Églises et Révolution, Églises en révolution, Églises face à la révolution
1. Églises et Révolution, Églises en révolution, Églises face à la révolution
a) Clergés, patriotisme et libertés dans les années 1780
- Réformisme d’État au XVIIIe siècle : révision de l’ordre ecclésiastique sous contrôle politique, sans remettre en cause la place sociale de l’Église.
- Une majorité du clergé soutient ou accompagne ces réformes, sauf une minorité idéologique.
- Dans les États protestants, le pouvoir politique domine la réforme ecclésiastique.
- Fin XVIIIe, émergence de discours politiques revendiquant patriotisme et droits face aux monarchies, avec participation active du clergé, notamment le bas clergé, qui mêle frustrations sociales et agitation politique.
b) La Révolution Française et l’Église (1789-1792)
- En 1787-88, la hiérarchie catholique joue un rôle politique important, défendant ses « libertés » face au gouvernement.
- Les États Généraux (1789) voient l’émergence politique du bas clergé allié au Tiers État.
- Abolition des privilèges (4 août 1789) entraîne une perte économique et d’autonomie pour l’Église.
- Nationalisation et vente des biens du clergé remplacent les revenus traditionnels par des salaires publics.
- La Constitution Civile du Clergé (juillet 1790) :
- Réorganisation diocésaine alignée sur les départements.
- Évêques élus par le corps électoral (même non catholique).
- Prêtres de paroisse élus et salariés par la nation.
- Division du clergé entre jureurs (acceptant la Constitution) et réfractaires (refusant), avec sanctions et exils.
- Le pape Pie VI condamne la Constitution Civile du Clergé en 1791.
- La République (1792) réduit le rôle de l’Église, notamment en retirant l’état civil aux curés.
c) Conséquences et réactions face aux changements religieux en France
- Jusqu’en 1791, l’érastianisme (domination de l’État sur l’Église) est peu contesté.
- Tolérance religieuse accrue : abolition des discriminations légales dès 1789.
- Réformes de tolérance accélérées en Europe, notamment en Grande-Bretagne et Écosse.
- Émigration massive du clergé réfractaire en 1792, suivie de violences contre le clergé (ex. massacres de septembre 1792 à Paris).
- Le clergé devient un acteur clé de la Contre-Révolution, notamment en Vendée.
- Persécutions sévères du clergé catholique pendant la Terreur (1793-1794).
2. Révolutions, institutions ecclésiastiques, vie et pratique religieuse (1792-1802)
a) La politique de déchristianisation
- À partir de 1793, politique antireligieuse radicale en France, incluant :
- Remise en cause du rôle du christianisme dans l’État.
- Statut discriminatoire contre certains fidèles.
- Développement d’une religion civique alternative.
- Cette politique provoque des fractures durables en Europe et dans le monde.
- En Europe, les jacobins ferment églises et temples dans les Républiques Sœurs, alimentant la mobilisation contre-révolutionnaire.
- En France, la déchristianisation est portée par les sans-culottes, convaincus de la rationalité politique.
- La séparation Église-État sera formalisée en 1905, mais la dynamique commence dès la Révolution.
b) Déboîtement de l’ecclésia et sécularisation
- Sous l’Ancien Régime (AR), l’ecclésia (société chrétienne) est un espace commun où institutions politiques et ecclésiastiques sont imbriquées.
- La sécularisation désigne le déboîtement progressif entre Église et société, qui deviennent des entités autonomes.
- Ce processus s’accompagne d’un affaiblissement de l’autorité de la tradition religieuse, remplacée par la science et la recherche.
- Le 19e siècle est marqué par la foi dans la science (positivisme), qui remet en question les croyances traditionnelles.
- La société devient une entité autonome, fondée sur la garantie des libertés individuelles, distincte de la légitimité religieuse.
c) Confessionnalisation et individualisme religieux
- Passage d’une croyance communautaire à une croyance individuelle (âge confessionnel).
- Le croyant doit être :
- Orthodoxe : croire correctement selon le catéchisme.
- Orthopraxique : pratiquer les rites et respecter les normes morales, notamment sexuelles.
- Accent sur la discipline sociale et religieuse, avec une forte pression normative de l’État et de l’Église.
- La confessionnalisation marque une forte insistance sur la vie privée et morale, notamment la sexualité.
- Aujourd’hui, la pratique religieuse baisse, la croyance devient une liberté individuelle, et l’écart entre norme et pratique s’accentue (ex. contraception).
À retenir : La Révolution française marque un tournant majeur dans la relation entre Églises et société, initiant la sécularisation et la séparation progressive des institutions ecclésiastiques et politiques, avec des conséquences durables sur la pratique religieuse et le rôle social du christianisme.
Révolutions, institutions ecclésiastiques, vie et pratique religieuse
1. Révolutions et institutions ecclésiastiques
a) États généraux et Assemblée nationale (1789)
- États généraux composés de 3 ordres : noblesse (¼), clergé (¼), Tiers-État (½), mais chaque ordre a un vote égal, créant une inégalité.
- Le clergé est divisé en haut clergé (aristocratique) et bas clergé (plus proche du peuple), certains membres du clergé rejoignent le Tiers-État.
- Refus du vote par ordre → formation de l'Assemblée nationale (AN), début réel de la Révolution.
- Le roi tente de maintenir l'ordre ancien, mais la rupture politique est violente.
- Serment du Jeu de Paume : engagement des membres de l'AN à ne pas se séparer sans reconnaissance royale.
b) Abolition des privilèges et nationalisation des biens du clergé
- 4 août 1789 : abolition des privilèges, instauration d'un droit unique et égalitaire devant la loi.
- Privileges du clergé (exemptions fiscales, droits seigneuriaux) supprimés, bouleversant son statut juridique.
- Nationalisation des biens de l’Église pour résoudre la crise financière de l’État.
- Le clergé est divisé sur cette réforme : le haut clergé souvent favorable, le bas clergé critique des inégalités internes.
- La nation se substitue à l’Église dans la gestion des biens, mais doit financer l’Église (pension des prêtres).
c) Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen (1789)
- Proclamation de la liberté de conscience, de culte et de croyance.
- L’Église n’est plus le fondement de l’unité nationale, ce qui crée un décalage avec l’Ancien Régime.
d) Constitution civile du clergé (CCC) – 12 juillet 1790
- Réorganisation complète du clergé selon le principe du gallicanisme : l’État (ou la nation) contrôle l’Église.
- Instauration de l’érastianisme : la nation remplace le roi dans la gestion ecclésiastique.
- Élection des évêques par les citoyens, y compris protestants et juifs → remise en cause des critères religieux traditionnels.
- Réorganisation des diocèses pour correspondre aux départements, poursuivant l’abolition des privilèges.
- Rupture avec le droit canon et le pouvoir du Saint-Siège (Rome).
