Précautions éthiques et grands principes de la recherche
1. Précautions éthiques en recherche
L'éthique de la recherche regroupe les règles de conduite visant à protéger les droits des personnes impliquées, directement ou indirectement, dans une étude.
a) Grands principes éthiques
| Principe | Description |
|---|---|
| Consentement | Informer les participant(e)s sur le déroulement de la recherche et l’usage des données. |
| Protection de l’intimité | Respecter la vie privée, éviter les questions sensibles, ne pas nuire aux participant(e)s. |
| Anonymat / Confidentialité | Garantir l’impossibilité d’identifier les participant(e)s à travers l’étude. |
| Droit de refus/retrait | Permettre aux participant(e)s de refuser ou de se retirer à tout moment. |
À retenir : Le respect des droits des participants est fondamental pour toute recherche éthique.
2. Chercher vs Rechercher
- Chercher : rassembler rapidement des informations existantes (trouver, sélectionner, compiler).
- Rechercher : produire une connaissance nouvelle via une démarche méthodologique rigoureuse (formuler une question, tester, analyser).
3. Tensions fondamentales en recherche
- Vouloir comprendre vs vouloir prouver
- Donner la parole vs mesurer
- Objectif vs subjectif
4. Pourquoi faire de la recherche ?
a) Agir de façon éclairée
- Répondre à ses préoccupations professionnelles (responsabilité éthique).
- Analyser et réguler ses pratiques grâce à un réservoir de lectures possibles.
- Élargir sa conscience professionnelle.
b) Développer ses connaissances et son esprit critique
- Lire et comprendre la recherche pour rester à jour.
- Évaluer rigueur, intérêt, cohérence et transférabilité des résultats.
- Argumenter et développer un avis éclairé dans les débats professionnels.
c) S’ouvrir à la recherche et à ses métiers
- Découvrir la posture de praticien-chercheur.
- Expérimenter la recherche : formuler, faire, analyser.
- Former la relève scientifique.
Depuis le décret de 2019, la formation vise à créer des praticiens-chercheurs capables de s’appuyer sur la recherche pour fonder, observer, analyser et réguler leurs pratiques éducatives tout en développant leur identité professionnelle.
5. Comment faire de la recherche ?
Il existe une fracture entre le monde de la recherche et le terrain professionnel, créant une tension entre les sphères scientifique et pratique. La formation vise à faire dialoguer ces deux mondes pour former des praticiens-chercheurs.
6. Processus et typologie de la recherche
| Phase | Description |
|---|---|
| Empirique | Récolte des données |
| Analytique | Analyse des données |
7. Paradigmes de recherche
| Paradigme | Caractéristique principale |
|---|---|
| Positiviste | Étude externe, souvent en laboratoire (ex. médical) |
| Compréhensif | Étude en interaction avec les acteurs, contexte réel (non labo) |
À retenir : Le paradigme choisi influence la manière d’aborder la recherche et les méthodes employées.
Distinction entre chercher et rechercher
1. Distinction entre chercher et rechercher
| Chercher | Rechercher |
|---|---|
| Action pragmatique, orientée vers l’action | Processus réflexif, orienté vers la compréhension |
| Vise à transformer les pratiques dans un contexte donné | Vise à expliquer, mesurer, prédire ou comprendre les phénomènes |
| Posture d’acteur/praticien engagé | Posture d’observateur externe ou d’immersion interprétative |
| Mobilise des savoirs opératoires (agir et ajuster) | Mobilise des savoirs explicatifs ou compréhensifs |
| Méthodes mixtes, souvent qualitatives et quantitatives | Méthodes quantitatives, qualitatives ou mixtes selon la question |
| Exemple : concevoir un dispositif éducatif en collaboration | Exemple : mesurer l’effet d’une variable ou comprendre des vécus |
2. Entrer dans la recherche : deux postures
-
Agir (praticien)
- Protéger, intervenir, soutenir
- Recadrer les vécus des acteurs
- Organiser les conditions favorables à l’action
-
Comprendre (chercheur)
- Analyser les dynamiques relationnelles
- Étudier le rôle du contexte
- Révéler les tensions et rapports de pouvoir
3. Ce qu’est la recherche (et ce qu’elle n’est pas)
| C’est | Ce n’est pas |
|---|---|
| Mettre à distance ses évidences | Résumer un sujet |
| Transformer un intérêt en objet de recherche | Annoncer un thème |
| Construire une question de recherche défendable | Empiler des références |
| Justifier la pertinence de la recherche | Simple description ou compilation |
À retenir : La recherche consiste à construire un questionnement clair et argumenté, montrant la nécessité d’étudier un problème précis.
