Origines et définition du théâtre
1. Origines et définition du théâtre
Le théâtre repose sur l’imitation des événements, selon Aristote, qui distingue ce mode du simple récit. Il est né pour représenter les histoires des dieux, puis celles des hommes, en montrant leurs aspects tragiques ou comiques. Les textes théâtraux prennent tout leur sens lors de la représentation, moment pour lequel ils sont conçus.
2. Évolution historique du théâtre
| Période | Caractéristiques principales |
|---|---|
| XVIIe siècle (Classique) | - Influence de l’humanisme et retour aux modèles antiques.<br>- Modèle esthétique visant à glorifier le roi.<br>- Épuration et simplification des spectacles.<br>- Construction de théâtres fixes, souvent rectangulaires.<br>- Théâtre devient un divertissement de classe et un rituel social.<br>- Acteurs professionnels, souvent itinérants et protégés par la noblesse.<br>- Troupes célèbres : Comédiens français (tragédies de Corneille, Racine), troupe de Molière (comédies). |
| Début XVIIe siècle (Baroque) | - Goût baroque triomphe avec des jeux sur la réalité et l’apparence.<br>- Thèmes : théâtre dans le théâtre, erreurs d’identité, songe, folie.<br>- Exemples : L’Illusion comique de Corneille (1636).<br>- Ce théâtre joue sur le plaisir du spectacle avant la rigueur classique. |
3. Points clés à retenir
- Le théâtre est une imitation vivante d’événements, destinée à être jouée.
- Il évolue historiquement en fonction des influences culturelles et politiques, notamment au XVIIe siècle avec le classicisme et le baroque.
- Le théâtre classique vise la simplicité, la rigueur et la glorification du pouvoir royal.
- Le théâtre baroque privilégie le jeu, l’illusion et la complexité des identités.
- La profession d’acteur devient organisée en troupes, souvent protégées par la noblesse, mais reste socialement fragile.
À retenir : Le théâtre est un art vivant qui mêle texte et représentation pour faire vivre des histoires humaines ou divines, avec des formes et des objectifs qui évoluent selon les époques.
Le théâtre à l'époque classique : XVIIe et XVIIIe siècles
1. Le théâtre à l'époque classique : XVIIe et XVIIIe siècles
a) Le théâtre au XVIIe siècle : l’imposition du modèle classique
-
Contexte : Vers 1630, réaction contre les excès du baroque au nom d’Aristote et de la raison. Le théâtre devient plus intellectuel, privilégiant le texte sur les effets de scène.
-
Règles d’écriture classiques :
- Respect des unités de temps, de lieu et d’action pour une représentation cohérente.
- Obligation de bienséance (éviter les scènes choquantes) et de vraisemblance (crédibilité des situations).
- Influence du pouvoir royal (Marie de Médicis, Richelieu, Louis XIV) : le théâtre sert à distraire la noblesse et à diffuser la propagande royale.
- L’Académie française impose des normes strictes pour encadrer la composition des pièces.
-
Genres majeurs :
Auteur Genre(s) principal(aux) Corneille Tragédies et comédies Molière Farces, comédies-ballets, comédies de mœurs et de caractère Racine Tragédies -
Querelle notable : La dispute autour de Le Cid (1637) illustre les débats sur la conformité aux règles classiques.
b) Le théâtre au XVIIIe siècle : évolution et diversification
- Conservation des genres classiques, mais œuvres souvent plus fades et éloignées de la réalité sociale.
- Voltaire : célèbre pour ses tragédies mêlant modèle shakespearien et normes classiques.
- Influence de Diderot : apparition de la comédie larmoyante et du drame bourgeois, genres qui répondent aux attentes de la bourgeoisie montante.
- Marivaux : s’inspire de Molière et de la commedia dell’arte, ses pièces sont jouées par des comédiens italiens.
