Les fondements de la démocratie libérale
1. Les fondements de la démocratie libérale
a) Le libéralisme politique : deux piliers essentiels
Le libéralisme politique repose sur deux principes fondamentaux forgés au siècle des Lumières :
-
Les libertés fondamentales : liberté de déplacement, liberté d’expression (notamment dans la presse), droit de propriété (considéré comme un droit naturel). La plus importante est l’habeas corpus, qui garantit la liberté individuelle en interdisant toute contrainte arbitraire sur le corps.
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L’État de droit : les règles s’appliquent de manière égale à tous, sans arbitraire, ce qui constitue l’égalité civile. L’État et ses agents doivent faire preuve d’impartialité.
b) Le principe démocratique
-
La démocratie repose sur la souveraineté populaire : le pouvoir appartient au peuple, qui a la liberté de décider de ce qui le concerne.
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La définition du peuple varie selon les époques : plus elle est restreinte, moins le régime est démocratique.
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La démocratie libérale combine ces deux principes : liberté individuelle et souveraineté populaire.
À retenir : La démocratie libérale lie la souveraineté populaire au respect des libertés fondamentales et à l’État de droit.
c) Distinction démocratie et libéralisme
- La démocratie n’est pas synonyme de libéralisme. Par exemple, la monarchie anglaise est un régime libéral mais pas pleinement démocratique.
d) Héritage de la Révolution française
La Révolution française n’a pas inventé les idées libérales et démocratiques, mais les a expérimentées concrètement.
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Elle se fonde sur trois principes clés : liberté, égalité, souveraineté.
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La souveraineté s’oppose à l’absolutisme (concentration de tous les pouvoirs dans les mains du roi).
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L’Ancien Régime était une société d’ordres fondée sur des inégalités sociales et des privilèges réservés au clergé et à la noblesse (exemptions fiscales, accès exclusif à certains emplois, justice particulière).
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Le tiers état, majoritaire, subissait ces inégalités et ne bénéficiait pas pleinement du droit de propriété.
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La Révolution instaure l’égalité civile et l’abolition des privilèges.
e) Dates clés de la Révolution française
| Date | Événement | Importance |
|---|---|---|
| 20 juin 1789 | Serment du Jeu de Paume | Création de l’Assemblée constituante, refus de l’arbitraire royal |
| 4 août 1789 | Abolition des privilèges | Instauration de l’égalité civile |
| 26 août 1789 | Déclaration des droits de l’homme et du citoyen | Fixe les libertés fondamentales |
| 14 juillet 1789 | Prise de la Bastille | Mobilisation populaire, début des revendications du peuple |
f) Le peuple en 1789
-
Composé d’ouvriers, paysans et bourgeois, le peuple est instruit et revendique une participation politique.
-
Les émeutes populaires (sans-culottes, attaques des Tuileries en 1792) montrent la volonté du peuple de s’impliquer dans la vie politique.
À retenir : La Révolution française a expérimenté la démocratie libérale en mettant en pratique la souveraineté populaire et les libertés fondamentales, tout en abolissant les privilèges de l’Ancien Régime.
L'héritage de la révolution française et les régimes révolutionnaires
1. Les Jacobins et la Révolution populaire
- Jacobins (Montagnards) : groupe politique radical mené par Danton et Robespierre, représentant les aspirations populaires parisiennes.
- En 1790, le roi gouverne avec une Assemblée constituante, mais l’État est en faillite.
- Décision de vendre les biens de l’Église (spoliation des privilèges).
- La Révolution est une révolution bourgeoise contre la noblesse et le clergé, mais elle soutient aussi des principes démocratiques avec une exigence d’élargissement de la notion de peuple.
2. Le régime de la Terreur (1793-1794)
- Montagnards au pouvoir pendant 2 ans, régime violent et persécuteur.
- Instauration du suffrage universel masculin dans la Constitution (élections par tous les citoyens masculins).
- Ajout de principes démocratiques et d’une définition élargie du peuple.
- Création de l’Édit du Maximum (1794) pour fixer les prix et limiter le coût de la vie.
- Discrédités à cause des meurtres de masse, ils sont renversés en 1794.
La Terreur est un régime révolutionnaire marqué par la violence politique et la tentative d’instaurer une démocratie populaire.
3. Les régimes post-Terreur (1795-1799)
Trois régimes successifs prolongent la Révolution bourgeoise :
| Régime | Dates | Caractéristiques principales | Suffrage |
|---|---|---|---|
| Directoire | 1795-1799 | Régime parlementaire avec constitution et élections | Suffrage censitaire (vote payant) |
| Consulat | 1799-1804 | Coup d’État de Napoléon (18 brumaire), pouvoir concentré au Premier Consul, parlement affaibli | Suffrage censitaire, parlement réduit |
| Empire | 1804-1814 | Napoléon empereur héréditaire, constitution et parlement symboliques, création du Code civil | Suffrage limité, parlement sans pouvoir réel |
- Consensus sur le maintien des acquis de 1789 (fin des privilèges).
- Ces régimes satisfont principalement la bourgeoisie.
4. Les oppositions politiques
| Camp politique | Composition | Objectifs principaux | Influence et moyens |
|---|---|---|---|
| Droite (réactionnaire) | Noblesse, clergé, émigrés | Rétablir l’Ancien Régime, monarchie absolue, privilèges | Soutien des troupes étrangères, influence sociale surtout à l’Ouest |
| Centre (libéraux) | Bourgeoisie révolutionnaire | Souveraineté nationale déléguée au parlement, maintien des acquis de 1789 | Gouvernement de 1789 à 1814 (sauf Terreur) |
| Gauche (démocrates populaires) | Sans-culottes, jacobins exclus, partisans du suffrage universel | Élargissement du suffrage universel, démocratie réelle | Écartés du pouvoir après la Terreur |
5. Configuration politique après la Révolution
- Droite : souhaite un retour à la monarchie absolue et à la société d’ordres.