4. Implications pour la problématisation
- Travail de lecture : confronter son questionnement aux recherches existantes
- Écriture argumentée : justifier pourquoi le problème mérite d’être étudié
- Posture réflexive : se questionner sur ses motivations et intérêts
- Processus itératif : la problématique évolue avec la compréhension et la relecture régulière
À retenir : La problématique est le résultat d’un processus de compréhension et de construction progressive, qui guide toute la recherche.
Motivations et enjeux de la formation à la recherche
1. Motivations et enjeux de la formation à la recherche
La recherche est une démarche progressive et évolutive, qui se construit au fil du temps. Elle repose sur un processus en quatre mouvements essentiels.
2. Repérer ce qui dérange
La recherche débute toujours par un trouble, une situation qui résiste ou interpelle. Ce malaise ou étonnement pousse à questionner ce qui ne colle pas avec les attentes ou les normes implicites.
- Idée clé : La recherche naît d’un embarras ou d’un doute.
- Questions à se poser :
- Qu’est-ce qui me questionne ou me met mal à l’aise ?
- Où suis-je en difficulté ?
- Sur quoi est-ce que je doute ?
3. Identifier les concepts principaux
Il s’agit de prendre de la distance pour dépasser les évidences et nommer précisément ce qui pose problème.
-
Objectifs :
- Questionner ses jugements implicites (ex. : stéréotypes, préjugés).
- S’arrêter sur les mots spontanément utilisés (ex. : harcèlement vs conflit).
- Prendre de la hauteur, éviter une lecture morale immédiate.
-
Résultats :
- Clarification du questionnement initial.
- Identification des notions centrales qui guideront la recherche documentaire.
4. Ancrer et déplacer le regard par la littérature
Explorer la littérature scientifique permet de transposer les concepts en mots-clés et d’enrichir la compréhension du sujet.
-
Fonctions :
- Se familiariser avec le vocabulaire spécifique et le contenu du champ.
- Ancrer le questionnement dans un champ de recherche existant (connaissances, zones d’ombre, controverses).
- Accepter que la littérature modifie la manière de poser le problème.
-
Étapes :
- Recherche exploratoire : identifier les concepts et mots-clés.
- Recherche formelle : sélectionner articles et ouvrages pertinents.
5. Recherche par mots-clés
- Un mot-clé désigne clairement un thème ou une notion.
- Il s’agit souvent d’un nom sans déterminant, parfois accompagné d’un adjectif.
- Le vocabulaire est spécifique au champ, distinct du langage courant.
La recherche commence toujours par un questionnement né d’un trouble, puis se construit en clarifiant les concepts et en s’appuyant sur la littérature scientifique.
Paradigmes et approches de la recherche
1. Explorer et organiser la recherche
- Explorer la littérature existante : identifier les travaux pertinents qui éclairent le sujet.
- Lire stratégiquement : sélectionner les articles les plus pertinents pour la problématique.
- Organiser le questionnement : formuler une question principale et des sous-questions/hypothèses qui structurent la recherche.
2. Problématisation et formulation de la question de recherche
- La problématisation doit permettre de :
- Formuler une question principale claire.
- Expliciter des questions secondaires/hypothèses précisant les dimensions à explorer.
- La question est provisoire et évolutive.
3. Deux logiques de questionnement
| Logique de décision | Logique de recherche |
|---|---|
| Résultat binaire (oui/non) | Connaissance située et discutable |
| Axée sur la solution | Axée sur la compréhension |
| Ex : Que faire dans telle situation ? | Ex : Comment les élèves vivent les conflits ? |
4. Les 5 caractéristiques d’une bonne question de recherche
| Caractéristique | Description | Exemple |
|---|---|---|
| Ancrée dans la problématisation | Découle d’un questionnement construit, transforme une préoccupation en objet de recherche. | |
| Ouverte | Non binaire, non normative, non prescriptive. | Pas : « Le prof doit-il utiliser le socio-constructivisme ? » |
| Située | Précise le contexte, les acteurs, l’objet. | « Comment les élèves de 3e secondaire de 2 écoles en FWB vivent les cours de natation ? » |
| Faisable | Réaliste (temps), raisonnable, avec un focus clair. | « Comment 3 enseignants de P1 organisent-ils la lecture autonome ? » |
| Vise un type de savoir | Explicatif (quantitatif), compréhensif (qualitatif), opérant (transformation des pratiques). |
5. Postures de recherche liées à la nature de la question
- Problématiser = adopter un regard spécifique sur la situation, qui oriente la recherche.
- La formulation de la question engage une posture, souvent inconsciente.
| Posture de recherche | Objectif principal | Type de question typique |
|---|---|---|
| Positiviste | Mesurer, comparer, vérifier, prédire des relations | Quelles sont les caractéristiques ? Quels facteurs influencent ? |
| Compréhensif | Comprendre le sens vécu par les acteurs | Comment les acteurs vivent-ils cette expérience ? |
| Pragmatique | Concevoir, ajuster, transformer des pratiques | Comment améliorer ou transformer une situation concrète ? |
À retenir : La question de recherche doit être claire, ouverte, située, faisable et orientée vers un type précis de savoir, ce qui détermine la posture adoptée dans la recherche.
