La religion est-elle néfaste pour l’humanité ?
- Les croisades, les guerres de religion.
- Inciter des religions, le pape, l’avion conduit… (passage difficile à lire)
Définitions
- Religion : croyance religieuse institutionnalisée, structure politique → hiérarchie.
- Repose sur un texte sacré, des dogmes, une théologie.
- Spiritualité : croyance religieuse individuelle.
- Théologie : étude rationnelle des dogmes d’une religion ; étude sans présupposés religieux.
- Rationnel / logique → structure de la pensée → universel.
- Raisonnable : explication → subjectif.
Le problème tient de la nature de la croyance religieuse. Croire implique la conception du salut → définition du bonheur.
La conception du bien → définit le comportement.
Le croyant doit aider les autres, il doit les rendre heureux et donc les convertir.
Croyance religieuse doit se répandre → religion
- Croyant → croire en une forme de salut → bonheur.
- Faire le bien → apporter aux autres le bonheur.
Donc, croyant doit tourner les autres vers le salut.
Religion doit se répandre, convertir
→ intolérance, voire violence.
L’athéisme tombe sous la même critique
- Luttes → bonheur terrestre.
- Faire le bien (le moins d’être égoïste).
Donc athée doit tourner les autres vers le bonheur
→ libérer le croyant de son illusion
→ intolérance.
La nature même de la croyance signe ensemble.
Problématique
Comment la religion, qui a tendance à imposer son point de vue aux autres, peut-elle être compatible avec l’humanité qui comprend différentes croyances ?
- Enjeux religieux : nature de la croyance religieuse, existence de Dieu.
- Enjeux politiques : cohabiter, compatibilité des religions dans un même espace.
I. La religion nous éloigne-t-elle de la vérité ?
1) Croire que ce que l’on voit
Empirisme : vérité = sensation
L’esprit se compose de différentes idées. La connaissance vient de l’association d’idées.
Types d’idées : couleurs, classes d’objets, forme, température, goût, odeur…
Locke
- Expérience de pensée : esprit sans idées, connaissance.
- Connaissance : réception d’idées dans l’esprit et association continuelle d’idées pour forger des connaissances.
D’où viennent ces idées ?
Pas d’idées innées.
Deux sources à l’origine des idées : l’expérience (sensation) et la réflexion
Expérience
├── Expérience extérieure
│ └── Observation des objets extérieurs
└── Expérience intérieure
└── Observation des pensées et des opérations de l’esprit
- Expérience sensible (des sens) : les objets agissent sur nos sens, produisent des perceptions dans l’esprit → idées.
- Expérience intérieure : l’esprit construit un raisonnement à partir des idées de l’expérience sensible ; on trouve de nouvelles idées à partir de l’association d’idées : doute, pensée…
Toute idée vient de la sensation ou de la réflexion (repose sur la sensation).
Science → expérience → empirisme
Y a-t-il une expérience sensible de Dieu ?
- Immatériel, donc pas de connaissance de Dieu possible.
- Expérience mystique : est-elle sensible ? Pour le mystique, oui.
- Il faut ajouter un critère :
- l’expérience sensible doit être partagée ;
- les idées de l’esprit doivent être comparées à plusieurs esprits.
Vérité et fausseté
La vérité ne concerne pas les choses, mais ce qu’on dit des choses.
→ Pas d’idée fausse.
La vérité est un rapport entre une idée et un objet ; elle dépend des propositions, de ce qu’on dit.
- Est vraie une proposition qui associe des idées qui sont liées.
- Exemple : « Le tableau existe. »
- Est fausse une proposition qui associe des idées qui ne sont pas liées.
- Exemple : « La licorne existe. »
Hume : relations d’idées et choses de fait
Tous les objets sur lesquels s’exerce la raison humaine ou qui sollicitent nos recherches se répartissent en deux genres : les relations d’idées et les choses de fait.
| Relations d’idées | Choses de fait |
|---|---|
| Propositions de la géométrie, de l’algèbre et de l’arithmétique. | Propositions qui portent sur les faits. |
| Affirmations intuitivement ou démonstrativement certaines. | Leur contraire est possible et n’implique pas de contradiction. |
| Découvertes par la pensée, sans tenir compte de ce qui existe dans l’univers. | Leur vérité n’est pas de même nature que celle des relations d’idées. |
| Exemple : le carré de l’hypoténuse est égal à la somme des carrés des deux autres côtés. | Exemple : « Le soleil se lèvera demain » ou « le soleil ne se lèvera pas demain ». |
- « Trois fois cinq égalent la moitié de trente » exprime une relation entre ces nombres.
- Les propositions de relations d’idées garderaient leur certitude même si aucun cercle ou triangle n’avait jamais existé dans la nature.
- Les choses de fait ne donnent pas lieu au même genre de certitude.
- Une proposition concernant un fait peut être conçue distinctement, qu’elle soit conforme ou non à la réalité.
Hume, Enquête sur l’entendement humain, Livre IV, Première partie, éd. Flammarion, coll. GF
Limites selon Hume
- Rien ne nous assure qu’un fait qui se répète se répétera toujours.