- Centre (libéraux) : défend la souveraineté nationale, la représentation parlementaire et les acquis révolutionnaires.
- Gauche : revendique la démocratie populaire et le suffrage universel, mais est marginalisée.
Les régimes post-révolutionnaires incarnent un compromis entre les idéaux bourgeois de 1789 et les aspirations démocratiques populaires, avec une forte opposition entre réactionnaires et démocrates.
La Restauration : compromis impossible entre libéralisme et réaction
1. Contexte social et politique sous la Restauration (1814-1830)
La Restauration est marquée par un compromis fragile entre libéralisme et réaction, qui ne satisfait ni les uns ni les autres.
| Camp politique | Caractéristiques principales | Représentation sociale | Objectifs clés |
|---|---|---|---|
| Les Libéraux | Attachés à l’État de droit, aux libertés fondamentales et à la garantie des droits égaux pour tous. | Bourgeoisie urbaine et rurale, hommes de droit, rentiers. | Maintenir leurs biens, préserver le statu quo depuis 1789. |
| Les Réactionnaires | Émigrés et nobles, veulent restaurer l’Ancien Régime et récupérer leurs biens nationaux. | Noblesse, anciens propriétaires | Rétablir la monarchie absolue, refuser les concessions libérales. |
| La Gauche radicale | Républicains, descendants des sans-culottes et jacobins, issus des classes populaires. | Petits paysans, ouvriers | Retour à une république avec suffrage universel, idéologie radicale. |
2. Figures clés du compromis politique
- Talleyrand : ancien noble et ecclésiastique, devenu diplomate libéral, incarne le compromis entre anciennes et nouvelles élites.
- Fouché : ancien jacobin, ministre de la police sous Napoléon, illustre la transition du radicalisme vers un centre politique pragmatique.
Le compromis entre libéraux et réactionnaires, incarné par Talleyrand, est rejeté par les deux camps, chacun le jugeant trop conciliant avec l’autre.
3. La Charte de 1814 : fondement du régime de la Restauration
- Après la chute de Napoléon, Louis XVIII revient d’exil et doit composer avec les forces politiques en présence.
- Les libéraux proposent une constitution sénatoriale garantissant un régime monarchique tempéré par des institutions et des libertés.
- Louis XVIII rejette cette constitution, affirmant :

« Je suis la source de toute légitimité »
Il revendique la souveraineté absolue et rédige sa propre Charte.
4. Principes clés de la Charte de 1814
| Aspect | Contenu essentiel |
|---|---|
| Monarchie constitutionnelle | Restauration des Bourbons avec un roi détenteur de la souveraineté. |
| État de droit | Garantie des libertés fondamentales (liberté individuelle, propriété, presse). |
| Institutions | Existence d’un parlement bicaméral (Chambre des pairs nommée, Chambre des députés élue). |
| Compromis politique | Tentative d’équilibrer pouvoir royal et droits politiques, sans renier la Révolution. |
5. Enjeux et limites du compromis
- La Restauration cherche à concilier l’héritage révolutionnaire (droits, libertés) avec la volonté de retour à l’ordre ancien.
- Ce compromis est instable car il ne satisfait ni les réactionnaires (trop libéral) ni les libéraux (trop conservateur).
- La société française reste divisée, avec une gauche républicaine marginalisée mais toujours active.
La Restauration illustre l’impossibilité d’un compromis durable entre libéralisme et réaction, annonçant les tensions qui mèneront aux révolutions de 1830.
La vie politique sous la Restauration
1. La Charte constitutionnelle de 1814
- Origine et nature : Document octroyé par le roi, non issu d’un vote populaire, affirmant que la légitimité du pouvoir vient de Dieu et de la dynastie des Bourbons (roi de France, non des Français).
- Apparence monarchique : Rappel de l’Ancien Régime dans la forme, avec un pouvoir monarchique fort et un roi détenteur du pouvoir suprême.
2. Organisation du pouvoir politique
| Institution | Composition | Pouvoirs et caractéristiques |
|---|---|---|
| Chambre des députés | Élue par le peuple (mais suffrage censitaire) | Pouvoir limité, pas de pouvoir exécutif ni de renversement du roi |
| Chambre des pairs | Nommée par le roi | Chambre haute, soutien au pouvoir royal |
| Le roi | Chef de l’État | Détient le pouvoir exécutif, droit de veto, droit d’ordonnance, droit de dissolution du parlement |
- Le régime n’est pas parlementaire : le parlement ne contrôle pas le gouvernement, il ne peut que supplier le roi.
- Le roi conserve un pouvoir fort et centralisé.
3. Droits et libertés garantis par la Charte
- Égalité devant la loi (articles 1-3) : principe libéral fondamental.
- Libertés fondamentales (articles 4, 5, 8) : liberté de culte, liberté d’expression, habeas corpus.
- Protection de la propriété (article 9) : inviolabilité des biens, y compris des biens nationaux.
4. Limites du régime et suffrage censitaire
- Le suffrage est extrêmement restreint :
- Seuls les hommes de plus de 30 ans payant un impôt supérieur à 300 francs peuvent voter (~100 000 électeurs sur 30 millions d’habitants).
- Pour être éligible, il faut avoir plus de 40 ans et payer un impôt de 1000 francs (~20 000 éligibles).