- Division interne :
- Clergé constitutionnel (acceptant la CCC)
- Clergé réfractaire (refusant la CCC, soutenu par Rome en 1791)
- Cette division s’inscrit dans le conflit révolutionnaire/contre-révolutionnaire.
e) Ruptures et tensions (1792-1793)
- Guerre et chute de la monarchie constitutionnelle.
- Persécution des réfractaires, montée des Jacobins, dictature révolutionnaire.
- Déchristianisation progressive : nouveau calendrier, suppression des symboles religieux dans l’espace public.
- L’Église constitutionnelle perd son unité et sa légitimité aux yeux de certains révolutionnaires.
- Le religieux devient un moteur important de la contre-révolution, notamment hors de France.
f) Concordat de 1801
- Accord entre Napoléon et le pape pour pacifier la question religieuse.
- Le catholicisme est reconnu comme religion majoritaire, mais pas religion d’État.
- Le pape retrouve un rôle dans la nomination des évêques.
- L’État finance les prêtres (pensionnés sur les biens nationaux).
- Maintien de la subordination de l’Église à la nation (articles organiques).
- Le concordat met fin au cycle révolution/contre-révolution sur la question religieuse, mais la crainte d’une déchristianisation persiste au 19e siècle.
2. Vie et pratique religieuse sous la Révolution
| Événement / Loi | Impact sur la vie religieuse | Conséquences sociales et politiques |
|---|---|---|
| Abolition des privilèges (1789) | Fin des exemptions fiscales et juridiques du clergé | Redéfinition du statut de l’Église dans la nation |
| Nationalisation des biens (1789) | Biens ecclésiastiques confisqués par l’État | Financement de l’Église par la nation, tensions internes |
| Déclaration des droits (1789) | Liberté de culte proclamée | Fin du monopole catholique, montée de la tolérance |
| Constitution civile du clergé (1790) | Réorganisation du clergé, prêtres élus par citoyens | Division du clergé, schisme entre constitutionnels et réfractaires |
| Déchristianisation (1793-1794) | Suppression des symboles religieux, nouveau calendrier | Conflit avec les croyants, renforcement de la contre-révolution |
| Concordat (1801) | Reconnaissance officielle du catholicisme | Stabilisation des relations Église-État |
3. Points clés à retenir
La Révolution française a profondément transformé les institutions ecclésiastiques en abolissant les privilèges, nationalisant les biens de l’Église, et en imposant une réorganisation sous contrôle national, provoquant un schisme durable entre clergé constitutionnel et réfractaire.
La liberté de culte proclamée en 1789 a mis fin au monopole catholique, mais a aussi ouvert la voie à une déchristianisation partielle et à une forte politisation de la religion.
Le Concordat de 1801 a rétabli un équilibre fragile entre Église et État, reconnaissant le catholicisme sans en faire une religion d’État, tout en maintenant la subordination de l’Église à la nation.
4. Synthèse des thèses sur la Révolution et la religion (Paul Chopelin)
| Thèse | Contenu principal |
|---|---|
| 1. Lumières et anticléricalisme | Les Lumières n’ont pas préparé un anticléricalisme systématique, c’est un état d’esprit plus qu’une idéologie. |
| 2. Déchristianisation | Pas de programme organisé de déchristianisation, plutôt une lutte contre le fanatisme. Le terme reste cependant pertinent pour qualifier la politique révolutionnaire. |
| 3. Cultes révolutionnaires | Pas de culte révolutionnaire officiel, mais des fêtes civiques et initiatives privées (théophilanthropie). |
| 4. Alliance trône-autel contre la République | La Révolution a renforcé la division entre Église et pouvoir républicain, alimentant la contre-révolution. |
Restaurations 1815-1848
1. Contexte général (1815-1848)
- Polarité droite/gauche inventée par la Révolution française, intégrant la question religieuse.
- Avant 1848, coexistence tendue mais pas de conflit radical entre libéraux et contre-révolutionnaires.
- Effort de rechristianisation de la société, non de l’État, avec remise en place des structures ecclésiastiques (ordres religieux, diocèses).
- L’État est au-dessus de l’Église, qui réagit, créant une polarité (pas une binarité) entre les deux.
2. Première séquence : Héritage du Congrès de Vienne (1815)
| Pays/Événement | Situation religieuse et politique |
|---|---|
| France | Retour des Bourbons (Louis XVIII puis Charles X), bascule entre libéralisme et restauration conservatrice (révolution de 1830). |
| Italie du Nord | Renouveau du joséphisme (Église contrôlée par l’État), notamment sous Habsbourg. |
| États pontificaux | Restauration d’une théocratie avec un pape souverain, droit canonique dominant, maintien de l’Inquisition et du ghetto juif. |
| Espagne | Alliance Église-État forte, provoquant instabilité et soulèvements. |
| Allemagne | Fin du Saint-Empire romain, empereur d’Autriche, fin du principe cujus regio, ejus religio. |
- Le Congrès de Vienne réaffirme l’idée que l’Église légitime l’État, mais ce lien s’affaiblit sous la Monarchie de Juillet (1830-1848).
- Les concordats sont privilégiés pour éviter les tensions entre Église et États.
3. États pontificaux et papauté (1815-1848)
- Théocratie fondée sur une constitution où le droit canonique contrôle le droit civil.
- Maintien de l’Inquisition à Rome jusqu’en 1834, ghetto juif, surveillance politique.
- Trois papes successifs :
- Pie VII : restauration prudente, hésitante.
- Léon XII : refus des réformes et du libéralisme.
- Grégoire XVI : pape conservateur face aux révolutions (Belgique, Espagne, France).
- Effort de rechristianisation : reconstruction du clergé, restauration des ordres religieux (notamment la Compagnie de Jésus).
4. La Compagnie de Jésus (Jésuites)
- Suppression en 1773, restauration en 1814.
- Structure transnationale, autorité directe sur ses membres, parfois en conflit avec les États.
- Rôle majeur dans l’éducation et la contre-révolution.
- Objet de contestation par les libéraux, notamment sur la lecture des journaux.
- Subsiste en Russie grâce à la tsarine Catherine II, qui refuse la suppression.
5. Fin de la paix d’Augsbourg et conséquences
- Fin du principe cujus regio, ejus religio avec la montée du protestantisme dans certains territoires catholiques.
- Révolte dans le Royaume-Uni des Pays-Bas (Belgique), rejet fort du catholicisme.
- Modèle dominant : néo-joséphisme, Église contrôlée par l’État, utile au bien public.
- Espagne échappe partiellement à ce modèle jusqu’en 1830.
