Le scepticisme ancien
1. Le scepticisme ancien
Le scepticisme ancien naît avec Pyrrhon d’Élis (-360, -275), fondateur du pyrrhonisme, une forme radicale de doute. Il affirme qu'il est impossible d'avoir un avis certain sur la réalité, car la vérité n'existe pas ou est inaccessible. La seule attitude rationnelle est donc de suspendre son jugement (épochè).
a) Positions clés
| Philosophe | Position sur le savoir et la vérité |
|---|---|
| Socrate | « Tout ce que je sais, c’est que je ne sais pas » : doute et humilité |
| Sophistes | Rien ne prouve que ce que je sais est la vérité |
| Sceptiques | Pour ne pas croire, il faut ne rien savoir ; doute absolu |
b) Arguments sceptiques essentiels
- Contradiction des idées : toute idée a son contraire → la vérité ne peut exister.
- Infinité du savoir : le savoir repose toujours sur un savoir antérieur, ce qui entraîne une régression infinie empêchant la certitude.
- Bases infondées : les vérités reposent sur des prémisses infondées (infériables), donc le savoir est instable.
- Tautologie du savoir : les définitions sont circulaires, ce qui empêche une connaissance certaine.
c) Réponses aux arguments sceptiques
- Certaines contradictions peuvent être dépassées par la dialectique.
- Distinction entre savoir (universel, certain) et opinion (particulière, incertaine) : le savoir n’est pas toujours remis en cause.
- L’infini supposé du savoir n’est pas toujours réel ; parfois, il y a une fin.
- Questionnement sur la possibilité même du scepticisme : comment douter du doute lui-même ?
À retenir : Le scepticisme ancien invite à suspendre son jugement face à l’impossibilité d’atteindre une vérité certaine, en poussant le doute à son extrême.
2. Contexte historique
- Période hellénistique (-323 à -146 av. J.-C.) et Grèce romaine (-146 à +330)
- Influence grecque persistante sur la culture romaine malgré la domination politique romaine.
L'épicurisme
1. Philosophie matérialiste et atomisme
- L’homme se fait souffrir inutilement, notamment en s’inquiétant de la mort, qui ne concerne pas les vivants et ne dure qu’une seconde.
- L’épicurisme invite à se libérer des pensées inutiles pour percevoir la nature réelle des choses, visible sous nos yeux.
- C’est une philosophie matérialiste poussée à l’extrême : toute chose est composée d’atomes insécables et éternels.
- Le monde est le fruit d’un assemblage aléatoire d’atomes, sans intervention divine.
- Remise en cause de la création divine : les dieux existent mais ne créent pas le monde.
2. Trois axes fondamentaux de l’épicurisme
| Domaine | Contenu clé |
|---|---|
| Éthique | Viser la non-souffrance, ne pas faire souffrir |
| Physique | Atomisme, théorie du hasard |
| Théorie de la connaissance | Règles et critères de jugement basés sur les sensations |
3. Épicure et Démocrite : matérialisme atomiste
- L’âme est expliquée par les atomes, comme tout le reste.
- Les dieux existent et peuvent influencer le destin, mais ne sont pas créateurs.
- Principe fondamental : rien ne se crée, rien ne se perd, tout se transforme (précurseur de la loi de conservation de la matière).
4. Théorie des règles et critères de jugement (théorie de la connaissance)
- Postulat de base : les sensations sont vraies car elles résultent de la rencontre mécanique entre atomes.
- La connaissance est donc mécanique et fondée sur les sensations (ex : échange d’atomes entre la main et la table produit la sensation du toucher).
- L’erreur vient d’une mauvaise interprétation des sensations, pas des sensations elles-mêmes.
- Pour relier sensations et jugements, Epicure introduit les prénotions :
- Ce sont des règles et critères de jugement servant de transition entre le monde extérieur et la pensée intérieure.
- Elles permettent d’interpréter correctement les sensations.
- Question ouverte : les prénotions sont-elles innées ou acquises par l’expérience ?
