Pourquoi des marchés financiers ? Fonctions économiques
1. Problème économique fondamental
- Agents en capacité de financement : épargnants (ménages, entreprises excédentaires, État en excédent).
- Agents en besoin de financement : emprunteurs (entreprises, ménages, État).
- Question clé : comment transférer efficacement l’épargne vers les projets à financer, en respectant les préférences de risque et liquidité ?
Deux modes de financement :
| Mode | Description | Exemple |
|---|---|---|
| Financement intermédié (indirect) | Banque collecte l’épargne et prête aux emprunteurs, porte le risque et transforme les échéances. | Prêt bancaire |
| Financement direct (marché) | Émission de titres (actions, obligations) achetés directement par les épargnants sur un marché financier. | Achat d’actions en bourse |
Les marchés financiers permettent le financement direct, alternative à l’intermédiation bancaire.
2. Les cinq fonctions économiques des marchés financiers
| Fonction | Description | Importance clé |
|---|---|---|
| 1. Financer l’économie | Permet aux entreprises de lever des capitaux via émission d’actions (augmentation de capital, IPO). | Renforce les fonds propres, finance la croissance et l’innovation. |
| 2. Découverte du prix | Le prix d’équilibre résulte de la confrontation des ordres d’achat et de vente, agrège l’information. | Le prix est un signal pour entreprises, investisseurs et économie (allocation des ressources). |
| 3. Fournir de la liquidité | Facilite l’achat/vente rapide d’actifs sans impact significatif sur le prix. | Permet à l’épargnant de récupérer son argent facilement, réconcilie horizon long/ court. |
| 4. Transfert et partage du risque | Permet de transférer le risque à ceux qui l’acceptent et de le mutualiser entre de nombreux agents. | Rend possible le financement de projets risqués et ambitieux. |
| 5. Allocation du capital | Dirige l’épargne vers les projets les plus productifs en fonction du rendement attendu et du risque. | Optimise l’utilisation des ressources financières dans l’économie. |
3. Définitions clés
- Levée de capital : création et vente de nouvelles actions pour renforcer les fonds propres.
- Introduction en bourse (IPO) : première émission publique d’actions d’une entreprise.
- Liquidité : facilité d’échanger un actif rapidement sans modifier son prix.
- Volume : nombre de titres échangés sur une période.
- Fourchette de prix (bid-ask spread) : écart entre le meilleur prix acheteur et vendeur, indicateur de liquidité.
- Transfert du risque : déplacement du risque d’un agent vers un autre contre rémunération.
- Partage du risque (mutualisation) : répartition d’un risque entre plusieurs agents.
- Allocation du capital : répartition efficace des ressources financières vers les projets les plus rentables compte tenu du risque.
4. Marché primaire et marché secondaire
| Marché | Description | Rôle |
|---|---|---|
| Marché primaire | Émission de titres neufs (actions, obligations) par l’entreprise ou l’État. | L’entreprise reçoit directement les fonds (levée de capital). |
| Marché secondaire | Échange de titres déjà émis entre investisseurs. | L’entreprise ne reçoit rien ; assure la liquidité et fixe le prix des titres. |
- Le marché secondaire est indispensable au marché primaire car il garantit la liquidité.
- Le prix sur le marché secondaire détermine le coût de financement sur le marché primaire.
5. Acteurs des marchés financiers
- Ménages et épargnants : source principale d’épargne, investissent directement (compte-titres, PEA) ou indirectement (fonds, assurance-vie).
- Entreprises émettrices : émettent des titres pour financer leurs projets.
- Investisseurs institutionnels : gèrent des fonds importants (assurances, fonds de pension).
- Banques et teneurs de marché : facilitent les échanges et assurent la liquidité.
- Infrastructures de marché : plateformes d’échange, chambres de compensation.
- Régulateur (AMF) : veille au respect des règles et à la transparence.
6. Limites des marchés financiers
| Limite | Description | Conséquence |
|---|---|---|
| Prix peuvent diverger de la valeur | Les prix reflètent l’opinion collective, pas toujours la valeur réelle (bulles, krachs). | Risque de surévaluation ou sous-évaluation temporaire. |
| Liquidité peut disparaître | En crise, les acheteurs se retirent, la liquidité chute, vendre devient difficile et coûteux. | L’épargnant peut ne pas récupérer son argent rapidement. |
| Information inégale | Certains acteurs disposent d’informations privilégiées, ce qui peut fausser le marché. | Nécessité de régulation et de transparence (interdiction du délit d’initié). |
Les marchés financiers sont utiles mais imparfaits : ils produisent des prix, pas des vérités, et leur fonctionnement dépend de la qualité de l’information et de la liquidité.
À retenir :
Les marchés financiers mettent en relation agents en capacité et en besoin de financement, assurent financement, découverte du prix, liquidité, partage du risque et allocation efficace du capital, mais restent soumis à des limites liées aux prix, à la liquidité et à l’information.
Marché primaire, marché secondaire et acteurs
1. Marché primaire et marché secondaire
- Marché primaire : lieu où les entreprises émettent de nouveaux titres (actions ou obligations) pour se financer. L'argent va directement à l'entreprise.