- Le peuple et les classes populaires sont exclus du pouvoir politique.
- Le régime reste anti-démocratique, ce qui provoque mécontentement et opposition.
5. Les forces politiques sous la Restauration
| Courant politique | Position sur la Charte et le régime | Caractéristiques principales |
|---|---|---|
| Libéraux (bourgeoisie) | Satisfaits, car la Charte garantit leurs droits économiques et un parlement représentatif | Soutien modéré au régime, défense des libertés individuelles |
| Réactionnaires | Hostiles, veulent un retour à un pouvoir monarchique absolu | Parti ultra, plus royaliste que le roi, veulent renforcer la monarchie |
| Opposition populaire | Exclue du système politique, sans représentants ni droit de vote | Organise des mouvements clandestins, presse, émeutes, influence franc-maçonnerie |
La Charte de 1814 instaure un régime monarchique fort, avec un parlement aux pouvoirs très limités et un suffrage censitaire excluant la majorité de la population, ce qui alimente les tensions politiques entre libéraux, réactionnaires et forces populaires.
De la crise politique à la révolution de juillet : les Trois Glorieuses
1. Contexte politique sous la Restauration (1814-1830)
- Restauration : retour des Bourbons sur le trône après la chute de Napoléon, avec Louis XVIII puis Charles X.
- Compromis fragile : le régime tente d'équilibrer entre monarchie absolue et héritages révolutionnaires, mais sans résoudre les fractures profondes :
- Opposition de droite : revendique la restitution des biens nationaux confisqués à l’Église.
- Opposition de gauche : réclame l’instauration du suffrage universel.
2. La vie politique sous Louis XVIII
- Terreur blanche : persécution des forces démocrates et libérales.
- Élections de 1815 : victoire écrasante des ultras (350 sièges contre 48 modérés).
- Louis XVIII craint une guerre civile, notamment à cause du refus de rendre les biens nationaux.
- Retour de Napoléon en mars 1815 (Cent-Jours), puis défaite à Waterloo et seconde restauration de Louis XVIII.
- Suffrage censitaire : seuls 100 000 riches votent, excluant la majorité du peuple.
- Oppositions clandestines : loges maçonniques, charbonnerie militent pour la démocratie.
3. Les forces politiques
| Groupe | Position politique | Objectifs principaux |
|---|---|---|
| Ultras | Très conservateurs, royalistes extrêmes | Rétablissement de l’Ancien Régime, défense des privilèges, restauration de la monarchie absolue |
| Libéraux/modérés | Monarchie constitutionnelle, modérée | Défense de la Charte, élargissement progressif des libertés, suffrage censitaire élargi |
- Richelieu (chef des libéraux) tente de modérer le régime.
- Entre 1816 et 1820, gouvernement plus modéré avec Richelieu et Decazes.
- Chateaubriand : figure majeure des ultras.
4. Crise politique majeure (1820-1824)
- Assassinat du duc de Berry (1820) : menace la dynastie des Bourbons, provoque une crise politique.
- Loi électorale de 1820 : double vote pour les plus riches, renforçant la domination des ultras.
- Louis XVIII remplace son gouvernement libéral par un gouvernement ultra dirigé par Villèle.
- Chambre Retrouvée (1824) : victoire écrasante des ultras aux élections.
5. Règne de Charles X (1824-1830)
- Charles X s’appuie sur la majorité ultra et restaure les symboles de l’Ancien Régime (sacre à Reims en 1825).
- Renforcement de l’alliance entre le trône et l’Église (fin du compromis napoléonien).
- Lois réactionnaires :
- Restriction de la liberté de la presse (autorisation préalable nécessaire).
- Condamnation du sacrilège à mort.
- Interdiction du divorce.
- Vote de la loi du milliard : indemnisation des anciens propriétaires fonciers, provoquant un mécontentement populaire.
- Opposition culturelle : chansonniers et critiques satiriques dénoncent le régime (ex. « Le sacre de Charles le simple » de Jean de Béranger).
6. Tensions croissantes avant les Trois Glorieuses
- En 1827, le régime perd le soutien de la bourgeoisie.
- La société est divisée, la moindre étincelle peut déclencher une crise majeure.
- La montée des oppositions libérales et démocratiques prépare le terrain à la révolution de juillet 1830.
À retenir : La Restauration est marquée par un compromis instable entre monarchie absolue et héritages révolutionnaires, qui échoue à résoudre les tensions sociales et politiques, menant à la révolution des Trois Glorieuses en 1830.
L'orléanisme et l'idéal politique de la bourgeoisie française
1. Contexte politique avant la Révolution de Juillet 1830
- Trois forces politiques en 1827 :
- 170 députés libéraux
- 180 soutiens au gouvernement
- 75 ultras royalistes
- Libéraux et royalistes s'opposent au gouvernement de Charles X.
- Tentatives de compromis :
- Ministre libéral Martignac (démissionne en 1829)
- Ministre ultra Polignac (nommé ensuite)
2. Crise politique et Révolution des Trois Glorieuses (juillet 1830)
-
Adresse des 221 : Parlement réclame souveraineté nationale et fidélité politique du gouvernement.
-
Charles X dissout l'Assemblée (16 mai 1830), mais les libéraux gagnent les élections.
-
Coup de force de Charles X :
- Dissolution du Parlement
- Expédition militaire contre Alger (juillet 1830)
- Promulgation de 4 ordonnances :
- Dissolution du Parlement
- Réforme électorale excluant la patente (exclusion indirecte de la bourgeoisie)
- Suspension de la liberté de la presse
- Convocation de nouvelles élections en septembre
-
Conséquences :
- Suspension de la presse provoque chômage des ouvriers typographes, politisés et instruits.