La problématisation : du trouble à la question de recherche
1. La problématisation : du trouble à la question de recherche
a) Objectifs de la problématisation
- Comprendre un problème pour agir autrement.
- Mettre en évidence des relations entre variables.
- Comprendre le sens d’une expérience ou d’une pratique.
- Transformer l’intelligibilité d’une situation pour ouvrir des possibles d’action.
b) Méthodes associées
| Objectif | Méthode principale | But |
|---|---|---|
| Mesurer, comparer, tester | Observation, interview | Mettre en évidence des relations |
| Comprendre les sens, logiques | Observation, interview, analyse | Rendre l’action intelligible |
2. Types de savoirs en recherche
| Type de savoir | But principal | Permet de... | Ne doit pas être confondu avec... | Exemple clé |
|---|---|---|---|---|
| Explicatif | Identifier relations et facteurs associés | Identifier régularités, comparer, prédire, généraliser | Description simple, pourcentage sans interprétation | Participation augmente avec groupes hétérogènes et rôles distribués |
| Compréhensif | Mettre au jour le sens donné par les acteurs | Accéder au point de vue, comprendre logiques d’action | Restitution brute d’entretien, témoignage | Enseignants associent différenciation à individualisation du soutien |
| Opérant | Transformer la compréhension pour agir autrement | Anticiper, interpréter autrement, choisir actions | Prescription, technique efficace sans analyse | Questions ouvertes en petits groupes augmentent engagement |
3. Recherche documentaire : types et usages
| Type d’écrit | Objectif principal | Exemple | Place dans un mémoire |
|---|---|---|---|
| Scientifique | Produire et synthétiser des connaissances | Article de revue, recherche empirique | Source centrale pour problématique, cadre théorique, discussion |
| Professionnel | Proposer infos, directives, récits d’expériences | Revue pédagogique, témoignage | Support secondaire, contexte professionnel |
À retenir : La problématisation transforme un trouble ou une observation en une question de recherche claire, en mobilisant des savoirs explicatifs, compréhensifs ou opérants selon l’objectif visé.
Caractéristiques et formulation de la question de recherche
1. Caractéristiques de la question de recherche
- Ancrage dans le terrain : la question doit s’appuyer sur des pratiques concrètes et des situations réelles.
- Clarté et précision : elle doit être formulée clairement pour guider la recherche.
- Pertinence scientifique : elle doit permettre une analyse rigoureuse, fondée sur des données fiables.
- Originalité : apporter une contribution nouvelle ou approfondir un aspect peu exploré.
- Faisabilité : la question doit être réalisable avec les ressources et le temps disponibles.
2. Formulation de la question de recherche
- Doit être spécifique : éviter les questions trop larges ou vagues.
- Doit identifier clairement les variables ou dimensions étudiées.
- Doit préciser le contexte et la population ciblée.
- Peut être formulée sous forme interrogative ou affirmative.
3. Critères pour choisir les documents scientifiques
| Critère | Description |
|---|---|
| Fiabilité | Contrôle par les pairs (peer review), respect du squelette classique, références nombreuses. |
| Pertinence | Correspondance avec le projet, variables explorées, type de participants, contexte étudié. |
| Actualité | Date de publication récente pour garantir la mise à jour des connaissances. |
| Auteur(s) | Expertise et crédibilité des auteurs dans le domaine. |
| Nombre de citations | Indicateur de reconnaissance et d’impact dans la communauté scientifique. |
4. Structure classique d’un document scientifique primaire
- Titre : annonce l’objet de la recherche.
- Résumé (abstract) : objectifs, méthode, résultats principaux, conclusion.
- Introduction : contexte et justification.
- Revue de littérature : état des connaissances.
- Méthodologie : description des méthodes utilisées.
- Résultats : données et observations.
- Discussion : interprétation des résultats.
- Limites et perspectives : limites de l’étude et pistes futures.
- Conclusion : synthèse des apports.
- Bibliographie : références selon des normes (ex : APA).
5. Stratégies de lecture pour évaluer un document
- Lire la fin de l’introduction pour comprendre la question de recherche.
- Lire la conclusion pour saisir les résultats et implications.
- Selon l’objectif, lire en détail certaines sections (méthodologie, résultats).
- Vérifier la cohérence entre titre, résumé et contenu.
À retenir : une bonne question de recherche est claire, précise, ancrée dans le terrain, pertinente et réalisable, et s’appuie sur des sources scientifiques fiables et adaptées au projet.
