Les tests syntaxiques et la conscience métalinguistique
1. Les tests syntaxiques
Les tests syntaxiques sont des outils permettant d’identifier la classe grammaticale d’un mot ou d’un groupe de mots en se basant sur leur fonctionnement dans la phrase, plutôt que sur leur sens.
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Test de commutation : consiste à remplacer un mot par un autre qui pourrait fonctionner syntaxiquement à sa place. Si la phrase reste correcte, les deux mots appartiennent à la même classe grammaticale.
Exemple :
- plusieurs mouches → remplacer plusieurs par ces → ces mouches (correct)
→ plusieurs est un déterminant, pas un adjectif.
- plusieurs mouches → remplacer plusieurs par ces → ces mouches (correct)
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Ce test est crucial car la sémantique seule ne suffit pas à déterminer la classe grammaticale.
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Le test de commutation permet aussi de vérifier le découpage en groupes syntaxiques (constituants), notamment via la pronominalisation.
Exemple :
- [Le papillon rouge] → Il est vraiment joli
- [Mon cousin] a écrit [cet ouvrage magnifique] → Il a écrit [cet ouvrage magnifique]
- [Mon cousin] a écrit [cet ouvrage magnifique] → [Mon cousin] *l’*a écrit
Ces groupes entre crochets sont des groupes nominaux.
2. La conscience métalinguistique
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Lors d’activités comme le tri de mots, les élèves développent une conscience métalinguistique : ils utilisent un vocabulaire spécifique (déterminant, adjectif, nom) et justifient leurs choix par des tests syntaxiques.
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Le tri de mots repose sur un critère grammatical : classer les mots selon leur classe grammaticale en mobilisant leurs connaissances.
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La phase de justification orale collective permet de mettre en lumière les savoirs linguistiques des élèves.
3. Précautions dans l’usage des tests
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Tous les éléments qui apparaissent dans un même contexte ne sont pas forcément interchangeables.
Exemple :
- je mange [souvent]
- je mange [du chocolat]
- je mange [à Paris]
Ces éléments ne commutent pas entre eux car :
- Ils peuvent coexister (je mange souvent du chocolat à Paris).
- Ils ne peuvent pas être coordonnés (je mange du chocolat et souvent est incorrect).
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Il faut donc vérifier la compatibilité syntaxique (coordination, cooccurrence) pour valider un test.
À retenir : Le test de commutation est un outil clé pour identifier la classe grammaticale d’un mot et pour vérifier le découpage en groupes syntaxiques, en mobilisant une posture critique et une conscience métalinguistique.
Les autres tests syntaxiques : effacement, déplacement, ajout et clivage
1. Tests syntaxiques pour vérifier l’autonomie des éléments dans la phrase
a) Test d’effacement
- Principe : supprimer un élément pour vérifier s’il est facultatif.
- Éléments effaçables :
- Adverbes (ex. : Je pars demain > Je pars)
- Adjectifs antéposés ou postposés à un nom
- Compléments non sélectionnés par le verbe
b) Test de déplacement
- Principe : modifier la position d’un élément pour tester son autonomie syntaxique.
- Observations clés :
- Les adverbes à portée phrase peuvent être déplacés (Demain je pars).
- Les adjectifs ne peuvent pas toujours être déplacés sans changer le sens (très beau ≠ beau très).
- Certains adjectifs peuvent changer de place et de sens (un grand homme ≠ un homme grand).
- Le déplacement peut s’appliquer au groupe nominal (Les enfants, agités, rentrèrent vs Agités, les enfants rentrèrent).
c) Test d’ajout ou d’insertion
- Principe : insérer un élément (ex. « et cela ») pour tester la facultativité et la cohésion syntaxique.
- Utilités :
- Identifier les compléments non sélectionnés par le verbe (Je mange, et cela à Paris).
- Tester la cohésion d’une unité linguistique.
- Distinguer certains adjectifs qualificatifs via l’insertion d’adverbes quantifieurs (beau > très beau vs ministériel > *très ministériel).
d) Test de clivage
- Principe : utiliser la construction « c’est … qui/que » pour vérifier si un segment est une unité syntaxique.
- Fonction : identifier les constituants syntaxiques qui apportent une contribution référentielle.
- Exemples :
- Correct : C’est Marie qui vient ici (sujet identifié)
- Incorrect : C’est Marie qui, viens ici (mauvaise segmentation)
- Certains segments ne se clivent pas (C’est franchement que tu devrais arrêter ça ! est incorrect).
À retenir : Les tests d’effacement, déplacement, ajout et clivage permettent de vérifier l’autonomie syntaxique des éléments dans une phrase, essentiels pour analyser la structure sans se baser sur la sémantique.
2. Enseignement explicite de la syntaxe
- Posture de l’enseignant : privilégier une attitude descriptive et d’observation plutôt que la mémorisation de listes.
- Outils clés : tests syntaxiques (commutation, effacement, déplacement) pour identifier les classes grammaticales dans leur contexte.
- Importance du contexte : nécessaire pour distinguer des homonymes (ex. « ce » ou « la » peuvent être déterminants ou pronoms selon le contexte).