- Soutien des ouvriers en crise économique, bourgeois et étudiants aux manifestations.
- Affrontements violents (28 juillet) : 1000 morts, 5000 blessés.
- Abdication et fuite de Charles X (29 juillet).
3. Avènement de Louis-Philippe et la Monarchie de Juillet
- Louis-Philippe d’Orléans, cousin de Charles X, est accueilli favorablement, notamment par Lafayette (chef des jacobins).
- Monarchie de Juillet née d’une révolution, mais Louis-Philippe manque de légitimité :
- Pas légitime dynastiquement (branche cadette des Capétiens).
- Pas légitime religieusement (athée, libre penseur, opposé à l’Église catholique).
- Pas légitime démocratiquement (non élu, absence de charisme et prestige militaire).
4. L’orléanisme : idéal politique de la bourgeoisie française
- L’orléanisme reste un courant puissant car il incarne les aspirations de la bourgeoisie, qui s’est renforcée depuis la Révolution française.
a) Difficultés d’installation du régime
| Critère de légitimité | Louis-Philippe (Monarchie de Juillet) | Commentaire |
|---|---|---|
| Dynastique | Non légitime | Branche cadette, pas héritier direct |
| Religieuse | Non légitime | Athée, libre penseur, proche des protestants et juifs |
| Démocratique | Faible légitimité | Non élu, légitimité populaire limitée à sa séance face à la foule |
| Charisme / prestige militaire | Absent | Aucun prestige militaire ni charisme reconnu |
- La Charte de 1814 est modifiée par Louis-Philippe, donnant naissance à la Charte amendée.
- Amendements renforcent légèrement les pouvoirs du Parlement, mais restent limités.
L’orléanisme traduit l’aspiration de la bourgeoisie à un pouvoir modéré, parlementaire et libéral, mais reste fragile du fait du manque de légitimité complète de Louis-Philippe.
Une révolution inachevée : le régime de Juillet
1. Le régime de Juillet : contexte et légitimité
- Louis-Philippe Ier accède au pouvoir après la révolution de 1830, marquant la fin de la Restauration.
- Il cherche à légitimer son règne en s’appuyant sur la légitimité militaire (ex : retour des cendres de Napoléon, construction de l’Arc de Triomphe).
- Les ultras royalistes deviennent les légitimistes, opposés au nouveau régime.
- Le régime dure 18 ans sans opposition parlementaire majeure, donnant naissance à l’orléanisme, courant politique bourgeois modéré.
2. Évolution politique et électorale sous Louis-Philippe
| Aspect | Avant 1830 | Sous le régime de Juillet |
|---|---|---|
| Suffrage | Censitaire, cens élevé | Cens réduit à 200 francs |
| Âge minimum pour voter | 30 ans | 25 ans |
| Double vote | Présent | Aboli |
| Corps électoral | ~100 000 électeurs | ~200 000 électeurs (doublement) |
| Liberté de la presse | Limitée | Réaffirmée, retour au compromis de 1814 |
- Le roi adopte une lecture parlementaire de la Charte, s’engageant à la respecter.
- Le titre du roi change : il devient roi des Français et non plus roi de France, symbolisant une souveraineté nationale limitée aux électeurs censitaires.
3. Une révolution inachevée : tensions et oppositions
- La révolution de 1830 est double :
- Révolution populaire (classes populaires) contre le régime, sans projet politique clair.
- Révolution parlementaire menée par la bourgeoisie libérale (221 députés), avec des figures comme Thiers et Guizot.
- Deux partis s’opposent :
| Parti | Idéologie principale | Représentants | Objectifs clés |
|---|---|---|---|
| Parti du Mouvement | Poursuite de la révolution, suffrage universel | Jacques Laffitte | Démocratisation progressive |
| Parti de la Résistance | Fin de la révolution, suffrage censitaire | Casimir Périer | Maintien du pouvoir bourgeois |
- Le parti du Mouvement est rapidement renversé, Périer prend le pouvoir.
- L’opposition s’exprime souvent hors du Parlement, avec des violences (ex : attentat Fieschi en 1835 contre Louis-Philippe).
- La révolution de 1830 déçoit par ses limites : les idéaux de 1814 sont trahis, la démocratie reste restreinte.
4. L’orléanisme : l’idéologie bourgeoise du régime
- L’orléanisme incarne l’idéologie libérale modérée, centrée sur la bourgeoisie.
- François Guizot, figure majeure, promeut l’éducation (loi de 1833 sur l’école primaire obligatoire) pour préparer les Français au droit de vote.
- L’égalité devant la loi est valorisée, mais le suffrage doit être mérité par l’instruction et la propriété.
- Louis-Philippe prête serment le 9 août 1830, affirmant que la souveraineté réside dans le peuple, et que le roi règne par son adhésion.
- Le régime repose sur les principes du libéralisme politique :
- Souveraineté nationale
- Parlementarisme
- État de droit
- Lois fondamentales respectées
La révolution de 1830 est une révolution inachevée car elle instaure un régime bourgeois libéral limité, excluant encore la majorité du peuple du droit de vote.
Opposition au régime orléaniste et sa chute finale
1. Opposition au régime orléaniste
Le régime orléaniste, fondé sur le libéralisme doctrinaire (libéral mais antidémocratique), limite fortement le droit de vote à une élite censitaire, excluant la majorité de la population. Ce régime repose sur la peur des violences révolutionnaires et la conviction que le peuple manque de capacité de raisonner.