À retenir : L’épicurisme repose sur un matérialisme atomiste où la connaissance est mécanique, fondée sur des sensations vraies, et où le bonheur consiste à éviter la souffrance en se libérant des craintes inutiles.
Le stoïcisme
1. Le stoïcisme : contexte et origines
-
Période : Naît après Platon et Aristote, dans une époque troublée, s'étendant jusqu'au IIe siècle après J.-C.
-
Localisation : Origine grecque, puis développement gréco-romain, enfin Rome impériale.
-
Sous-groupes :
Groupe Période Exemples célèbres Stoïques anciens Grecs Zénon de Citium (fondateur) Stoïques moyens Gréco-romains Stoïques impériaux Rome impériale Sénèque, Épictète, Marc-Aurèle -
Nom : Vient de la Stoa (portique) où ils se réunissaient à l'Agora.
2. Philosophie stoïcienne : principes fondamentaux
-
Philosophie de l’unité :
L'univers est un organisme unique et organisé, où tout est interdépendant. Chaque chose existe en relation avec les autres, formant un tout cohérent. -
Le souffle (pneuma) :
Agent immanent qui relie et anime toutes les choses, assurant leur fonctionnement dans l'univers. -
Dieu immanent :
Dieu n'est pas extérieur, mais présent en chaque chose, principe vital et ordonnateur. -
Matérialisme et mécanisme :
L'univers fonctionne selon des processus mécaniques, notamment par l'interaction des atomes.
3. Philosophie tripartite stoïcienne
| Domaine | Contenu clé |
|---|---|
| Physique | Étude de la nature et de l'univers comme un tout organisé, animé par le souffle divin. |
| Logique | Étude des processus de la pensée, notamment la théorie de la sensation et de l'assentiment. |
| Morale | Fondée sur la raison, elle vise la vertu et la maîtrise de soi en accord avec la nature. |
4. Théorie de la sensation et de l'assentiment
-
Sensation :
Tout se fait par contact physique, les particules extérieures provoquent nos pensées (processus mécanique). -
Assentiment :
Faculté humaine de refuser ou d'accepter ce que les sensations présentent.- C'est un contrôle des réflexes, mêlant une part mécanique (réflexe) et une part réfléchie (rationalisation).
- Explique pourquoi les individus ne pensent pas tous de la même manière malgré une réalité commune.
À retenir : Le stoïcisme conçoit l'univers comme un tout organisé et animé par un souffle divin immanent, où la raison humaine, via l'assentiment, permet de maîtriser ses réactions pour vivre en accord avec la nature.
Le néoplatonisme
1. Le néoplatonisme
Le néoplatonisme est la dernière grande philosophie antique, centrée sur une vision hiérarchique et unifiée de la réalité.
a) Plotin (205 - 270)
- Influences : Platon, Aristote, Stoïcisme.
- Structure du monde : 3 hypostases (niveaux fondamentaux) + le monde sensible.
| Hypostase | Description |
|---|---|
| L’Un | Principe unique, source première de tout, au-delà de l’être et de la pensée. |
| L’Intelligence | Monde des Idées (similaire à Platon), universaux formant les principes des choses sensibles. |
| L’Âme | Contient les idées et pensées, lien entre l’intelligence et le monde sensible. |
| Monde sensible | Le monde matériel, dernier niveau, reflet des hypostases supérieures. |
- Opposition Platon vs Aristote : Plotin privilégie la primauté de l’Un et de l’intelligible (Platon), par rapport à la substance matérielle (Aristote).
b) Porphyre de Tyr (234 - 305)
- Défend la cohabitation de Platon et Aristote.
- Pour lui, les universaux peuvent être compris à la fois comme des réalités intelligibles (Platon) et comme des concepts abstraits (Aristote).
- Il ouvre la voie à une synthèse entre les deux philosophies, intégrant les universaux dans une hiérarchie cohérente.
