Présentation du cours
1. Cadre général du cours
- Période étudiée : Europe de 1815 à 1914.
- Organisation du cours :
- Partie 1 (chapitres 1 à 6) : Évolution politique de l’Europe.
- Partie 2 (chapitres 7 à 12) : Évolution démographique, économique et sociale.
2. Objectifs pédagogiques
- Comprendre les transformations politiques majeures en Europe au XIXe siècle.
- Analyser les évolutions démographiques, économiques et sociales qui ont façonné le continent.
- Développer la capacité à rédiger une dissertation historique rigoureuse et argumentée.
3. Plan du cours
| Partie | Thème principal | Chapitres clés |
|---|---|---|
| 1 | Évolution politique | 1. L’Europe en 1815<br>2. Traditionalisme et libéralisme jusqu’en 1850<br>3. Nationalisme jusqu’au « printemps des peuples »<br>4. Nationalisme dans la seconde moitié du XIXe siècle<br>5. Démocratisation vs autoritarisme<br>6. Colonialismes européens |
| 2 | Évolution démographique, économique et sociale | 7. Révolution industrielle<br>8. Révolution démographique et urbaine<br>9. Paysanneries<br>10. Aristocraties<br>11. Bourgeoisies<br>12. Ouvriers |
4. Modalités d’évaluation
- Première session (janvier 2027) :
- Écrit (50%) : dissertation au choix sur partie politique ou économique/sociale.
- Oral (50%) : interrogation sur la partie non choisie à l’écrit.
- Seconde session (juin 2027) :
- Écrit (100%) : dissertation avec sujets transversaux mêlant politique, économie et société.
- Note finale : meilleure note entre les deux sessions.
- Présentiel obligatoire pour les examens.
5. Exercices et méthodologie
- Exercices d’autoévaluation réguliers en ligne.
- Dissertation d’entraînement facultative (non notée) avec corrigé type.
- Méthodologie détaillée fournie pour la dissertation historique :
- Analyse précise du sujet (définitions, délimitations temporelles et spatiales, type d’histoire).
- Formulation d’une problématique claire.
- Construction d’un plan cohérent (thématique, chronologique ou thématico-chronologique).
- Rédaction structurée : introduction, développement, conclusion.
- Importance d’un style clair, précis et rigoureux, avec exemples concrets et références historiographiques.
6. Points clés à retenir
- Libéralisme politique : affirmation des libertés individuelles, séparation des pouvoirs, suffrage représentatif.
- Nationalisme : principe des nationalités, volonté de faire coïncider États et nations.
- Absolutisme : pouvoir sans limites du souverain, souvent justifié par le droit divin ou autocratique (ex. Russie).
- Évolution politique : coexistence et tensions entre monarchies absolues, monarchies constitutionnelles libérales et démocraties naissantes.
- Évolution sociale et économique : industrialisation, urbanisation, transformations des classes sociales.
La maîtrise de la dissertation historique repose sur une analyse rigoureuse du sujet, une problématique claire et un plan structuré, appuyés par des connaissances précises et des exemples concrets.
L’évolution politique de l’Europe au XIXe siècle
1. Le Congrès de Vienne (1814-1815)
a) La réunion du Congrès
- Réuni à Vienne dès septembre 1814, avec 213 délégations européennes, y compris des États supprimés par Napoléon.
- Les négociations dominées par les quatre grandes puissances victorieuses : Autriche, Royaume-Uni, Russie, Prusse, avec la France intégrée malgré sa défaite.
- Objectif : établir un nouvel ordre européen garantissant paix et stabilité après 25 ans de guerres.
b) Les décisions du Congrès
- Deux principes clés :
- Légitimité : restauration des souverains légitimes chassés par Napoléon.
- Équilibre : maintenir un équilibre des puissances pour éviter toute domination.
- Tensions entre puissances :
- Royaume-Uni et Autriche favorisent l’équilibre.
- Russie et Prusse cherchent à étendre leurs territoires.
- Résultat : compromis avec création d’États-tampons autour de la France, qui est ramenée à ses frontières de 1792.
2. L’Europe après le Congrès de Vienne
a) Une carte politique remodelée
| Région | Situation après 1815 | Influence dominante |
|---|---|---|
| Italie | Morcelée en 8 États, sous hégémonie autrichienne | Autriche |
| Allemagne | Confédération germanique de 34 États souverains | Autriche, Prusse |
| Russie | Expansion vers l’ouest (Pologne), nord (Finlande), sud (Bessarabie) | Russie |
| Prusse | Agrandie à l’est et à l’ouest (Rhénanie, Westphalie) | Prusse |
| France | Ramenée à frontières de 1792, surveillée par États-tampons | France sous surveillance |
- Napoléon vaincu définitivement à Waterloo (18 juin 1815), exilé à Sainte-Hélène.
b) De la Sainte-Alliance à la Quadruple-Alliance
- Sainte-Alliance (septembre 1815) : Russie, Autriche, Prusse unies par un pacte mystique de fraternité chrétienne (non ratifié par Royaume-Uni).
- Quadruple-Alliance (novembre 1815) : alliance militaire et politique entre les quatre grandes puissances pour maintenir la paix et surveiller la France.
- France soumise à indemnités et occupation militaire temporaire.
À retenir : Le Congrès de Vienne instaure un nouvel ordre européen fondé sur la légitimité monarchique et l’équilibre des puissances, mais il est fragile et contesté.
3. L’Europe en 1815 : une Europe politiquement contrastée
a) Le recul de l’absolutisme
- Deux types de monarchies coexistent :
- Monarchies absolues (Est et Sud) : Russie, Autriche, États italiens, Espagne.
- Monarchies constitutionnelles/libérales (Nord-Ouest) : France (Restauration), Royaume-Uni, Pays-Bas, Suède.
- Monarchies absolues : pouvoir personnel du souverain, absence de constitution, répression forte, maintien des privilèges aristocratiques.
- Monarchies libérales : existence d’une constitution, suffrage censitaire, reconnaissance de libertés fondamentales.
b) Points communs entre régimes
- Aristocratie détient le pouvoir politique et administratif dans tous les régimes.
- Églises (catholique, orthodoxe, luthérienne) soutiennent l’ordre monarchique.
- Police omniprésente, censure et répression sévère, notamment contre ouvriers et pauvres.
- Absence du droit de coalition pour les travailleurs.
c) Le libéralisme politique
- Rejette l’absolutisme, prône la séparation des pouvoirs, la liberté (d’opinion, expression, association) et l’égalité devant la loi.
- Refuse l’égalitarisme : chacun doit mériter sa place sans intervention étatique pour corriger les inégalités.
- S’appuie sur la souveraineté nationale incarnée par une constitution.
4. L’Europe absolutiste et la répression des tentatives libérales (1815-1830)
a) L’Europe dominée par l’autoritarisme
- Absolutisme maintenu en Russie, Autriche, Prusse : pouvoir héréditaire, sans contre-pouvoirs.
