Les limites du modèle média-centrique
- Media-centrisme : focalisation sur le pouvoir des médias et le rôle du journaliste (sphère subjective et productive).
- Proposition : étude centrée sur la place, rôle et actions stratégiques des sources d’information (sphère extérieure).
1. Considérations initiales
- Lacune : absence d’analyse des relations médias-sources du point de vue des sources.
- Nécessité d’étudier les sources comme acteurs et représentants de groupes organisés ou non, détenteurs de pouvoir politique ou idéologique.
- Questions clés : types de groupes sources, intérêts, conséquences de leur succès ou échec à se faire entendre.
- Importance d’analyser les luttes des sources non dominantes pour accéder aux médias.
- Analyse des stratégies des sources : tactiques d’attention médiatique, perception de la concurrence, ressources financières et organisationnelles, buts et conception de l’efficacité.
- Apport sociologique : étudier la nature et l’étendue du pouvoir des sources.
2. Critique de l’approche structuraliste
- Relation structurée entre médias et sources « puissantes » révèle rôle idéologique des médias (Hall et al., 1978).
- Définisseurs premiers : sources autorisées par pouvoir institutionnel, statut ou expertise, réservées à certains groupes sociaux.
- Problèmes :
- Ignorance des luttes internes entre sources officielles.
- Sources officielles souvent indirectes via porte-parole.
- Accès aux médias biaisé, inégal entre sources.
- Changements à long terme avec médias numériques.
- Médias subordonnés aux « définisseurs primaires » qui imposent leurs définitions.
- Analyse unidirectionnelle : médias sans initiative, reproduisent slogans politiques.
- Contre-définitions limitées, contraintes par langage des définisseurs premiers.
- Solutions :
- Modalités d’accès variables selon supports et lignes éditoriales.
- Analyse des stratégies concurrentes pour l’espace médiatique.
- Étude des dynamiques de contestation et conflits internes aux institutions.
3. Critique de l’approche sociologique empirique
- Presse amplifie ou réduit certaines voix, influençant nature de l’opposition et du gouvernement (Leon Sigal, 1986).
- Analyse des divergences internes au camp officiel, reconnaissance des points de vue non conformistes.
- Accent sur pluralisme relatif dans la constitution politique.
- Double fonction des groupes de pression : révéler incohérences officielles et équilibrer définitions d’événements.
- Interaction journaliste-source : échange d’information régi par normes professionnelles (anonymat, confiance, utilité/dangerosité).
- Relation dyadique entre individus mais aussi interaction collective entre groupes concurrents.
- Approche instrumentale : stratégies pour atteindre objectifs (publication, secret, censure).
- Moyens financiers influencent sélection des sources et choix des médias.
- Proximité sociale et géographique essentielle pour succès.
- Activité stratégique : aligner priorités médias et intérêts propres (propagande, secret).
- Accès « structuré » favorise événements de routine, accès par « perturbation » lié à rivalité et imprévisibilité.
- Concepts clés : champ (espace structuré de relations sociales) et action stratégique.
- Sociologie empirique reconnaît recherche active d’avantage dans définition des problèmes, contraste avec accès automatique des structuralistes.
4. Proposition d’un modèle d’analyse stratégique des médias (Phillip Schlesinger)
- Modèle centré sur stratégie des groupes de pression visant médias.
- Objectifs : comprendre activités des sources non officielles et organisation des opérations sur divers sujets.
- Postulats :
- Sources en compétition pour accès aux médias, avantages inégalement distribués.
- Définisseurs primaires assurent définition du problème via action stratégique réussie.
- Sources poursuivent objectifs en définissant « problème public », incluant points de vue oppositionnels.
- Concept clé : champ (Bourdieu) = système de relations sociales structuré autour de thèmes incontournables.
- Acteurs du champ : dominants (stratégies de conservation) vs nouveaux entrants (stratégies de succession ou subversion).
- Domination vue comme guerre de positions mobilisant ressources dans processus évolutif.
- Contre idée de définisseurs primaires, première définition est un aboutissement, non une donnée prédéterminée.
Modèle d’analyse de l’action stratégique des sources
- Question centrale : l’action des sources est-elle un calcul utilitaire façonnant l’information pour usage médiatique ?
- Usage des ressources politiques et économiques par les sources.
- Investissement des sources dans la stratégie médiatique.
- Critères d’efficacité des stratégies :
- Message clair, conforme aux valeurs journalistiques (saillance, prégnance, imprévisibilité).
- Choix des médias et publics appropriés.
- Conditions préalables à la réussite : contacts bienveillants, captation de l’attention.
- Anticipation et neutralisation des réactions adverses (jugements, discrédit).
1. Premières recherches sur stratégies de sources politiques
- Oscar Gandy (1980) : compétition entre groupes de pression.
- Stratégies de différentiation quand ressources faibles.
- Stratégies de coopération quand objectifs politiques convergents.
- Todd Gitlin (1980) : mouvements sociaux et activité médiatique.
- Médias exagèrent contradictions internes.
- Médias définissent cadres d’interprétation influençant fonctionnement interne.
- Recherche de sources transforme inconnus en célébrités, alimente luttes internes.
- Leon Sigal (1973) : groupes créant profil compétitif.
- Exemple douanes britanniques vs police pour obtenir moyens.
- Stratégies anticipant réponses adverses pour maîtriser rythme et chronologie.
2. Recherches francophones sur sources politiques
- Longtemps négligées en France à cause du média-centrisme.
- Études actuelles sur relations élus-journalistes locaux, magistrats-journalistes, communicants-journalistes.
- Jean Baptiste Legavre (1992) : liens entre spécialistes communication et médias, pratiques informelles, interaction complexe.
- Jean-Charron (1994) : enquête au Québec, journalistes pas simples relais, autonomie relative.
- Relations journalistes-sources : négociation avec ressources et influence réciproques.
- Hommes politiques cherchent dépendance des journalistes, journalistes cherchent autonomie.
- Interdépendance fondée sur coopération majoritaire et conflits ponctuels, pas domination unilatérale.
Étude de cas : l’affaire Sarkozy-Kadhafi
- Analyse à consulter via la vidéo recommandée pour approfondissement.