- Politisation du théâtre : à la fin du siècle, le théâtre devient un lieu d’expression politique.
c) Nouvelles formes et lieux au XVIIIe siècle
- Théâtre officiel coexiste avec des spectacles populaires dans des petites salles illégales, notamment lors des grandes foires commerciales (1697-1789).
- Genres populaires inventés : mime, vaudeville (pièces chantées mêlant comédie et musique) pour contourner les interdictions.
- L’opéra italien connaît un succès grandissant, avec la construction de salles « à l’italienne » adaptées à ce spectacle.
Le théâtre classique impose des règles strictes (unités, bienséance, vraisemblance) pour rationaliser la représentation et servir les intérêts du pouvoir, tandis que le XVIIIe siècle voit une diversification des genres et une politisation progressive du théâtre.
Le théâtre au XIXe siècle
1. Le théâtre au XIXe siècle
a) Évolution des salles de théâtre
- Plan général : salle en amphithéâtre avec parterre et balcons, où les places sont moins chères en hauteur.
- Clivage social : loges privées, escaliers séparés, salons pour les élites ; le public populaire est au « paradis » ou « poulailler ».
- Espace scénique : scène cubique avec machinerie, rideaux, éclairage artificiel et jeux d’éclairage.
b) Fin du monopole et développement des théâtres
- Fin du monopole théâtral (1402) : la Révolution permet la libre construction de salles.
- Boulevard du Temple : 15 salles construites, éclairées au gaz dès 1831, surnommé « Boulevard du crime » pour ses mélodrames sanglants.
- Spectacles : tournées rapides, acteurs aidés par un souffleur, changements de décor spectaculaires.
- Public : représentations en soirée, excluant les travailleurs.
- Professionnalisation des auteurs : création de la Société des auteurs, écriture rémunérée.
c) Le drame romantique
- Liberté revendiquée : rupture avec les règles classiques de la comédie et de la tragédie.
- Caractéristiques :
- Assouplissement de la versification.
- Alternance de scènes comiques et tragiques dans une même œuvre.
- Remplacement des héros antiques par des personnages historiques.
- Exemples majeurs :
Auteur Œuvre Année Hugo Hernani 1830 Hugo Ruy Blas 1835 Vigny Chatterton 1835 Musset Lorenzaccio 1834
d) Le théâtre de boulevard
- Contexte : triomphe de la bourgeoisie d’affaires, théâtre comme divertissement.
- Thèmes : mœurs familiales, adultère, mariage.
- Objectif principal : faire rire avec des mots d’auteurs et des acteurs vedettes.
- Exemple : Le Gendre de M. Poirier d’Augier, La Dame aux Camélias.
Le théâtre du XIXe siècle se caractérise par la liberté artistique du drame romantique et le succès populaire du théâtre de boulevard, reflet des évolutions sociales et culturelles de l’époque.
Le théâtre au XXe siècle
1. Le théâtre au XXe siècle
a) Évolution du théâtre à la fin du XIXe siècle
- Mise en scène : En 1887, le Théâtre libre d’Antoine souligne l’importance d’organiser les éléments de la représentation pour servir le texte, marquant la naissance du rôle du metteur en scène.
- Œuvres marquantes : En 1897, Edmond Rostand connaît un succès avec Cyrano de Bergerac, un drame poétique, tandis que Paul Claudel incarne les valeurs chrétiennes dans son théâtre.
b) Le théâtre au début du XXe siècle
- Renouveau du vaudeville : Georges Feydeau modernise le genre avec des pièces comme La Puce à l’oreille (1907).
- Humour noir et caricature : Courteline critique la société avec un humour souvent dirigé contre la petite bourgeoisie.
- Théâtre de boulevard : La tradition se poursuit avec des auteurs comme Sacha Guitry, André Roussin, Françoise Sagan, Françoise Dorin, Marcel Achard, soutenus par des metteurs en scène et acteurs innovants.