- Libéralisme doctrinaire : attaché aux libertés fondamentales, mais refuse le suffrage universel, préférant un gouvernement responsable devant le parlement.
- Régime capacitaire : le droit de vote est réservé aux citoyens jugés capables, souvent ceux qui possèdent un diplôme ou une certaine richesse.
- François Guizot incarne cette vision méritocratique, sans élargir le corps électoral malgré une population plus instruite.
Durant 18 ans, le pouvoir reste stable sans alternance politique, dominé par des figures comme Adolphe Thiers et François Guizot, tous deux orléanistes.
2. La résistance au régime : pays légal vs pays réel
| Pays légal | Pays réel |
|---|---|
| 20 000 électeurs (citoyens actifs, gros contribuables) | 30 000 citoyens inactifs (sans droit de vote) |
| Contrôle politique officiel | Résistance populaire : bagarres, attentats, clubs politiques |
3. Les principaux courants d’opposition
a) La France légitimiste
- Héritiers de l’élite traditionnelle et fidèles aux Bourbons, ils refusent la participation politique sous la Monarchie de Juillet.
- Représentés par le comte de Chambord, ils veulent la restauration de l’ancien régime.
- Ils sont grands propriétaires fonciers, influents en province, notamment dans les régions conservatrices (ouest, montagnes).
- Leur opposition est passive : boycott politique mais forte influence sociale.
b) Le peuple des rues
- Composé des classes populaires urbaines (artisans, commerçants, étudiants, professeurs), héritiers des sans-culottes.
- Politisés mais exclus du vote à cause du cens, ils sont à l’origine des insurrections républicaines entre 1831 et 1834.
- Principaux mouvements :
- Révolte de juin 1832 à Paris lors des obsèques du général Lamarque.
- Révoltes des canuts (ouvriers de la soie) à Lyon (1831-1834), une révolution ouvrière réprimée par l’armée.
- Révolte de 1834 menée par des leaders républicains diffusant des idées démocratiques.
À retenir : Le régime orléaniste s’effondre faute d’avoir élargi le corps électoral et face à une opposition divisée entre légitimistes passifs et républicains populaires actifs.
La Seconde République et l'idéal démocratique à l'épreuve
1. Contexte social et politique avant 1848
- Répression des opposants : Le régime utilise l'armée et le bagne (déportation en Guyane, Nouvelle-Calédonie, Algérie) pour écraser les révoltes, notamment celle des canuts à Lyon.
- Crise politique persistante depuis 1830, marquée par une opposition entre monarchistes et républicains.
2. Naissance et nature du socialisme
- Le socialisme naît de la révolution industrielle (passage de l'atelier à l'usine) et vise à défendre les employés face aux propriétaires.
- Distinction :
- Atelier : propriétaire-travailleur aux côtés des ouvriers.
- Usine : patron actionnaire, salariés non-propriétaires.
- Penseurs clés : Karl Marx, Proudhon (« la propriété, c’est le vol »).
- Le socialisme est alors un socialisme utopique, peu structuré politiquement et sans grande force politique.
3. Le républicanisme : un idéal démocratique
- Le républicanisme est une force politique structurée centrée sur la démocratie.
- Revendication principale : élargissement du suffrage par l’abaissement du cens.
- Soutien important des classes intermédiaires (petits bourgeois, gros paysans, lettrés) qui ont un accès limité à la vie politique nationale mais peuvent voter aux élections municipales depuis 1831.
- Environ 2 millions de petits bourgeois frustrés par leur exclusion politique, malgré leur niveau d'instruction.
- La monarchie de Juillet favorise les bourgeois mais limite l'accès à l'éducation laïque et obligatoire, renforçant le libéralisme doctrinaire.
4. La rupture politique et l’entrée des républicains
| Élections de 1846 | Composition de l'Assemblée |
|---|---|
| Majorité d’orléanistes | Minorité légitimiste et démocratique |
- Prise de conscience des classes intermédiaires qu'elles n'accèderont jamais au pouvoir.
- Adoption progressive de l’idéologie républicaine.
- Organisation des banquets républicains (réunions publiques payantes) pour réclamer des réformes politiques, car les réunions politiques sont interdites.
- Campagne des banquets très active entre 1847 et 1848.
5. La chute du régime en 1848 : baril de poudre et étincelle
- Baril de poudre : crise économique majeure
- Mauvaise récolte agricole (été pluvieux) → hausse du prix du pain.
- Pauvreté accrue, baisse de la consommation de produits manufacturés, chômage ouvrier.
- Augmentation des populations dépendantes de la charité, susceptibles de manifester.
- Étincelle : montée de la contestation républicaine
- Le banquet du 14 janvier 1848 dans les quartiers populaires est l’étincelle qui déclenche la révolution.
La révolution de 1848 éclate sous la pression d’une crise économique profonde et d’une contestation politique républicaine organisée, mettant à l’épreuve l’idéal démocratique de la Seconde République.
Les illusions déçues de la révolution de février à juin 1848
1. Contexte et déclenchement de la révolution de février 1848
- Interdiction des banquets (22 février 1848) provoque une réaction populaire à Paris.
- Manifestations contre le gouvernement et demande de destitution de Guizot.
- Louis-Philippe renvoie Guizot et promet une réforme électorale.
- Le 23 février, barricades dressées, refus de dispersion, fusillade le soir avec une vingtaine de morts.
- Le 24 février, combats violents : plus de 1000 morts, la Garde nationale (milice bourgeoise) se rallie aux insurgés.
- Louis-Philippe abdique, la révolution s’installe dans l’est de Paris (Hôtel de Ville), proclamation de la démocratie avec Alphonse Lamartine comme leader.