À retenir : Le néoplatonisme conçoit la réalité comme une hiérarchie d’hypostases, où l’Un est la source unique, suivi de l’intelligence, de l’âme, puis du monde sensible. Plotin est la figure centrale, tandis que Porphyre tente une synthèse entre Platon et Aristote.
La transition vers le catholicisme
1. La question des universaux chez Porphyre et Ammonios
- Porphyre interroge la réalité des universaux : sont-ils réels ou seulement des constructions mentales ? S'ils sont réels, sont-ils corporels ou incorporels ?
- Ammonios (440-517) propose une métaphore de l'anneau unique marqué sur plusieurs pains de cire :
- Il y a plusieurs marques identiques, mais elles proviennent d'une marque unique.
- Cela illustre un principe unique qui se manifeste dans la multiplicité, et que le multiple peut redevenir un dans l'esprit.
- Il distingue l’universel platonicien (dans le Monde des Idées) et l’universel aristotélicien (dans les choses).
2. Contexte historique : l’arrivée du catholicisme
- En -87, Athènes est prise par les Romains, qui adoptent et conservent la philosophie grecque.
- Les éclectiques favorisent la coexistence des différentes écoles philosophiques.
- La religion grecque polythéiste influence la religion romaine.
- L’apparition du christianisme bouleverse ces principes anciens :
- Jésus de Nazareth remet en cause l’autorité impériale, ce qui conduit à sa crucifixion.
3. Les apôtres et la diffusion du christianisme
- Paul de Tarse (-3 à 67) :
- Premier missionnaire chrétien à quitter son pays d’origine.
- Introduit le concept de conversion, changement radical de vision du monde.
- Le christianisme se divise en plusieurs mouvements autour de la Méditerranée :
Mouvement Fondateur Idée principale Manichéisme Mani (216-276) Dualisme entre un dieu du bien et un dieu du mal en lutte constante. Catholicisme St Augustin (353-430) Diffusion large et structuration officielle du christianisme.
4. Évolution des principes fondamentaux du catholicisme
| Concept grec | Transformation catholique | Sensification |
|---|---|---|
| Infini | De connotation négative à domaine de Dieu | Dieu est infini, omniscient, omnipotent |
| Finitude | Limite du monde et de la connaissance humaine | Limite de l’accessible pour l’Homme |
| Métempsychose | Abandon de la réincarnation platonicienne | Insistance sur la résurrection et la vie éternelle |
À retenir : Le catholicisme transforme et intègre certains concepts grecs en les requalifiant, notamment en attribuant à Dieu l’infini et en redéfinissant la finitude comme limite humaine.
Jésus et les débuts du christianisme
1. Abolition de la réincarnation et nouvelle conception de l’âme
- Le christianisme supprime la réincarnation.
- À la mort, l’âme rejoint Dieu et Jésus-Christ.
- Cette vision marque une rupture avec les croyances antiques grecques.
2. L’égalité universelle
- Chez les Grecs, seuls les hommes libres sont citoyens, l’esclavage est accepté.
- Le christianisme affirme que tous les Hommes sont égaux aux yeux de Dieu.
- Passage d’une éthique fondée sur la fidélité aux principes à une morale humaniste basée sur l’égalité.
3. La notion de péché
| Aspect | Religion grecque antique | Christianisme |
|---|---|---|
| Notion de péché | Inexistante, les dieux ne jugent pas les pensées secrètes | Le péché est une faute morale intérieure, jugée par Dieu |
| Équivalent | Crime extérieur, punissable socialement | Péché, honte intérieure à confesser |
| Exemple | "Péchés capitaux" = crimes grecs | Péchés à confesser pour obtenir le pardon divin |
4. La laïcité naissante
- Les premiers chrétiens s’opposent à l’Empire romain, qui impose une autre religion.
- Ils revendiquent la séparation entre religion et pouvoir politique.
- Cette position évoluera lorsque l’Église prendra elle-même le pouvoir.
5. Foi et connaissance : un nouveau rapport
- Philosophie grecque : la connaissance rationnelle prime, savoir ≠ croyance.
- Christianisme : la foi est un assentiment commun à Dieu, omniprésent.