- Dynasties stables : Habsbourg (Autriche), Romanov (Russie), Hohenzollern (Prusse).
- Répression sévère, censure, police omniprésente, bagnes pour opposants.
b) Répression des mouvements libéraux
- Mouvements libéraux sporadiques et clandestins (ex : Carbonari en Italie).
- Révoltes réprimées :
- Allemagne (1819-1820),
- Espagne et Naples (1820-1823),
- Russie avec le soulèvement des Décembristes (1825).
- France intervient militairement en Espagne (1823) pour restaurer l’absolutisme.
5. Les débuts de la libéralisation politique en Europe du Nord-Ouest (1815-1848)
a) Principes libéraux
- Liberté individuelle et égalité devant la loi.
- Constitution comme fondement du régime politique.
- Souveraineté nationale et consentement populaire indispensables.
À retenir : Après 1815, l’Europe est divisée entre monarchies absolues et monarchies libérales, avec une montée progressive des idées libérales et nationales qui préparent les révolutions de 1848.
Traditionalisme et libéralisme en Europe jusqu’en 1850
1. Principes du libéralisme politique au début du XIXe siècle
- Contrat social : lien entre dirigeant et sujets fondé sur le consentement de la nation.
- Souveraineté nationale : principe libéral où la nation exprime sa souveraineté par la représentation, distincte de la souveraineté populaire démocratique.
- Suffrage censitaire : seuls les citoyens ayant des capacités financières et intellectuelles (payant un cens) peuvent voter, le vote est une fonction, non un droit.
- Adoption de constitutions : plusieurs États européens (Pays-Bas, Norvège, États allemands du Sud) adoptent des constitutions dès 1814-1820, marquant la fin de l’absolutisme.
2. Cas de la Grande-Bretagne (première moitié du XIXe siècle)
- Évolution sans constitution écrite : régime basé sur la coutume, avec un parlementarisme renforcé depuis le XVIIe siècle (Habeas Corpus 1679, Déclaration des droits 1689).
- Rôle du Parlement : bicaméral (Chambre des Communes élue au suffrage censitaire, Chambre des Lords nommée par le roi).
- Partis politiques : bipartisme entre conservateurs (Tories) et libéraux (Whigs) officialisé en 1832.
- Réformes électorales progressives : loi de 1832 élargit le corps électoral (de 400 000 à 800 000 électeurs), mais suffrage universel masculin refusé.
- Opposition chartiste : mouvement populaire réclamant le suffrage universel masculin, sans succès immédiat.
3. La France des monarchies censitaires (1814-1848)
| Régime | Dates | Constitution | Système politique | Suffrage | Particularités principales |
|---|---|---|---|---|---|
| Restauration | 1814-1830 | Charte de 1814 | Monarchie constitutionnelle | Suffrage censitaire strict | Roi Louis XVIII modéré, Charles X autoritaire |
| Monarchie de Juillet | 1830-1848 | Charte modifiée 1830 | Monarchie censitaire libérale | Suffrage censitaire élargi | Louis-Philippe roi des Français, opposition variée |
a) La Restauration (1814-1830)
- Monarchie constitutionnelle avec séparation des pouvoirs.
- Suffrage censitaire très restreint (environ 100 000 électeurs).
- Chambre des Pairs nommée par le roi, chambre des députés élue.
- Charles X (1824-1830) mène une politique réactionnaire, provoquant la révolution de juillet 1830.
b) Monarchie de Juillet (1830-1848)
- Louis-Philippe d’Orléans devient « roi des Français », régime plus libéral.
- Charte constitutionnelle conservée mais libéralisée (suppression de l’article 14, abaissement du cens).
- Corps électoral doublé (environ 200 000 électeurs).
- Opposition entre légitimistes (monarchistes autoritaires), orléanistes (libéraux), républicains (démocrates).
- Refus d’instaurer le suffrage universel masculin, source de tensions sociales.
4. Du « printemps des peuples » à « l’hiver de la réaction » (1848-1850)
a) La révolution de 1848 en France et la Deuxième République
- Chute de la monarchie de Juillet en février 1848, proclamation de la République.
- Gouvernement provisoire mixte (républicains modérés et socialistes).
- Instauration du suffrage universel masculin (9,5 millions d’électeurs).
- Mesures sociales : abolition de l’esclavage (avril 1848), droit au travail, création des ateliers nationaux.
- Affirmation des libertés fondamentales (presse, réunion, conscience).
b) Réactions en Autriche et Prusse
- Autriche : chute de Metternich, concessions libérales (liberté de la presse, assemblée constituante).
- Prusse : manifestations à Berlin, promesse d’une constitution et d’une Allemagne unifiée.
- Mais ces avancées sont rapidement remises en cause.
c) L’« hiver de la réaction »
| Pays | Événements clés (1848-1850) | Conséquences principales |
|---|---|---|
| Italie | Échec des nationalistes face à l’Autriche, restauration des souverains légitimes (ex : pape à Rome) | Retrait provisoire du projet d’unité italienne |
| Allemagne | Parlement de Francfort divisé sur l’unité, refus de Frédéric-Guillaume IV de la couronne impériale | Dislocation du Parlement, constitution prussienne révisée |
| Autriche | François-Joseph abroge la constitution, réprime les révoltes hongroises avec l’aide russe | Centralisation autoritaire, fin des réformes libérales |
À retenir : Jusqu’en 1850, le traditionalisme l’emporte sur le libéralisme en Europe, mais les idées libérales et démocratiques continuent de progresser, annonçant des transformations futures.
Le nationalisme en Europe de 1815 au « printemps des peuples »
1. Le nationalisme en Europe de 1815 au « printemps des peuples »
a) Définition et origines du nationalisme au XIXe siècle
- Nationalisme (première moitié XIXe siècle) : combat pour faire coïncider État et nation.
- Deux conceptions de la nation :
- Conception française : ouverte, démocratique, basée sur la volonté d’adhésion (droit des peuples à disposer d’eux-mêmes, héritage de la Révolution française).
- Conception allemande : fermée, basée sur des critères objectifs (langue, origine ethnique), théorisée par Fichte (1807).
- Les mouvements nationaux combinent souvent ces deux conceptions.
- Langue et religion sont des éléments clés de l’identité nationale et de la résistance culturelle.
- Le romantisme valorise les spécificités culturelles des peuples (musique, littérature, histoire).
b) Les premières victoires nationales (1820-1830)
| Pays/Région | Contexte | Résultat |
|---|---|---|
| Grèce | Soulèvement contre l’Empire ottoman (1821), soutien européen (philhellénisme) | Indépendance reconnue en 1830 (Protocole de Londres) |
| Belgique | Révolte contre le royaume des Pays-Bas (1830), alliance libéraux-catholiques | Indépendance et neutralité reconnues (1830) |
| Pologne | Révolte contre la Russie (1830) | Répression sévère, pas d’indépendance |
| Italie | Mouvement « Jeune Italie » fondé par Mazzini (1831) prônant unité et république | Italie morcelée, sans unité politique |
c) Le « printemps des peuples » (1848) : secousse nationale et libérale
- Révolutions de 1848 marquées par des revendications nationales fortes dans plusieurs régions européennes.
