Généralités et structure des dents
1. Généralités sur les dents
Les dents sont des organes passifs de la mastication, dures et blanchâtres, implantées sur les bords libres des mâchoires. Elles sont visibles dans la bouche et jouent un rôle dans la préhension des aliments, la sensibilité tactile, ainsi que comme armes de défense ou d’attaque. Leur morphologie est étroitement liée au mode de vie et à l’alimentation de l’espèce.
2. Structure et morphologie des dents
| Partie de la dent | Description | Fonction / Particularité |
|---|---|---|
| Couronne | Partie visible, supérieure de la dent | Sa forme détermine la fonction (ex : incisives tranchantes, molaires broyeuses) |
| Liseré gingival | Zone de contact dent-gencive | Site fréquent de dépôt de tartre et de maladies gingivales |
| Racine | Partie enfouie dans l’os, 2/3 de la hauteur totale | Assure le maintien de la dent |
3. Tissus composant la dent
Les dents sont formées de tissus durs périphériques et de tissus mous en profondeur.
a) Tissus durs
| Tissu | Composition et caractéristiques | Localisation | Particularités |
|---|---|---|---|
| Émail | Tissu conjonctif translucide, 95% minéraux (hydroxyapatite), kératine | Recouvre la couronne | Tissu le plus dur du corps, rigide et cassant, produit par les améloblastes |
| Cément | Tissu conjonctif proche de l’os, jaunâtre à grisâtre, contient des cémentocytes | Recouvre la dentine au niveau de la racine et l’émail au collet | Produit par les cémentoblastes, remplit aussi l’infundibulum des molaires et prémolaires |
| Dentine | Tissu dur blanc-jaunâtre, composé de fibres de collagène, glycoprotéines et minéraux (hydroxyapatite, magnésium, fluor, calcium) | Tapisse la cavité dentaire, sous l’émail et le cément | Produit par les odontoblastes, contient des terminaisons nerveuses |
Types de dentine :
- Primaire : formée pendant la formation et les premières années après éruption
- Secondaire : se dépose en périphérie durant la vie
- Tertiaire et sclérotique : produites en réponse à un traumatisme ou usure
b) Tissu mou : la pulpe dentaire
- Tissu conjonctif rouge gélatineux situé dans la cavité pulpaire
- Contient fibres de collagène et réticuline, fibroblastes, leucocytes, hématies
- Très vascularisée et innervée, connectée à l’alvéole via le foramen apical
- Rôle sensitive, nutritif et réparateur
- Recouverte en périphérie par les odontoblastes qui la séparent de la dentine
4. Moyens d’ancrage de la dent
- Gencives : tissu rose entourant la dent, assurant une protection et un soutien partiel
- Racine : ancrée dans l’os alvéolaire, assurant la stabilité mécanique
À retenir : La dent est constituée d’une couronne visible recouverte d’émail, d’une racine ancrée dans l’os recouverte de cément, et d’une cavité interne contenant la pulpe, tissu mou vascularisé et innervé.
Caractéristiques morphologiques et tissus dentaires
1. Tissus dentaires et structures associées
-
Gencive : Tissu mou qui entoure la dent et l’os, formant une barrière protectrice au collet de la dent.
- Inflammation = Gingivite
- Si inflammation atteint l’os = Parodontite
-
Os alvéolaire : Os de la mâchoire entourant les dents.
- En cas de parodontite, cet os peut se résorber.
-
Ligament parodontal : Fibres conjonctives entre l’os alvéolaire et la racine, assurant la fixation de la dent.
2. Dentitions
- Les dents de lait sont essentielles à la croissance correcte des mâchoires, évitant l’encombrement et permettant aux dents définitives d’avoir assez de place.
3. Vascularisation et innervation
| Élément | Description |
|---|---|
| Artères | Rameaux dentaires de l’artère alvéolaire inférieure (arcade inférieure) et de l’artère infra-orbitaire (arcade supérieure), issues de l’artère maxillaire. |
| Innervation | Provenant du nerf trijumeau, via ses branches terminales : |
- Nerf mandibulaire
- Nerf maxillaire
Ces nerfs forment un plexus dentaire dans chaque mâchoire, d’où partent des rameaux gingivaux et dentaires. | | Fonction | Sensibilité fine et propriétés tactiles des dents. |
4. Particularités des dents des équidés
-
Denture herbivore spécialisée avec :
- Quasi-disparition des canines
- Diastème entre incisives et molaires
- Hypsodontie extrême : croissance prolongée ou continue des dents adultes
- Tables triturantes très efficaces
-
Incisives : évolution complexe, utilisées pour estimer l’âge.
