Introduction et enjeux de l'étude
1. Représentation et fiction dans le Lancelot en prose
a) Étude des incipit et explicit
- L'analyse porte sur la manière de commencer et de terminer un récit, en lien avec la relation entre littérature et Histoire.
- L'examen oral exige une bonne connaissance des textes en ancien français, langue de l'étude stylistique, même si la lecture peut se faire en français moderne.
2. Incipit du Lancelot en prose
| Élément clé | Description et enjeux |
|---|---|
| Situation géographique | Le récit débute dans la marche de Gaule et de la Petite Bretagne, extrémité occidentale de l'Europe médiévale. |
| Translatio imperii | Transfert symbolique du pouvoir et de la culture de l'Antiquité (Troie, Méditerranée) vers l'Europe médiévale du Nord-Ouest. Le royaume arthurien est présenté comme héritier et perfectionnement des civilisations troyenne, grecque et romaine. |
| Perspective eschatologique | Le Graal, apporté d'Orient par Joseph d'Arimathie, est désormais en Occident, plaçant le récit dans une dynamique de péché et de Salut. |
| Royaume de Ban | Situé en Gaule, vassal d’Arthur, séparé par la mer, ce qui symbolise la séparation et l'exceptionnalité de Lancelot, lié au monde féerique (l’Autre Monde séparé par l’eau dans la tradition celtique). |
| Thématique du double | Présence de doubles familiaux : |
- Lancelot et Galaad (fils, double non dégradé)
- Lancelot et Bohort (cousin, double moralement exemplaire)
Cette dualité annonce la fin des aventures du Graal, avec Galaad élu et Lancelot réprouvé. | | Changement de nom | Mention de l’usage du nom Galaad au lieu de Lancelot, signe narratif annonçant une transformation ou un destin différent. |
À retenir : L’incipit du Lancelot en prose situe la fiction dans un espace géographique et symbolique précis, mêlant transfert historique et mythique, et introduit la thématique du double, essentielle pour comprendre la destinée des personnages et la portée eschatologique du récit.
L'incipit du Lancelot en prose : géographie, translatio et eschatologie
1. L'incipit du Lancelot en prose : géographie, translatio et eschatologie
L'incipit du Lancelot en prose introduit un mystère narratif autour du nom de Lancelot, dont la signification ne sera révélée que tardivement, lors de la conception de Galaad, son fils, avec la fille du Roi Pêcheur. Ce mystère est lié à un double péché fondamental qui structure le récit :
| Péché | Personnage | Conséquence |
|---|---|---|
| Manquement au devoir seigneurial | Roi Arthur | Mort du roi Ban, orphelinage et déshérence de Lancelot |
| Adultère | Lancelot | Perte du nom de baptême, exclusion de l’élection du Graal |
Ce double péché symbolise le péché originel et annonce la fin du royaume arthurien, inscrivant le roman dans une perspective eschatologique chrétienne.
2. Perspective totalisante et histoire du monde
Contrairement aux romans en vers, les romans cycliques en prose comme le Lancelot en prose adoptent une vision globale de l’histoire du royaume arthurien, voulant retracer son ensemble, dans une optique chrétienne et eschatologique.
- L’incipit présente une analepse (retour en arrière) expliquant comment la Petite-Bretagne est rattachée au royaume de Logres, reflétant les échanges historiques entre Bretagne et Angleterre aux XIIe-XIIIe siècles.
- La mention d’un concile romain et de personnages comme Poinces Anthoines évoque un temps cyclique originel, superposé au temps linéaire eschatologique chrétien.
3. Translatio imperii et double temporalité
Le texte met en place une double temporalité :
| Temporalité | Caractéristiques | Exemple dans le texte |
|---|---|---|
| Cyclique (archaïque) | Temps originel, répétition | Concile romain, retour en arrière |
| Orientée (chrétienne) | Temps eschatologique, fin des temps | Fin du royaume de Logres, double ennemi d’Arthur (Romains et Mordret) |
- La forteresse de Trèbe, nom mêlant Troie et Thèbes, symbolise la translatio imperii et studii (transfert du pouvoir et du savoir), reliant le récit aux grandes traditions antiques.
