conscience.
3. Facteurs influençant la soumission
| Facteur | Effet sur la soumission |
|---|---|
| Proximité de l'autorité | Plus l'autorité est proche physiquement, plus la soumission est forte. |
| Proximité de la victime | Plus la victime est proche, moins la soumission est élevée. |
| Légitimité de l'autorité | Une autorité perçue comme légitime augmente la soumission. |
| Responsabilité transférée | La délégation de responsabilité à l'autorité facilite l'obéissance. |
| Contexte social | La présence d'autres personnes obéissantes renforce la soumission. |
4. Mécanismes psychologiques
- Déresponsabilisation : L'individu se sent moins responsable de ses actes, car il agit "pour le compte" de l'autorité.
- Conformisme : Le désir d'appartenir au groupe ou de respecter les normes sociales.
- Internalisation partielle : Parfois, l'individu adopte les valeurs de l'autorité, justifiant ainsi ses actions.
5. Limites et résistances
- La soumission n'est pas automatique : certains individus refusent d'obéir, surtout si l'ordre est perçu comme immoral.
- La conscience morale et l'empathie peuvent freiner la soumission.
- La possibilité de désobéir est facilitée par le soutien social ou la présence d'autres résistants.
Synthèse : La soumission à l'autorité est un puissant phénomène social qui peut conduire à des comportements contraires à la morale individuelle, mais elle dépend de facteurs contextuels et psychologiques qui modulent son intensité.
La dissonance cognitive
1. La dissonance cognitive : définition et principe
La dissonance cognitive désigne un état d'inconfort psychologique provoqué par la contradiction entre plusieurs cognitions (opinions, attitudes, comportements) d'un individu. Ce besoin de consistance cognitive pousse la personne à réduire cette dissonance pour retrouver un état d'équilibre.
- Consistance cognitive : situation où opinions, attitudes et comportements sont compatibles.
- Inconsistance cognitive : contradiction entre ces éléments, générant un malaise.
L’individu cherche à rétablir la cohérence entre ses croyances et ses actions pour réduire la dissonance.
2. Mécanismes de réduction de la dissonance
Pour diminuer la dissonance, l’individu peut :
| Stratégie | Description |
|---|---|
| Changer ses attitudes | Modifier ses croyances pour qu'elles correspondent à ses comportements. |
| Modifier ses comportements | Adapter ses actions pour qu'elles soient en accord avec ses opinions. |
| Ajouter des cognitions consonantes | Introduire de nouvelles idées qui justifient la contradiction. |
| Minimiser l’importance du conflit | Réduire la valeur accordée à l’élément dissonant. |
3. Exemple simplifié
- Opinion : "Fumer est mauvais pour la santé."
- Comportement : "Je fume régulièrement."
- Dissonance : malaise psychologique.
- Réduction : "Je ne fume pas beaucoup, ce n’est pas si grave" (minimisation) ou "Fumer me détend, c’est bon pour mon moral" (ajout de cognition consonante).
4. Importance en psychologie sociale
La théorie de la dissonance cognitive explique pourquoi les individus justifient souvent leurs choix ou comportements même face à des preuves contraires, et comment ils peuvent modifier leurs attitudes pour éviter le malaise.
Elle est centrale pour comprendre :
- Le changement d’attitude.
- L’engagement dans des comportements.
- La rationalisation des décisions.
La dissonance cognitive est un moteur puissant qui pousse à l’harmonisation interne entre croyances et comportements, assurant la stabilité psychologique.
L'engagement
1. L'engagement : définitions et caractéristiques
- Engagement : lien qui unit un individu à ses actes (Kiesler & Sakumura, 1966).
- Selon Joule & Beauvois (1998), l'engagement correspond aux conditions où un acte ne peut être imputé qu'à celui qui l'a réalisé.
- Un acte est d’autant plus engageant qu’il est libre, public, répété, coûteux et perçu comme irréversible.
2. Dissonance cognitive (Festinger, 1957)
-
Cognitions : connaissances, opinions ou croyances sur soi, l’environnement ou son comportement.
-
Trois types de relations entre cognitions :
Relation Description Exemple Neutralité Pas de rapport entre deux cognitions Être antivax et se couper les cheveux Consonance Cognitions compatibles Être antivax et manifester contre le passe sanitaire Dissonance Cognitions incompatibles Être antivax et approuver l’achat de vaccins anti-Covid -
État de dissonance : tension psychologique désagréable provoquée par des cognitions dissonantes.
-
Réduction de la dissonance : ajustement des cognitions pour diminuer l’incompatibilité, par :
- Ajout de cognitions consonantes (ex : justifications multiples)
- Modification des cognitions initiales (ex : dévalorisation ou remise en question)
3. Situations favorisant la dissonance
- Choix entre options également attractives → surévaluation de l’option choisie, dévaluation des autres.
- Déséquilibre effort/bénéfice → surestimation de la valeur du but pour justifier l’effort.
- Perception d’informations incompatibles avec ses convictions → évitement sélectif des informations contraires.
- Réalisation d’un acte contre-attitudinal → changement des convictions pour les aligner avec l’acte, surtout si motivation externe faible.
4. Expérience clé : Festinger & Carlsmith (1959)
- Participants effectuent une tâche monotone.
- Puis doivent mentir en vantant la tâche à un autre participant.
- Rémunération : 1 (forte motivation externe).
- Résultats : ceux payés 1 ou non payés.
- Interprétation : avec 1$, dissonance entre mensonge et attitude → ajustement de l’attitude pour réduire la dissonance.
- Conclusion : l’acte précède souvent la pensée, c’est l’acte qui engage, pas la pensée initiale.
L’engagement résulte souvent d’un processus de rationalisation cognitive où l’individu modifie ses attitudes pour justifier ses actes passés.