5. Formules dentaires chez les équidés
| Animal | Hémiarcade supérieure | Hémiarcade inférieure | Total dents | Remarques |
|---|---|---|---|---|
| Poulain | 30-40 | 30-30 | 26 | Dents de lait |
| Jument | 30-33 | 30-33 | 36 | Canines parfois présentes (bréhaigne) |
| Étalon | 31-33 | 31-33 | 40 | Canines bien développées |
- Les canines sont un caractère sexuel secondaire, souvent absentes chez la jument.
6. Incisives des équidés
-
Hypsodontes : croissance lente, usure constante, tables d’usure évolutives servant de chronomètre d’âge.
-
Conformation extérieure :
- Couronne formée à l’éruption, racine se développe plusieurs années après.
- Longueur totale (couronne + racine) ne dépasse jamais 7 cm malgré l’usure.
- Couronne : 6-7 cm ; racine : 3 cm.
-
Corps de l’incisive :
- Principalement la couronne, incurvée longitudinalement avec concavité linguale.
-
Face vestibulaire :
- Convexe en longueur, planiforme transversalement, rétrécie vers la racine.
- Présence de fines stries et d’une large cannelure parallèle au bord mésial.
-
Face linguale :
- Courte à cause de l’incurvation de la dent.
Moyens d'encrage et denture lactéale
1. Moyens d'encrage
Les dents sont solidement fixées dans l'os alvéolaire par plusieurs structures assurant leur stabilité et leur fonction masticatoire.
- Cément : tissu minéralisé recouvrant la racine, il permet l'ancrage des fibres du ligament alvéolo-dentaire. Initialement peu abondant, son dépôt augmente avec l'âge, ce qui est normal et non pathologique.
- Ligament alvéolo-dentaire : tissu conjonctif riche en fibres de collagène, il relie le cément à l'os alvéolaire, assurant la suspension et l'amortissement des forces masticatoires.
- Os alvéolaire : os spécialisé formant les alvéoles dentaires, il s'adapte continuellement aux contraintes mécaniques.
À retenir : Le cément, le ligament alvéolo-dentaire et l'os alvéolaire forment un système dynamique garantissant la fixation et la mobilité physiologique des dents.
2. Denture lactéale (dents déciduales)
La denture lactéale comprend les dents temporaires qui apparaissent chez l'enfant, avec des caractéristiques spécifiques.
a) Morphologie générale des incisives lactéales
- Face mésiale : légèrement concave, parallèle à son homologue opposé au plan médian, avec une dépression longitudinale nette vers le collet et la racine.
- Face distale : plus large vers le collet, elle forme la mitoyenne.
- Extrémité occlusale : présence d'un infundibulum profond limité par deux bords tranchants, chacun divisé en deux lobes (médial plus étroit et élevé que distal). Avec l'usure, cette extrémité devient une table dentaire.
- Extrémité enchâssée : plus large vestibulairement, elle contient un large orifice donnant accès au cavum pulpaire. La racine se développe jusqu'à 6 ans, avec un apex initialement large puis ponctiforme vers 10-12 ans.
b) Conformation intérieure
| Tissu | Description |
|---|---|
| Dentine | Mince à l'éruption, elle s'épaissit rapidement et forme la quasi-totalité de la dent. Creusée de deux cavités : infundibulum (occlusal) et cavum (enchâssé). Le cavum se comble de dentine secondaire plus sombre. |
| Émail | Recouvre la couronne et la paroi de l'infundibulum, plus épais sur la face vestibulaire que linguale. |
| Cément | Présent surtout sur la cannelure vestibulaire et dans l'infundibulum. Peu abondant initialement sur la racine, son dépôt augmente avec l'âge. |
c) Caractères distinctifs des incisives lactéales
- Différence supérieures vs inférieures : incisives supérieures plus volumineuses et larges.
- Queue d'Aronde : saillie sur le bord distal du coin supérieur, caractéristique d'un âge moyen.
- Diagnose du côté : bord distal droit, bord mésial oblique.
- Diagnose de rang : bord distal de la couronne s'amincit de la pince au coin, obliquité croissante de la table occlusale, infundibulum moins profond vers le coin, bord distal tranchant sur les coins.
d) Arcade incisive
- Formée par la juxtaposition des incisives, elle décrit un arc de cercle régulier.