- Marché secondaire : lieu où s'échangent les titres déjà émis entre investisseurs. L'entreprise ne reçoit pas d'argent lors de ces transactions.
Une augmentation de capital est une opération du marché primaire ; la revente d'actions existantes est une opération du marché secondaire.
2. Capitalisation boursière
- Définition : valeur totale des actions d'une société cotée, calculée par
- Sert à classer les entreprises (grandes, moyennes, petites capitalisations) et à construire les indices boursiers.
3. Les acteurs des marchés financiers
| Acteur | Rôle principal | Ce qu'il en attend |
|---|---|---|
| Ménages / épargnants | Fournissent l'épargne, directement ou via des fonds | Rémunération, sécurité, liquidité |
| Entreprises émettrices | Émettent des titres pour se financer | Capitaux, visibilité, valorisation |
| Sociétés de gestion | Gèrent des fonds d'investissement | Frais de gestion, performance |
| Fonds de pension | Placements à long terme des cotisations retraite | Rendement à très long terme |
| Assureurs | Placements des primes d'assurance | Rendement stable, couverture des engagements |
| Banques d’investissement | Organisent émissions de titres | Commissions |
| Courtiers | Transmettent les ordres au marché | Commissions |
| Teneurs de marché | Assurent la liquidité en affichant en permanence un prix d'achat et de vente | Gain sur la fourchette (différence bid-ask) |
| Infrastructures (Euronext, etc.) | Gèrent la plateforme et sécurisent les échanges | Frais de transaction |
| Régulateur (AMF) | Édicte les règles, surveille et sanctionne | Intégrité du marché, protection de l'épargne |
4. Teneur de marché
- Intermédiaire qui garantit la liquidité en affichant continuellement un prix d'achat (bid) et un prix de vente (ask) pour un titre.
- Se rémunère sur la différence entre ces deux prix (la fourchette).
- Porte le risque de détenir des titres dont le cours peut fluctuer.
5. Rôle du régulateur : l'Autorité des marchés financiers (AMF)
- Missions :
- Réglementer les marchés et les acteurs.
- Surveiller pour détecter abus (délit d'initié, manipulation de cours).
- Sanctionner et informer les épargnants.
- Ne garantit pas les gains ni la « justesse » des prix, mais veille au respect des règles et à la transparence.
6. Synthèse du circuit de l’épargne
- Les ménages épargnent.
- Les investisseurs institutionnels collectent et placent cette épargne.
- Les banques et intermédiaires organisent les émissions et exécutent les ordres.
- Les teneurs de marché assurent la liquidité.
- Les entreprises reçoivent les capitaux.
- Le régulateur surveille l’ensemble.
C’est la combinaison des intérêts de ces acteurs, encadrée par des règles, qui fait fonctionner le marché.
7. Définitions clés
- Action : titre de propriété représentant une fraction du capital social d’une société. L’actionnaire est copropriétaire.
- Dividende : part des bénéfices distribuée aux actionnaires, non garantie.
- Obligation : titre de créance, représentant un prêt à l’émetteur avec paiement d’intérêts (coupon) et remboursement du capital à échéance.
8. Comparaison action / obligation
| Critère | Action | Obligation |
|---|---|---|
| Nature du titre | Propriété (part du capital) | Créance (dette) |
| Statut du détenteur | Actionnaire, copropriétaire | Créancier, prêteur |
| Rémunération | Dividende, variable, non garanti | Coupon, fixe |
| Durée | Illimitée | Limitée (échéance) |
| Remboursement | Aucun, revente sur marché | Capital remboursé à échéance |
| Droit de vote | Oui | Non |
| Rang en cas de faillite | Dernier servi (résiduel) | Prioritaire |
| Risque | Élevé | Modéré |
| Rendement attendu | Plus élevé | Plus faible |
9. Rendement et risque
- Rendement d’un placement sur une période :
- Risque : incertitude sur le rendement futur, mesurée par la dispersion (variabilité) des rendements possibles autour du rendement attendu.
- Relation rendement/risque : un placement plus risqué doit offrir un rendement attendu plus élevé pour attirer les investisseurs.
- Prime de risque : différence entre le rendement moyen attendu d’un placement risqué (ex. actions) et le taux sans risque.
10. Actif sans risque et taux sans risque
- Actif sans risque : placement dont le rendement est connu avec certitude (ex. bons du Trésor).
- Taux sans risque : rendement de cet actif, référence pour comparer les autres placements.
11. Intérêts simples vs intérêts composés
- Intérêts simples : intérêts calculés uniquement sur le capital initial.
- Intérêts composés : intérêts calculés sur le capital initial augmenté des intérêts accumulés.
- La croissance composée est exponentielle, bien plus avantageuse sur le long terme.
Règle de 72 : temps pour doubler un capital ≈ années.
12. Inflation et pouvoir d’achat
- Inflation : hausse générale et durable des prix, mesurée par le taux d’augmentation de l’indice des prix à la consommation.