- Empire d’Autriche : multinational, menacé par les aspirations autonomistes/indépendantistes des Hongrois, Tchèques, Croates, Polonais, Italiens, etc.
- Hongrois obtiennent une constitution puis proclament l’indépendance.
- Tchèques tentent de restaurer la « couronne de Bohême ».
- Allemagne : création du Parlement de Francfort (1848-1849) pour unifier l’Allemagne sous un régime libéral.
- Italie : insurrection à Milan, roi Charles-Albert lance une croisade anti-autrichienne (« Italia farà da sé »).
- Revers militaires et répression (1849) : retour au statu quo, dispersion des mouvements révolutionnaires.
À retenir : Le « printemps des peuples » échoue militairement mais marque une étape décisive dans la montée des nationalismes.
d) Le nationalisme dans la seconde moitié du XIXe siècle : vers l’État-nation
1. L’unification de l’Italie (1850-1871)
- Cavour (Premier ministre du Piémont-Sardaigne) est l’artisan de l’unité italienne, s’appuyant sur Victor-Emmanuel II.
- Alliance militaire avec la France de Napoléon III (guerre contre l’Autriche en 1859).
- Victoires à Magenta et Solferino, mais paix de Villafranca (1859) : Lombardie annexée, Vénétie conservée par l’Autriche.
- Soulèvements populaires et plébiscites annexent Toscane, Parme, Modène, États pontificaux.
- Garibaldi mène l’expédition des Mille (1860) et conquiert la Sicile et Naples.
- Annexion du Sud au royaume du Piémont, proclamation du royaume d’Italie (1861).
- Vénétie intégrée en 1866 après la guerre austro-prussienne.
- Rome devient capitale en 1871 après le retrait des troupes françaises.
- Question des « terres irrédentes » (Trentin, Trieste, Istrie) reste ouverte.
2. L’unification de l’Allemagne (à compléter dans le chapitre suivant)
e) Éléments clés à retenir
- Le nationalisme est d’abord un nationalisme d’existence (droit à l’autodétermination).
- Il s’appuie sur des critères culturels (langue, religion) et historiques.
- Le Congrès de Vienne (1815) ignore les aspirations nationales, provoquant tensions et revendications.
- Les premières victoires nationales sont la Grèce (1830) et la Belgique (1830).
- Le « printemps des peuples » (1848) est un moment crucial de revendications nationales et libérales, mais il est réprimé.
- L’unification italienne est un succès majeur du nationalisme, combinant diplomatie, guerre et soulèvements populaires.
- Le nationalisme évolue vers un nationalisme de puissance à la fin du XIXe siècle, prélude aux conflits mondiaux.
À retenir : Le nationalisme au XIXe siècle est d’abord un combat pour la reconnaissance et la formation d’États-nations, qui s’appuie sur la culture, la langue et la religion, et qui connaît ses premières victoires dans les années 1820-1830 avant d’exploser lors des révolutions de 1848.
Le nationalisme en Europe dans la seconde moitié du XIXe siècle (jusqu’en 1914)
1. L’unification allemande sous Bismarck (1860-1871)
- Contexte : L’Autriche préside la Confédération germanique et cherche à renforcer la diète de Francfort.
- Bismarck (chancelier prussien depuis 1862) s’oppose à l’Autriche, défendant la « petite Allemagne » (unification autour de la Prusse, sans l’Autriche).
- Stratégie militaire et diplomatique :
- Neutralité russe obtenue en réprimant la Pologne (1863).
- Neutralité française négociée avec Napoléon III (1865).
- Guerre contre l’Autriche (1866) déclenchée via l’affaire des duchés danois.
- Résultat : Victoire prussienne à Sadowa (juillet 1866), exclusion de l’Autriche de la question allemande.
- Confédération de l’Allemagne du Nord créée, excluant les États du sud (catholiques, pro-autrichiens).
- Guerre franco-prussienne (1870-1871) : provoquée par la « dépêche d’Ems », victoire allemande rapide, capitulation de Paris (janvier 1871).
- Proclamation de l’Empire allemand à Versailles (18 janvier 1871), Guillaume Ier devient empereur, Bismarck chancelier.
2. La question nationale en Autriche-Hongrie et dans les Balkans
a) L’Empire austro-hongrois menacé d’éclatement
- Compromis austro-hongrois (1867) : double monarchie avec François-Joseph empereur d’Autriche et roi de Hongrie.
- Problème des nationalités : 65% de populations non allemandes en Cisleithanie, 60% non hongroises en Transleithanie.
- Tensions internes :
- Tchèques revendiquent plus d’autonomie, voire l’indépendance.
- Magyars imposent la « magyarisation » (langue hongroise obligatoire).
- Croates aspirent au trialisme et s’allient aux Serbes (idée yougoslave).
b) Le nationalisme balkanique et la crise orientale (1876-1878)
- Conflits ethniques et rivalités impériales dans les Balkans, région multiethnique et instable.
- Crise orientale : insurrection bulgare, guerre russo-turque, traité de San Stefano (1878) imposé par la Russie.
- Congrès de Berlin (1878) organisé par Bismarck :
- Réduction de la Bulgarie, maintien sous autorité ottomane.
- Administration austro-hongroise de la Bosnie-Herzégovine.
- Conséquences : antagonisme austro-russe renforcé, Serbie alliée à la Russie, tensions dans les Balkans.
3. L’achèvement des nationalismes en Europe (fin XIXe siècle)
- Différences Est/Ouest :
- Europe occidentale : unification nationale achevée, adhésion des masses via école obligatoire, conscription, suffrage universel.
- Empires multinationaux (Autriche-Hongrie, Russie) : politiques autoritaires de germanisation, magyarisation, russification.
- Rôle de l’école : alphabétisation, diffusion de la langue nationale, culte des héros nationaux (ex. Le tour de la France par deux enfants).
- Conscription : facteur d’intégration nationale en mêlant les classes sociales et régions.
- Facteurs économiques : marché unifié, transports (chemin de fer) favorisent l’unité nationale à l’Ouest, retard économique freine l’Espagne.
4. Les relations internationales en Europe (1871-1914)
a) Le système bismarckien (1871-1890)
- Objectif : isoler la France pour éviter une guerre de revanche.
- Alliances clés :
- Entente des Trois Empereurs (1873) : Allemagne, Autriche-Hongrie, Russie.
- Duplice (1879) : alliance austro-allemande contre la Russie.
- Traité des Trois Empereurs (1881) : renouvellement de l’entente.