- L'arcade supérieure déborde légèrement l'inférieure latéralement et caudalement.
- L'affrontement des incisives des deux arcades est en mors de tricoise (tenaille), évoluant vers une forme ogivale puis angulaire avec l'âge.
À retenir : La denture lactéale présente des caractéristiques morphologiques et fonctionnelles spécifiques, notamment dans la forme des incisives et leur arcade, qui évoluent avec la croissance et l'usure.
Vascularisation et innervation des dents
1. Vascularisation des dents
- Artères principales : Les dents sont vascularisées par des branches des artères maxillaires et mandibulaires.
- Réseau vasculaire :
- L'artère alvéolaire supérieure irrigue les dents maxillaires.
- L'artère alvéolaire inférieure irrigue les dents mandibulaires.
- Distribution : Les vaisseaux pénètrent par les foramen alvéolaires, se ramifient dans la pulpe dentaire, assurant nutrition et vitalité.
2. Innervation des dents
- Nerfs principaux :
- Nerf maxillaire (V2) pour les dents supérieures.
- Nerf mandibulaire (V3) pour les dents inférieures.
- Branches nerveuses :
- Nerfs alvéolaires supérieurs postérieur, moyen et antérieur innervent les dents maxillaires.
- Nerf alvéolaire inférieur innerve les dents mandibulaires.
- Fonctions : Transmission de la sensibilité douloureuse, thermique et tactile des dents.
La vascularisation et l'innervation des dents sont assurées par des branches des nerfs et artères maxillaires et mandibulaires, pénétrant par les foramen alvéolaires pour irriguer et innervent la pulpe dentaire.
Denture des équidés : généralités et formule dentaire
1. Généralités sur la denture des équidés
- Canines :
- Ne se correspondent pas entre mâchoires (supérieures plus caudales).
- Éruption entre 4,5 et 5 ans, inférieures apparaissant avant les supérieures.
- Éruption complète vers 6-7 ans.
- Extrémité libre sans table triturante.
- Longueur : 5-6 cm, incurvation bord médial ~7 cm, distal ~4,5 cm.
- Forme fusiforme, sans collet, racine continue la couronne (disparition de l’émail).
- Face vestibulaire : convexe, émaillée sur toute la couronne.
- Face linguale : plane, sans émail.
- Bord mésial convexe, bord distal concave, tranchants formés par l’émail.
- Extrémité libre : tranchante, aplatie, forme une ogive.
- Extrémité apicale : large orifice pulpaire qui se ferme avec l’âge.
- Canines supérieures plus courtes que les inférieures.
- Usure attaque bord mésial des canines supérieures et bord distal des inférieures.
2. Prémolaires et molaires
-
Dentition déciduale :
- 4 prémolaires par côté à la mâchoire supérieure (1ère très petite).
- 3 prémolaires par côté à la mâchoire inférieure.
-
Dentition adulte :
- 3 prémolaires + 3 molaires par côté et par mâchoire.
- Exceptionnellement, une 4ᵉ molaire peut apparaître.
- La 1ère prémolaire déciduale supérieure, dite "dent de loup", peut persister chez l’adulte, parfois aussi son homologue inférieure.
-
Caractéristiques des prémolaires et molaires :
- Hypsodontie : dents à couronne haute, racines longues et formation lente.
- Molarisation des prémolaires : prémolaires ressemblent aux molaires.
- Forme des cuspides : type lophodonte (crêtes transversales).
3. Prémolaire 4 et molaires supérieures du cheval adulte (forme de type B)
- Prémolaire 4 :
- Hypsodonte, racines incomplètes à l’éruption.
- Corps prismatique à 4 faces.
| Face | Description |
|---|---|
| Mésiale | Plane, convexe longitudinalement, surface de contact plane et lisse avec dent voisine. |
| Distale | Légèrement concave, surface d’usure sur la couronne. |
| Vestibulaire | 2 cannelures délimitant 3 reliefs (styles) : Parastyle (mésial), Mésostyle (intermédiaire), Métastyle (distal). Mésostyle parcouru par un sillon longitudinal. |
| Linguale | 2 sillons longitudinaux délimitant un pilier appelé protocône, large et aplati, avec sillon secondaire. |
- Extrémité occlusale :
- Plusieurs cuspides uni ou coalescentes.
- Cuspides vestibulaires : paracône (mésiale) et métacône (distale), fortement convexes côté lingual.