6. Mouvements religieux et politiques
| Courant | Position clé | Exemple/Personnalité |
|---|---|---|
| Parti intransigeant | Contre-révolution radicale, rejet de la modernité et de la révolution, société hiérarchique voulue par Dieu. | Joseph de Maistre, théoricien majeur. |
| Libéraux chrétiens | Compatibilité entre révolution et catholicisme, Église libre dans un État libre, séparation Église/État. | Mouvement en Belgique, Espagne. |
| Restauration conservatrice | Rechristianisation de l’État pour assurer la sécurité politique et sociale. | Pie VII, Léon XII, Grégoire XVI. |
- Joseph de Maistre :
- L’individu ne précède pas la société, ordre naturel hiérarchique voulu par Dieu.
- La révolution est une attaque contre cet ordre naturel.
- L’Église doit incarner cet ordre, avec le pape comme figure centrale (infaillibilité, hiérarchie).
7. Émergence des Églises nationales orthodoxes
- Retour d’un État orthodoxe grec, affirmation de la religion comme identité nationale.
- Reconnaissance d’une certaine indépendance des Églises nationales par le patriarche de Constantinople.
- Mouvements similaires en Roumanie, Serbie.
8. Cas de la Belgique (1830)
- Indépendance marquée par la lutte conjointe des libéraux et des catholiques.
- Constitution libérale, synthèse entre idées libérales et catholiques.
- Rome observe cette expérience comme un modèle possible de coexistence.
9. Sécularisation et question du rapport au passé
- La sécularisation = religion devenue optionnelle dans la société, phénomène social irréversible.
- Deux visions opposées :
- Restaurationnistes : rechristianiser l’État pour sauver la société.
- Libéraux : Église libre dans un État libre, la société se resoudra si l’Église reste fidèle à elle-même.
- Le concile Vatican II (1962-1965) marque la fin de l’ordre confessionnel et la reconnaissance de la sécularisation comme réalité.
À retenir : La période 1815-1848 est marquée par un effort de restauration et de rechristianisation, mais aussi par la montée de tensions entre un État modernisé et une Église en quête de rôle, dans un contexte où la sécularisation commence à s’imposer durablement.
De 1848 aux années 1890 : le conflit avec la modernité et la vie des églises chrétiennes
1. Conflit entre Église et modernité (1848 - années 1890)
- Temps de loisir remplace temps religieux : la société moderne réduit la place du religieux dans la vie quotidienne.
- Deux réponses au conflit Église/société :
- Libéraux : séparation Église-État pour que l’Église soit libre d’évangéliser.
- Traditionalistes : Église et État doivent rester unis.
- La réforme de l’Église devient une question politique majeure après 1848.
- Idéologie du ressourcement (début 20e siècle) : retour aux Écritures pour retrouver la vérité du passé.
2. Figures clés et débats
| Personnage | Position | Idée principale |
|---|---|---|
| Lammenais (France) | Libéral | Rupture Église-État nécessaire pour évangéliser librement. |
| Rosmini (Italie) | Spirituel | L’Église doit être elle-même, pas forcément séparée de l’État, mais au service des pauvres. |
- Catholiques libéraux défendent un rôle public des Églises comme guides moraux et sociaux.
3. Émancipation religieuse et pluralisme
- Émancipation des juifs : commencée en 1791 en France, contestée ailleurs en Europe après la Révolution.
- Empire ottoman limite la protection traditionnelle des minorités, autorise missionnaires occidentaux.
- Mariage mixte (protestant/catholique) : tabou en déclin, mais reste sensible politiquement (ex. guerre du Sonderbund en Suisse).
- Cimetières : début de la reconfiguration confessionnelle, avec une fragilisation des coupures religieuses.
4. Multiplicité des formes de christianisme
- Émergence de religions civiles : transfert des symboles religieux vers la nation (drapeau, identité nationale).
- Protestantisme :
- Naissance des Églises libres, insistance sur la séparation Église-État (Alexandre Vinet).
- Anglo-catholicisme (ex. Newman) critique l’organisation étatique du protestantisme.
- Théologie libérale (Baur, Strauss) : approche historique et naturalisation du christianisme, marginale mais influente.
- Catholicisme :
- Le pape devient arbitre face à la sécularisation.
- Condamnations pontificales (bulle Ecclesiam a Jesu Christo 1821, encyclique Mirari Vos 1832) contre liberté religieuse et séparation Église-État.
- Pastorale contre-révolutionnaire : retour aux dévotions (Sacré-Cœur, Vierge), recléricalisation.
5. Innovations religieuses et société industrielle
- 19e siècle = siècle des congrégations féminines : explosion des ordres religieux féminins, agentivité féminine forte dans paroisses et éducation.
- Catholicisme féminin dominant dans la pratique et l’adhésion aux normes morales.
- Société patriarcale : masculinité liée à l’espace public, féminité à la domesticité et à la religion.
- Religion perçue comme espace féminin, ce qui explique la baisse de fréquentation masculine.
- Congrégations féminines offrent aux femmes un espace d’action et de liberté face à la patriarcalité sociale.
6. Rapport au genre et à la religion
| Aspect | 19e siècle | Conséquence |
|---|---|---|
| Masculinité | Associée à l’espace public et citoyenneté | Moins d’engagement religieux masculin |
| Féminité | Associée à la famille et à la religion | Forte présence féminine dans l’Église |
| Prêtres catholiques | Souvent perçus comme manquant de masculinité | Suspicions et tensions sociales |
- La révolution a réservé la citoyenneté aux hommes, renforçant la séparation entre sphère publique (masculine) et sphère privée/religieuse (féminine).
7. Évolution des congrégations féminines
- 17e siècle : femmes religieuses cloîtrées (décret de 1625), malgré volonté apostolique (ex. Ursulines).
- Cas radical : Mary Ward (jésuitesse anglaise) veut une vie religieuse active, mais doit exister à distance des jésuites.
- 18e siècle : renouveau avec figures comme Madame d’Houet, qui revendique un rôle jésuite.
8. Contexte industriel et religieux
- 1ère Révolution industrielle (années 1820-1840) : petites usines, floraison de bassins industriels (ex. Ambert, capitale du chapelet).
- 2nde Révolution industrielle : concentration ouvrière dans grandes villes, apparition de quartiers ouvriers.
- Le 19e siècle voit une industrialisation des objets religieux (ex. fabrication mécanique du chapelet).
- Cette période est aussi celle d’une créativité religieuse intense, avec de nouvelles congrégations adaptées aux transformations sociales.
La modernité impose un conflit entre Église et société, mais aussi une dynamique de renouvellement religieux, marqué par la diversité des réponses et l’importance croissante des femmes dans la vie chrétienne.
Les années 1905-1914 : apogée des tensions
1. Les années 1905-1914 : apogée des tensions
a) Rôle des femmes et des laïcs dans le christianisme
- Communautés féminines : Fondatrices et compagnes de Jésus structurent des communautés éducatives, reconnues localement puis validées par Rome avec des adaptations (non jésuites). Ces groupes féminins sont essentiels dans un public majoritairement féminin, évitant les tensions de genre.