- L’expérience scientifique veut prouver la répétition d’un fait en partant du principe qu’il se répétera → pétition de principe.
- L’induction n’est pas un processus fiable.
- La science est incertaine → statut de la science = statut des croyances.
Sextus Empiricus : pas de vérité possible ; critique de la vérité mathématique.
- Toute démonstration repose sur une autre démonstration, etc.
- Les mathématiques sont un système qui ne repose que sur lui-même → arbitraire.
- « Je sais que je ne sais rien. »
- S’il y a un savoir → contradiction ; le scepticisme s’annule.
Problème : affirmation de ne rien savoir. Pyrrhon sort de la contradiction en supprimant toute affirmation ou négation.
Il faut suspendre le jugement → épochè.
- Neutralité : peut être une position, un choix, une affirmation.
- Ne rien dire → aphasie → on devient apolitique / conformiste.
Croire que ce qui est prouvé
Processus d’expérimentation scientifique
- Observation d’un fait qui se répète.
- Hypothèse explicative.
- Expérience qui vérifie l’hypothèse.
Présupposés
- Le fait qui se répète se répétera toujours.
- Induction : d’un cas particulier, on dérive une loi générale.
Deux limites selon Hume
- Rien ne nous assure qu’un fait qui se répète se répétera toujours : l’expérience scientifique veut prouver la répétition d’un fait en partant du principe qu’il se répétera → pétition de principe.
- L’induction n’est pas un processus fiable.
Popper : la falsifiabilité
- Popper reconnaît la critique sceptique, mais cherche un critère de démarcation entre la croyance scientifique et les autres croyances.
- La science ne vérifie pas définitivement les hypothèses : elle les soumet à des tests et tente de les réfuter.
- Elle élimine les théories fausses et les erreurs, mais ne fournit pas de vérité définitive.
- La science est falsification des erreurs.
- La vérité négative : connaître ce qui est faux.
- Notre rapport à la réalité est négatif : la réalité n’est pas un ensemble de connaissances, mais une falsification des erreurs. On ne mesure pas ce qui est vrai ; on sait ce qui ne fonctionne pas.
Le progrès de la science consiste en essais, en élimination des erreurs, et en de nouveaux essais guidés par l’expérience acquise au cours des essais et erreurs précédents. Aucune théorie particulière ne peut jamais être considérée comme absolument certaine : toute théorie peut devenir problématique, si bien corroborée qu’elle puisse paraître aujourd’hui. Aucune théorie scientifique n’est sacro-sainte ni au-dessus de toute critique […]. Nous en sommes venus aujourd’hui à nous rendre compte que c’est la tâche du scientifique que de continuer toujours de soumettre sa théorie à de nouveaux tests, et que l’on ne doit jamais déclarer qu’une théorie est définitive. Tester consiste à choisir la théorie à tester, à la combiner avec tous les types possibles de conditions initiales comme avec d’autres théories, et à comparer alors les prédictions qui en résultent avec la réalité. Si ceci conduit au désaveu de nos attentes, à des réfutations, il nous faut alors rebâtir notre théorie.
Le désaveu de certaines de nos attentes, à l’aide desquelles nous avons une fois déjà passionnément tenté d’approcher la réalité, joue un rôle capital dans cette procédure. On peut le comparer à l’expérience d’un aveugle qui touche, ou heurte un obstacle, et prend ainsi conscience de son existence. C’est à travers la falsification de nos suppositions que nous entrons en contact effectif avec la « réalité ». La découverte et l’élimination de nos erreurs sont le seul moyen de constituer cette expérience « positive » que nous retirons de la réalité.
Popper, La connaissance objective
Dans ma conception, il n’y a rien qui ressemble à de l’induction. Aussi, pour nous, est-il logiquement inadmissible d’inférer des théories à partir d’énoncés singuliers « vérifiés par l’expérience » (quoi que cela puisse vouloir dire). Les théories ne sont donc pas vérifiables empiriquement. Si nous désirons éviter l’erreur positiviste qui consiste à exclure, en vertu de notre critère de démarcation, les systèmes théoriques de la science naturelle, nous devons choisir un critère qui nous permette d’admettre également dans le domaine de la science empirique des énoncés qui ne peuvent pas être vérifiés.
Toutefois j’admettrai certainement qu’un système n’est empirique ou scientifique que s’il est susceptible d’être soumis à des tests expérimentaux. Ces considérations suggèrent que c’est la falsifiabilité et non la vérifiabilité d’un système, qu’il faut prendre comme critère de démarcation […].
En d’autres termes, je n’exigerai pas d’un système scientifique qu’il puisse être choisi, une fois pour toutes, dans une acception positive mais j’exigerai que sa forme logique soit telle qu’il puisse être distingué, au moyen de tests empiriques, dans une acception négative : un système faisant partie de la science empirique doit pouvoir être réfuté par l’expérience.
Popper, La logique de la découverte scientifique
Scientisme et critère de démarcation
- Scientisme : le fait de penser que la science a les réponses à tout.
- Complexe d’Œdipe
- Critère de démarcation entre science et non-science :
- une théorie scientifique doit pouvoir être réfutée ;
- une théorie non critiquable, qui se justifie elle-même, n’est pas la science.