4. Enjeux féodaux et système vassalique
L’incipit est saturé de termes liés à la relation vassalique, soulignant les enjeux politiques et sociaux :
- Expressions clés : « por lo roi Artu que vos tenez a seignor », « Saisisiez moi de cest chastel », « ge me pargureroie envers le roi Arty cui huem ge sui liges ».
- Ces formules traduisent la fidélité, la sujétion et les obligations réciproques entre seigneurs et vassaux.
- Le texte reflète ainsi le modèle féodal, encore central au début du XIIIe siècle malgré ses signes de déclin.
À retenir : L’incipit du Lancelot en prose articule une double temporalité (cyclique et eschatologique), un double péché fondateur, et un cadre géopolitique féodal, inscrivant le récit dans une histoire du monde chrétienne et totalisante.
Féodalité et temporalité dans l'incipit du Lancelot
1. Féodalité dans l'incipit du Lancelot en prose
- Le Lancelot en prose s’inscrit dans une parenthèse idéale du royaume arthurien, marquée par une paix relative de 10 à 15 ans, propice aux aventures chevaleresques.
- Ce roman est un catéchisme de la féodalité : il enseigne les valeurs et règles féodales, recommandé par Philippe de Novare aux jeunes nobles.
- Exemple clé : la proposition de Claudas à Ban illustre la différence entre trahison et droit féodal.
- Première proposition (trahison) : Claudas exige la remise immédiate du château et la soumission totale de Ban.
- Seconde proposition (conforme au droit féodal) : Ban doit demander secours à son seigneur Arthur, attendre 40 jours, puis peut devenir vassal de Claudas si l’aide n’est pas venue.
- Cette règle des quarante jours est fondamentale : un vassal peut se désengager si son seigneur ne répond pas à sa demande d’aide dans ce délai.
- La fidélité de Ban à Arthur, malgré la tentation, garantit son salut moral et politique.
2. Temporalité et dimension morale
- Le roman mêle temps mythique (époque du roi Arthur) et réalisme historique (respect des règles féodales).
- Le temps est à la fois :
- Cyclique dans la narration (répétition des cycles chevaleresques),
- Orienté dans une perspective eschatologique chrétienne (histoire guidée par un plan divin).
- François Mosès souligne que l’histoire dans le roman est une philosophie morale où Dieu agit à travers les péchés des hommes.
- Exemple : Lancelot sauve Arthur, non par devoir féodal, mais par amour, et Dieu fait justice en orchestrant cette rédemption.
- Les malheurs des personnages (roi mort de deuil, reine des Grandes Douleurs) ne sont jamais inutiles, ils participent à un dessein divin.
- La guerre est représentée de manière réaliste : siège plutôt que bataille rangée, ancrant la fiction dans une historicité plausible malgré la légende.
3. Synthèse en tableau
| Aspect | Caractéristique | Exemple / Conséquence |
|---|---|---|
| Féodalité | Respect du droit féodal (40 jours d’aide) | Ban peut devenir vassal de Claudas si Arthur ne le secourt pas |
| Temporalité | Temps mythique + historicité féodale | Référence à un passé légendaire mais règles réelles appliquées |
| Perspective morale | Histoire guidée par Dieu et le péché | Justice divine par la faute et la rédemption des personnages |
| Représentation de la guerre | Réalisme (siège, pas bataille rangée) | Ancrage dans une historicité crédible |
À retenir : L’incipit du Lancelot en prose ancre la légende arthurienne dans un cadre féodal rigoureux et un temps à la fois mythique et historique, où la morale chrétienne gouverne l’histoire.
L'incipit de La Queste del Saint Graal : liturgie et transcendance
1. L'incipit de La Queste del Saint Graal : liturgie et transcendance
La Queste del Saint Graal s’ouvre sur un véritable incipit, distinct de celui du Lancelot propre, marquant une autonomie narrative forte. Ce début se caractérise par une mise en scène temporelle et spatiale symbolique.
a) Temps liturgique : la Pentecôte
- L’action commence « à la veille de la Pentecoste », un temps liturgique précis, chargé de sens spirituel.