- Rendement nominal : rendement exprimé en euros courants.
- Rendement réel : rendement corrigé de l’inflation, mesurant la variation du pouvoir d’achat.
où est le taux d’inflation.
Un rendement nominal positif peut correspondre à un rendement réel négatif si l’inflation est plus élevée.
13. Points essentiels à retenir
Le marché financier se compose d’un marché primaire (émission de titres) et d’un marché secondaire (échanges entre investisseurs).
La capitalisation boursière mesure la valeur totale d’une entreprise cotée.
Les investisseurs institutionnels jouent un rôle central en collectant et en plaçant l’épargne.
Le teneur de marché garantit la liquidité en affichant continuellement des prix d’achat et de vente.
Le régulateur (AMF) veille à la transparence et à la protection des investisseurs.
L’action est un titre de propriété avec droits sur bénéfices, vote et actif net, mais à risque élevé.
Le rendement d’un placement dépend de la variation du prix et des dividendes, le risque est la variabilité des rendements.
La relation rendement/risque impose un rendement attendu plus élevé pour un risque plus grand, la prime de risque récompense ce surcroît de risque.
Les intérêts composés augmentent fortement la valeur d’un capital sur le long terme.
L’inflation réduit le pouvoir d’achat, il faut distinguer rendement nominal et rendement réel.
L'action, le couple rendement/risque et le temps long
1. Intérêts composés, inflation et rendement réel
- Intérêts composés : un capital initial croît selon la formule
où est le taux d’intérêt annuel et le nombre d’années. - Règle de 72 : le temps de doublement approximatif d’un capital est donné par
- Inflation érode le pouvoir d’achat : à 2 % d’inflation, le pouvoir d’achat est divisé par 2 en environ 36 ans.
- Rendement réel : mesure l’enrichissement réel, corrigé de l’inflation, approximativement
où est le taux d’inflation. - Un rendement nominal inférieur à l’inflation appauvrit le détenteur.
2. Actualisation et valeur du temps (Irving Fisher)
- Taux d’intérêt : prix du temps, équilibre entre impatience à consommer et opportunités d’investissement.
- Valeur actuelle (VA) d’une somme à recevoir dans ans au taux :
- Facteur d’actualisation :
diminue avec et . - Valeur actuelle d’une suite de flux à chaque année :
- Relation inverse taux/valeur : hausse des taux baisse la valeur actuelle des actifs.
3. Rentes perpétuelles et formule de Gordon–Shapiro
| Type de rente | Valeur actuelle | Condition |
|---|---|---|
| Rente perpétuelle constante | constant | |
| Rente perpétuelle croissante |
- : flux constant annuel
- : premier dividende
- : taux d’actualisation
- : taux de croissance annuel des dividendes
- La valeur d’une action augmente avec le dividende et la croissance anticipée, diminue avec le taux d’actualisation.
4. Équation de Fisher
- Relation entre taux nominal , taux réel et inflation anticipée :
- Le taux nominal incorpore la compensation de la perte de pouvoir d’achat due à l’inflation.
- Exemple : si l’inflation anticipée augmente, le taux nominal exigé augmente aussi.
5. Horizon d’investissement et risque
- Choix du placement dépend de l’horizon temporel :
- Court terme (ex. 6 mois) : privilégier placements sans risque (monétaires).
- Moyen terme (ex. 3 ans) : tolérance au risque faible, placements peu risqués.
- Long terme (ex. 35 ans) : tolérance au risque élevée, actions adaptées pour profiter de la prime de risque.
- Prime de risque actions : rendement moyen des actions supérieur au taux sans risque, rémunère la volatilité et les pertes potentielles.
6. Épargne et capitalisation : commencer tôt
- En capitalisation, les intérêts composés favorisent les premiers versements.
- Exemple :
- Personne 1 épargne 2 000 € par an de 25 à 35 ans (10 ans), puis arrête.
- Personne 2 épargne 2 000 € par an de 35 à 65 ans (30 ans).
- À 65 ans, les capitaux sont proches (~160 000 € vs 168 000 €), malgré un total versé 3 fois moindre pour la personne 1.
- Conclusion : commencer tôt est plus efficace que verser plus tard.
7. Salaire, inflation et pouvoir d’achat
- Une augmentation nominale du salaire inférieure à l’inflation correspond à une baisse du salaire réel.
- Exemple : salaire augmenté de 3 % alors que l’inflation est à 5 % → baisse réelle d’environ 2 %.
- Comprendre la distinction nominal/réel est essentiel pour évaluer le pouvoir d’achat.
À retenir :
- Le taux d’intérêt est le prix du temps, équilibrant impatience et investissement (Fisher).
- La valeur d’un actif est la somme actualisée de ses flux futurs.
- La formule de Gordon–Shapiro valorise une action à dividendes croissants.
- L’équation de Fisher relie taux nominal, taux réel et inflation anticipée.
- Le choix du placement dépend de l’horizon, du couple rendement/risque et du temps long.
- Commencer à épargner tôt maximise les intérêts composés.
- Seul le rendement réel mesure l’enrichissement véritable.