- Mélodrame : Marcel Pagnol prolonge ce genre avec sa trilogie marseillaise (Marius, Fanny, César).
c) Le rôle des metteurs en scène
- Au début du XXe siècle, des metteurs en scène comme Antoine, Stanislavski, Reinhardt, Craig, Copeau, Meyerhold gagnent autant de notoriété que les auteurs.
- La mode de la précision historique dans la mise en scène, d’abord valorisée pour son réalisme, est ensuite critiquée comme superficielle.
d) Entre les deux guerres mondiales
- La mise en scène s’affranchit du texte, la scénographie devient plus symbolique que réaliste.
- Auteurs majeurs :
Auteur Œuvre Particularité Jean Giraudoux La Guerre de Troie n’aura pas lieu (1935) Relecture contemporaine des tragédies antiques Jean Anouilh Antigone (1942) Tragédie antique revisitée Henry de Montherlant Port Royal (1954) Fidèle à la tragédie classique
e) Théâtre et philosophie
- Sartre (Les Mains sales, 1948) et Camus (Les Justes, 1950) utilisent le théâtre pour exposer leurs idées philosophiques, avec des héros confrontés à des dilemmes moraux et politiques.
f) Mise en scène gestuelle et théâtre sacré
- En 1938, Antonin Artaud publie Le Théâtre et son double, où il défend un théâtre renouant avec sa dimension sacrée.
- Il prône une mise en scène basée sur le geste et la transe, rompant avec le théâtre psychologique traditionnel.
Le rôle du metteur en scène devient central au XXe siècle, transformant la représentation en un art total où la scénographie et le geste sont aussi importants que le texte.
Le théâtre de la fin du XXe siècle au début du XXIe siècle
1. Le théâtre comme outil d’éducation politique
- Bertolt Brecht conçoit le théâtre comme un moyen d’éducation politique.
- La mise en scène doit créer une distanciation : le spectateur ne doit pas s’identifier aux personnages ni se laisser emporter par l’illusion réaliste.
- Cette distance permet au spectateur de rester disponible pour comprendre le message politique de la pièce.
2. Le théâtre des années 1950 : crise morale et absurdité
- Après la Seconde Guerre mondiale, une crise morale profonde s’installe, marquée par le sentiment d’absurdité de la condition humaine.
- Ionesco (La Leçon, 1953) et Beckett (En attendant Godot, 1952) développent un théâtre sans contenu didactique, reflétant ce malaise.
- Genet (Les Bonnes, 1947 ; Le Balcon, 1960) adopte une posture subversive et provocatrice.
3. Le théâtre contemporain : diversité et renouvellement
| Aspect | Description | Exemples / Acteurs clés |
|---|---|---|
| Auteurs contemporains | Existent aux côtés du répertoire classique, certains déjà considérés comme des classiques. | Jean-Luc Lagarce, Bernard-Marie Koltès, Yasmina Reza, Éric-Emmanuel Schmitt, etc. |
| Multiples rôles | Auteurs souvent aussi acteurs ou metteurs en scène, parfois liés à des troupes. | Macha Makeïeff, Jérôme Deschamps, Olivier Py, Hélène Cixous (Théâtre du Soleil) |
| Interaction théâtre-cinéma | Collaboration et influences réciproques entre les deux arts. | Jean-Pierre Bacri et Agnès Jaoui (Cuisine et Dépendances, 1993) |
| Spectacles humoristiques | Apparition de spectacles solo mêlant satire sociale, politique et expression personnelle. | Personnages seuls en scène jouant leurs propres textes |
| Nouvelles formes et médias | Influence d’Internet et des réseaux sociaux sur les modes d’expression et la mise en scène. | Théâtre mêlé à la danse, au cirque, lectures de textes poétiques ou romanesques |
Le théâtre contemporain est un espace d’innovation où les frontières entre genres artistiques et médias s’estompent, favorisant une grande diversité d’expressions.