- Contrairement au temps mythique du Lancelot propre, ici le temps est sacré et ascétique, soulignant l’esprit religieux du roman.
- La Pentecôte évoque le rassemblement des apôtres et leur envoi par l’Esprit Saint, parallèlement à la Table Ronde réunie avant la dispersion des chevaliers dans la quête.
b) Lieu : Kamaalot, épicentre de la quête
- Le récit se situe à Kamaalot, centre géographique et symbolique de la terre d’Arthur.
- Kamaalot est le point de départ de la quête ultime du Graal, dans l’« extrême occident » où Joseph d’Arimathie a apporté le Graal.
- La Table Ronde est exceptionnellement réunie, ce qui souligne un moment de cohésion avant l’éclatement des chevaliers.
| Aspect | Signification |
|---|---|
| Temps : veille de Pentecôte | Temps liturgique, symbolique de rassemblement et d’envoi |
| Lieu : Kamaalot | Centre spirituel et géographique, point de départ de la quête |
| Table Ronde réunie | Cohésion chevaleresque avant dispersion morale et géographique |
c) Le motif de la demoiselle et la rupture avec le monde courtois
- Le récit démarre par l’arrivée d’une demoiselle portant une requête, motif hérité de Chrétien de Troyes.
- Ici, la demoiselle est l’envoyée du Roi Pêcheur, ce qui lui confère une autorité supérieure à Lancelot.
- La requête n’est pas courtoise mais impérative, signe que les valeurs chrétiennes supplantent les valeurs courtoises.
- Lancelot est conduit non pas au château mais dans une abbaye, marquant le passage du monde profane au monde religieux.
d) Recomposition et inversion des forces chevaleresques
- Le clan familial de Lancelot est reconstitué, mais avec un renversement des rôles.
- Le père transmet le titre de meilleur chevalier à son fils par le rite de l’adoubement.
- Dans la quête à venir, Lancelot et Lionel échoueront partiellement, tandis que Bohort et Galaad, figures secondaires auparavant, prendront une place centrale.
À retenir : L’incipit de la Queste instaure un univers où le temps liturgique et la liturgie chrétienne structurent la quête, marquant une transition du monde courtois vers une quête spirituelle et transcendante.
L'explicit de La Queste : retour du Graal et fin des temps
1. Le merveilleux chrétien et la symbolique du roman
- Le roman réemploie des motifs courtois, mais les transpose dans un cadre exclusivement chrétien.
- Le merveilleux, auparavant teinté de paganisme, devient ici une vérité spirituelle accrue.
- La symbolique chrétienne domine, donnant au récit une dimension sacrée.
2. L'explicit de La Queste : déroulement et signification
a) Le cadre final : Sarraz, double de Jérusalem
- La fin se situe à Sarraz, qui symbolise Jérusalem.
- Les trois élus du Graal — Galaad, Bohort, Perceval — sont des chevaliers purs et vierges, martyrs chrétiens prisonniers d’un roi sarrasin.
- Ce roi sarrasin, égaré spirituellement, se convertit in extremis.
b) Le retour du Graal et le martyr
- Le Saint Vase est envoyé par Dieu pour nourrir les chevaliers en prison, symbolisant la christianisation complète du Graal (anciennement coupe d’abondance celtique).
- Le martyr des chevaliers permet le retour du Graal en Orient.
c) La prise de pouvoir de Galaad
- Galaad accède au pouvoir par un plébiscite populaire, signe d’une conversion collective.
- La reconquête de Jérusalem est une croisade idéale, sans violence, couronnée de succès.
3. La Parousie et la fin des temps
- L’apparition de Josephe, fils de Joseph d’Arimathie, préfigure la fin des temps et la Jérusalem céleste.