- Approche didactique :
- Engagement actif des élèves dans leur apprentissage.
- Sollicitation permanente de leur participation et réflexion.
- Encouragement à formuler des hypothèses.
- Rôle actif de l’enseignant pour guider et faire réviser la compréhension des élèves.
À retenir : L’enseignement explicite en syntaxe repose sur l’observation, la participation active et l’utilisation des tests syntaxiques pour une compréhension approfondie et contextualisée.
L'enseignement explicite de la langue
1. Enseignement explicite : définition et principes
L'enseignement explicite consiste à focaliser l'activité pédagogique sur une connaissance spécifique, annoncée clairement dès le début de la séance. Il s'appuie sur un avancement structuré, progressif, du plus simple au plus complexe, et implique une participation active des élèves.
| Enseignement explicite | Enseignement magistral |
|---|---|
| Objectif clair et annoncé | Transmission passive du savoir |
| Progression du simple au complexe | Absence d'engagement actif des élèves |
| Implication et manipulation des élèves | Réception passive des élèves |
| Découpage de la tâche complexe en étapes | Présentation globale sans décomposition |
L'enseignant décompose la tâche complexe pour guider la réflexion des élèves, qui doivent ensuite pratiquer, expliquer et réinvestir la compétence acquise.
2. Test de commutation au sein du mot : principe et application
Le test de commutation permet de distinguer une forme simple d'une forme composée en morphologie.
- Forme simple : mot non décomposable en unités plus petites ayant chacune forme et sens.
- Forme composée : mot formé d’une base (radical) + suffixe(s) porteurs de sens.
Principe du test : remplacer la suite graphique suspectée d’être un suffixe (ici, -eur) par un autre suffixe ou par rien, dans le même contexte.
- Si la commutation est possible, la forme est composée.
- Sinon, la forme est simple.
3. Application du test sur la liste de mots en -eur
| Mots simples (pas de suffixe -eur) | Mots composés (base + suffixe -eur) |
|---|---|
| moteur | blancheur, rougeur, menteur, receveur, joueur |
| fleur | rondeur, tiédeur, raideur, froideur, laideur |
| peur | sauteur, coureur, rongeur, travailleur, menteur |
- Moteur, fleur, peur : la suite -eur ne commute pas avec d'autres suffixes → formes simples.
- Les autres mots : le test de commutation avec suffixes comme -e, -er, -ir montre qu’ils sont composés.
À retenir : L’enseignement explicite repose sur une progression claire et active, tandis que le test de commutation est un outil clé pour identifier la structure morphologique des mots.
Application du test de commutation à la morphologie
1. Application du test de commutation à la morphologie
Le test de commutation permet de distinguer des suffixes homonymes en morphologie, notamment dans la formation des noms en -eur.
a) Distinction des mots selon le genre et la base morphologique
| Genre | Exemples | Base morphologique | Suffixe commuté | Sens apporté par le suffixe |
|---|---|---|---|---|
| Féminin | blancheur, rondeur, laideur... | Adjectif (ex. blanc, froid) | suffixes adjectivaux (-e, -er, -ir...) | Qualité exprimée par l’adjectif (ex. blancheur = qualité d’être blanc) |
| Masculin | joueur, coureur, receveur... | Verbe (ex. jouer, courir) | suffixes verbaux (infinitif) | Personne qui fait l’action du verbe (ex. joueur = celui qui joue) |
- Les mots féminins en -eur sont formés sur une base adjectivale et désignent une qualité.
- Les mots masculins en -eur sont formés sur une base verbale et désignent une personne qui accomplit l’action.
b) Deux suffixes homonymes en -eur
| Suffixe | Base | Genre du nom formé | Sens principal | Exemple |
|---|---|---|---|---|
| -eur¹ | Adjectif | Féminin | Qualité liée à l’adjectif | blancheur (qualité d’être blanc) |
| -eur² | Verbe | Masculin | Agent de l’action du verbe | joueur (celui qui joue) |
- Le suffixe -eur¹ forme des noms féminins exprimant une qualité.
- Le suffixe -eur² forme des noms masculins désignant un agent, avec un féminin en -euse.
c) Remarques importantes
- Certains verbes (blanchir, rougir, raidir) sont formés sur des adjectifs, confirmant que blancheur est dérivé de l’adjectif et non du verbe.
- Le nom masculin peut parfois former un nom féminin sur la même base (ex. joueur → joueuse), ce qui n’est pas possible pour les noms féminins en -eur¹.
- La présence de deux suffixes homonymes explique la différence de genre et de sens malgré la même terminaison graphique.
À retenir : Le test de commutation révèle que la terminaison -eur cache deux suffixes distincts : un suffixe adjectival formant des noms féminins de qualité, et un suffixe verbal formant des noms masculins d’agent.
d) Utilité du test de commutation
- Permet de distinguer les mots simples des mots complexes.
- Aide à identifier la base morphologique (adjectif ou verbe) d’un mot.
- Confirme que la même suite graphique peut correspondre à des suffixes différents selon le genre et le sens.
Cette méthode est essentielle pour analyser la formation des mots et comprendre les relations entre racines, bases et suffixes en morphologie.