- Triplice (1882) : alliance défensive Allemagne, Autriche-Hongrie, Italie contre la France.
- Fin du système : renvoi de Bismarck en 1890 par Guillaume II, effondrement du système.
b) Recherche d’un nouvel équilibre (1890-1904)
- Guillaume II abandonne la Russie, croyant impossible une alliance franco-russe.
- Rapprochement franco-russe :
- Coopération économique (emprunts russes).
- Accord politique (1891) puis alliance militaire défensive (1892).
- Entente cordiale (1904) entre France et Grande-Bretagne, mettant fin aux rivalités coloniales.
- Situation en 1904 : France alliée à Russie et Grande-Bretagne, Allemagne isolée et menacée sur deux fronts.
c) Crises et marche vers la guerre (1905-1914)
- Crises marocaines (1905-1911) : tensions franco-allemandes sans guerre ouverte.
- Triple Entente (1907) : France, Russie, Grande-Bretagne.
- Opposition : Triple Entente vs Triplice (Allemagne, Autriche-Hongrie, Italie).
- Balkans : tensions exacerbées par l’annexion austro-hongroise de la Bosnie-Herzégovine (1908) et nationalisme serbe.
- Guerres balkaniques (1912-1913) : victoire des États balkaniques contre l’Empire ottoman, puis conflits internes.
- Assassinat de l’archiduc François-Ferdinand (28 juin 1914) à Sarajevo par un nationaliste serbe.
- Ultimatum austro-hongrois à la Serbie (juillet 1914), refus partiel, déclaration de guerre (28 juillet).
- Effet domino des alliances : mobilisation russe, mobilisation allemande, déclarations de guerre successives, début de la Première Guerre mondiale.
À retenir : Le nationalisme, d’abord facteur d’unité et d’indépendance, devient au tournant du XXe siècle un moteur de rivalités agressives, exacerbant les tensions internationales et conduisant à la Première Guerre mondiale.
Démocratisation contre autoritarisme (du milieu du XIXe siècle à 1914)
1. La France : de la Deuxième République à la IIIe République
a) La Deuxième République (1848-1851)
- Suffrage universel masculin instauré, mais tensions entre républicains modérés et ouvriers.
- Constitution du 4 novembre 1848 : parlement monocaméral (Assemblée nationale) + président élu au suffrage universel direct pour 4 ans, sans possibilité de renouvellement ni dissolution de l’Assemblée.
- Élection de Louis-Napoléon Bonaparte en décembre 1848 (75% des voix), soutenu par les paysans et le « parti de l’Ordre ».
- Loi du 31 mai 1850 restreint le suffrage universel en excluant 3 millions d’ouvriers.
- Coup d’État de Louis-Napoléon le 2 décembre 1851, fin de la Deuxième République, rétablissement du suffrage universel masculin.
b) Le Second Empire (1852-1870)
- Constitution du 14 janvier 1852 : pouvoir exécutif fort, président pour 10 ans (devient empereur Napoléon III en décembre 1852).
- Parlement bicaméral faible : Corps législatif élu au suffrage universel mais sans réel pouvoir, Sénat nommé par l’empereur.
- Régime autoritaire jusqu’en 1859, puis libéralisation progressive (droit d’adresse en 1860, d’interpellation en 1867, initiative des lois en 1869).
- Candidature officielle favorise les candidats soutenus par le pouvoir.
- Opposition républicaine et libérale croissante.
- Plébiscite de 1870 approuve l’évolution libérale.
- Fin brutale du régime après la défaite de Sedan (1870).
c) La IIIe République (1870-1914)
- Proclamée en septembre 1870, débuts difficiles avec siège de Paris et guerre franco-prussienne.
- Élections de 1871 : majorité monarchiste, Thiers chef du pouvoir exécutif.
- Commune de Paris (mars-mai 1871) : tentative de démocratie directe, mesures sociales, réprimée violemment.
- Lois constitutionnelles de 1875 instaurent un régime parlementaire bicaméral (Chambre des députés élue au suffrage universel, Sénat conservateur).
- Président élu par les deux chambres, pouvoirs importants mais limités après la crise du 16 mai 1877.
- Affirmation du parlementarisme, le président du Conseil devient la figure centrale.
- Réformes sociales et démocratiques : liberté de la presse (1881), enseignement laïc et obligatoire (1882), reconnaissance des syndicats (1884).
- Crises majeures :
- Crise boulangiste (1886-1889) : montée du nationalisme revanchard, général Boulanger rassemble opposition hétéroclite, échec de son coup.
- Affaire Dreyfus (1894-1906) : division de la société entre dreyfusards (justice et vérité) et antidreyfusards (nationalisme et raison d’État), aboutit à la réhabilitation de Dreyfus.
- Montée du nationalisme intégral avec l’Action française (fondée en 1898).
- Ralliement progressif des catholiques à la République après l’encyclique Inter sollicitudines (1892).
- Loi de séparation des Églises et de l’État (1905) confirme la laïcité et la solidité du régime.
La IIIe République est le régime démocratique durable qui s’installe en France à partir de 1870, malgré des crises politiques et sociales majeures.
2. L’Autriche-Hongrie et l’Allemagne : régimes semi-autoritaires
a) L’Autriche-Hongrie (1867-1914)
| Aspect | Autriche (Cisleithanie) | Hongrie (Transleithanie) |
|---|---|---|
| Constitution | Constitution de 1867, pouvoir exécutif fort de l’Empereur | Régime parlementaire avec gouvernement responsable |
| Parlement | Reichsrat bicaméral dominé par noblesse et clergé | Parlement bicaméral, suffrage censitaire favorisant les Magyars |
| Suffrage | Universel masculin instauré en 1906 | Suffrage censitaire, pas universel |
| Nationalités | Fort émiettement, conflits et obstruction parlementaire | Domination des Magyars, oppression des minorités |
| Pouvoir de l’Empereur | Pleins pouvoirs, nomme ministres, peut passer outre le parlement | Intervention limitée sauf intérêts impériaux |
- Le compromis de 1867 crée une double monarchie avec autonomie pour la Hongrie.
- Le régime autrichien reste autoritaire et instable, marqué par la question des nationalités.
- La Hongrie est parlementaire mais non démocratique, avec une noblesse dominante.
b) L’Empire allemand (1871-1914)
- Régime fédéral avec deux chambres :
- Reichstag (chambre basse) élu au suffrage universel masculin, vote lois et budget.
- Bundesrat (chambre haute) composé de représentants des États, dominé par la Prusse.
- Pouvoir exécutif fort : l’Empereur (Kaiser) nomme et révoque le chancelier, chef de l’armée et de la diplomatie.
- Le chancelier détient le pouvoir réel, mais doit composer avec le Reichstag.
- Bismarck (chancelier 1871-1890) instaure des lois sociales (assurance maladie 1883, accidents 1884) et réprime le socialisme.