- Le Graal boucle son parcours : parti avec Joseph, il revient avec Josephe, symbolisant un temps cyclique et parfait.
- La relation Joseph/Josephe et Lancelot/Galaad illustre une progression vers la perfection à travers les générations.
4. La conception du temps dans La Queste
| Aspect du temps | Description |
|---|---|
| Temps orienté | Le Graal revient vers l’Orient, lieu sacré et origine du christianisme. |
| Temps cyclique | Le retour du Graal boucle l’histoire, symbolisant la perfection et la Jérusalem céleste. |
| Grand Temps circulaire | Conception historique mêlant le temps sacré et la fin du monde. |
- Le Graal est une relique historique liée à la mort de Jésus.
- La fin du roman annonce la fin du monde et la fin du royaume d’Arthur.
5. Le lien avec La Mort le roi Artu
- Bohort fait le lien entre Sarraz et Logres, sans le Graal, signe de la fin d’un monde.
- La fin de La Queste et le prologue de La Mort le roi Artu se répondent, marquant la transition vers la dernière partie du cycle.
- Les aventures du Graal sont mises par écrit par les clercs, sous l’impulsion du roi, assurant la transmission du récit.
À retenir : La fin de La Queste symbolise la réconciliation du merveilleux chrétien avec une vérité historique et spirituelle, annonçant la fin d’un cycle et la venue d’un temps parfait et sacré.
L'incipit de La Mort le roi Artu : continuité narrative et pseudo-historicité
1. Continuité narrative et pseudo-historicité dans l'incipit de La Mort le roi Artu
L'incipit de La Mort le roi Artu s'appuie sur une continuité narrative établie par la tradition des romans arthuriens, où les chevaliers racontent leurs aventures sous la coutume instaurée par le roi Arthur. Cette coutume impose aux chevaliers une exhaustivité et une sincérité absolues dans leurs récits, conférant ainsi une valeur testimonial et une crédibilité historique à ces textes.
À retenir : Le récit est présenté comme un témoignage direct, ce qui lui confère une pseudo-historicité et le rapproche du genre de la chronique.
2. Le statut du roman en prose : entre fiction et chronique
| Aspect | Roman en vers | Roman en prose |
|---|---|---|
| Forme | Vers, forme littéraire | Prose, forme utilitaire et historique |
| Fonction | Conte, tranche de vie | Récit sommatif, chronique historique |
| Relation à la réalité | Éloignement, fiction | Rapport étroit, pseudo-historicité |
| Exemple | Romans de Chrétien de Troyes | La Queste del Saint Graal, La Mort le roi Artu |
- La prose est choisie pour donner aux romans arthuriens une apparence de vérité historique.
- Ces romans en prose sont présentés comme des chroniques transcrites par les clercs d’Arthur, basées sur des témoignages oraux sincères des chevaliers.
- Cette démarche crée un jeu complexe entre fiction et réalité, brouillant volontairement les frontières.
3. Ancrage topographique et références historiques
- L'incipit mentionne l'Abbaye de Salesbières (Salisbury), lieu réel, pour situer la fin du monde arthurien, renforçant l'effet de préfiguration tragique.
- Des personnages historiques réels, comme Gautier Map et le roi Henri II Plantagenêt, sont intégrés pour cautionner l'authenticité du récit.
- Cette onomastique extrafictionnelle sert à légitimer la fiction en lui donnant un cadre historique tangible.
4. Transition entre La Queste et La Mort le roi Artu
- L'incipit de La Mort le roi Artu reprend explicitement la fin de La Queste, assurant une continuité narrative fluide.
- Cette reprise renforce la cohérence du cycle en prose et la construction d’un récit global pseudo-historique.
À retenir : L'incipit de La Mort le roi Artu utilise la continuité narrative, la prose, la topographie réelle et des références historiques pour créer un récit à la fois fictif et crédible, à la frontière entre roman et chronique.
Prose, chronique et statut de la fiction historique
1. Prose et méta-narration dans La Mort Artu
- L’incipit s’ouvre sur une mise à distance réflexive de la narration, marquée par un lexique centré sur l’écriture et la composition : treitier, fere, raconter, fere mention, ramentevoir, escrire, metre ensemble.