- Protestantisme et femmes : Après suppression des congrégations féminines, retour des diaconesses dès 1836, vivant en communauté sans vœux, centrées sur la charité.
- Jeunesse chrétienne : Mouvements laïcs comme ceux de F.-A. Ozanam (catho) et YMCA (protestant) offrent aux jeunes hommes des espaces de vie chrétienne en milieu urbain industriel.
- Démonopolisation cléricale : Laïcs, notamment femmes, jouent un rôle actif dans la mission et la propagation chrétienne, avec des œuvres de propagande (ex. Pauline Jaricot) finançant les missions extérieures par dons populaires.
b) Retour du surnaturel et spiritualité
- Restauration des cultes modernes : Via Crucis, Sacré-Cœur, eucharistie réactivés, avec une forte dimension de restauration et de pénitence, marquant une réaction anti-rationaliste post-révolutionnaire.
- Miracles et thaumaturgie : Réapparition des miracles, mystiques, guérisseurs, avec un accent politique conservateur, notamment en France, pour contrer les effets de la Révolution.
- Convertis comme figures centrales : La conversion devient un modèle religieux valorisé, symbole de la "recharge sacrale" post-révolutionnaire, incarnant la lutte contre la sécularisation.
La figure du converti devient un modèle religieux majeur, incarnant la résistance à la sécularisation et la restauration spirituelle.
c) Sociologie du clergé et anticléricalisme
| Aspect | Description |
|---|---|
| Origine sociale du clergé | Majoritairement issu des classes populaires rurales au 19e siècle, déficit dans les élites bourgeoises urbaines. |
| Évolution | Déclassement social du clergé au 19e, embourgeoisement au 20e siècle lié au déclin des pratiques populaires. |
| Anticléricalisme | Présent et violent, lié à la question sociale et à l’autorité du prêtre, persistant jusqu’après Vatican II. |
- L’anticléricalisme est un élément structurel des vies chrétiennes, provoquant des réponses variées, souvent issues des classes dominantes.
d) Critique philosophique et théologique
- Critique athée : Réactivation des critiques des Lumières, avec des penseurs comme Feuerbach qui voient la croyance comme une projection morale, influençant Marx.
- Nouveauté sociale : Être croyant devient une prise de position face à l’athéisme, qui gagne en visibilité et légitimité sociale après 1848.
- Théologie de Schleiermacher : Croire = expérience personnelle et sentiment, rupture avec l’orthodoxie rigide. Il place la spiritualité au cœur du religieux, influençant la théologie protestante et catholique.
- Catholicisme au 19e siècle : Peu de production théologique avant 1840, domination de l’enseignement, censure exercée par l’Index et l’Inquisition, notamment contre des théologiens comme Georg Hermes et Lamennais.
- Débat ecclésiologique : Fin des ecclésiologies josephistes (droit de l’État sur l’Église), l’Église se conçoit comme une logique de gouvernement autonome.
e) 1848 : tournant majeur
- Avant 1848, le pape oscille dans sa position face au libéralisme, sans conflit majeur avec l’État italien.
- Après 1848, rupture nette : le pape devient plus conservateur, en opposition aux États libéraux.
- Contexte : émergence du marxisme, question sociale, passage à la 2e révolution industrielle.
- L’Église italienne est fortement liée à l’État pontifical, avec une majorité de cardinaux italiens (68%) et un gouvernement ecclésiastique italien.
- Alliances conservatrices : le pape Grégoire XVI fait appel aux troupes autrichiennes pour réprimer des révoltes, s’alignant avec le josephisme et refusant un État libre pour l’Église.
- Existence d’un courant libéral italien (Rosmini, Manzoni) et du néo-guelfisme, qui revendiquent un État italien unifié.
L’année 1848 marque une rupture politique et religieuse majeure, consolidant l’Église dans une posture conservatrice face aux États libéraux et aux idéologies révolutionnaires.
Cette période est donc caractérisée par un renforcement des tensions internes et externes au christianisme, entre tradition et modernité, spiritualité et politique, clergé et laïcs, conservatisme et libéralisme.
Les Églises autour de la première guerre mondiale
1. Contexte politique et religieux avant la Première Guerre mondiale
- Italie divisée : Au sud, les Bourbons opposés à la révolution ; au nord, les Autrichiens dominent. Le Piémont-Sardaigne, francophone, est isolé. Certains nationalistes italiens (néo-guelfes) voient dans les États pontificaux la force unificatrice possible.
- Pie IX (1846-1878) : élu pape et chef d’État pour conduire des réformes dans un État pontifical en crise (économique et politique). Il initie des réformes libérales (amnistie, conseils consultatifs, modernisation économique) et utilise le terme « Italie » publiquement, signe d’un engagement nationaliste.
- Contradictions de Pie IX : hésite à soutenir les mouvements nationaux contre l’Autriche, ce qui déçoit les néo-guelfes. La révolte à Rome en 1849 conduit à la proclamation de la République romaine, obligeant Pie IX à s’exiler.
2. Les Églises et le Printemps des Peuples (1848)
- Mobilisation cléricale variable : En France, une partie du clergé soutient les forces révolutionnaires, espérant une libération politique. En Allemagne et Autriche, le clergé est plutôt conservateur et anti-joséphiste.
- Pologne : le clergé catholique est un acteur majeur de l’identité nationale et de la révolte contre les puissances occupantes, mêlant foi et patriotisme.
- République romaine (1849) : régime libéral mais pas antichrétien, qui va plus loin que les réformes de Pie IX. Sa chute marque le retour d’un pape restaurateur, renforçant la polarisation entre Église et forces libérales/révolutionnaires.
3. Conflit entre Églises et modernité (1848-1890)
- Bascule idéologique : Pie IX passe d’un pape réformateur à un pape de restauration, voyant les forces libérales et révolutionnaires comme ennemies de l’Église.
- Ralliement aux conservateurs : en France (ex. Montalembert) et en Autriche, l’Église s’allie aux forces conservatrices, renforçant la polarisation politique.
4. Progrès de la sécularisation et déconfessionnalisation
| Pays / Région | Évolution religieuse et politique clé |
|---|---|
| Italie | Statut albertin (1848) : tolérance pour vaudois et juifs, catholicisme reconnu comme religion d’État. Développement des communautés vaudoises bourgeoises libérales. |
| Autriche | Constitution libérale (1849), mais tensions persistantes avec l’Église. |
| Royaume-Uni / Irlande | Roman Catholic Relief Act (1829) : droits civiques pour catholiques, fin de la Protestant Ascendancy (1869). |
| Pays protestants (ex. Suède) | Déconfessionnalisation lente et partielle, tolérance limitée pour minorités religieuses. |
| Amérique latine | Ouverture progressive au protestantisme, tensions géopolitiques entre catholicisme et missions protestantes américaines. |
- Libéralisation des droits religieux : droit de culte public, possibilité de quitter l’Église d’État, suppression progressive des peines pour conversion.
