Analyser les discours de presse
1. Analyser les discours de presse
a) Cadre éditorial : fondement de l'identité médiatique
- Identité éditoriale : ADN du journal, définissant sa personnalité, ses valeurs et sa manière unique de raconter le monde.
- Identité discursive : capacité du média à se démarquer et à garantir un positionnement spécifique.
- Angle : manière de traiter un sujet, question posée par le journaliste. C’est une compétence clé pour vendre un sujet à la rédaction.
- Autorité journalistique : crédibilité construite par le journaliste au-delà du simple récit des faits, renforçant son statut professionnel.
L'identité éditoriale est la boussole qui oriente le traitement de l'information dans un média.
b) Typologies des analyses et discours
| Type d'analyse | Objectifs principaux | Approche |
|---|---|---|
| Analyse de contenu | Dégager thèmes majeurs, quantifier occurrences de mots | Logique quantitative |
| Analyse de discours | Étudier le genre, la construction discursive, le fonctionnement des discours | Analyse qualitative, « ce qui est dit » et « comment c’est dit » |
- Ces analyses s’appuient sur des corpus d’articles.
- La circulation circulaire de l’information (Bourdieu, 1996) : médias s’observent mutuellement pour ne pas trop diverger dans le traitement de l’actualité, conduisant à un conformisme et une standardisation des contenus.
- Cette logique est renforcée par la concurrence et la recherche d’audience, favorisant la fidélisation des publics par des traitements similaires.
- La concentration des médias limite le pluralisme et peut affecter l’indépendance éditoriale.
c) Mise en forme et énonciation textuelle
- La mise en forme correspond aux choix linguistiques, syntaxiques, et à l’utilisation des pronoms (je, nous, on, ou effacement énonciatif) qui traduisent la position du journaliste dans le texte.
- Elle inclut aussi l’organisation du texte : titres, rubriques, mise en page.
- L’énonciation textuelle vise à :
- Raconter un fait,
- Rapporter des propos,
- Construire une narration,
- Exprimer un point de vue (objectif ou subjectif).
- Cette dimension infra-textuelle intègre aussi l’identité visuelle du journal et la mise en scène de l’information.
- Elle joue un rôle de médiation, facilitant la reconnaissance et la légitimation du texte par le public.
La mise en forme est un vecteur essentiel de l’identité et de la crédibilité d’un média.
2. Points clés à retenir
- Cadre éditorial : base de l’identité et du positionnement d’un média.
- Angle journalistique : clé pour capter l’attention et orienter le traitement.
- Analyse de contenu vs analyse de discours : complémentarité quantitative et qualitative.
- Circulation circulaire de l’information : conformisme médiatique lié à la concurrence.
- Mise en forme : expression de l’énonciation, impact sur la réception et la légitimité du discours.
La construction de l'information : regards croisés sur les pratiques journalistiques
1. La construction de l'information : regards croisés sur les pratiques journalistiques
a) L’importance de la mise en forme : l’énonciation éditoriale
- Énonciation éditoriale (Souchier, 1998) : ensemble des interventions matérielles, graphiques, typographiques et spatiales (mise en page, images, titraille, supports) qui encadrent le texte.
- Située dans le paratexte et le dispositif de publication.
- Objectif : anticiper, déterminer et influencer la réception du texte en donnant une forme et un sens visuel/institutionnel au média.
- Idée clé : l’information n’existe que par sa mise en forme et mise en page ; la comparaison des journaux révèle leur fonctionnement spécifique.
b) La place de la subjectivité dans l’analyse journalistique
- Les journalistes font des choix stratégiques, volontaires ou subis, qui influencent la construction de l’information.
- Liberté d’expression : droit fondamental, encadré par la loi (Déclaration des droits de l’homme 1789, loi presse 1881), mais non absolu (contrôle judiciaire post-publication).
- Discours (Foucault, 1971) : production écrite ou orale émise par une institution, porteuse d’une forme de pouvoir et d’idéologie.
- L’analyse du discours vise à comprendre :
- L’autorité des auteurs.
- Les représentations du pouvoir véhiculées.
- Malgré une apparente diversité, les médias traitent souvent les mêmes sujets, créant un monde unique d’intérêts médiatiques.
La liberté d’expression est un droit fondamental mais doit être conciliée avec d’autres droits protégés, sous contrôle judiciaire.
c) Le spectaculaire et la mise en scène dans le traitement médiatique
- Inconnus familiers : figures récurrentes incarnant des types d’information (ex. : voisin, réfugié, victime, pompier héroïque).