- Politique étrangère bismarckienne : alliances pour isoler la France (Duplice, Triplice).
- Guillaume II (empereur à partir de 1888) renvoie Bismarck en 1890, durcit l’autoritarisme et limite les réformes parlementaires.
- Blocage politique à la veille de 1914, avec une noblesse conservatrice opposée aux réformes.
L’Empire allemand est un régime autoritaire avec un parlement élu mais sans réel contrôle sur l’exécutif, dominé par l’Empereur et la Prusse.
3. La Russie : autocratie et absence de démocratisation
a) Un régime autocratique rigide
- Tsar détient tous les pouvoirs (droit divin), décisions impériales (oukases) ont force de loi.
- Alexandre II (1855-1881) initie quelques réformes (abolition du servage, justice plus indépendante, censure assouplie).
- Après son assassinat, Alexandre III (1881-1894) restaure un absolutisme dur : censure renforcée, police politique (Okhrana), russification accrue.
b) La révolution de 1905 et ses suites
- Crise sociale et politique liée à l’industrialisation, montée de la bourgeoisie libérale et du mouvement ouvrier.
- Guerre russo-japonaise (1904-1905) désastreuse, accentue le mécontentement.
- Dimanche rouge (22 janvier 1905) : répression sanglante d’une manifestation pacifique.
- Révoltes, grèves, mutineries, apparition des soviets.
- Manifeste d’octobre 1905 : concessions limitées, création d’une Douma consultative.
- Suffrage limité, pouvoir réel toujours concentré entre les mains du tsar.
La Russie reste un régime autocratique sans véritable démocratisation jusqu’en 1905, où une révolution partielle ouvre la voie à une Douma mais sans remettre en cause le pouvoir absolu du tsar.
À retenir : Entre 1848 et 1914, l’Europe oscille entre démocratisation progressive (France, malgré crises) et régimes semi-autoritaires ou autocratiques (Autriche-Hongrie, Allemagne, Russie), où le pouvoir exécutif reste dominant et la souveraineté populaire limitée.
Les colonialismes européens
1. Les colonialismes européens
Le mouvement d’expansion coloniale du XIXe siècle, particulièrement intense à partir des années 1880, est une course aux territoires impliquant la plupart des grandes puissances européennes. Cette domination européenne mondiale, appelée impérialisme, peut être directe (colonialisme) ou indirecte (domination économique).
La naissance de l’impérialisme
1. La volonté d’achever la découverte du monde
- Au XIXe siècle, l'intérêt pour l'Afrique grandit, notamment pour son intérieur encore largement inconnu.
- Les explorations sont menées par des officiers, missionnaires, commerçants, explorateurs, parfois financés par États ou sociétés de géographie.
- Exemples : René Caillié (Tombouctou, 1828), Livingstone (chutes Victoria), Stanley (bassin du Congo).
- Ces explorations préparent la colonisation, avec des prises de possession au nom des puissances européennes (ex : Léopold II au Congo, Brazza en Afrique centrale).
2. Les motivations économiques
- La colonisation est liée au développement industriel et capitaliste : accumulation de capitaux cherchant des débouchés et des terrains d’investissement.
- Jules Ferry (1890) : « La politique coloniale est fille de la politique industrielle ».
- Les colonies fournissent matières premières (café, cacao, minerais) et débouchés pour les produits manufacturés européens.
- Crise économique européenne (1873-1890) accentue la nécessité de débouchés coloniaux.
- Travail forcé persiste dans les colonies malgré l’abolition de l’esclavage.
3. Les raisons politiques
- La colonisation est un instrument de puissance nationale dans un contexte de rivalités européennes.
- Elle sert à affirmer la grandeur nationale (ex : France cherche compensation après la défaite de 1871).
- Nationalisme et colonialisme sont liés : ex. Grande-Bretagne, Italie, Allemagne développent des ambitions impérialistes.
- La colonisation est justifiée par une mission civilisatrice : supériorité supposée des Européens, rôle éducateur et évangélisateur.
- Cette mission est soutenue par les Églises catholique et protestante (ex : pères blancs fondés en 1868).
- Opposition faible à la fin du XIXe siècle, malgré critiques sociales, économiques et humanitaires.
Les grands empires coloniaux et leurs modes d’administration
| Empire | Superficie (fin XIXe) | Population | Mode d’administration | Particularités |
|---|---|---|---|---|
| Britannique | ~30 millions km² (22% terres émergées) | ~400 millions | Système d’association : maintien des lois locales, gouvernance indirecte, dominions autonomes (Canada, Australie, NZ, Afrique du Sud) | Empirisme, pragmatisme, contrôle via India Office, Colonial Office, compagnies privées |
| Français | ~11 millions km² | ~40 millions | Politique d’assimilation : administration directe, uniformisation, colonies et protectorats, ministère des Colonies (1894) | Algérie département française, promesse d’égalité non tenue, frustrations coloniales |
| Autres (Pays-Bas, Portugal, Espagne, Italie, Allemagne) | Moins étendus | Moins nombreux | Variés, souvent héritage ou expansion limitée | Indonésie (Pays-Bas), Angola/Mozambique (Portugal), possessions africaines diverses |
1. L’Empire colonial britannique
- Premier empire colonial mondial, s’étendant sur tous les continents.
- Conquête progressive : Inde (passage sous contrôle direct en 1858), Birmanie, Afrique (Egypte, Soudan, Afrique du Sud), Océanie (Australie, Nouvelle-Zélande).
- Maintien des particularismes locaux, coexistence de provinces et États princiers en Inde.
- Création des dominions avec autonomie interne mais dépendance en diplomatie et défense.
2. L’Empire colonial français
- Deuxième empire colonial mondial.
- Reprise de la colonisation dès 1830 avec l’Algérie (colonie de peuplement).
- Expansion en Afrique de l’Ouest (AOF), Afrique équatoriale (AEF), Madagascar, Indochine.
- Administration centralisée, uniformisation, politique d’assimilation fondée sur l’universalisme républicain.
- Citoyenneté française limitée, notamment en Algérie (décret Crémieux 1871 pour Juifs, mais majorité des musulmans restent sujets).
3. Les autres empires coloniaux
- Pays-Bas : Indonésie.
- Portugal : Angola, Mozambique.
- Espagne : possessions réduites, quelques territoires en Afrique.
- Italie et Allemagne : ambitions coloniales plus tardives et plus limitées.
À retenir : Le colonialisme européen du XIXe siècle est une expression de la puissance industrielle, économique et politique de l’Europe, motivée par des intérêts économiques, des rivalités nationalistes et une idéologie civilisatrice, avec des modes d’administration variés selon les empires.
La révolution industrielle en Europe au XIXe siècle
1. La révolution industrielle en Europe au XIXe siècle
La révolution industrielle désigne la transformation majeure du mode de production, passant d’une économie agricole traditionnelle à une économie industrielle moderne fondée sur le capital et la mécanisation. Ce bouleversement, amorcé en Angleterre vers 1780, s’étend progressivement à l’Europe au XIXe siècle.