- Cuspides intermédiaires moins élevées, convexes côté lingual, bords unis par ponts transversaux.
La denture des équidés adultes est caractérisée par des dents hypsodontes, à couronnes hautes, avec une molarisation des prémolaires et une forme lophodonte des cuspides, adaptées à leur régime alimentaire abrasif.
Incisives des équidés
1. Morphologie des incisives des équidés
- Infundibulum : vaste cavité délimitée par l’émail, présente sur la face occlusale.
- Cuspides intermédiaires : deux principales, mésiale appelée protocône et distale appelée métacône.
- Cuspides linguales :
- Distale nommée hypocône, issue d’un dédoublement de la cuspide intermédiaire distale.
- Mésiale appelée protocône, distincte, reliée par un pont à la cuspide intermédiaire mésiale.
2. Usure et structure occlusale
- L’usure crée des crêtes transversales séparées par des dépressions sur la face occlusale.
- L’émail forme de nombreux replis augmentant la puissance de trituration.
- L’abrasion sépare un émail périphérique (en forme de B majuscule convexe côté lingual) et deux émaux centraux (en croissant) limitant l’infundibulum.
- Le pli caballin est un petit repli caudal sur la boucle mésiale de l’émail périphérique.
- Le hypostyle est un large repli sur la boucle distale de l’émail périphérique.
- La dentine remplit les espaces entre les émaux.
3. Racines et conformation interne
- Chez le jeune, l’extrémité radiculaire est largement ouverte avec 4 racines : 2 vestibulaires et 2 linguales.
- La dentine tapisse la face interne de l’émail, limitant une cavité dentaire large.
- La dentine secondaire, plus sombre, se forme en grande quantité et s’use rapidement.
- L’émail recouvre toute la couronne et s’étend au fond des infundibulum.
- Le cément est abondant, comblant cannelures, sillons et infundibulum, ce qui accélère le rasement.
4. Caractères distinctifs des prémolaires et molaires
| Caractéristique | Prémolaires | Molaires |
|---|---|---|
| Longueur sur l’arcade | Plus grande que les molaires | Plus courte que les prémolaires |
| Largeur de la table occlusale | Diminue de la première à la dernière | Diminue également |
| Protocône | De plus en plus étiré vers les dernières | Étroit et allongé sur la dernière molaire |
| Pli caballin | Très marqué | Réduit sur molaires, presque absent sur dernières |
| Racines linguales | Deux racines unies sur 1ère prémolaire | Fusionnées sur dernière molaire |
| Bord distal | Bord anguleux sur 1ère prémolaire | Bord distal épais, forme triangulaire sur dernière molaire |
5. Forme des molaires et prémolaires inférieures (forme de E)
- P4 (4e prémolaire inférieure) :
- Corps prismatique à 4 faces.
- Face mésiale : planiforme et convexe.
- Face distale : étroite, avec un pilier lingual saillant (hypoconulide) et un relief vestibulaire arrondi (hypoconide), séparés par un sillon longitudinal.
- Face vestibulaire : bilobée par un sillon profond séparant le protocónide (mésial) et l’hypoconide (distal).
- Face linguale : divisée par une cannelure profonde en deux parties saillantes :
- Mésiale : métaconide, bordée en avant par un relief tranchant, le parastylide.
- Distale : subdivisée en trois piliers par deux sillons secondaires, dont le pilier intermédiaire est l’antoconide.
L’usure progressive et la morphologie complexe des cuspides et infundibulum permettent une mastication efficace adaptée aux besoins alimentaires des équidés.
Canines et prémolaires-molaires des équidés
1. Canines et prémolaires-molaires des équidés
a) Morphologie occlusale des prémolaires-molaires inférieures
- Extrémité occlusale : composée de plusieurs cuspides issues de l’accolement d’un lobe mésial et d’un lobe distal.
- Cuspides vestibulaires :
- Mésiale : PROTOCONIDE, prolongée lingualement en avant par le PARASTYLIDE.
- Distale : HYPOCONIDE, reliée à deux cuspides linguales : mésiale MÉTACONIDE et distale MÉSOSTYLIDE.
- Cuspides linguales :
- Antérieure : ANTOCONIDE
- Postérieure : HYPOCONULIDE (écrasée par contact avec la dent suivante).
- Deux infundibulum (mésial et distal), incomplets et fissurés lingualement après usure.
- La face occlusale est oblique avec un bord lingual plus saillant que le vestibulaire.