Opérationnalisation de la question de recherche
1. Opérationnalisation de la question de recherche
L’opérationnalisation consiste à transformer la problématique en un plan d’action concret pour la recherche. Après avoir formulé une question de recherche à partir d’un trouble ou d’un étonnement, il faut vérifier :
- Ce que la question exige concrètement : acteurs, populations, lieux, méthodes, outils.
- La faisabilité dans le contexte donné.
- La cohérence avec la posture et la problématisation initiale.
2. Étapes clés de l’opérationnalisation
| Étape | Description |
|---|---|
| 1. Partir d’un trouble | Identifier un phénomène réel qui pose problème. |
| 2. Formuler le problème | Clarifier ce qui fait question. |
| 3. Ancrer dans la littérature | S’appuyer sur des références théoriques existantes. |
| 4. Faire émerger la question | Définir une question claire et une posture de recherche. |
| 5. Vérifier la faisabilité | Adapter la question aux contraintes pratiques et méthodologiques. |
3. Questions quantitatives : le cadre PICO
Le modèle PICO aide à reformuler une question quantitative en précisant :
- P (Population) : qui est concerné ?
- I (Intervention) : quel dispositif ou traitement ?
- C (Comparaison) : avec quoi comparer ?
- O (Outcome, résultat) : quel effet mesurer ?
Exemple :
- Question initiale : Quels sont les effets d’un dispositif de développement des compétences socio-émotionnelles sur les comportements violents ?
- Question PICO : Quel est l’effet d’un dispositif d’apprentissage des compétences socio-émotionnelles, comparé à l’absence de programme, sur la fréquence des violences entre élèves en 5ème et 6ème primaire dans mon école ?
4. Recherche en sciences humaines et sociales
- Étudie des phénomènes complexes liés à la culture, l’économie, l’histoire.
- S’inscrit dans une tradition pluridisciplinaire.
- Utilise une diversité de méthodes, qualitatives et quantitatives.
- Souvent descriptive puis interprétative.
5. Enquête sociale : enjeux méthodologiques
- Distance et participation : comment observer tout en participant ?
- Consignation des observations : comment noter et conserver les expériences ?
- Récit et implication : comment rendre compte en tant qu’observateur impliqué ?
À retenir : L’opérationnalisation transforme une question de recherche théorique en un projet concret, réalisable et cohérent avec la posture choisie, en précisant acteurs, méthodes et contexte.
Recherche documentaire et évaluation des sources
1. Recherche documentaire et évaluation des sources
La recherche documentaire est une étape clé en sciences sociales, visant à collecter des informations fiables pour formuler des problèmes et produire des données pertinentes. Elle s’appuie sur une sélection rigoureuse des sources, qui doivent être évaluées selon leur crédibilité, pertinence, actualité et objectivité.
2. Types d’observation en recherche qualitative
L’observation est une méthode centrale, souvent planifiée, permettant de recueillir des données sur le terrain. Elle peut être :
| Type d’observation | Description | Objectivité | Exemple |
|---|---|---|---|
| Directe | Observation des comportements précis dans un environnement donné | Élevée (souhaitée, mais biais possibles) | Observer un groupe d’enfants jouer |
| Indirecte | Utilisation d’informations non observées directement (ex. résultats de tests, témoignages) | Moins objective, dépend de la source | Analyser un rapport d’un collègue |
| Participante | L’observateur participe activement à la vie du groupe, échange verbal/non-verbal | Moins objective, impliquée | Chercheur vivant avec une communauté |
| Non participante | Observation sans intervention, l’observateur reste extérieur | Plus objective | Stagiaire observant un groupe sans intervenir |
| Engagée | L’observateur agit pour aider le sujet en utilisant ses observations et ressentis | Moins objective, interventionnelle | Animateur d’atelier participant et aidant |
3. Évaluation des sources
Pour garantir la qualité des données, il faut évaluer les sources selon plusieurs critères :
- Crédibilité : Qui est l’auteur ? Quelle est sa compétence ou son expertise ?
- Pertinence : La source répond-elle précisément à la question de recherche ?
- Actualité : La source est-elle récente et à jour ?
- Objectivité : La source est-elle impartiale ou biaisée par un intérêt particulier ?
- Fiabilité : La méthode utilisée pour produire l’information est-elle rigoureuse ?
À retenir : L’observation, bien que fondamentale, doit être planifiée et choisie selon le contexte ; chaque type d’observation présente un compromis entre objectivité et implication de l’observateur.
Méthodes qualitatives et observation
1. Observation en méthodes qualitatives
L’observation qualitative repose sur une grille d’observation qui catégorise les dimensions pertinentes du contexte étudié (ex. organisation de la classe, interactions, choix pédagogiques). Cette grille guide la collecte d’informations systématiques.
a) Création d’une grille d’observation
- Description de la scène : qui fait quoi (enseignant, élève) ?
- Comportements observés : posture, activité, interactions.
- Contexte matériel et temporel : type de livres, moment de la journée, disposition spatiale.
