Les origines de la crise économique aux États-Unis et sa diffusion mondiale
1. Les origines de la crise économique aux États-Unis et sa diffusion mondiale
a) Une crise boursière née de la prospérité apparente des années 1920
- Krach boursier de Wall Street (24 octobre 1929, « jeudi noir ») : début d’une chute brutale des actions. Le Dow Jones perd rapidement une grande partie de sa valeur (de 381 en septembre 1929 à 42 en mars 1933).
- Spéculation boursière intense :
- Nombreux Américains investissent en bourse (4 millions d’actionnaires sur 120 millions d’habitants).
- Achats à crédit jusqu’à 90% du prix des actions.
- Création d’une bulle spéculative où la valeur des actions dépasse largement la valeur réelle des entreprises.
- Effets pervers :
- Dividendes faibles par rapport au prix des actions.
- Marché instable, sensible aux moindres fluctuations, provoquant une vente massive et rapide des actions.
b) D’autres facteurs aggravants de la crise
| Facteur | Description | Conséquence principale |
|---|---|---|
| Dérèglements monétaires post-Première Guerre mondiale | Mise en place du Gold Exchange Standard (GES) en 1922 : monnaies de premier rang (dollar, puis livre et franc) liées à l’or, monnaies de second rang liées aux premières. | Accroissement de l’endettement des pays privilégiés (ex. USA > 370% PIB). |
| Politique monétaire restrictive | La Réserve fédérale américaine augmente les taux d’intérêt dès 1928, réduisant l’accès au crédit. | Pénurie de crédits, aggravation de la crise économique. |
| Pyramide de dettes souveraines | Dettes liées aux réparations de guerre (ex. Allemagne emprunte aux USA). Plan Young (1929) tente un rééchelonnement, mais crainte de défaut allemand. | Risque de faillite des investisseurs américains et européens. |
| Sous-consommation | Concentration extrême des richesses, salaires stagnants malgré hausse de productivité (taylorisme). Saturation des marchés (ex. 1 voiture pour 5 habitants aux USA en 1928). | Faible demande globale, surproduction, accumulation des stocks. |
c) Une crise nouvelle et généralisée
- Crise bancaire :
- Faillites massives d’établissements financiers (1350 en 1930).
- Les banques ne peuvent plus prêter, les débiteurs ne remboursent plus.
- Perte de confiance généralisée :
- La chute de la bourse entraîne une crise économique profonde, durable et mondiale.
- La dépression ne prendra fin qu’avec la Seconde Guerre mondiale.
À retenir : La crise de 1929 est née d’une bulle spéculative sur fond de déséquilibres économiques (monétaires, sociaux, productifs) et d’une politique monétaire restrictive, provoquant un effondrement boursier suivi d’une crise bancaire et économique mondiale.
Une crise nouvelle et qui se généralise
1. Une crise nouvelle et qui se généralise
a) Multiplication des faillites bancaires (1931-1932)
- Jusqu’en 1930-1931, le secteur bancaire résiste.
- À partir de 1931, la crise devient mondiale : près de 5000 faillites bancaires entre 1929 et 1932.
- La faillite du Kreditanstalt (banque autrichienne majeure) en mai 1931 diffuse la crise en Europe.
b) Une crise industrielle profonde
- Baisse de la consommation des particuliers et des entreprises, liée à la perte de confiance.
- Investissements en chute libre : -35% en 1930, arrêt total en 1932.
- Licenciements massifs à partir de 1931, malgré la tentative initiale de maintenir les salaires.
- Cercle vicieux de la crise : baisse des salaires → baisse de la consommation → baisse de la production → licenciements → baisse de la consommation…
À retenir : Le cercle vicieux de la crise est un mécanisme auto-entretenu qui aggrave la récession.
c) Données chiffrées clés
| Pays | Baisse des prix (1929-1932) | Indice production industrielle (1929=100) |
|---|---|---|
| États-Unis | -30% | 53 |
| Allemagne | -16% | 53 |
| France | -11% | 72 |
| Royaume-Uni | - | 84 |
- La déflation touche :
- Produits industriels : -30%
- Matières premières et produits agricoles : -50%
- Le commerce international se contracte d’environ 2/3.
d) Diffusion mondiale de la crise
| Canal | Mécanisme et conséquences principales |
|---|---|
| Financier | Rapatriement massif des capitaux américains (1,25 milliards $ en 1927-28) → restriction des crédits en Europe → faillites bancaires en Europe. |
| Commercial | Réduction des importations américaines → chute des exportations des pays dépendants (Amérique latine, Tiers-Monde) → crise des produits de dessert (sucre, café, cuivre). |
- Exportations latino-américaines chutent de 50 à 80% selon les pays.
e) Conséquences sociales désastreuses
-
Explosion du chômage :
- États-Unis : 4,5 millions en 1930 → 15-16 millions en 1933 (1/3 de la population active).
- Taux de chômage en 1933 : 25% aux USA, 17% en Allemagne, 13% au Royaume-Uni, 4% en France.
- Femmes et Afro-américains licenciés en priorité.
-
Misère urbaine : files d’attente pour la nourriture, enfants mal nourris, « Hoovervilles » (bidonvilles aux USA), manifestations de chômeurs.
-
Crise agricole :
- Surproduction et chute des prix agricoles déjà présentes dans les années 1920.
- Effondrement des prix agricoles (-50% entre 1929 et 1933).
- Endettement massif des fermiers, aggravation de la surproduction.