- Deux fortes crêtes transversaires marquent la surface occlusale.
- L’émail forme un motif en E majuscule ouvert lingualement, avec trois branches transversales (mésiale, moyenne bilobée, distale bilobée).
b) Racines
- Deux racines fortes, aplaties et incurvées vers l’arrière : une mésiale et une distale.
c) Conformation intérieure et évolution
- Dentine primaire : mince à l’éruption.
- Dentine secondaire : abondante et sombre.
- Émail : plus abondant et dur que dans les molaires supérieures, assurant une résistance élevée à l’usure.
- Cément : abondant dans les infundibulum, tend à niveler les dépressions.
d) Caractères distinctifs des prémolaires
| Caractéristique | Description |
|---|---|
| Table occlusale | Légèrement plus longue que celle des molaires inférieures, largeur décroissante de la 1ère à la dernière dent |
| Implantation des molaires | De plus en plus oblique vers l’arrière, inclinant la table d’usure par rapport à l’axe de la dent |
| Première dent de l’arcade | Bord mésial épais, facilement reconnaissable |
| Dernière molaire | Allongement distal avec bord anguleux, couronne incurvée vers le distal, racine distale large et dédoublée (3 racines alignées) |
e) Arcade molaire
- Longueur moyenne chez le cheval adulte : environ 20 cm.
- Séparée des incisives par un diastème (barre) de 8-10 cm, plus petite en mandibule.
- Arcade supérieure : convexe côté vestibulaire, plus écartée en arrière.
- Arcade inférieure : rectiligne, dents plus rapprochées.
- Résultat : les molaires supérieures débordent vestibulairement, les bords vestibulaires des molaires inférieures s’opposent aux bords linguaux des supérieures lors de l’occlusion.
L’émail plus dur et abondant des molaires inférieures permet une usure équilibrée avec les molaires supérieures malgré une surface triturante plus étendue.
Anomalies dentaires des équidés
1. Usure et occlusion des dents chez l’équidé
- L’usure dentaire s’effectue unilatéralement par alternance, avec une usure plus importante vers l’intérieur pour les dents supérieures et vers l’extérieur pour les dents inférieures.
- Les mouvements de mastication sont transversaux, créant sur les faces occlusives des dents une succession de crêtes transversales séparées par des dépressions où s’insèrent les crêtes antagonistes.
- Les dents inférieures sont plus rostrales que les supérieures, chaque dent inférieure s’articulant avec deux antagonistes supérieurs, sauf la 1ère prémolaire inférieure et la dernière molaire supérieure qui n’ont qu’un seul antagoniste.
- Les molaires supérieures, implantées profondément, peuvent atteindre le conduit infra-orbitaire et remplir les sinus maxillaires, tandis que les molaires inférieures occupent presque toute la hauteur mandibulaire.
2. Dates d’éruption des dents
| Dent | Éruption supérieure (ans) | Éruption inférieure (ans) |
|---|---|---|
| 1ère molaire (M1) | 0,8 - 1 | 0,8 - 1 |
| 2ème molaire (M2) | 1,5 - 2 | 1,5 - 2 |
| 3ème molaire (M3) | 3,5 - 4 | 3,5 - 4 |
| 2ème prémolaire (P2) | 2 - 3 | 2 - 2,5 |
| 3ème prémolaire (P3) | 3 - 3,5 | 2,5 - 3 |
| 4ème prémolaire (P4) | 3,5 - 4 | 3 - 3,5 |
- Les prémolaires déciduales apparaissent dès la naissance ou dans les deux premières semaines, sauf la dent de loup qui émerge entre 5 et 6 mois.
3. Dent de loup
- C’est la 1ère prémolaire de la première dentition, grêle, rudimentaire, jamais remplacée.
- Sa forme conique isolée sur la barre dentaire lui donne l’aspect d’une canine.
- Couronne brève, racine souvent deux fois plus longue que la couronne, parfois rudimentaire et couchée sur la gencive.
- La dent de loup supérieure est plus développée que l’inférieure.
- Elle peut persister à côté des dents permanentes.