- Limites : déconfessionnalisation partielle, maintien d’Églises d’État dans plusieurs pays.
5. Nouvelle relation entre Églises et États
- Séparation Église/État : aux USA, séparation stricte depuis 1791 (Bill of Rights), favorisant la liberté religieuse et l’immigration catholique (irlandaise, italienne, polonaise).
- Europe : séparation partielle ou concordats (ex. Espagne 1851, Autriche 1855), avec maintien de privilèges mais perte progressive de prérogatives (mariage civil, éducation, assistance).
- Conflits majeurs :
- Suppression des facultés de théologie d’État (Italie 1873, France 1886).
- Loi de séparation en France (1905).
- Abolition des privilèges judiciaires des clercs.
- Tensions autour des congrégations religieuses, notamment les jésuites (expulsions, saisies de biens).
6. Points clés à retenir
Le pontificat de Pie IX illustre la transition conflictuelle entre un État pontifical en crise, les aspirations nationales italiennes et la montée des forces libérales et révolutionnaires.
Le Printemps des Peuples révèle une diversité d’attitudes des Églises, oscillant entre soutien à la révolution et alliance avec les conservateurs.
La seconde moitié du XIXe siècle est marquée par une sécularisation croissante, une déconfessionnalisation partielle et une redéfinition radicale des rapports entre Églises et États, avec une perte progressive des prérogatives ecclésiastiques.
Pie XI et le catholicisme de l'entre deux guerre
1. Contexte historique et tensions Église-État
- 19e siècle : État libéré de l’Église, mais Église encore sous contrôle étatique.
- 20e siècle : sécularisation accrue, État libre de l’Église, Église peu cadrée par l’État, tensions entre catholiques et protestants.
- Question clé : nomination épiscopale, enjeu de contrôle entre État (ex. Italie, Espagne) et Église.
- Cas extrêmes : Kulturkampf en Allemagne et Suisse (1870), lutte de Bismarck pour un catholicisme national intégré à l’État, rejet du catholicisme centré sur Rome.
Le Kulturkampf marque un tournant : l’Église refuse désormais l’ingérence étatique dans sa vie interne, affirmant une double liberté État/Église.
2. L’Église catholique de la Restauration aux années 1870
a) Fragilité et reconfiguration du clergé
- Faible encadrement clérical : ex. Italie 1 prêtre/1000 habitants, Brésil 840 prêtres pour 14 millions.
- Déclassement social : clergé issu majoritairement des classes populaires rurales, coupure sociale nette avec l’épiscopat issu des classes moyennes supérieures.
- Évêques : position forte, monopole de la formation (séminaires), centralisation accrue, mobilisation face aux États libéraux.
b) Le tournant intransigeant (Pie IX)
- Perte des États pontificaux libère le pape de contraintes politiques, permettant une posture intransigeante.
- Syllabus Errorum (1864) : condamnation des erreurs modernes (libéralisme, naturalisme, rationalisme).
- Concile Vatican I (1869-1870) :
- Affirmation de la surnaturalité de la révélation (Dieu connu par Jésus, pas seulement par la raison).
- Renforcement du rôle de la Tradition comme source de foi, intégrant toute l’histoire de l’Église.
- Proclamation du dogme de l’infaillibilité pontificale (Pastor Aeternus) : le pape est pasteur universel, infaillible dans ses déclarations dogmatiques sous conditions strictes.
- Affirmation d’un principe ultra-monarchique : pape au-dessus de toute autorité ecclésiastique intermédiaire.
- Opposition au concile, notamment dans les pays du Kulturkampf, avec création de l’Église vieille catholique (schisme).
3. Vie religieuse et pratiques catholiques
- Pratique religieuse : globalement en recul, mais sentiment d’appartenance très fort (baptêmes, mariages).
- Variations régionales : forte sécularisation à Paris (45% enterrements hors rites ecclésiastiques en 1879), mais taux élevés en Italie et Amérique latine.
- Évolution théologique : Dieu miséricordieux et proche, discours pastoral adapté à une société sécularisée.
- Dévotions : ton politique, appel au triomphe de l’Église et à la restauration d’une société chrétienne.
a) Expansion des congrégations féminines
- Forte croissance au 19e siècle (ex. France 400 congrégations, Italie 185, Espagne 77 entre 1800-1880).
- Catholicisme féminin dominant dans la pratique (70% des pratiquantes en France).
- Féminisme chrétien : critique du féminisme laïc, revendications conservatrices, dénonciation du patriarcat masculin corrompant la foi, appel à une christianité féminine forte, sans revendication politique (ex. droit de vote).
Le catholicisme de l’entre-deux-guerres se caractérise par un pape affirmant une autorité intransigeante, une Église en quête d’autonomie face à l’État, et une religiosité populaire marquée par une forte présence féminine et un Dieu miséricordieux adapté à la modernité sécularisée.
Églises chrétiennes autour de la seconde guerre mondiale
1. Militants catholiques et structuration politique (XIXe siècle)
- Militantisme catholique orthodoxe après 1848, avec des structures propres (ex. Katholische Vereinigung en Allemagne).
- Katholische Vereinigung (Mayence, 1848) : défend les droits des catholiques, organise le premier Katholikentag, lutte contre le Kulturkampf.
- En Italie, création de la Gioventù Cattolica (jeunesse catholique) influente en politique, Paul VI en est un produit.
- En France, mouvements de jeunesse catholiques dès 1851, avec une forte coloration politique conservatrice (ex. Association Catholique de la Jeunesse Française, œuvre des cercles catholiques ouvriers).
- Ces mouvements structurent des sociabilités catholiques en réaction à la sécularisation.
2. Diversité et tensions dans le protestantisme
| Courant | Caractéristiques principales | Exemples / Particularités |
|---|---|---|
| High Church | Accent sur liturgie, sacralité, proximité symbolique avec catholiques | Certains se convertissent au catholicisme |
| Low Church | Calviniste, conservateur, liturgie simple, pasteurs sans apparat | Courant populaire |
| Broad Church | Théologie libérale, christianisme rationnel, Christ modèle moral | Présent dans universités (Oxford, Cambridge) |
- Églises libres : diversification entre orthodoxie scripturaire et piété dévotionnelle, refus du libéralisme et de la sécularisation.
- Apparition de mouvements fondamentalistes et apocalyptiques (adventistes, témoins de Jéhovah).
- Tensions autour de la tutelle de l’État.
3. L’orthodoxie et rapport à l’État
- Églises orthodoxes négocient leur autonomie (ex. autocéphalie négociée avec Constantinople au XIXe siècle).
- Patriarcat de Moscou sous forte tutelle étatique, tensions internes avec les vieux croyants.
- Reconnaissance des droits des vieux croyants en Russie en 1905.