Structures et étapes des transformations économiques
1. Un nouveau mode de production
-
Énergie nouvelle : la vapeur
L’invention de la machine à vapeur par James Watt (amélioration du condenseur) permet une production accrue et plus efficace. Le charbon devient le principal combustible, notamment en Angleterre. -
De l’atelier à l’usine
L’industrialisation nécessite la concentration du capital (machines) et du travail (ouvriers) dans des usines, marquant la fin progressive du travail artisanal et domestique. Le factory system s’impose lentement, avec une rationalisation croissante du travail (préfiguration du taylorisme).
2. Un nouveau système économique : le capitalisme industriel
-
Fondements :
- Recherche du profit dans un marché concurrentiel et libre.
- Propriété privée des moyens de production.
-
Capital et innovation :
L’accumulation de capital permet l’investissement dans la mécanisation et la recherche, moteur de la croissance industrielle. -
Exemple : l’industrie textile
Innovations successives (navette volante, mule-jenny) illustrent la modernisation continue, passant d’inventions artisanales à des découvertes industrielles en laboratoire.
3. Les secteurs moteurs de l’industrialisation
| Période | Secteurs clés | Particularités |
|---|---|---|
| Début XIXe siècle | Textile, métallurgie, sidérurgie | Textile dominant (75% de l’industrie en 1850) ; progrès dans la fabrication du fer et de l’acier (procédé Bessemer) |
| Seconde moitié XIXe siècle | Électricité, chimie, pétrole | Innovations majeures (lampe Edison, dynamo Gramme) ; Allemagne en pointe dans la chimie (ex. BASF) |
La révolution du crédit et de l’entreprise
1. La faim de capital
-
Évolution bancaire :
- Banques d’affaires (ex. Paribas) : prêts à long terme, prises de participation.
- Banques de dépôt (ex. Société Générale, Crédit Lyonnais) : collecte d’épargne, prêts à court terme.
-
Monnaie et financement :
- Croissance de la masse monétaire liée aux découvertes d’or (Californie, Australie, Transvaal).
- Adoption de l’étalon-or, usage accru du billet et du chèque.
-
Sociétés par actions :
- Naissance des sociétés anonymes (Angleterre 1857, France 1867, Allemagne 1871).
- Développement des bourses de valeurs (Londres dominante).
2. La concentration industrielle
-
Concentration géographique :
Zones industrielles autour des ressources minières et ports (ex. Nord de la France, Ruhr en Allemagne). -
Concentration financière :
- Verticale : intégration des étapes de production (matières premières à distribution).
- Horizontale : regroupement d’entreprises du même secteur.
- Formes : absorption, ententes (cartels).
La révolution des transports
1. Le chemin de fer
-
Développement :
- Invention de la locomotive à vapeur par Stephenson (première ligne Stockton-Darlington, 1825).
- Expansion rapide du réseau ferroviaire en Europe (24 000 km en 1850 à 360 000 km en 1913).
-
Impact :
- Réduction drastique des temps de transport (ex. Paris-Toulouse : 8 jours en 1800 → 8 heures en 1900).
- Augmentation massive du transport de marchandises (4,5 millions de tonnes en 1850 → 90 millions en 1900 en France).
- Unification des marchés européens et baisse des coûts.
La révolution industrielle est un processus progressif qui transforme profondément les structures économiques et sociales de l’Europe, en s’appuyant sur la vapeur, le capitalisme, l’innovation technologique et les transports modernes.
Révolution démographique et révolution urbaine en Europe au XIXe siècle
1. Vers un nouveau régime démographique
a) Une forte croissance démographique
- Population européenne : de 187 millions en 1800 à environ 400 millions en 1900, soit un doublement en un siècle.
- Conséquences économiques : augmentation des consommateurs, producteurs et marchés, favorisant la révolution industrielle mais sans lien systématique.
- Théorie malthusienne : Malthus (1798) prédit une surpopulation due à une croissance géométrique de la population et une croissance arithmétique des subsistances, prônant la « contrainte morale » (recul du mariage).
- Critiques : la révolution agricole, industrielle et des transports a permis une croissance des subsistances, réfutant la théorie de Malthus (notamment par Marx).
b) La transition démographique
- Passage d’un régime ancien (forte natalité et forte mortalité) à un régime moderne (faible natalité et faible mortalité).
- Phases :
- Recul de la mortalité, natalité stable → forte croissance naturelle.
- Baisse progressive de la natalité → faible accroissement naturel.
- Facteurs du recul de la mortalité :
- Progrès médicaux (Pasteur, antisepsie, anesthésie).
- Amélioration de l’hygiène individuelle et collective (eaux, égouts, ordures).
- Augmentation des productions agricoles et élévation du niveau de vie.
- Espérance de vie : augmentation notable, plus forte en ville qu’à la campagne.
- Natalité : baisse lente, liée à l’élévation du niveau de vie, laïcisation, législation sociale, contraception, et partage des héritages.
c) Évolutions contrastées
| Critère | Europe du Nord-Ouest | Europe du Sud et de l’Est | France (cas particulier) |
|---|---|---|---|
| Début de la transition | Fin XVIIIe - début XIXe siècle | Fin XIXe siècle | Très précoce (fin XVIIIe) |
| Durée | Longue (presque tout le XIXe) | Courte et rapide | Courte |
| Accroissement naturel | Relativement élevé | Plus rapide | Faible |
| Poids démographique | Forte croissance | Croissance rapide | Relatif recul |
- Inégalités sociales : mortalité et natalité plus faibles chez les riches, baisse de la natalité initiée par les classes aisées puis diffusée.
- Persistances : famines (Irlande 1845-50, Russie 1891-92), épidémies (choléra, peste en Europe de l’Est).
2. Vers la civilisation urbaine
a) Explosion urbaine
- En 1800, 7% de la population européenne vit en ville (>5 000 hab.), 25% en 1900.
- Nombre de villes >100 000 hab. : 23 en 1800, 135 en 1900, 184 en 1913.
- Mégapoles : Londres (0,8M → 5M), Paris (0,6M → 3M), Berlin (0,17M → 2,5M).
- Facteurs :
- Exode rural : départ des campagnes vers les villes, lié à la mécanisation agricole et à la recherche d’emplois industriels.
- Industrialisation : création de villes nouvelles ou croissance rapide de bourgs industriels (ex. Essen).
- Révolution des transports : villes desservies par le chemin de fer se développent plus vite.
b) Changements urbains
- Extension spatiale : destruction des murailles médiévales, extension horizontale et verticale (hauteurs, conurbations).
- Spécialisation fonctionnelle :
- Quartiers d’affaires, quartiers industriels en périphérie, quartiers résidentiels selon classes sociales.
- Ségrégation sociale marquée (ex. Paris, Berlin, Londres : bourgeoisie à l’Ouest, ouvriers à l’Est).