4. Anomalies dentaires des équidés
| Anomalie | Description | Conséquences principales |
|---|---|---|
| Prognathie maxillaire | Excès de longueur du maxillaire par rapport à la mandibule (bec de perroquet). | Usure insuffisante des incisives, parfois nécessité de réduction dentaire. |
| Prognathie mandibulaire | Défaut de longueur du maxillaire (mâchoire de bouledogue). Rare. | Anomalie inverse de la prognathie maxillaire. |
| Campylorrhinis lateralis | Déviation et/ou raccourcissement maxillaire ou incisif (mâchoire croisée). | Défaut complet ou partiel des incisives, possible perturbation du passage de l’air. |
| Caries dentaires | Destruction bactérienne du tissu dentaire calciifié, surtout du cément infundibulaire. | Fracture médullaire sagittale, plus fréquente chez les vieux chevaux. |
| Diastème | Espace inter-dentaire anormal, primaire (congénital) ou secondaire (os étroit). | Peut entraîner un déplacement des dents et des troubles masticatoires. |
À retenir : La prognathie maxillaire est la plus fréquente et peut nécessiter une intervention pour éviter une usure insuffisante des incisives.
Denture des carnivores : généralités
1. Généralités sur la denture des carnivores
- Diastèmes : espaces anormaux entre dents, fréquents chez les vieux carnivores, dus à un défaut d’angulation lié à l’hypsodontie ou à une fracture/perte d’une dent.
- Traitement des diastèmes : nettoyage avec outils, eau ou air sous pression, élargissement des diastèmes étroits, alimentation avec fourrage haché pour faciliter l’évacuation, comblement possible avec pâte dentaire renouvelée chaque semaine.
2. Denture des carnivores : caractéristiques principales
| Type de dents | Rôle principal | Caractéristiques clés |
|---|---|---|
| Canines | Saisir, tuer, dilacérer la proie | Puissantes, 2 à l’ouverture |
| Carnassières | Tronçonner chair, broyer parties dures | Tranchantes, affûtées |
| Tuberculeuses | Aident les carnassières | Situées distalement aux carnassières |
- Denture de type sécodonte (dents tranchantes).
- Toutes les dents sont brachiodontes (couronne courte, racine longue), non hypsodontes.
3. Denture du chien (42 dents)
- Formule dentaire :
- Supérieure : 31/42
- Inférieure : 31/43
- Total : 42 dents
a) Incisives
- Implantation : perpendiculaire à l’extrémité des mâchoires.
- Morphologie : petites, couronne brève, racine longue et forte.
- Types : pince, mitoyenne, coin.
- Couronne : épaisse, aplatie vestibulo-lingualement, face vestibulaire lisse, face linguale renflée avec un fort cingulum formant un croissant.
- Bord tranchant : trilobé avec un lobe central proéminent, formant un trèfle ou fleur de lys caractéristique.
- Racine : 3 à 4 fois plus longue que la couronne, implantée solidement.
- Usure : commence sur le lobe central, s’étend aux tubercules latéraux, bord occlusal devient rectiligne (niveaulement), puis la couronne jaunit et se sépare des dents voisines.
b) Caractères distinctifs et disposition
- Taille croissante de la pince vers le coin dans chaque arcade.
- Incisives supérieures sont deux fois plus fortes que les inférieures du même rang.
- Cingulum plus saillant et lobe central plus développé sur les incisives supérieures.
- Coin supérieur long et pointu, ressemblant à une canine, avec un lobe distal absent pour laisser place à la canine inférieure lors de l’occlusion.
- Arcades incisives forment un arc de cercle régulier.
- Incisives supérieures débordent les inférieures : la pince supérieure recouvre la pince inférieure et la mitoyenne inférieure adjacente.
- Mitoyenne supérieure couvre le bord occlusal des incisives latérales.
- Coin supérieur se place entre coin et canine inférieure, séparé par un petit diastème de la canine supérieure.
c) Variations raciales
| Type de race | Particularité de la denture incisive |
|---|---|
| Dolichocéphales | Conservent la disposition normale des incisives |
| Brachycéphales | Présentent une prognathie inférieure, laissant les incisives supérieures libres |
À retenir : La denture des carnivores est adaptée à la prédation avec des canines puissantes pour saisir et tuer, des carnassières tranchantes pour découper la chair, et des incisives disposées en arc de cercle avec un bord trilobé caractéristique.
Denture du chien
1. Éruption et évolution des dents chez le chiot
- Le chiot naît édenté.
- Apparition des dents temporaires :
- Canines vers 21 jours,
- Coins vers 25 jours,
- Mitoyennes vers 28 jours,
- Pinces vers 30 jours.
- Toutes les dents temporaires terminent leur éruption vers 6 semaines.