- Rapport à l’activité : intérêt, adaptation, forme de lecture.
- Ambiance et ressenti : atmosphère, sentiment face à l’exercice.
Les observations sont répétées à chaque session, la difficulté étant de sélectionner les données à réinvestir.
b) Journal de terrain
- Consigne : noter chronologiquement tout ce qui est vu, entendu, ressenti.
- Usage : permet de suivre l’évolution des réflexions et d’approfondir l’analyse.
2. Techniques de relance en entretien qualitatif
Les relances facilitent l’expression libre et approfondie de l’interviewé :
| Type de relance | Description |
|---|---|
| Paraphrase | Reformuler pour valider la compréhension |
| Clarification | Demander une explication sur un terme ou une idée |
| Concret | Solliciter un exemple précis |
| Variation | Questionner la fréquence ou la régularité |
a) Objectifs d’une question qualitative
- Éviter : la morale, l’imposition d’une cause, la psychologisation hâtive, les réponses fermées (oui/non), les généralités, la recherche prématurée de solution.
- Chercher à : faire raconter une situation, clarifier le sens des mots, explorer le vécu, identifier les variations, comprendre les conditions, laisser émerger la logique de l’acteur.
Une bonne question ne contraint pas l’acteur à adopter l’interprétation du chercheur, elle lui permet de déployer la sienne.
3. Les 3 niveaux d’étiquettes en analyse qualitative
Les étiquettes sont des catégories analytiques qui aident à interpréter les données.
| Niveau d’étiquette | Description et fonction |
|---|---|
| Ficelle de l’expérience | Porte sur le vécu de l’acteur : émotions, ressentis, opinions exprimés |
| Ficelle de la 1ère personne | Traduit ce que l’acteur révèle sur lui-même, même en parlant du passé ou du futur (ce qu’il dit sur son présent) |
a) Astuces pour l’analyse
- Différencier :
- « De quoi me parle l’acteur ? » → sujet abordé
- « Que m’exprime-t-il à ce sujet ? » → expérience vécue (ficelle de l’expérience)
L’étiquette doit refléter ce que l’acteur exprime, pas l’interprétation du chercheur.
Entretiens et collecte de données qualitatives
1. Analyse des propos de l’acteur
- Il faut relier ce que l’acteur dit des autres ou des institutions à sa propre expérience.
- Se poser la question : « Lorsqu’il parle d’autres personnes ou institutions, que révèle-t-il de lui-même ? »
- Ficelle des verbes : privilégier les verbes (action, processus) plutôt que les noms pour introduire un dynamisme et une précision dans l’analyse.
Astuce : Utiliser des verbes au participe présent pour mieux saisir les processus en cours.
2. Grille d’analyse qualitative
| Critère | Question clé | But |
|---|---|---|
| Ancrage dans le matériau | Le paragraphe s’appuie-t-il sur ce que l’acteur dit ? | Assurer la fidélité au discours original |
| Dépassement de la paraphrase | Fait-il autre chose que répéter le verbatim ? | Aller au-delà de la simple répétition |
| Prudence interprétative | Évite-t-il une explication trop forte ou hâtive ? | Ne pas surinterpréter |
| Articulation des étiquettes | Montre-t-il les liens entre plusieurs éléments ? | Comprendre les relations entre idées ou sentiments |
| Compréhension produite | Comprend-on mieux la situation grâce à cette analyse ? | Produire une interprétation éclairante |
3. Organisation de la recherche qualitative
- Analyse successive : chaque entretien est analysé avant de passer au suivant.
- Échantillonnage qualitatif : vise à comprendre toutes les dimensions du phénomène, pas à quantifier.
- Sélection basée sur :
- Ce que chaque personne peut apporter et ce qu’on peut lui apporter.
- Différents profils répondant aux mêmes questions pour couvrir les facettes du phénomène.
4. Prudence face aux quantifications
- Éviter les termes quantitatifs comme « certain », « plusieurs », « majorité », « toutes les personnes interrogées » car ils induisent une fausse impression de mesure statistique.
5. Critère d’arrêt en recherche qualitative
| Approche | Critère d’arrêt |
|---|---|
| Quantitative | Taille d’échantillon suffisante pour validité statistique |
| Qualitative | Phénomène suffisamment conceptualisé et expliqué de façon cohérente et différenciée |
- L’arrêt ne se fait pas quand il n’y a plus de nouvelles données, mais quand le modèle explicatif est stable.
6. Garantir la scientificité en recherche qualitative
Trois exigences fondamentales :
-
Ancrage dans les matériaux
- Utiliser des extraits d’entretiens, observations, documents pour appuyer l’analyse.
-
Argumentation des interprétations
- Justifier pourquoi le matériau soutient l’interprétation proposée.