2. La monarchie de Juillet et ses limites
- Régime modéré issu d’une révolution (1830), incapable d’élargir sa base électorale.
- La population réclame l’abaissement du cens, pas le suffrage universel.
- Aucun soutien populaire pour défendre la monarchie de Juillet, ce qui conduit à sa chute.
Les illusions déçues de la révolution février-juin 1848
1. Février-avril 1848 : un gouvernement provisoire sous tutelle populaire
- Gouvernement provisoire nommé le 25 février 1848, composé de Lamartine (aristocrate démocrate), Ledru-Rollin (classe intermédiaire), Louis Blanc (socialiste), Albert (ouvrier).
- Intègre des représentants du peuple parisien, sous la tutelle directe des masses populaires.
- Configuration politique proche de 1830 mais avec une plus grande influence des masses populaires.
2. Quatre mesures clés du gouvernement provisoire
| Mesure | Description | Importance |
|---|---|---|
| Constitution | Instauration d’un État de droit limitant les pouvoirs du dirigeant | Empêche le retour à l’absolutisme |
| Suffrage universel masculin | Extension du corps électoral de 300 000 à 9 millions d’électeurs (excluant femmes et <21 ans) | Base démocratique élargie |
| Abolition de l’esclavage | Suppression de l’esclavage dans les colonies françaises (environ 300 000 esclaves libérés) | Avancée majeure des droits humains |
| Droit au travail | Travail reconnu comme un droit, non un devoir ; création des ateliers nationaux pour l’emploi ouvrier | Tentative de réponse sociale aux revendications populaires |
3. La Seconde République : un régime démocratique fragile
- Première expérience d’un régime libéral et démocratique en France.
- Durée courte : seulement 4 ans.
- Élections au suffrage universel masculin.
- Montée au pouvoir d’ennemis du régime, révélant les tensions sociales et politiques.
- Illusions initiales déçues par la réalité politique et sociale, notamment face aux revendications ouvrières et populaires.
À retenir : La révolution de février 1848 a ouvert la voie à la démocratie universelle masculine et à des avancées sociales majeures, mais les tensions entre classes sociales et la faiblesse du gouvernement provisoire ont conduit à des désillusions rapides.
Le gouvernement du parti de l'Ordre et la dérive conservatrice
1. Le gouvernement du parti de l'Ordre et la dérive conservatrice
a) Contexte et réformes du gouvernement provisoire (1848)
-
Réformes progressistes majeures :
- Suffrage universel masculin (tous les hommes de plus de 20 ans).
- Convocation d’une Assemblée constituante pour rédiger une nouvelle constitution.
- Mesures humanistes : abolition de la peine de mort pour délits politiques, abolition de l’esclavage, extension de la citoyenneté aux anciens esclaves.
- Création des ateliers nationaux pour lutter contre le chômage par des chantiers publics.
- Déclaration de paix envers l’Europe.
- Aucune mesure contre l’Église.
-
Cette politique incarne l’esprit de 1848, un mélange de libéralisme démocratique, d’humanisme chrétien et de socialisme naissant, jamais reproduit par la suite.
b) Les tensions politiques post-printemps 1848
Trois questions divisent le gouvernement provisoire :
| Question | Exaltés (gauche) | Modérés (centre-droite) |
|---|---|---|
| Aide aux révolutionnaires | Soutien actif, prolonger la révolution | Maintenir une ligne pacifiste |
| Ateliers nationaux | Soutien et extension | Critique, jugés coûteux et inefficaces |
| Date des élections | Refus de précipiter, craignent la perte | Fixation rapide pour consolider le régime |
- Les ateliers nationaux sont un succès social mais un échec économique : trop coûteux, avec beaucoup d’ouvriers inactifs.
- Le militarisme socialiste se développe, politisant les ouvriers par l’action collective.
c) Les élections d’avril 1848
- Première élection au suffrage universel masculin avec un taux de participation de 83%.
- Trois forces politiques principales :
| Groupe politique | Pourcentage | Caractéristiques principales |
|---|---|---|
| Montagne (socialistes) | 9% | Ouvriers, classes populaires, grandes villes |
| Droite réactionnaire | 23% | Futur Parti de l’Ordre, électorat rural et religieux |
| Républicains modérés | 68% | Centre politique, classes moyennes, petites villes |
- Le vote reflète les clivages socio-professionnels et géographiques, influencé par la religion et les habitudes sociales (vote public).
- Le gouvernement issu de ces élections est dominé par les modérés, en attente de la nouvelle constitution.
d) Les journées de juin 1848 : insurrection ouvrière
- Le 21 juin 1848, le gouvernement décide la suppression des ateliers nationaux.
- Le 22 juin, une insurrection populaire éclate à Paris, menée par les ouvriers et les socialistes, qui prennent le contrôle de certains quartiers.
- Cette révolte est réprimée violemment, marquant la fin de l’« esprit de 48 » et le début d’une dérive conservatrice.
À retenir : Le gouvernement du Parti de l’Ordre, issu des élections de 1848, marque un tournant conservateur en réaction aux réformes sociales et à l’insurrection ouvrière, mettant fin à l’expérience révolutionnaire de 1848.
L'installation difficile de la Troisième République
1. L'installation difficile de la Troisième République
a) La répression des journées de juin 1848
- Insurrection ouvrière à Paris en juin 1848, notamment dans les quartiers de l’est.
- La Garde nationale ne rejoint pas les insurgés mais se prépare à l’affrontement.
- L’insurrection est réprimée grâce aux renforts venus des provinces.