- Nivellement des dents temporaires :
- Pinces inférieures vers 2,5 mois,
- Mitoyennes inférieures vers 3-3,5 mois.
- Remplacement des dents temporaires par les dents définitives :
- Incisives vers 5 mois,
- Canines vers 7 mois,
- Pinces vers 4 mois,
- Mitoyennes vers 4,5 mois,
- Coins et canines vers 5 mois.
- Influence de la race :
- Grandes races plus précoces,
- Petites races plus tardives.
- Usure et coloration des incisives définitives :
- Incisives restent blanches jusqu’à 8-10 mois,
- Nivellement des pinces inférieures commence vers 1,5 mois,
- Mitoyennes s’usent et nivellent vers 2 ans,
- Pinces supérieures s’usent vers 3,5 ans,
- Jaunissement des dents à partir de 4-5 ans,
- Raccourcissement et jaunissement progressifs au-delà.
2. Canines (ou crocs)
- Très volumineuses, incurvées, avec un collet peu marqué.
- Racine nettement plus longue que la couronne.
- Face vestibulaire convexe et lisse.
- Face linguale avec un sillon limité par une petite crête mésiale.
- Bord distal concave, extrémité occlusale pointue.
- Apex étroit, implantation profonde, proche de la racine mésiale de la 2ᵉ prémolaire.
- Canines supérieures :
- Plus fortes que les inférieures,
- Racine deux fois plus longue que la couronne,
- Bord distal renflé près du collet,
- Incurvées côté vestibulaire.
- Occlusion : la canine inférieure se place en avant de la supérieure, dans un diastème séparant la canine inférieure de la prémolaire carnassière.
3. Prémolaires et molaires
a) Prémolaires supérieures (pré-carnassières)
| Dents | Description | Racines |
|---|---|---|
| 1ʳᵉ PM | Petite, couronne simple ogivale, face linguale avec cingulum et petit lobe distal | 2 (distale plus forte) |
| 2ᵉ et 3ᵉ PM | Plus grandes, aplaties latéralement, tranchantes, trilobées avec lobe intermédiaire saillant, lobe mésial bas, lobe distal allongé | 2 (distale plus forte) |
| 3ᵉ PM (carnassière) | Plus puissante, 3 lobes (paracône mésial saillant, métacône distal, protocône accessoire lingual), reliés par crêtes tranchantes | 3 (2 vestibulaires, 1 linguale) |
b) Molaires supérieures (tuberculeuses)
- 2 molaires avec couronne basse, large, fortement mamelonnées.
- 3 racines (2 vestibulaires, 1 linguale).
- 1ʳᵉ molaire : grosse, cingulum bordé de 2 fortes cuspides vestibulaires (mésiale = paracône la plus haute), protocône lingual très développé avec tubercules occlusaux.
- 2ᵉ molaire : plus petite, cuspides vestibulaires moins saillantes, lobe lingual moins mamelonné.
c) Prémolaires inférieures
- 4 prémolaires.
- 1ʳᵉ PM : petite, semblable à la 1ʳᵉ PM supérieure mais plus petite, cingulum et tubercule distal moins développés.
- Les suivantes sont plus grandes, biradiculées, avec couronne trilobée.
À retenir : La denture du chien évolue rapidement dès la naissance, avec un remplacement précoce des dents temporaires par les dents définitives, dont l'usure et la coloration permettent d'estimer l'âge. Les canines sont des dents caractéristiques, volumineuses et fortement implantées, tandis que les prémolaires et molaires présentent une morphologie adaptée à la mastication carnassière.
Denture du chat
1. Denture du chat
- Nombre de dents : 30 dents adultes (31/31 en maxillaire, 31/21 en mandibule), 26 dents chez les jeunes.
- Réduction des prémolaires et molaires liée au raccourcissement de la face.
- Quasi-disparition des tuberculeuses, caractéristique du type sécodonte des mâchoires félines.
a) Incisives
- Très petites et étroites, disposées comme chez le chien.
- Dents déciduales apparaissent vers 3 semaines.
- Remplacement entre 4 et 7 mois.
b) Canines
- Plus longues et étroites que chez le chien.
- Cingulum plus net.
- Face vestibulaire cornée avec 2-3 cannelures.
- Supérieures plus larges que les inférieures.
- En occlusion, les canines supérieures recouvrent partiellement les inférieures et se placent derrière elles.
- Éruption et remplacement synchrones avec les incisives.
c) Prémolaires et molaires supérieures
- 2 prémolaires carnassières (PC) : la dernière prémolaire et une tuberculeuse.