-
Traçabilité du processus de recherche
- Expliquer comment l’analyse a été construite (journal de bord, notes méthodologiques).
À retenir : La scientificité repose sur la transparence, la rigueur et la fidélité aux données brutes.
7. Projection vers les enjeux éthiques
- Éthique : ensemble de principes moraux guidant le jugement sur ce qui est bon, mauvais ou acceptable.
- C’est une activité intellectuelle, réflexive et délibérative, née des dilemmes et problèmes rencontrés dans la recherche.
Analyse qualitative et garantie de scientificité
1. Éthique dans la recherche qualitative
L’éthique en recherche ne se limite pas à un ensemble de principes abstraits, elle est intégrée à chaque étape du projet. Elle repose sur un système de valeurs visant à garantir le respect des participant(e)s et la scientificité des données.
- Consentement éclairé : les participant(e)s doivent être informé(e)s et donner leur accord librement.
- Protection des données : anonymat, traitement et conservation sécurisés des données personnelles.
- Intérêt des participant(e)s : évaluer bénéfices et risques éventuels.
L’éthique est une réflexion argumentée visant à bien agir dans la recherche, fondée sur la morale et la déontologie.
2. Morale et déontologie
| Notion | Définition | But principal |
|---|---|---|
| Morale | Ensemble des principes, droits, devoirs imposés aux individus dans une société donnée à une époque donnée | Guider la conduite vers le bien et le juste dans la vie sociale |
| Déontologie | Ensemble des devoirs et obligations propres à un secteur professionnel | Organiser les interactions professionnelles et protéger tous les acteurs |
3. L’entretien en analyse qualitative
L’entretien est un outil central pour recueillir des données qualitatives, distinct d’une simple conversation par sa préparation et ses objectifs.
a) Le guide d’entretien
- Préparation : connaître les cibles (experts, témoins, public), organiser la prise de contact et le cadre temporel.
- Objectif : révéler les systèmes de valeurs et repères normatifs des acteurs.
- Matériel : enregistreur, consentement éclairé, prise de notes.
b) Construction du guide
- La question posée n’est pas celle que le chercheur se pose directement.
- Éviter les questions fermées ou biaisées (ex. : ne pas demander « Êtes-vous raciste ? »).
- Dégager des sous-thématiques à partir de la problématique générale.
- Poser des questions ouvertes pour enrichir la collecte de données.
c) Types d’entretien
| Type | Description | Avantages / Remarques |
|---|---|---|
| Individuel | Entretien face à face avec une seule personne | Approfondissement des points personnels |
| Focus group | Discussion en groupe entre participants de même situation | Favorise échanges naturels, opinions partagées; utile pour attentes, représentations, valeurs |
- Le focus group ne remplace pas l’entretien individuel, car les réponses peuvent différer selon le contexte.
L’analyse qualitative repose sur une démarche rigoureuse, éthique et méthodique, garantissant la scientificité des résultats par le respect des participant(e)s et la qualité de la collecte des données.
Enjeux éthiques dans la recherche qualitative
1. Enjeux éthiques dans la recherche qualitative
La recherche qualitative implique des enjeux éthiques majeurs liés à la nature même des méthodes utilisées, notamment les entretiens. Ces enjeux concernent la relation entre le chercheur et l’enquêté, la neutralité, la confidentialité et le respect de la liberté d’expression.
2. Types d’entretien en recherche qualitative
| Type d’entretien | Description clé | Rôle de l’enquêteur |
|---|---|---|
| Entretien non-directif | Expression libre de l’enquêté, sans questions posées | Suivre et noter le discours sans intervenir |
| Entretien semi-directif | Questions ouvertes à partir d’un thème donné | Encourager l’enquêté à développer ses réponses |
| Entretien directif | Questions fermées selon un protocole strict | Maintenir le cadre et limiter les digressions |
3. Temporalité des entretiens
| Type d’entretien | Objectif principal |
|---|---|
| Entretien exploratoire | Début de recherche, prise de contact, émergence d’hypothèses |
| Entretien principal | Approfondissement, confirmation ou infirmation d’hypothèses |
| Entretien de contrôle | Vérification systématique des hypothèses et analyses finales |
4. Bonnes pratiques pour les entretiens qualitatifs
- Poser des questions ouvertes pour favoriser l’expression libre.
- Faire preuve de neutralité pour éviter d’influencer les réponses.
- Garder un esprit ouvert face aux réponses inattendues.
- Maîtriser le guide d’entretien pour structurer sans contraindre.
- Utiliser les questions « comment » et « pourquoi » pour approfondir.
- Adopter une posture d’écoute active.
- Ne pas craindre les silences, qui peuvent être révélateurs.
- Demander si l’enquêté a des questions pour instaurer un dialogue respectueux.
5. Traitement des données après entretien
- Transcription : partielle ou totale des entretiens.