4. Premières aspirations œcuméniques
- Réaction à la sécularisation et à la diversité protestante.
- Congrès en Allemagne réunissant églises évangéliques (luthériennes), amorce de la fédération luthérienne mondiale.
- Tentatives de profession de foi commune entre calvinistes et luthériens dès 1872 (sans aboutir).
- Catholiques à distance, mais quelques rapprochements à la fin du XIXe siècle.
- Léon XIII (années 1890) affirme rupture de succession apostolique avec les anglicans.
L’œcuménisme naît d’un besoin de dépasser les divisions confessionnelles face à la sécularisation.
5. Églises et transformations sociales du XIXe siècle
- Deuxième Révolution Industrielle : urbanisation, concentration ouvrière, apparition du prolétariat.
- Approche initiale des Églises : paternalisme (assistance, encadrement social top-down).
- Évolution vers une promotion sociale plus active (amélioration salaires, retraites, mutuelles).
- Montée des revendications ouvrières portées aussi par des laïques catholiques.
- Immigration massive (ex. USA, Allemagne, Italie) : création de structures d’accompagnement communautaire (Raphaelsverein, Opera di San Rafaele).
- Enjeux autour du socialisme : condamnation par Pie IX, puis Léon XIII avec l’encyclique Rerum Novarum (1891) qui refuse socialisme mais ouvre à la gestion sociale chrétienne.
6. Raison, foi et savoirs dans les Églises chrétiennes
- Fin XIXe : apogée du positivisme, progrès scientifique et amélioration des conditions de vie.
- Universités se développent, produisent de nouveaux savoirs, y compris sur le religieux.
- Protestantisme : accentuation de la coupure entre libéraux (théologie historique, rationaliste) et anti-libéraux (littéralisme scripturaire).
- Figures clés : Auguste Sabatier (protestantisme = religion de la raison), Adolf Harnack (retour au message originel de Jésus), Ernst Troeltsch (historicisation du christianisme).
- Catholicisme : domination du néothomisme (réhabilitation de Thomas d’Aquin), philosophie hétéronome, soumission de l’individu à la loi morale objective.
- Tensions internes avec des penseurs comme Maurice Blondel (philosophie de l’action).
- Débat sur l’interprétation de l’Écriture : Alfred Loisy propose une lecture critique large, condamnée par Léon XIII en 1893 (encyclique Providentissimus Deus).
- Fondation de l’École biblique et archéologique de Jérusalem (1890), développement d’une science catholique biblique encadrée par le Vatican.
- Ouverture des archives du Vatican, essor de l’histoire catholique (Msgr Louis Duchesnes).
Le catholicisme conjugue ouverture scientifique et contrôle doctrinal strict, tandis que le protestantisme se divise entre libéraux et fondamentalistes.
De la seconde guerre mondiale à Vatican II
1. Réformisme et anti-réformisme dans le catholicisme fin XIXe - début XXe
- Américanisme : mouvement réformiste catholique aux États-Unis cherchant à concilier catholicisme et principes américains (liberté, séparation Église-État). Condamné par Léon XIII (1895, 1899) qui rejette la séparation et le libéralisme religieux.
- Modernisme : courant intellectuel qui applique une lecture historiciste du christianisme, notamment par Loisy (développement historique du dogme, continuité entre Jésus et l’Église). Condamné par Pie X (1903) qui prône restauration et purification de l’Église.
- Condamnation du modernisme : encyclique Pascendi Dominici gregi (1907) qualifie le modernisme d’« hérésie synthétique ». Mise en place du serment antimoderniste (1910) pour les clercs et enseignants, campagne d’épuration dans l’enseignement catholique.
- Sodalitium Pianum : société secrète anti-moderniste créée pour dénoncer les réformistes au sein de l’Église, active jusqu’à la Première Guerre mondiale.
2. Tensions autour de la séparation Église-État en France (1905-1914)
- La séparation provoque une forte conflictualité entre catholiques réformistes et conservateurs.
- Le mouvement démocrate-chrétien émerge, notamment avec le Sillon (Marc Sangnier) en France, prônant la compatibilité entre christianisme et démocratie.
- Pie X impose une frontière nette : engagement politique possible, mais pas de structure politique ecclésiale. Le Sillon se sécularise en parti politique (Jeune République, 1912).
- En parallèle, l’Action française incarne l’opposition catholique anti-démocrate et conservatrice.
3. Églises orthodoxes et œcuménisme
- Poursuite de l’autonomie des Églises orthodoxes nationales (autocéphalie).
- Mouvements piétistes en Russie critiquent la soumission de l’Église à l’État.
- L’orthodoxie valorise l’eucharistie et une ecclésiologie organique, influençant Vatican II.
- Efforts œcuméniques : conférence missionnaire d’Édimbourg (1910), Federal Council of Churches (1908) aux USA.
- Lettre apostolique Praeclara gratulationi (1902) reconnaît les difficultés liées au primat de Rome dans l’unité chrétienne.
- Patriarche de Constantinople appelle au dialogue œcuménique.
4. Les Églises et la Première Guerre mondiale
- Benoît XV (1914-1922) : défense du règne social du Christ, refus de la sécularisation, publication du Code de droit canon (1917) codifiant les droits et devoirs des fidèles, affirmant la souveraineté de l’Église.
- Guerre juste selon saint Augustin : défensive, proportionnée, éthique. Benoît XV appelle à la paix mais sans succès.
- Nationalisme fort dans les Églises nationales : épiscopats soutiennent souvent la guerre, parfois en contradiction avec Rome.
- Clergé engagé sur le front comme aumôniers, brancardiers ; baisse de l’anticléricalisme après 1918.
- Méfiance envers la Société des Nations, mais adaptation progressive.
- Après la guerre, accords concordataires favorables à l’Église en Europe centrale et orientale (ex. Lettonie, 1922).
- Canonisation de Jeanne d’Arc (1920) par Pie XI, symbole d’union entre Église et nation française.
5. Pie XI et le catholicisme de l’entre-deux-guerres
- Anticommunisme marqué, acceptation de régimes autoritaires pour contrer la révolution.
- Renforcement de l’idée du règne social du Christ, volonté de reconquête de la société par l’Église.
- Complexification des rapports avec les nationalismes européens post-guerre.
À retenir : La période de la fin du XIXe siècle à Vatican II est marquée par un affrontement entre réformisme et conservatisme dans le catholicisme, une codification juridique renforçant la souveraineté ecclésiale, et une adaptation progressive aux enjeux politiques, sociaux et œcuméniques du XXe siècle.
Un tournant dans l'histoire du catholicisme : Concile Vatican II
1. Contexte historique avant Vatican II
- Pie XI (1922-1939) : défenseur d’un ordre social fondé sur le Christ-Roi, fête instituée en 1925, affirmant la suprématie du Christ pour la paix sociale.