- Exemples : religion, astrologie.
La vérité n’est pas une bonne raison pour fuir la religion, car personne — même la science — ne connaît cette vérité. La science émet des erreurs, ce qui est une partie de la connaissance.
La science ne s’oppose pas à la religion.
II. La religion nous prive-t-elle de la liberté ?
1) Croire pour se rassurer
Freud : l’origine de la religion
- Freud veut expliquer l’origine de la religion à partir du ça.
- L’individu subit des privations :
- injustice de la société ;
- impuissance face à la nature (mort, maladie…).
- Ces privations créent une détresse, une blessure narcissique.
- La culture met en place une consolation pour chaque injustice → soigner l’ego.
- Genèse de la religion :
- événement naturel incontournable ;
- on lui donne une âme ;
- on assimile cette âme à une personne pour pouvoir négocier.
Freud, L’avenir d’une illusion, chap. 6, éd. Hatier, coll. Classiques et cie PHILO
Nietzsche : le besoin de croyance
Les croyants et leur besoin de croyance
- Ce qu’il faut de croyance à quelqu’un pour prospérer, ce qu’il lui faut d’élément « stable » qu’il désire inébranlable, parce qu’il s’y appuie, est révélateur du degré de sa force (ou, pour s’exprimer plus clairement, de sa faiblesse).
- Le christianisme est encore nécessaire à la plupart des Européens ; c’est pourquoi il trouve encore créance.
- Lorsqu’un homme a besoin d’un article de foi, il continue de le tenir pour « vrai », même si on le lui a réfuté de mille manières.
- Certains ont besoin de métaphysique ; d’autres ont un désir de certitude et de stabilité.
- Le besoin d’un appui et d’un soutien conserve les religions, les métaphysiques et les convictions.
- Moins quelqu’un s’entend à commander, plus il éprouve le désir d’une réalité, d’un être ou d’une autorité qui commande : un dieu, un prince, un état social, un médecin, un confesseur, un dogme, une conscience de parti.
- Le bouddhisme et le christianisme exploitent le désir d’un « tu dois » exalté désespérément jusqu’au non-sens par la maladie du vouloir.
Nietzsche, Le gai savoir, éd. Flammarion, coll. Œuvres complètes
Religion et morale
La formule générale qui sert de base à toute religion et à toute morale s’exprime ainsi : « Fais telle ou telle chose, ne fais point telle ou telle autre chose — alors tu seras heureux ! Dans l’autre cas… » Toute morale, toute religion n’est que cet impératif — je l’appelle le grand péché héréditaire de la raison, l’immortelle déraison.
Nietzsche oppose à cette formule l’idée qu’un « homme heureux » accomplit naturellement certaines actions et en évite d’autres : sa vertu est la conséquence de son bonheur.
Nietzsche : critique de la morale
- Lorsqu’un peuple périt, il dégénère physiologiquement ; les vices et le luxe en sont la conséquence.
- Le fait d’être tombé malade et de ne pas avoir pu résister à la maladie est la conséquence d’une vie appauvrie, d’un épuisement héréditaire.
- Toute faute est la conséquence d’une dégénérescence de l’instinct, d’une désagrégation de la volonté.
- Tout ce qui est bon sort de l’instinct : c’est léger, nécessaire, libre.
- La peine est une objection ; le dieu se différencie du héros par son type — « les pieds légers sont le premier attribut de la divinité ».
Nietzsche, Le crépuscule des idoles, éd. Flammarion, coll. Œuvres complètes
Freud : les instances de l’esprit
| Instance | Rôle |
|---|---|
| Moi | Conscience : idées, émotions. |
| Ça | Inconscient : pulsions. |
| Surmoi | Frontière entre le ça et le moi ; évite que les pulsions passent dans la conscience : règles sociales. |
- Le ça est la plus grande partie de l’esprit.
- Tout ce qui arrive dans le moi provient d’une lutte de pulsions du ça.
Deux types de pulsions
- Pulsion sexuelle / auto-conservation : désir sexuel, désir, motion, mort ; dont la satisfaction rend puissant → pulsion qui est la vie.
- Pulsion de mort : sadisme, plaisir de se détruire → comprend plaisir et bonheur.
Freud veut expliquer l’origine de la religion à partir du ça :
- L’individu subit des privations : injustice de la société et impuissance face à la nature (mort, maladie…).
- Elles créent une détresse, une blessure narcissique.
- La culture met en place une consolation pour chaque injustice → soigner l’ego.
- Genèse de la religion :
- événement naturel incontournable ;
- on lui donne une âme ;
- on assimile cette âme à une personne pour pouvoir négocier.
Le besoin de stabilité
L’être humain a besoin de stabilité :
- Rapports sociaux : échanger fait peur, car on ne sait pas ce que l’autre pense.
- Définition de l’État : savoir comment vivre → valeurs morales.
- Définition du bonheur : quoi chercher ?
Besoin de stabilité → l’individu n’a pas la force morale suffisante pour diriger sa vie et assumer sa mortalité.
La religion permet la stabilité → outil de mesure de la force d’un individu.