- Analyse qualitative : repérage des thèmes, mise en relation des éléments, explication des liens entre les données recueillies.
À retenir : L’éthique en recherche qualitative repose sur le respect de la liberté d’expression, la neutralité du chercheur, la confidentialité des données et la rigueur dans le traitement des informations recueillies.
Méthodes quantitatives et designs de recherche
1. Designs de recherche : définitions et objectifs
-
Études transversales : prises de mesure à un moment donné (temps T), sans suivi dans le temps.
Objectif : décrire ou analyser un phénomène à un instant précis. -
Études longitudinales : prises de mesures répétées sur une même population ou échantillon.
Objectif : décrire ou analyser un phénomène dans la durée, mettre en évidence changements, similitudes, effets à long terme.
2. Études ex post facto (corrélationnelles)
-
Le chercheur dispose de données, d’une mesure (variable dépendante) et de variables indépendantes, mais ne peut pas manipuler ces dernières car :
- Les manifestations des variables indépendantes sont déjà survenues, ou
- Ces variables ne sont pas manipulables (ex : intelligence, milieu familial).
-
Utilité : quand une étude expérimentale est impossible, trop coûteuse ou contraire à l’éthique.
-
Limites :
- Difficulté à établir la causalité (corrélation ≠ cause).
- Manque de contrôle sur les variables indépendantes.
- Absence de traitement standardisé.
-
But : explorer des hypothèses et étudier les relations entre variables, effets d’interaction et contexte.
3. Études expérimentales
-
But principal : établir un lien de causalité en contrôlant et manipulant les variables.
-
Caractéristiques :
- Intervention délibérée du chercheur.
- Mesure des effets de cette intervention via tests ou questionnaires.
- Environnement contrôlé.
-
Types de designs expérimentaux :
Type de design Description Validité principale Design expérimental pur Manipulation rigoureuse, contrôle maximal Validité interne élevée Design quasi-expérimental Contrôle partiel, conditions moins strictes Validité écologique accrue Mesures répétées Même groupe testé plusieurs fois Analyse des effets dans le temps Groupes indépendants Comparaison entre groupes distincts Comparaison inter-groupes Design factoriel longitudinal Plusieurs variables manipulées sur la durée Analyse des interactions et effets longitudinaux
4. Résumé des étapes clés pour une recherche quantitative
- Choisir un design/protocole de recherche adapté à la question et aux contraintes.
- Identifier les participants/sujets selon les critères pertinents.
- Planifier le déroulement de la recherche et la méthode d’analyse statistique.
À retenir : La recherche expérimentale permet d’établir des relations causales en manipulant les variables dans un cadre contrôlé, tandis que les études ex post facto explorent des relations entre variables sans manipulation, avec des limites sur la causalité.
Études descriptives et corrélationnelles
1. Variables en recherche
- Variable : concept ou fait que l’on cherche à expliquer dans une relation entre deux éléments.
- Variable indépendante (VI) : variable que l’on fait varier pour observer son effet sur une autre variable. C’est la variable explicative.
- Variable dépendante (VD) : variable qui représente l’effet ou le phénomène à comprendre. C’est la variable expliquée.
Exemple : VI = utilisation du roller ; VD = douleur musculaire.
2. Variables de contrôle
- Variables externes pouvant influencer la VD sans être la VI.
- Nécessité de fixer ou neutraliser ces variables pour éviter qu’elles biaisent les résultats.
- Impossible de tout contrôler, vigilance indispensable.
- Exemples : âge, sexe, race, contexte de vie, compétences sportives.
Opérationnaliser une variable = définir précisément comment elle sera mesurée ou manipulée.
3. Exemple d’opérationnalisation
| Variable | Opérationnalisation |
|---|---|
| VI (musique en courant) | Style musical (playlist imposée), volume, distance |
| VD (performance) | Vitesse, distance parcourue |
| Variables de contrôle | Âge, sexe, météo, compétences, moment de la journée |
4. Designs expérimentaux
-
Plan simple à mesures répétées : même groupe soumis à toutes les conditions de la VI.
Avantages :
- Réduction des différences individuelles (même participants dans toutes les conditions).
- Moins de participants nécessaires (gain de temps).
Limites :
- Absence de groupe contrôle → difficile de distinguer effets de la VI des effets de maturation naturelle ou environnement.
- Effets d’ordre possibles : apprentissage, fatigue, transfert entre conditions.
- Nécessité de vigilance méthodologique pour interpréter les résultats.
Le but est souvent de comparer avant/après pour vérifier l’effet de l’intervention, mais sans groupe contrôle, les conclusions restent fragiles.
À retenir : La VI est la cause supposée, la VD l’effet observé, et les variables de contrôle doivent être gérées pour isoler l’effet réel de la VI. Les designs expérimentaux doivent être choisis avec soin pour éviter les biais liés au temps, à la maturation ou aux effets d’ordre.
