Le théâtre
1) Définition
- Le théâtre occupe une place à part au sein de la littérature puisqu'il est à la fois un texte écrit par un auteur appelé dramaturge, et un spectacle destiné au public. Cette particularité entraîne un mode de lecture particulier : en effet le lecteur est amené à se mettre dans la position d'un spectateur afin de percevoir toute la dimension de l'œuvre. Le théâtre repose ainsi sur l'art de la mimesis (Platon) par lequel l'auteur donne l'illusion que ce n'est pas lui qui parle, mais ses personnages.
- On peut définir le théâtre comme l'ensemble des œuvres qui exposent une action dramatique sous forme de dialogues entre les personnages et qui sont destinés à être joués. Le genre théâtral répond à des codes très précis qui ont évolué dans l'Histoire.
2) Histoire
a) Au Moyen Âge
- Au Moyen Âge, la farce connaît un vif succès : il s'agit d'une pièce courte qui fait appel à un comique grossier, notamment la bastonnade que l'on retrouvera chez Molière. L'intrigue consiste en un tour joué à un personnage.
- Se développent également la sotie, qui met en scène une opposition entre les « sots » et les institutions représentées sous forme d'allégories, et les moralités qui sont des leçons de morale faisant appel au burlesque.
- La tragédie met en scène des personnages empruntés à la légende ou à l'Histoire, apparaissant dans un état de crise. L'action se concentre sur les passions humaines et leurs conséquences.
b) Au XVIIe siècle
- Au XVIIe siècle, le théâtre classique est extrêmement codifié et répond à plusieurs règles : la règle des trois unités (unité d'action, de temps et de lieu) ; la règle de bienséance (les meurtres et suicides avaient lieu hors scène) ; la règle de vraisemblance.
- La comédie met en scène des personnages inspirés des fabliaux, des personnages ordinaires et une intrigue farcesque visant à offrir au spectateur un tableau des mœurs de sa société (thématique du mariage contrarié, par exemple).
c) Dans la seconde moitié du XVIIIe siècle
- Dans la seconde moitié du XVIIIe siècle apparaît le drame bourgeois où prédomine le spectacle (importance du décor et des costumes, insertion de couplets chantés sur des airs à la mode, comme les vaudevilles).
d) Au XIXe siècle
- Au XIXe siècle, les Romantiques, comme Alfred de Musset, Victor Hugo ou Alfred de Vigny, dénoncent les règles classiques au nom de la liberté de création : dans la préface de Cromwell (1827), Hugo définit le drame comme un mélange de comique et de pathétique, et comme une représentation du monde qui n'est pas une imitation.
e) Au XXe siècle
- Au XXe siècle, le principe du divertissement définissant l'œuvre théâtrale est remis en question par Bertolt Brecht qui prône un théâtre didactique : pour ce faire, le spectateur doit rester à distance du spectacle, ne pas ressentir d'émotion afin de réfléchir. Au contraire, d'autres théoriciens, comme Antonin Artaud, défendent un théâtre qui serait pure émotion (avec la prédominance du corps) et où l'activité intellectuelle n'aurait aucune place.
- Au milieu du XXe siècle a lieu une autre révolution dans la théorie dramatique avec des auteurs comme Samuel Beckett, Arthur Adamov, Jean Genet, Eugène Ionesco : tout réalisme est banni. Le temps est détruit ; le récit s'invite dans le texte dramatique qui comporte de plus en plus de didascalies. Le théâtre moderne attache également une grande importance au rôle du corps qui a supplanté celui du langage considéré désormais comme un facteur d'aliénation de l'homme.
f) Le théâtre contemporain
- Le théâtre contemporain s'inscrit dans la lignée de ces différents bouleversements et se caractérise par sa diversité tant au niveau des thèmes abordés que des formes convoquées : la danse, la vidéo, le cirque, le cinéma, la musique. Apparaissent ainsi des créations très originales reposant sur une nouvelle forme de langage et donnant davantage lieu à des expérimentations scéniques qu'à des représentations.
Les fonctions du théâtre
Toutes les fonctions du théâtre sont celles du texte littéraire en général. Toutefois, il faut noter une caractéristique liée à la représentation théâtrale : puisqu'il y a communication directe entre les acteurs et les spectateurs, les effets provoqués par la pièce sur l'esprit, les sens et l'imagination du spectateur sont puissants et immédiats.
1) Le divertissement
- Le théâtre permet au spectateur de s'évader de sa réalité ; par le fait de l'illusion créée, le spectateur assiste à la pièce de théâtre comme si les faits se produisaient hic et nunc (ici et maintenant). Pour reprendre les théories freudiennes, le spectateur quitte le « principe de réalité » pour « le principe de plaisir », le temps de la représentation.
- L'illusion créée amène à d'autres formes de plaisir : le spectateur est poussé à vivre des émotions intenses. Les formes de sensibilité varient en fonction des époques, et les spectateurs viennent au théâtre pour y chercher des émotions. Par exemple, pendant la Révolution française on voit se développer la forme du vaudeville qui mêle au texte dramatique des airs chantés repris en chœur par le public.
- Les pièces de théâtre ont par ailleurs longtemps été classées en fonction de leurs effets : faire rire pour la farce et la comédie, émouvoir pour la tragédie. À cette dernière est liée la théorie de la catharsis : la tragédie est capable d'apaiser le caractère émotif du spectateur par le biais d'émotions contrôlées.
- Ce principe de catharsis dépasse la tragédie et peut être étendu aux autres formes théâtrales du point de vue de l'auteur qui exprime ses fantasmes en mettant en scène son propre univers, et du point de vue du spectateur qui va, lors de la représentation, éprouver sans cesse les limites extrêmes de sa puissance ou de sa faiblesse.
2) La représentation de la société
- Le théâtre offre un miroir de la société et des préoccupations humaines, il entend sonder l'âme humaine.
3) Enseigner et convaincre
- Dans certaines pièces, l'action et les personnages représentent une idée que l'auteur veut démontrer : elle peut être politique ou morale comme chez les classiques qui voulaient « instruire » le spectateur.