- Ces termes distinguent deux dimensions :
- Composition littéraire : treitier, escrire, metre ensemble.
- Mémoire et historicité : raconter, fere mention, ramentevoir.
- La mention répétée de Gautier Map encadre le paragraphe, soulignant son rôle de créateur et conférant une dimension démiurgique au récit.
- Cette posture méta-poétique souligne la conscience de l’auteur sur la nature de son œuvre, entre fiction et mémoire historique.
2. Statut ambigu de la fiction historique
- La légende arthurienne est partiellement considérée comme historique au Moyen Âge, ce qui brouille le statut de la fiction.
- Ce flou confère au récit un statut de témoin visuel, renforçant la revendication d’authenticité.
- La narration oscille entre fiction romanesque et chronique historique, jouant sur la crédibilité du récit.
3. Thèmes et tonalité tragique dans l’incipit
- Le début de La Mort Artu fait le bilan de la Quête du Graal et annonce la fin de la chevalerie terrienne.
- Le personnage de Gauvain incarne cette déchéance : meilleur chevalier devenu meurtrier involontaire, il symbolise la démesure et la tragédie.
- Cette tonalité tragique préfigure la chute du royaume arthurien et la désintégration des valeurs chevaleresques.
4. Transition vers le tournoi de Vincestres
- Le tournoi est présenté comme une conséquence directe du départ du Graal, marquant un recentrage sur des enjeux plus terrestres et vains.
- Selon Dominique Boutet, ce tournoi illustre la réduction progressive de la portée chevaleresque, menant à l’implosion de Logres.
- Le passage est marqué par des retours en arrière (analepses) et un changement d’état, notamment la rupture de la pénitence de Lancelot.
5. Complexité relationnelle et nœud dramatique
- Le triangle amoureux et féodal entre Arthur, Guenièvre et Lancelot est mis en place, avec une réciprocité des sentiments amoureusement et féodaux affirmée.
- L’apparition d’Agravain, neveu d’Arthur et ennemi de Lancelot, introduit le conflit principal.
- Le nœud dramatique s’installe dans une scène de dialogue entre le roi et son vassal, révélant les tensions internes à la Table Ronde.
- Les aventures à venir changent de nature : tournois succèdent aux guerres et à la quête, et les amours coupables, jusque-là cachées, sont désormais exposées, dans un contexte marqué par la corruption morale.
À retenir : La Mort Artu mêle prose réflexive et chronique historique pour brouiller les frontières entre fiction et mémoire, installant une tonalité tragique qui annonce la chute de la chevalerie et le délitement du royaume arthurien.
Le nœud dramatique : Lancelot, Guenièvre et la révélation d'Agravain
Le nœud dramatique du Lancelot en prose s’articule autour de la tension entre Lancelot, Guenièvre et la révélation d’Agravain, qui déclenche la chute tragique du royaume de Logres.
1. La position du roi Arthur face à Lancelot
- Arthur est présenté comme maître des décisions, mais son autorité est mise à mal par ses doutes.
- Il exprime une confiance initiale forte en Lancelot, marquée par des termes affirmatifs (« veraiement », « ne... croiroie »).
- Cependant, cette confiance est fragilisée par des hypothèses sur la culpabilité possible de Lancelot (« se onques »), qui ouvrent la porte au soupçon.
- Le roi accepte finalement la surveillance d’Agravain, signe de sa faiblesse croissante et de son recul dans la prise de décision.
2. La révélation d’Agravain et ses conséquences
- Agravain joue un rôle de déclencheur du désastre, en révélant l’adultère de Lancelot et Guenièvre.
- Cette révélation met en marche une machine tragique, conduisant à la condamnation des amants et à la désintégration du royaume.
- Malgré la tonalité tragique, le récit reste ancré dans une vision providentialiste : la chute de Logres est un épisode dans un dessein divin plus vaste, annonçant la fin des temps.