- Ces personnages sont fabriqués pour représenter des réalités sociales et humaniser les informations.
- Le bandeau d’information conditionne la lecture en orientant l’attention.
- Le journaliste a des attentes précises sur l’image, le discours et le décor.
- Idéologie (Althusser, 1970) : les réponses préconçues peuvent fermer le débat, limitant l’ouverture et la discussion.
d) Investir la scène médiatique : règles du jeu
- Les acteurs doivent jouer le jeu médiatique : participer, respecter les règles, être disponibles et compréhensibles.
- Certains acteurs (chercheurs, artistes, intellectuels) refusent ce jeu, car le rythme médiatique ne correspond pas à leur mode de pensée.
- Les journalistes préfèrent inviter le « bon client » : interlocuteur à l’aise, clair, concis, capable de vulgariser et de produire des punchlines.
- Cette dynamique facilite la communication et la réception par le public.
e) Principes clés du travail journalistique et normalisation des rédactions
- La diversité des rédactions tend à se réduire par des mécanismes de normalisation.
- La construction de l’information est un équilibre entre pluralisme et contraintes éditoriales, économiques et politiques.
- La subjectivité du journaliste est inévitable mais doit être maîtrisée pour garantir une information crédible.
| Notions clés | Définition / Rôle |
|---|---|
| Énonciation éditoriale | Mise en forme matérielle et graphique du texte pour orienter la réception |
| Liberté d’expression | Droit fondamental d’exprimer ses opinions, encadré par la loi et contrôlé judiciairement |
| Discours (Foucault) | Production institutionnelle porteuse de pouvoir et d’idéologie |
| Inconnus familiers | Personnages-types incarnant des réalités sociales dans les médias |
| Jeu médiatique | Règles implicites pour investir la scène médiatique, favorisant certains profils d’interlocuteurs |
| Normalisation rédactionnelle | Processus de réduction de la diversité des pratiques journalistiques |
La construction de l’information est un processus complexe où la subjectivité, la mise en forme et les règles du jeu médiatique s’entrelacent pour façonner ce que le public reçoit.
L'injonction de transparence ou l'idéologie de la communication
1. L'injonction de transparence ou l'obligation de tout montrer
Définition : L'injonction de transparence est une pression sociale, politique et technologique qui impose aux individus, entreprises et gouvernements de ne plus avoir de secrets. Elle est perçue comme une obligation stricte, où ne pas être transparent équivaut à cacher quelque chose.
| Aspect | Description |
|---|---|
| Origine positive | Valeur démocratique : lutte contre la corruption, droit à l'information, traçabilité. |
| Dérive | Devient une obligation (injonction) : mène à une société de surveillance et à la disparition de la frontière entre vie privée et vie publique. |
| Caractère d'injonction | Pression sociale obligeant à partager, être authentique, rendre des comptes en permanence. Refuser est vu comme un aveu de culpabilité ou un manque de sincérité. |
L'injonction de transparence n'est pas un choix libre, mais une contrainte sociale.
2. L'idéologie de la communication ou l'art du faux-semblant
Définition : L'idéologie de la communication est la croyance que communiquer résout tous les problèmes sociaux, que tout peut se réduire à un échange d'informations, et que plus on communique, mieux on se comprend.
| Points clés | Explications |
|---|---|
| Illusion de la transparence totale | Ce qu'on montre est toujours sélectionné et mis en scène ; on voit une version arrangée de la réalité. |
| Menace à l'intimité | Le droit au secret, au silence et à la vie privée est une liberté fondamentale. |
| Création de méfiance | La transparence excessive traduit un manque de confiance : si tout doit être contrôlé, c’est qu’on ne se fait plus confiance. |
| Instrumentalisation par le pouvoir | Gouvernements ou entreprises communiquent beaucoup pour donner une impression d’ouverture tout en cachant l’essentiel. |
Communiquer beaucoup ne garantit pas une meilleure compréhension, mais peut submerger d’informations sans clarifier.
3. Synthèse
- L'injonction de transparence impose une visibilité totale, souvent au détriment de la vie privée et de la liberté individuelle.
- L'idéologie de la communication repose sur une foi excessive dans le pouvoir de la communication, masquant souvent des stratégies de contrôle ou de manipulation.
- La transparence est une valeur démocratique essentielle, mais son application absolue est illusoire et peut engendrer des effets pervers.
4. Références clés
- Byung-Chul Han, La société de transparence (2017) : critique radicale de l'injonction de transparence à l'ère numérique.
- Philippe Breton : théoricien de l'idéologie de la communication.