5. Points essentiels à retenir
- L’engagement est renforcé par la liberté, la publicité, la répétition, le coût et l’irréversibilité de l’acte.
- La dissonance cognitive crée une tension qui pousse à modifier ses cognitions pour retrouver une cohérence interne.
- Les actes peuvent influencer les attitudes plus que l’inverse, soulignant un aspect rationnalisant plus que rationnel du comportement humain.
La comparaison sociale
1. La comparaison sociale : définition et mécanismes
La comparaison sociale est un processus cognitif par lequel un individu évalue la validité de ses opinions et comportements en les comparant à ceux des autres. Elle sert de standard pour la connaissance de soi, notamment quand on doute de ses opinions ou de ses aptitudes.
Selon Festinger (1954) :
- Tout individu a une tendance naturelle à évaluer ses opinions et aptitudes.
- En l’absence de critères objectifs, cette évaluation se fait par comparaison avec autrui.
2. Types de comparaison sociale
| Type de comparaison | Description | Motivation principale | But |
|---|---|---|---|
| Comparaison latérale | Comparaison avec des personnes très similaires | Auto-évaluation | Obtenir une information précise sur soi-même |
| Comparaison ascendante | Comparaison avec des personnes meilleures que soi | Amélioration personnelle | Se motiver à progresser |
| Comparaison descendante | Comparaison avec des personnes moins performantes | Protection de l’estime de soi | Se rassurer sur ses propres capacités |
3. Effet de la décision sur le comportement
- La décision est le lien essentiel entre l’attitude et le comportement.
- Prendre une décision libre et publique motive à agir en cohérence avec celle-ci (effet de gel, Lewin, 1947).
- Une fois prise, la décision tend à être maintenue même face à des preuves contraires (escalade d’engagement, Staw, 1976).
4. Techniques d’engagement et soumission librement consentie
- La soumission sans pression consiste à amener un individu à accomplir un acte qu’il ne ferait pas spontanément, sans contrainte extérieure.
- Plus l’individu se sent libre et responsable, plus il s’identifie à son acte, ce qui renforce son engagement (Joule & Beauvois, 1998).
a) Exemples de techniques d’engagement
| Technique | Description | Exemple | Résultat clé | Mécanisme |
|---|---|---|---|---|
| Pied-dans-la-porte (Freedman & Fraser, 1966) | Requête initiale faible, suivie d’une requête plus importante | Répondre à 8 questions puis laisser fouiller ses placards | 52,8% acceptent la 2e requête après la 1ère, contre 22,8% seule | Premier engagement réduit la distance psychologique |
| Porte-au-nez (Cialdini et al., 1975) | Requête initiale très coûteuse, suivie d’une requête moindre | Demander 2h/mois de bénévolat puis une seule visite de 2h | 50% acceptent la 2e requête après refus de la 1ère, contre 16,7% seule | Concessions réciproques après refus |
5. Soumission d’individus libres : illusion de liberté
- La relation de pouvoir est omniprésente (famille, école, travail) et génère des pressions sociales (normes, lois).
- Ces pressions sont intériorisées, créant un sentiment de liberté illusoire (Joule & Beauvois, 1987).
- Les comportements sont davantage déterminés par la situation sociale que par la personnalité.
À retenir : La comparaison sociale est un mécanisme fondamental pour s’évaluer soi-même en l’absence de critères objectifs, et la prise de décision libre et publique renforce fortement l’engagement comportemental, souvent exploité par des techniques d’influence sans pression apparente.
Imitation et apprentissage social
1. Imitation et apprentissage social
L’imitation est un mécanisme fondamental en psychologie sociale, transversal à plusieurs disciplines (biologie, sociologie, neurosciences). Elle a évolué d’un comportement instinctif et automatique à un processus appris, sélectif et créatif.
a) Évolution de la conception de l’imitation
| Ancien modèle | Modèle actuel |
|---|---|
| Comportement instinctif | Comportement appris par modelage |
| Automatique, simple reproduction | Sélectif, conscient, créatif |
b) Effets et exemples d’imitation
- Effet caméléon (Chartrand & Bargh, 1999) : imitation inconsciente des gestes et expressions des interlocuteurs, favorisant la synchronisation sociale et les relations harmonieuses.
- Mimétisme conjugal (Zajonc et al., 1987) : convergence des traits du visage des époux au fil du temps.
- Imitation consciente (Bandura, 1977) : apprentissage social comprenant deux phases :
- Acquisition : attention et mémorisation du comportement du modèle.
- Performance : reproduction motrice du comportement, dépendant de la motivation.
c) Apprentissage social par imitation : cas de l’agressivité
- Expérience de la poupée Bobo (Bandura, Ross & Ross, 1961) :
- Les enfants exposés à un adulte agressif reproduisent davantage d’agressions physiques et verbales.
- L’imitation est plus forte avec un modèle du même sexe.
- Les garçons manifestent plus d’agressivité physique que les filles.
d) Imitation et comportements négatifs : le suicide mimétique
- Effet Werther (Phillips & Carstensen, 1986) :
- La médiatisation des suicides entraîne une hausse significative des suicides dans les zones couvertes.
- La similitude entre victimes et modèles (profil, méthode) renforce l’imitation.
e) Facteurs favorisant l’imitation
| Facteur | Description | Exemple |
|---|---|---|
| Liens affectifs | Plus d’imitation si relation affective forte | Parents-enfants |
| Similitude observateur/modèle | Imitation plus fréquente entre pairs similaires | Même âge, même sexe |
| Statut du modèle | Modèles prestigieux sont plus imités | Stars, personnes riches |
L’imitation est un mécanisme social puissant, conscient et motivé, qui facilite l’apprentissage et la cohésion sociale, mais peut aussi propager des comportements négatifs.