- Exode rural massif (ex. Oklahoma vers Californie).
f) Des solutions peu efficaces
| Pays / Acteur | Politique économique et sociale | Résultat / Limites |
|---|---|---|
| États-Unis (Hoover) | Orthodoxy libérale : confiance, coopération volontaire, peu d’aides directes, maintien de l’équilibre budgétaire, hausse des impôts en 1930. | Échec : trop tardif, insuffisant, refus d’aide aux chômeurs, Banque centrale passive. |
| France (Laval) | Déflation (réduction des dépenses publiques de 10%), protectionnisme. | Réduction des salaires et dépenses publiques, mais crise persistante. |
| Allemagne (Brüning) | Politique déflationniste similaire à la France. | Aggrave la crise sociale et économique. |
| Protectionnisme mondial | Loi Hawley-Smoot (1930) : hausse des droits de douane sur 20 000 produits. | Réduction du commerce international, aggravation de la crise mondiale. |
| Secours sociaux | Dépendance aux œuvres caritatives, aides variables selon les États fédérés (ex. New York vs Illinois). | Secours insuffisants, grande misère persistante. |
g) Vers un interventionnisme étatique accru
- L’État montre son rôle possible en temps de crise (ex. guerre).
- En 1933, Roosevelt lance le New Deal, politique de relance par la consommation visant à accroître le pouvoir d’achat et relancer l’économie.
Des solutions peu efficaces
1. Mesures d’urgence aux États-Unis (1933-1935)
- Mars 1933 : fermeture temporaire des banques, puis aide via la Loi d’urgence bancaire → restauration de la confiance des épargnants.
- Avril 1933 : dévaluation du dollar pour stimuler les exportations.
- Juin 1933 : adoption de la NIRA (National Industrial Recovery Act) qui instaure :
- Codes de bonne conduite pour limiter la concurrence déloyale.
- Prix minimum, quotas de production, salaires planchers.
- Reconnaissance de la liberté syndicale.
- Financement de grands travaux via la PWA (Public Works Administration).
- Mai 1933 : création de la FERA (Federal Emergency Relief Administration) pour aider les plus démunis.
- Mai 1933 : création de la TVA (Tennessee Valley Authority) pour électrifier et irriguer une région défavorisée.
- Mai 1933 : adoption de l’AAA (Agricultural Adjustment Act) pour réduire la surproduction agricole et augmenter les prix, avec indemnités aux agriculteurs.
2. Second New Deal (à partir de 1935)
- Avril 1935 : ERA (Emergency Relief Appropriation) injecte 5 milliards $ pour la solidarité sociale.
- 1935 : lancement du WPA (Works Progress Administration) pour créer des emplois par des grands travaux publics.
- Juin 1935 : loi Wagner protège les droits syndicaux et crée une agence fédérale de contrôle.
- Août 1935 : création d’un système de sécurité sociale (allocations chômage, retraites fédérales), début d’un État-providence limité.
- Juin 1935 : Revenue Act instaure un impôt progressif plus lourd sur les riches.
3. Mesures en France sous le Front Populaire (1936)
- Accords Matignon (négociés entre gouvernement, patronat et syndicats) :
- Liberté syndicale et conventions collectives.
- Augmentation des salaires (7-15%).
- Instauration des délégués du personnel.
- Réduction de la semaine de travail de 48h à 40h.
- 2 semaines de congés payés.
- Nationalisations (ex : SNCF en 1937).
- Création de l’ONIB pour réguler le prix du blé.
- Dévaluation du franc (35% puis 25%) pour relancer les exportations.
- Politique de grands travaux avec un budget de 20 milliards de francs.
4. Résultats mitigés des politiques de relance
- Baisse ponctuelle du chômage grâce à la dévaluation et aux grands travaux.
- Atténuation des effets de la crise, mais pas de solution globale.
- Aide limitée, pas de secours généralisé.
À retenir : Les mesures prises dans les années 1930 ont limité les dégâts de la crise mais n'ont pas permis un redressement complet de l'économie.
5. Réponses des régimes totalitaires : dirigisme et autarcie
| Pays | Politique économique | Objectifs et moyens principaux |
|---|---|---|
| Japon | Relance par baisse des taux d’intérêt et hausse des dépenses publiques (militaires) | Stimuler l’économie et préparer la guerre |
| Italie | Création d’entreprises paraétatiques (ex : AGIP), concentration industrielle, grands travaux, politique agricole (bataille du blé) | Autarcie et autosuffisance alimentaire |
| Allemagne | Intervention étatique forte, réarmement, production d’ersatz (substituts industriels) | Autarcie, réarmement et préparation à la guerre |
- En Italie, l’IRI (Institut pour la reconstruction industrielle) contrôle une grande part de l’industrie (sidérurgie, construction navale, armement).
- En Allemagne, réarmement massif et service militaire obligatoire dès 1935 réduisent le chômage, mais via des productions non rentables.
6. Marche à la guerre et conséquences
- L’Allemagne réduit fortement le chômage (5,4 millions en 1932 → 400 000 en 1938) grâce au réarmement.
- Utilisation d’une dévaluation non officielle (double mark) pour pratiquer le dumping.
- Cette politique coûte cher et conduit directement à la guerre.
À retenir : Le dirigisme totalitaire a permis une reprise économique rapide mais au prix d’une militarisation massive et d’une guerre imminente.
7. Notions clés : libéralisme, keynésianisme et communisme en économie
| Courant | Rôle de l’État en économie | Principe fondamental |
|---|---|---|
| Libéralisme | Intervention minimale (police, justice, impôts) | Marchés s’équilibrent naturellement sans intervention |
| Keynésianisme | Intervention active en période de crise | L’État emprunte pour relancer l’économie via grands travaux, puis rembourse grâce à la croissance |
| Communisme | État contrôle totalement l’économie | État propriétaire et planificateur unique |
À retenir : La crise des années 1930 a montré la nécessité d’une intervention étatique, ouvrant la voie au keynésianisme, même si ce dernier ne s’imposera pleinement qu’après 1945.