- 1ère prémolaire supérieure petite.
- 2ème prémolaire supérieure plus grosse, trilobée avec :
- Lobe intermédiaire pointu,
- Lobe mésial à peine ébauché,
- Lobe distal net.
- Carnassière forte et tranchante.
- Tuberculeuse très petite, sans contact avec la carnassière inférieure.
d) Prémolaires et molaires inférieures
- 2 prémolaires carnassières, plus grosses que les supérieures, trilobées.
- Carnassière inférieure unique molaire, bicuspide avec ébauche de talon.
- PM déciduales éruptent vers 5-6 semaines, remplacées entre 4 et 7 mois avec l'apparition des molaires.
e) Éruption dentaire
- PM déciduales sortent entre 4 et 6 semaines.
- Remplacement des PM déciduales par les définitives à 5-6 mois.
- 1ère molaire définitive apparaît entre 4-5 mois.
- 2ème molaire entre 5-6 mois.
- Dernière molaire entre 6-7 mois, âge où la dentition est définitive.
La denture du chat est caractérisée par une réduction des prémolaires et molaires, une quasi-disparition des tuberculeuses, et une dentition sécodonte adaptée à ses besoins carnivores.
Pathologies dentaires du chien et du chat
1. Pathologies dentaires du chien et du chat
a) Pathologies congénitales
Elles résultent d'anomalies du développement embryonnaire, souvent héréditaires.
| Type d'anomalie | Description | Remarques |
|---|---|---|
| Anomalies de nombre | ||
| Agénésie dentaire | Absence congénitale de dents par défaut de développement embryonnaire | Se divise en :<br>- Anodontie : absence totale de dents lactéales ou définitives<br>- Oligodontie : absence de plus de 6 dents<br>- Hypodontie : absence de quelques dents |
| Hyperdontie | Présence de dents surnuméraires | Peut être héréditaire, traumatique ou idiopathique. Provoque encombrements favorisant plaque dentaire, caries et maladies parodontales |
| Anomalies morphologiques | ||
| Microdontie / Macrodontie | Dents anormalement petites ou grandes | |
| Gémination | Division partielle d’un bourgeon dentaire avant minéralisation | Résulte en une dent double avec une cavité pulpaire unique ou fusionnée |
| Fusion | Union de 2 germes dentaires, partielle ou totale | Peut concerner couronne et/ou racine, souvent associée à une dent manquante |
| Anomalies de structure | ||
| Dysplasie / Hypoplasie de l’émail | Altération pathologique de l’émail avec irrégularités, dépressions, zones brunâtres | Causes variées : infectieuses, métaboliques, toxiques, traumatiques. Entraîne fragilité, risque de fracture, accumulation de plaque dentaire et maladies parodontales |
b) Pathologies environnementales
Elles sont dues à des facteurs externes, principalement bactériens.
| Pathologie | Description | Conséquences |
|---|---|---|
| Maladie parodontale | Infection bactérienne de la plaque dentaire attaquant les tissus de soutien de la dent | Récession gingivale, formation de poches sous-gengivales, atteinte irréversible du parodonte |
| Si non traitée, destruction de l’os alvéolaire maxillaire pouvant créer une fistule oro-nasale | ||
| Caries | Maladie infectieuse entraînant une lésion de l’émail, du cément, de la dentine ou de la pulpe | Lésion noire creusant la dent |
c) Pathologies dentaires spécifiques du chat
| Pathologie | Description | Symptômes / Particularités |
|---|---|---|
| Maladie parodontale | Atteinte inflammatoire des structures de soutien des dents (gencives, mâchoire) | Accumulation de tartre, prolifération bactérienne, peut atteindre foie et cœur via la circulation sanguine |
| Symptômes : haleine fétide, salivation, décoloration des dents, perte d’appétit, douleurs, saignements gingivaux, écoulement nasal | ||
| Gingivite stomatite | Inflammation sévère touchant toute la cavité buccale (joues, langue, palais) | Survient souvent chez chats immunodéprimés (calicivirus, FIV, herpes), parfois liée à maladie parodontale avancée |
| Autres pathologies | Tumeurs ou réactions allergiques rares |
À retenir : Les pathologies dentaires congénitales affectent le développement et la morphologie des dents, tandis que les pathologies environnementales résultent principalement d’infections bactériennes, avec un impact majeur sur les tissus de soutien et la santé générale.