Études expérimentales et quasi-expérimentales
1. Plans expérimentaux : définitions et principes
-
Plan simple à groupes indépendants :
- Groupe expérimental : reçoit l’intervention.
- Groupe contrôle : ne reçoit pas l’intervention (peut recevoir un placebo ou subir l’effet Hawthorne).
-
Placebo : substance ou traitement sans effet thérapeutique spécifique, utilisé pour neutraliser l’effet psychologique du traitement.
-
Effet Hawthorne : modification du comportement des participants du fait qu’ils savent qu’ils participent à une étude.
2. Attribution des participants aux groupes
- Randomisation (étude randomisée contrôlée) : attribution aléatoire des sujets aux groupes, assurant la comparabilité.
- Appariement : constitution de groupes comparables sur des variables clés (niveau, intérêt, etc.) quand la randomisation est impossible.
- Pré-test : mesure initiale pour vérifier la comparabilité des groupes.
3. Plans mixtes et mesures répétées
- Plan simple mixte : combine mesures répétées et groupes indépendants.
- Permet de faire basculer les groupes (ex. groupe expérimental devient contrôle).
- Avantages : évalue la persistance ou la diminution de l’effet du traitement.
- Aspect éthique : tous les sujets bénéficient du traitement.
- Mesures répétées : mêmes sujets mesurés plusieurs fois (pré/post-test).
4. Contrôle des biais
| Type d’aveugle | Description | But principal |
|---|---|---|
| Simple aveugle | Participants ignorent leur groupe | Évite biais liés aux attentes patients |
| Double aveugle | Participants et expérimentateurs ignorent les groupes | Neutralise biais patients et chercheurs |
| Triple aveugle | Participants, expérimentateurs et analystes ignorent | Limite tous biais possibles |
- Importance de tests comparables en pré/post-test pour éviter l’effet d’apprentissage (test-retest).
5. Plans expérimentaux en sciences de l’éducation
- Plans expérimentaux purs sont rares.
- Variables pédagogiques souvent étudiées au niveau des classes, pas des individus isolés.
- Assignation aléatoire difficile (ex. classes/écoles).
- Souvent recours aux recherches quasi-expérimentales avec appariement des classes ou écoles.
- Critères de comparabilité : indices socio-économiques (ISE), autres variables contextuelles.
6. Corrélation
- Indique un lien entre deux variables.
- Peut être positive ou négative, plus ou moins forte.
- Ne prouve pas la causalité.
À retenir : L’étude expérimentale « vraie » repose sur la randomisation et le contrôle rigoureux des biais, mais en sciences humaines, les quasi-expérimentations sont souvent nécessaires pour garantir la validité scientifique.
Recherches participatives et collaboratives
1. Recherches participatives et collaboratives
Les recherches participatives impliquent une collaboration active entre chercheurs et acteurs concernés (citoyens, professionnels), favorisant une recherche « avec » plutôt que « sur » ces acteurs. Elles se déroulent en situation réelle, rapprochant ainsi le monde de la recherche et celui des praticiens.
2. Caractéristiques générales
- Recherche « avec » : collaboration directe avec les acteurs (ex. enseignants), évitant une approche top-down où le chercheur impose ses connaissances.
- Rapprochement recherche/pratique : co-construction des problématiques et solutions en contexte réel.
- Polysémie : le terme « participatif » recouvre une grande diversité d’approches et d’usages.
3. Apports des recherches participatives
- Favorisent l’authenticité des données en contexte réel.
- Permettent une meilleure appropriation des résultats par les praticiens.
- Encouragent l’innovation et l’amélioration des pratiques professionnelles.
4. Deux types principaux de recherches participatives
| Type de recherche | Visée principale | Démarche générale | Relation chercheur-praticien | Distribution des responsabilités |
|---|---|---|---|---|
| Collaborative | Compréhension et explication d’un système lié à la pratique professionnelle et à la médiation | 3 étapes : co-situation, co-opération, co-production | Expertise complémentaire, symétrie modérée | Partage des responsabilités en fin de projet |
| Action | Changement et amélioration des pratiques professionnelles, anticipation des acteurs | Spirale : planification, action, observation, réflexion | Symétrie forte, chercheur cadre et médiateur | Tous co-chercheurs partagent les responsabilités |
5. Typologies des recherches collaboratives
- De Bonny : distinction selon le degré d’implication et de collaboration.
- De Nicaud :
- Référentiel frontière : chaque acteur conserve son cadre de référence, enrichissement mutuel.
- Référentiel bifaces : acteurs partagent tous les référentiels, intégration complète.
À retenir : Les recherches participatives privilégient la collaboration « avec » les acteurs en contexte réel, favorisant la co-construction des savoirs et l’amélioration des pratiques, avec des degrés variables de symétrie et de partage des responsabilités.