- Habitat ouvrier dense et précaire (ex. courées dans le Nord de la France).
- Aménagements urbains :
- Réseaux d’eau potable, égouts, ramassage des ordures, éclairage public.
- Transports urbains : omnibus, tramways électriques, métro (Londres 1863, Paris 1900).
- Exemple de Paris sous Haussmann : percements d’avenues, démolition de quartiers insalubres, création d’espaces verts, contrôle social.
3. Vers de nouveaux espaces : l’émigration européenne
a) La plus importante migration de l’histoire
- Entre 50 et 60 millions d’Européens émigrent au XIXe siècle, principalement vers les Amériques.
- Flux migratoires lents jusqu’en 1840, puis accélération jusqu’en 1914.
- États encouragent souvent l’émigration pour limiter la surpopulation.
b) Composition des migrants
| Période | Origine principale des migrants |
|---|---|
| Jusqu’à 1880-90 | Europe du Nord (Britanniques, Allemands, Scandinaves) |
| Après 1890 | Europe du Sud et de l’Est (Italiens, Espagnols, Slaves) |
- L’émigration italienne est d’abord temporaire, puis définitive après 1900.
- Exception française : faible émigration (1% des migrants européens), croissance démographique faible, mais terre d’immigration.
À retenir : La révolution démographique du XIXe siècle en Europe se caractérise par une forte croissance de la population due au recul de la mortalité, suivie d’une baisse progressive de la natalité, entraînant une urbanisation massive et une émigration sans précédent.
Les paysanneries européennes au XIXe siècle
1. Diversité des paysanneries européennes au XIXe siècle
- Paysanneries multiples : fortes disparités entre paysans français, russes, italiens, etc.
- Diversité interne : différences entre petits/grands propriétaires, métayers, fermiers, ouvriers agricoles.
- Transformation progressive : pas de rupture brutale, mais évolution liée à industrialisation, progrès scientifiques, transports, marché européen/global.
- Inégalités régionales : Europe du Nord-Ouest modernisée, Europe méridionale et orientale plus traditionnelle.
2. La « révolution agricole »
a) Bases de la révolution agricole
-
Fin de l’agriculture traditionnelle :
- Fin des blocages techniques (outils anciens), de la jachère obligatoire, et des pratiques collectives figées.
- Liberté de cultiver instaurée (ex. Révolution française, Code civil 1804).
- Jachère remplacée progressivement par cultures fourragères (ex. Flandres).
- En France, jachères passent de 25% (1840) à 10% (1900) des terres cultivables.
-
Nouvelles cultures en expansion :
- Maïs : diffusion au-delà du Sud-Ouest français.
- Pomme de terre : adoption massive au XIXe siècle (1,5 million d’ha en France en 1900).
- Betterave sucrière : développée surtout dans le Nord de la France et Italie du Nord, stimulée par le blocus napoléonien.
b) L’Angleterre, pionnière
-
Mouvement des enclosures :
- Clôture des pâturages pour élevage intensif de moutons (laine).
- Soutien parlementaire massif (5000 actes entre 1730-1820).
- Résistance des petits paysans (cottagers, squatters).
-
Agriculture capitaliste précoce :
- Disparition de la jachère dès XVIIIe siècle.
- Passage d’exportateur à importateur de céréales au XIXe siècle.
- Concentration foncière : fin XIXe, 50% des terres détenues par quelques centaines d’aristocrates (« landlords »).
- Agriculture mécanisée, salariée, poussée par libre-échange (abolition des Corn Laws en 1846).
c) Révolution agricole et industrielle : débat historiographique
| Interprétation traditionnelle (Marx, Bairoch, Rostow) | Remise en cause (Crouzet, Verley) |
|---|---|
| Révolution agricole précède et prépare la révolution industrielle. | Révolution industrielle débute avant la révolution agricole (ex. textile au XVIIIe s.). |
| Modernisation agricole libère main-d’œuvre pour industrie. | Exode rural et industrialisation sont concomitants ou postérieurs. |
| Capitaux agricoles financent industrie. | Capitaux agricoles réinvestis surtout dans la terre. |
| Cause-effet claire. | Interpénétration complexe entre agriculture et industrie (proto-industrialisation, migrations saisonnières). |
3. Europe du Nord-Ouest : paysannerie intégrée
a) Agriculture moderne
-
Intégration au marché :
- Passage d’économie de subsistance à économie d’échanges.
- Révolution des transports (chemin de fer) facilite spécialisation régionale (ex. vigne en Languedoc, fruits vallée du Rhône, céréales bassin parisien, élevage Normandie).
-
Mécanisation progressive :
- Amélioration des outils (faux, herses en fer, charrue Dombasle).
- Introduction lente de machines (moissonneuse Mac Cormick 1830s, batteuses à vapeur).
- Traction animale dominante jusqu’à fin XIXe siècle (tracteurs à essence tardifs).
- Techniques traditionnelles persistent dans plusieurs régions en 1914.
-
Agriculture scientifique :
- Usage croissant d’engrais chimiques (Liebig, 1850s).
- Amélioration des espèces végétales et animales (blé hybride Vilmorin, vaccin Pasteur contre charbon du mouton).
- Pasteurisation développée.
b) Évolution du marché agricole
-
Cycles économiques (Kondratieff) :
- 1815-1840/48 : baisse des prix agricoles (protectionnisme).
- 1848-1873/75 : âge d’or agricole, hausse des prix malgré libre-échange.
- 1875-1914 : récession durable, chute des prix (concurrence mondiale).
-
Conséquences de la crise post-1875 :
- Accentuation de la spécialisation régionale (ex. Normandie abandonne céréales pour élevage).
- Retour au protectionnisme (sauf GB) : lois Méline en France protègent petits paysans mais freinent modernisation ; Allemagne modernise agriculture protégée.
4. Europe du Sud et de l’Est : l’Europe des traditions
a) Europe du cheval de trait
-
Faibles rendements agricoles :
- Ex. 1914 : 33 quintaux/ha au Danemark, 6 quintaux/ha en Russie, 10 quintaux/ha en Italie.
- Mode de vie d’autoconsommation, production limitée.
-
Domination des latifundia :
- Grandes propriétés concentrées (ex. famille Esterhazy en Hongrie 3 millions d’ha).
- Propriétaires souvent nobles, peu impliqués dans gestion agricole.
- Prédominance de la jachère, outils archaïques (araire).
- Exploitation confiée à régisseurs, fermiers, métayers (ex. landlords anglais en Irlande).
- Existence d’une armée de travailleurs agricoles journaliers (ex. 55% en Espagne en 1860).
b) Émancipation et révoltes
-
Abolition du servage :
- Disparition progressive dans Europe orientale (1848 dans empire d’Autriche, États allemands de l’Est).
- Russie : abolition en 1861 par oukase d’Alexandre II.