- Modernisation et ouverture : création de l’Académie Pontificale des Sciences (1936) incluant des non-catholiques, promotion de Radio Vatican (1931), reconnaissance de la compatibilité foi-science.
- Action catholique : moteur de la reconquête sociale, avec un fort engagement des jeunes ouvriers, étudiants et agriculteurs.
- Relations avec les régimes autoritaires : soutien prudent, surtout par anticommunisme, notamment en Italie (Mussolini) et Allemagne (concordat avec le régime nazi en 1933).
- Critiques des nationalismes radicaux : condamnation du « nationalisme intégral » (Action Française en France), dénonciation du racisme et du culte du chef dans l’encyclique Mit brennender Sorge (1937).
2. Églises et totalitarismes dans l’entre-deux-guerres
| Aspect | Italie (Mussolini) | Allemagne (Nazisme) | Protestants allemands |
|---|---|---|---|
| Relation avec Église | Accord du Latran, liberté de culte, Action catholique tolérée | Concordat 1933, contrôle accru, presse catholique censurée | Division entre soutien et résistance, Église d’État nazie |
| Position de l’Église | Collaboration initiale, tensions croissantes | Opposition progressive, répression | Théologie confessante vs. compromis avec régime |
| Résistance chrétienne | Limitée, mais présence dans mouvements résistants | Rose Blanche, attentat de juillet 44 | Affirmation d’une théologie radicale et critique |
3. Seconde Guerre mondiale : crise et divisions
- Église catholique : partagée entre complicité et résistance, réactions tardives face aux persécutions, notamment juives.
- Mémoire et responsabilité : débats sur le rôle de l’Église, notamment en France et en Allemagne, avec reconnaissance partielle de responsabilités.
- Résistance chrétienne : engagements individuels et collectifs, mais aussi compromissions avec les régimes autoritaires.
- Antisémitisme : tensions internes, avec des appels à la réforme liturgique et à la dénonciation de l’antisémitisme, mais résistance institutionnelle.
4. Renouveau théologique et ecclésial d’après-guerre
- Protestantisme : retour à la théologie confessante (Karl Barth, Bonhöffer), insistance sur la révélation divine et la critique de l’alliance Église-État.
- Catholicisme : dépassement du modernisme par un thomisme renouvelé, mouvement de ressourcement patristique et liturgique (Romano Guardini).
- Tensions internes : opposition entre néo-scolastiques conservateurs et partisans de la « Nouvelle Théologie » (condamnation de Chenu en 1946).
- Œcuménisme : progrès notable, favorisé par la prise de conscience des divisions et des responsabilités historiques.
5. Vers Vatican II : aspirations et défis des années 1950
- Globalisation du christianisme : 870 millions de chrétiens en 1950, avec une montée des questions sociales et théologiques.
- Crise mémorielle : interrogations sur la complicité des Églises avec les totalitarismes, notamment en Allemagne et en France.
- Théologie protestante : affirmation du kérygme, retour aux principes sola fide, sola scriptura, sola gratia, et appel à la démythologisation (Rudolf Bultmann).
- Catholicisme : gestion difficile de la mémoire, révision partielle de l’antijudaïsme, lobbying pour une réforme liturgique.
À retenir : Le Concile Vatican II marque un tournant majeur en réponse aux crises du XXe siècle, en renouvelant la théologie, en réformant l’Église et en ouvrant au dialogue œcuménique et au monde moderne.
Les difficultés de l'immédiat après Concile
1. Contexte post-Concile : tensions et polarisation
- Rationalisme et scepticisme persistent après la Seconde Guerre mondiale, réduisant l’espace du croyable, notamment la croyance en la surnaturalité de l’institution ecclésiale.
- Chez les catholiques, une logique de changement graduelle s’installe, centrée sur la théologie officielle et la réception du néothomisme.
- Forte opposition interne à Rome contre les théories du ressourcement (années 20-30), dénoncées par Réginald Garrigou-Lagrange en 1946 comme la « nouvelle théologie ».
- Figures comme Yves Congar poursuivent une réflexion œcuménique et ecclésiologique malgré les sanctions (interdiction d’enseignement en 1954).
2. Tensions doctrinales et politiques
| Thèmes | Position conservatrice | Position réformatrice |
|---|---|---|
| Évolution et science | Condamnation (encyclique Humani generis, 1950) | Tentatives de conciliation (ex. Teilhard de Chardin) |
| Œcuménisme | Prudence, attente de Vatican II | Accélération des rapprochements (World Council of Churches, 1948) |
| Engagement social | Méfiance envers prêtres ouvriers (interdiction en 1953) | Engagement dans le monde ouvrier, partage de vie |
| Relations internationales | Acceptation prudente de l’ONU, valorisation des réseaux démocrates-chrétiens | Volonté de dialogue œcuménique et pacifiste |
3. Vatican II : un tournant sous pression
- Contexte de crise et d’attente depuis Vatican I, avec une pression accumulée (« cocotte-minute ») sur l’Église pour réformer.
- Jean XXIII (ancien patriarche de Venise) ouvre le concile en 1959, conscient des tensions internes et des enjeux œcuméniques.
- Vatican II est le concile des théologiens : 3000 évêques accompagnés de leurs experts, forte médiatisation.
- Opposition entre :
- Majorité réformatrice (cardinaux européens comme Suenens, Alfrint, Frings) favorisant une réforme profonde.
- Minorité conservatrice (curie romaine, Coetus internationalis patrum) défendant le statu quo.
4. Réformes majeures votées
| Texte / Décision | Contenu clé | Impact |
|---|---|---|
| Sacrosanctum Concilium (1963) | Réforme liturgique : latin préservé mais ouverture au vernaculaire, participation des fidèles | Modernisation de la liturgie, pluralité reconnue |
| Lumen gentium (1964) | Nouvelle ecclésiologie : Église comme peuple de Dieu, épiscopat collégial sous autorité du pape | Passage d’une vision juridique à une vision communautaire |
| Dei Verbum | Autorité biblique et importance de l’exégèse historico-scientifique | Renouveau biblique, geste œcuménique |
| Gaudium et Spes | Solidarité de l’Église avec l’histoire humaine, écoute des signes des temps | Rupture avec la posture conflictuelle traditionnelle |
| Déclaration sur la liberté religieuse | Passage du conflit au dialogue interreligieux, primauté du catholicisme affirmée | Texte controversé, ouverture au pluralisme |
Vatican II cherche à dépasser la sécularisation en effaçant les conflits internes et sociaux, mais reste un concile confessionnel.
5. Difficultés immédiates après Vatican II
- Polarisation accrue entre réformistes et conservateurs, notamment sur des questions doctrinales profondes (ex. infaillibilité papale).
- Apparition de revues symboliques :
- Concilium (réformistes)
- Communio (conservateurs)
- Dissensus généralisé : remise en question ouverte de l’Institution par toutes les tendances.