3. La tonalité épique et tragique de l’excipit
- Le roman se conclut sur un combat violent, où ne restent que quatre chevaliers de la Table Ronde, marquant la fin d’une époque héroïque.
- La mort des héros, notamment celle de Sagremor, est accompagnée de plaintes lyriques d’Arthur, qui expriment la douleur et la perte.
- Arthur prononce un vœu épique, typique des chansons de geste, mêlant prière et engagement dans la bataille.
- La mort de Mordret est perçue comme un châtiment divin, renforcé par des signes lumineux symboliques, soulignant la justice divine au cœur du récit.
La révélation d’Agravain déclenche la chute tragique de Logres, où la faiblesse d’Arthur face à ses doutes et la puissance de la Providence divine s’entrelacent pour sceller le destin des amants et du royaume.
L'explicit de La Mort Artu : tragédie, Providence et fin du royaume
1. La mort d’Arthur : tragédie et volonté divine
- Mort d’Arthur et de son fils : La mort d’Arthur résulte d’un vœu divin ambigu, où Dieu semble vouloir qu’Arthur et son fils s’entretuent, soulignant une dimension tragique et inévitable.
- Origine du conflit : Le cycle s’ouvre sur la faute d’Arthur envers le roi Ban, qui rend Lancelot orphelin et sans royaume. Cette faute initiale est à l’origine de la chute du royaume.
- Loyalisme de Lancelot : Malgré sa fidélité à Arthur, l’entêtement d’Arthur et Gauvain éloigne Lancelot de Logres, le rendant incapable d’empêcher la guerre civile contre Mordret.
2. La démesure et la chute du royaume
- Démesure = orgueil = péché capital : L’orgueil d’Arthur et de ses proches est une faute grave, assimilée au péché satanique, qui conduit à la destruction du royaume.
- Critique du système féodal : La tragédie illustre la condamnation d’un système féodal miné par les vengeances et querelles personnelles.
3. La mort de Lucan et la symbolique des fonctions sociales
| Fonction sociale (Dumézil) | Statut dans La Mort Artu | Signification symbolique |
|---|---|---|
| Bellatores (guerriers) | Déjà morts | Fin de la fonction guerrière |
| Laboratores (travailleurs) | Mort de Lucan | Fin de la fonction nourricière |
| Oratores (prêtres) | Dernière voie subsistante | Seule voie de salut possible par la prière |
- La mort de Lucan symbolise la perte de la fonction nourricière du royaume, aggravant la crise.
4. La Providence et la fin du royaume
- La prière comme salut : Face à la colère divine et à la destruction, la prière est la seule voie pour obtenir le pardon individuel.
- La Noire Chapelle : Arthur meurt dépossédé de son pouvoir, Excalibur est rendue aux forces premières, marquant la fin politique et guerrière du roi.
- Ambiguïté sur la mort d’Arthur : L’embarquement d’Arthur dans la nef de Morgane et le fait que Girflet ne l’ait pas vu mort maintiennent une dimension mythique, héritée de Geoffroy de Monmouth et Wace.
5. Survivants et rédemption
- Pardon de Lancelot : Son péché est pardonné, il s’éloigne du mal et sa tombe est associée à l’amitié chevaleresque et au Graal.
- Voie ouverte aux survivants : Girflet, Guenièvre, Lancelot et sa descendance doivent rendre justice au royaume après la mort d’Arthur.
6. Clôture de l’œuvre : écriture de l’Histoire
- Rôle de Gautier Map : Personnage auteur fictif qui clôture l’œuvre en affirmant la fin définitive de l’histoire, contrairement à la tradition médiévale qui laisse place aux continuations.
- Formule d’explicit : « Ci fenist La Mort au roi Artus » marque la fin traditionnelle du roman dans les manuscrits, soulignant la clôture historique et littéraire.
La mort d’Arthur est une tragédie inscrite dans la Providence divine, symbolisant la fin inéluctable d’un royaume miné par l’orgueil et les conflits, où seule la prière offre un salut individuel.