- Bilan : environ 5 000 morts (4 000 insurgés, 1 000 gardes nationaux), 1 500 fusillades, de nombreuses condamnations et déportations.
- Conséquences :
- Élimination durable du mouvement révolutionnaire parisien de la vie politique.
- Droitisation du pouvoir par peur des révolutionnaires.
b) Le gouvernement du Parti de l’Ordre
| Événement | Description |
|---|---|
| Constitution du 4 novembre 1848 | République modérée, affirmation du suffrage universel, libertés fondamentales garanties, droit à l’assistance sociale (pas au travail), système monocaméral avec un président. |
| Élections présidentielles de décembre 1848 | Deux principaux candidats : Ledru-Rollin (républicains) et Cavaignac (modérés). Victoire de Louis-Napoléon Bonaparte (75% des voix), soutenu par le Parti de l’Ordre et la légende napoléonienne. |
| Élections législatives d’avril 1849 | Disparition des républicains modérés, montée de la droite et de la gauche socialisante (parti de la Montagne). La gauche radicale est affaiblie après un coup d’État manqué de Ledru-Rollin. |
- Le Parti de l’Ordre incarne la droite conservatrice, favorable à un pouvoir fort et à l’ordre social.
c) La dérive conservatrice du régime
- Loi Falloux (15 mars 1850) : place l’instruction publique sous contrôle de l’Église catholique, financement des écoles religieuses, contrôle des professeurs et des contenus enseignés.
- Loi Pécresse (31 mai 1850) : restreint le suffrage universel en limitant le droit de vote aux électeurs résidant depuis 3 ans au même endroit, excluant environ 3 millions de pauvres et ouvriers.
- Tentative de restauration monarchique : échec à cause du refus du comte de Chambord d’abandonner le drapeau blanc et l’absolutisme, ce qui divise la droite.
- Conflits croissants entre Louis-Napoléon Bonaparte et la majorité de l’Assemblée.
- Louis-Napoléon souhaite rester au pouvoir mais la Constitution interdit un second mandat présidentiel (élections prévues en 1852).
La Troisième République s’installe dans un climat de répression sociale, de droitisation politique et de tensions entre un pouvoir conservateur et des aspirations démocratiques.
L'année décisive 1871 et l'échec de la restauration monarchique
1. Contexte politique avant 1871
- Louis Napoléon Bonaparte cherche à réviser la constitution pour être réélu, mais l'Assemblée s'y oppose.
- 2 décembre 1851 : Coup d’État de Louis Napoléon, dissolution de l’Assemblée, rétablissement du suffrage universel et promesse d’une nouvelle constitution.
- Ce coup d’État est organisé à la date symbolique du sacre de Napoléon Bonaparte, avec peu de résistance.
2. Installation difficile de la IIIe République (1870-1879)
- La IIIe République est proclamée le 4 septembre 1870 par Léon Gambetta et Jules Simon.
- Elle se caractérise par un régime parlementaire, premier en France, avec un pouvoir exécutif contrôlé par le Parlement.
- Libertés fondamentales garanties : liberté de presse, pluralisme, liberté de regroupement.
- Le gouvernement provisoire a deux missions :
- Continuer la guerre contre la Prusse.
- Établir des institutions légitimes.
3. 1871 : année décisive
| Événement | Description |
|---|---|
| Siège de Paris (1870-1871) | Paris assiégée pendant 4 mois, aboutissant au traité de Francfort. |
| Traité de Francfort | Perte de l’Alsace-Lorraine, indemnité de guerre imposée à la France. |
| Élections de février 1871 | Monarchistes remportent la majorité, mais la Commune de Paris éclate peu après. |
| Commune de Paris (mars-mai 1871) | Insurrection populaire parisienne, auto-gouvernance, puis répression sanglante par Thiers. |
- Bismarck exige des élections légitimes avant de négocier la paix.
- La Commune est un mouvement spontané des classes populaires parisiennes, refusant de rendre les armes.
- Thiers évacue Paris, attend l’essoufflement, puis lance l’offensive avec l’appui allemand.
- Semaine sanglante (21-28 mai 1871) : répression violente, environ 35 000 morts, exécutions sommaires.
4. Composition politique de l’Assemblée de 1871
| Courant politique | Nombre de députés | Caractéristiques principales |
|---|---|---|
| Légitimistes | 182 | Ultra-catholiques, défense de la monarchie traditionnelle |
| Orléanistes | 214 | Bourgeoisie, monarchie constitutionnelle, libéralités fondamentales |
| Libéraux | 72 | Favorables à un régime républicain |
| Bonapartistes | 20 | Partisans du retour de l’Empire |
| Républicains modérés | 112 | Ex. Émile Ollivier, modérés |
| Républicains radicaux | 38 | Forte présence à Paris, ex. Gambetta |
- La droite monarchiste domine, soutenue par les paysans aspirant à la paix.
- La IIIe République est encore fragile face à la majorité monarchiste.
5. Échec de la restauration monarchique (1872-1879)
- Adolphe Thiers, chef du gouvernement, vise une monarchie constitutionnelle.
- Installation de la capitale à Versailles, symbole du pouvoir monarchique.
- La Commune a contribué à dissocier l’idée de révolution de la restauration monarchique.
- La répression de la Commune renforce la légitimité républicaine à moyen terme.
À retenir : L’année 1871 marque un tournant avec la proclamation de la IIIe République, la défaite face à la Prusse, la répression de la Commune et l’échec de la restauration monarchique malgré la majorité monarchiste à l’Assemblée.