6. La crise morale : la question de la contraception
- Débat majeur post-Concile sur la morale sexuelle, notamment la contraception.
- Avant Vatican II, la contraception chimique est interdite, seule la méthode naturelle (Ogino) est tolérée.
- Avec la légalisation de la pilule dans les années 60, la question devient urgente.
- Paul VI crée une commission pontificale (1963-1968) qui conclut majoritairement à une éthique compatible avec la contraception, mais la minorité conservatrice (dont Jean-Paul II) s’y oppose.
- En 1968, l’encyclique Humanae Vitae réaffirme l’interdiction de la contraception chimique, provoquant une contestation massive chez les théologiens et les fidèles.
- Cette décision marque un acte d’autorité visant à préserver la doctrine, mais accentue le fossé entre norme officielle et pratique vécue.
L’encyclique Humanae Vitae inaugure un régime de normativité rigide, où tout changement doctrinal est perçu comme une menace.
7. Enjeux globaux et sécularisation
- Après Vatican II, la sécularisation s’accélère dans les sociétés occidentales et s’étend à d’autres régions (ex. Afrique).
- L’Église doit composer avec une perte d’influence sociale et une déprise religieuse massive.
- Ce contexte rend les tensions internes plus vives, car les attentes de réformes profondes se heurtent à la réalité d’une institution en crise.
Les Églises au temps de la globalisation
1. Déclin et transformation des Églises en Europe occidentale
- Déclin générationnel : Les générations nées dans les années 70/80 ont connu un christianisme encore majoritaire, tandis que la génération X (années 90/2000) vit dans une société où la référence chrétienne est minoritaire.
- Pratique religieuse en baisse : Exemples de baisse significative :
- Allemagne : 34% en 1990 → 27% en 2008
- France : 11-12% en 1990 → chute continue au XXIe siècle
- Belgique : baptême quasi universel jusque dans les années 80, chute à 58% en 2006, pratique <7%
- Cas irlandais : catholicisme résilient, 80% de pratiquants en 1993 → 40% en 2008, mais tendance générale à la baisse.
- Palier possible aujourd’hui : baisse de la pratique religieuse semble se stabiliser pour la première fois.
L’achèvement de la déconfessionnalisation marque la fin du statut d’Église d’État dans plusieurs pays (ex. Suède en 2000).
2. Évolutions sociétales et morales
- Légalité de l’avortement, euthanasie et mariage homosexuel :
- Légalisation tardive dans les pays catholiques (ex. avortement en Irlande en 2016).
- Mariage homosexuel légalisé dès 2001 aux Pays-Bas, puis Belgique, Portugal, France (2013/14).
- Mobilisations catholiques : forte mobilisation en France contre le mariage pour tous, échec politique mais signal fort de réaction.
- Exculturation (Danièle Hervieu-Léger) : le christianisme cesse d’être une référence culturelle centrale, même chez les chrétiens.
- Sécularisation des usages du temps : baisse du temps consacré à la dévotion et à l’institution religieuse dans les sociétés modernes.
3. Transformations internes des Églises
| Type d'Église (Weber) | Caractéristiques historiques | Situation actuelle |
|---|---|---|
| Église (institution) | Englobe la société, forte normativité | Obsolète, perte d’emprise |
| Secte (communauté zélée) | Convertis, intransigeants | Fragilisée, mais tendance à être promue par l’institution |
- La "sainte ignorance" (Olivier Roy) : les chrétiens connaissent de moins en moins leurs traditions et textes normatifs.
- Stratégies de sortie : négociation, protestation, conversion vers d’autres formes de christianisme accompagnent l’affaiblissement des normes.
4. Églises d’Europe orientale après la Guerre froide
- Effondrement de l’URSS → renforcement du patriarcat orthodoxe russe, étroitement lié à l’État.
- Montée des particularismes nationaux dans les Églises.
5. Crise catholique des années 70
- Mouvements contestataires : émergence d’un gauchisme chrétien (ex. Chrétiens pour le socialisme en Italie).
- Théologie de la libération en Amérique latine, forte audience malgré dictatures.
- Réformes internes : revendications d’égalité hommes-femmes, questionnement du célibat, créativité liturgique (ex. monastère de Boquen, abbaye de Maredsous).
- Crise du sacerdoce : baisse du nombre de prêtres, sorties massives (ex. 4 000 prêtres quittent en France entre 1965-1980).
- Déclin des normes : développement de modes d’arrangement vidant la normativité traditionnelle.
6. Tentatives de restauration sous Jean-Paul II et Benoît XVI
- Réaffirmation institutionnelle dans les années 80-90, sans remettre en cause la sécularisation.
- Jean-Paul II :
- Herméneutique de continuité avec Vatican II.
- Mobilisation pastorale, appel à affirmer la foi.
- Soutien aux mouvements ecclésiaux confessionnels (Opus Dei, Chemin néo-cathécuménal, Communione e Liberazione).
- Promotion du renouveau charismatique, notamment en réponse au pentecôtisme en Amérique latine et Afrique.
- Gouvernance plus verticale : centralisation à Rome, limitation des débats théologiques.
- Recadrage doctrinal par Benoît XVI :
- Catéchisme de 1992, exposé normatif strict.
- Encycliques (ex. Veritatis Splendor 1993) réaffirmant l’objectivisme moral.
- Motu proprio Ad tuendam fidem (1998) imposant l’adhésion aux vérités magistérielles.
- Tentatives de réconciliation avec intégristes : libéralisation de la liturgie pré-conciliaire (Summorum Pontificum, 2007), levée des excommunications (2009).
- Crise des abus sexuels : révélations majeures aux USA (2002) et en Europe, fragilisant la crédibilité des Églises.
7. Protestantismes contemporains
- Diversification accrue : ordination de femmes, acceptation progressive des couples homosexuels.
- Déclin numérique malgré ces évolutions.
- Protestantisme mondial : domination des Églises libres, forte explosion du pentecôtisme, particulièrement en Afrique.
- Caractère "liquide" des communautés pentecôtistes, nombreuses et changeantes.
8. Christianisme global et nouvelle géopolitique
- Décentrement de l’Occident : en 2017, 50% des catholiques sont en Amérique (surtout latine).
- Essor en Asie : croissance notable en Chine (avec répression), Corée devenue majoritairement chrétienne.
- Bascule en Amérique latine : passage progressif du catholicisme au protestantisme dans les classes populaires (ex. Honduras, Guatemala).
- Influence américaine : universités (Notre Dame, Georgetown, Harvard, Liberty University) et médias (Eternal Word Television Network) jouent un rôle clé dans la formation et la diffusion des doctrines chrétiennes.
Le christianisme contemporain est marqué par une globalisation des pratiques et une polycentralité géopolitique, avec des circulations d’influences multiples entre continents.