- La connaissance scientifique ne peut contredire Dieu, car Dieu est en l’homme.
- Deux attitudes face à la connaissance :
- Inconnaissable : Dieu dépasse l’entendement humain.
- Connaissance divine : la création parfaite doit être comprise.
6. Augustin d’Hippone (355-430) : le dernier antique, premier médiéviste
- Évêque et philosophe, fondateur du platonisme catholique : accord entre Platon et Dieu.
- Remplace le monde des idées par Dieu comme réalité suprême.
a) Le problème du mal selon Augustin
- Dieu a créé le bien et le libre arbitre.
- Adam et Ève ont fauté en mangeant la pomme (péché originel).
- Tous les hommes héritent du péché originel par filiation.
- Le péché est double :
- Péché originel transmis à tous.
- Péché de concupiscence (désir charnel), même chez le bébé qui tète.
Le mal n’est pas créé par Dieu, mais résulte du libre arbitre mal utilisé par l’homme.
Saint Augustin et la philosophie catholique
1. La tension de l’âme chez Saint Augustin
- L’âme humaine est déchirée entre raison et instincts primitifs (désirs, passions).
- Cette opposition crée un déchirement intérieur : l’âme tend vers la raison, mais est attirée par les instincts.
- Cette idée rejoint la maxime grecque « connais-toi toi-même », invitant à comprendre ses désirs pour mieux les maîtriser.
2. Saint Augustin face aux hérésies et à la théologie catholique
| Aspect | Position de Saint Augustin |
|---|---|
| Hérésie | Premier à utiliser le terme « hérétique » pour les non-croyants. |
| Pélagianisme | Condamne Pélage qui affirme que la perfection est possible sans Dieu (exécution). |
| Théologie de la substitution | Les catholiques doivent remplacer les juifs dans la foi. |
| Jugement sur les juifs | Responsables de la mort du Christ, donc « méritent » leur sort. |
| Violence catholique | Justifiée comme un acte pour offrir la vie éternelle, donc moralement bon. |
À retenir : Pour Augustin, la foi catholique est la seule voie vers la vérité et la justice divine, légitimant même la violence contre les hérétiques ou les non-croyants.
3. La théorie de la connaissance chez Saint Augustin
- La connaissance vraie est accessible uniquement après illumination divine et conversion.
- Dieu, omniscient, est la source de toute vérité ; la connaissance humaine s’appuie sur la foi pour discerner la vérité.
- Cette vérité divine s’apparente au monde intelligible platonicien, mais la vérité est Dieu lui-même, accessible ici-bas sans réincarnation.
a) Opposition aux philosophies matérialistes
| Philosophie | Critique d’Augustin |
|---|---|
| Stoïcisme | Trop matérialiste, ignore la source divine. |
| Épicurisme | Réduit tout au sensible, néglige Dieu. |
- Les sensations sont fiables car Dieu les a créées efficaces.
- Cependant, sans foi, les sens peuvent induire en erreur.
- La conscience de l’erreur mène à la certitude de soi : « je me trompe, donc je suis » (cogito augustinien).
4. Le langage et les signes
- L’enseignement nécessite des signes (langage), mais ceux-ci ne transmettent pas directement la connaissance.
- Pour apprendre, il faut maîtriser les signes eux-mêmes, c’est-à-dire comprendre le langage utilisé.
- Le langage est un outil, un levier pour accéder à la connaissance, mais la compréhension précède l’apprentissage.
5. Synthèse schématique
| Concept | Rôle chez Augustin |
|---|---|
| Illumination | Source divine de la connaissance vraie |
| Connaissance | Résultat de la foi et de la perception guidée |
| Perception | Donnée par les sens, fiable si guidée par la foi |
| Langage | Outil nécessaire pour transmettre et apprendre |
| Réalité sensible | Monde accessible par les sens, mais subordonné à Dieu |
À retenir : La connaissance authentique est un don divin, accessible par la foi, et guidée par la raison éclairée par Dieu.