Les républicains opportunistes et la stabilisation institutionnelle
1. Les républicains opportunistes et la stabilisation institutionnelle
a) Contexte post-Commune de Paris (1871)
- Semaine sanglante (21-28 mai 1871) : répression violente des communards, déportations massives en Nouvelle-Calédonie.
- Conséquences :
- Élimination de la population radicale révolutionnaire, assurant la fin des révolutions populaires en France.
- Désolidarisation de figures républicaines modérées (Gambetta, Ferry) du soulèvement parisien.
- Échec des monarchistes à s'entendre :
- Comte de Chambord (légitimiste) et comte de Paris (orléaniste) se disputent le pouvoir, sans compromis.
- Gambetta et les républicains remportent les élections du 26 septembre 1872.
- Adolphe Thiers démissionne en mai 1873, remplacé par le maréchal Mac Mahon, chef du pouvoir réactionnaire.
b) Stabilisation institutionnelle sous les républicains opportunistes
| Date / Événement | Description |
|---|---|
| 20 novembre 1873 | Instauration du septennat présidentiel (mandat de 7 ans), espérant un règne court du duc de Chambord. |
| 1875 | Adoption de trois lois constitutionnelles : compromis entre monarchistes et républicains. |
| - Ministres responsables devant les deux chambres. | |
| - Création du Sénat : suffrage indirect, 75 sénateurs inamovibles, pouvoir de censure. | |
| - Président avec droit de dissolution du Parlement, possibilité théorique de retour du roi. | |
| 16 mai 1876 | Démission de Jules Simon, Mac Mahon dissout l'Assemblée (16 août 1877), mais majorité républicaine l'emporte. |
| 30 janvier 1879 | Démission de Mac Mahon, élection de Jules Grévy, premier président républicain stable. |
| 21 juin 1879 | Symboles républicains adoptés : retour du Parlement à Paris, La Marseillaise hymne national, 14 juillet fête nationale, loi d'amnistie. |
| 14 août 1884 | Suppression des prières à l'Assemblée, interdiction aux familles royales d'accéder aux élections, suppression des sénateurs inamovibles. |
c) Pratiques politiques sous Jules Grévy
- 7 février 1879 : Grévy renonce définitivement au droit de dissoudre l'Assemblée nationale, établissant une jurisprudence constitutionnelle majeure.
- Choix systématique d'un gouvernement soutenu par la majorité parlementaire, renforçant la nature parlementaire du régime.
- Élection de présidents faibles (Grévy, Carnot, Faure) pour éviter la concentration du pouvoir exécutif.
- Conséquence : le Premier ministre devient la figure centrale du pouvoir, dépendant de la majorité parlementaire.
- Instabilité ministérielle fréquente, liée aux coalitions et alliances fluctuantes au Parlement.
d) Grandes réformes républicaines
- Sacralisation des libertés fondamentales.
- Création de l'école gratuite, obligatoire et laïque.
- Trois lois clés, dont :
- Loi du 29 juillet 1881 : garantit la liberté de la presse, la plus libérale jamais votée en France.
À retenir : La stabilisation institutionnelle sous les républicains opportunistes a transformé la IIIe République en un régime parlementaire stable, fondé sur un compromis entre monarchistes et républicains, avec un président affaibli et un Parlement dominant.
Les grandes réformes républicaines de la Troisième République
1. Liberté de la presse et réunions publiques
- Loi du 29 juillet 1881 : garantit la liberté de la presse, permettant aux journaux d'exprimer librement leurs opinions, tout en autorisant les poursuites en cas de diffamation.
- Loi du 30 juin 1881 : libéralise les réunions publiques, qui doivent simplement être déclarées à la préfecture.
2. Liberté syndicale
- Loi Waldeck-Rousseau (1884) : instaure la liberté syndicale, reconnaissant légalement les syndicats de travailleurs et leur conférant la personnalité juridique.
- Permet aux syndicats de percevoir des fonds et d'intenter des actions en justice.
3. Réformes sociales complémentaires
| Loi | Année | Contenu principal |
|---|---|---|
| Loi Nakuet | 1884 | Restaure la pratique du divorce |
| Loi sur la conscription militaire | 1889 | Service militaire universel pour les hommes, suppression des exemptions, y compris pour le clergé |
4. Réformes scolaires : laïcisation et républicanisation
- Objectif principal : laïciser et républicaniser l'école, non pas la créer.
- Lois antérieures importantes :
- Loi Guizot (1833) : développement de l'école primaire.
- Loi Falloux (1850) : organisation du financement public de l'école.
- Loi Duruy (1867) : développement des écoles primaires, notamment pour les filles.
a) Jules Ferry et la réforme scolaire
- Rend l'école gratuite, laïque et obligatoire (de 6 à 13 ans).
- Supprime les frais de scolarité et fait entrer l'État dans le financement de l'école primaire.
- Loi Ferry (1881) : laïcise les programmes scolaires en supprimant toute référence à la religion catholique.
- Loi Goblet (1886) : interdit aux membres des ordres religieux d'enseigner dans les écoles publiques.
- Formation des "Hussards de la République" : enseignants chargés de détruire l'influence cléricale dans l'école.
- Ernest Lavisse rédige des manuels d'histoire pour républicaniser la mémoire collective.
b) Maintien de l'enseignement privé
- L'enseignement privé, majoritairement religieux, n'est pas interdit, principalement pour des raisons économiques (incapacité d'accueillir tous les élèves dans le public).
À retenir : Les grandes réformes républicaines de la Troisième République visent à instaurer la liberté d'expression, la liberté syndicale, la conscription universelle et surtout à laïciser et républicaniser l'école pour affirmer les valeurs républicaines face à l'influence de l'Église.