-
Révoltes paysannes :
- Misère et domination provoquent jacqueries récurrentes (ex. Russie début XXe s., Espagne, Italie du Sud).
- En Italie, révoltes mêlent misère et opposition à unification (service militaire, taxes).
- Souvent réprimées par l’armée, retour au statu quo.
À retenir : La paysannerie européenne au XIXe siècle est multiple et contrastée, avec une révolution agricole progressive en Europe du Nord-Ouest intégrant les campagnes au marché capitaliste, tandis que l’Europe du Sud et de l’Est reste largement traditionnelle, marquée par de faibles rendements, de grandes propriétés et des tensions sociales persistantes.
Les aristocraties européennes au XIXe siècle
1. La domination politique de la noblesse
a) La noblesse associée au pouvoir politique
- Pouvoir monarchique fort en 1914 : Empire allemand, Autriche-Hongrie, Russie ; souverains nomment ministres, commandent armées, dissolvent chambres.
- Collusion noblesse-monarchie : la haute noblesse soutient le monarque comme garant de l'ordre ancien, contrairement au XVIIIe siècle où elle contestait le pouvoir royal.
- La Cour : lieu de pouvoir réservé à la haute noblesse, symbole de l'État monarchique. Sous le Second Empire, la Cour s’ouvre aussi à des non-nobles influents.
- Présence dans les gouvernements : ex. Prusse (1871-1914) 75% des ministres sont aristocrates ; en Angleterre, Premier ministre non noble seulement en 1908.
b) La noblesse dans les institutions
- Chambres hautes non élues : Chambre des Lords (GB), Herrenhaus (Autriche), Chambre des Pairs (France) dominées par la noblesse.
- Présence dans chambres basses : même sous suffrage universel, noblesse et notables dominent (ex. France, Grande-Bretagne).
- Russie : Douma des seigneurs (1907-1912), majorité aristocratique favorable au tsar.
- Noblesse dans l’appareil d’État : diplomatie, administration, armée (ex. 46% des préfets sous Napoléon III sont aristocrates).
c) La noblesse dans l’armée
- Armée comme refuge et symbole : recrutement ouvert aux non-nobles mais les hauts grades restent majoritairement aristocratiques (ex. 80% des généraux sous la Restauration).
- Corps prestigieux : nobles dominent la cavalerie, absents du génie militaire.
- Exemple prussien : quasi-totalité des officiers nobles jusqu’en 1914.
2. La domination sociale
a) Un modèle social aristocratique
- Mode de vie visible : hôtels particuliers, châteaux, domesticité nombreuse.
- Sociabilité aristocratique : salons (XVIIIe siècle) remplacés par cercles masculins au XIXe siècle, excluant les femmes de la politique.
- Rôle des femmes : cantonnées à l’action charitable.
- Culture et prestige : vaste bibliothèque, pratiques comme la chasse à courre, tourisme aristocratique.
b) Une noblesse ouverte aux élites bourgeoises
- Fusion des élites : adoption par la haute bourgeoisie du mode de vie aristocratique, fréquentation des mêmes grandes écoles.
- Mariages mixtes : entre aristocrates traditionnels et bourgeois fortunés, permettant aux nobles de renflouer leurs finances et aux bourgeois d’accéder à l’aristocratie.
- Anoblissement : bourgeois fortunés peuvent être anoblis (ex. Angleterre, Autriche), mais parfois rejetés par nobles de souche.
- Usurpation de titres : fausse particule en France, loi de 1858 pour réguler.
3. Une noblesse économiquement marginalisée ?
a) La terre, une valeur refuge
- Terre = base de la richesse jusqu’en 1914 : même bourgeois investissent dans la terre et les châteaux.
- Indemnisation en France : loi du « milliard des émigrés » (1825) pour nobles spoliés.
- Grands propriétaires fonciers : ex. Guillaume II en Allemagne, aristocrates en Autriche-Hongrie et Russie.
b) Des nobles investis dans les activités nouvelles
- Investissements industriels à partir des années 1870 : brasseries, minoteries, raffineries (ex. Bohême, Russie).
- Adaptation à la crise agricole : diversification économique, protection étatique, accès facilité au crédit.
- Investissements mobiliers : nobles investissent dans l’industrie sans devenir entrepreneurs directs (ex. latifundia italiens).
- Enrichissement global : augmentation des fortunes nobles à Paris entre 1847 et 1911, avec une part croissante de capitaux mobiliers.
- Présence dans conseils d’administration : nobles dans sidérurgie, banques, chemins de fer, Comité des Forges.
À retenir : Au XIXe siècle, l’aristocratie européenne conserve un rôle politique, social et économique majeur, en s’adaptant aux transformations et en fusionnant avec la haute bourgeoisie, loin d’être marginalisée avant 1914.
Les bourgeoisies européennes au XIXe siècle
1. La bourgeoisie, une nouvelle aristocratie ?
a) Du pouvoir économique au pouvoir politique
- La bourgeoisie s'impose au XIXe siècle aux côtés de la noblesse traditionnelle, renforcée par la Révolution industrielle.
- L'accès au pouvoir politique se fait progressivement (ex. Grande-Bretagne) ou brutalement (ex. France en 1789, 1830, 1848).
- Textes clés en France :
- Décret d’Allarde (1791) : abolition des corporations, liberté d’entreprendre.
- Loi Le Chapelier (1791) : interdiction des coalitions, liberté du travail.
- Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen (1789) : fin de la société d’ordres, ascension sociale possible.
- Code Civil (1804) : propriété privée garantie, base du capitalisme.
- Louis-Philippe, « roi bourgeois » (1830), marque l’entrée de la bourgeoisie dans le pouvoir politique.
b) Typologie européenne
| Pays | Rapport bourgeoisie-aristocratie | Particularités |
|---|---|---|
| France | Fusion partielle, promotion dès 1830 | Bourgeoisie partage pouvoir avec noblesse |
| Grande-Bretagne | Coexistence sans fusion, bourgeoisie majoritaire | Bourgeoisie puissante, aristocratie numériquement faible |
| Allemagne | Modèle aristocratique suivi, noblesse plus fermée | « Féodalisation » exagérée de la bourgeoisie |
| Russie | Bourgeoisie tardive (fin XIXe), rapide ascension | Imitation aristocratique, ostentation de richesse |
| Espagne | Noblesse dominante, bourgeoisie peu libérale | Bourgeoisie catalane moteur industriel |
c) Une classe ouverte
- La bourgeoisie est ouverte à la mobilité sociale par la réussite économique ou intellectuelle.
- Exemples de self-made men : Carnegie (métallurgie), Boucicaut (grands magasins), Krupp (industrie allemande).
- Fermeture progressive de la haute bourgeoisie à partir des années 1880 : 50% des dirigeants sont héritiers en 1914.
- Plasticité plus grande dans les échelons inférieurs.
2. De la haute bourgeoisie aux classes moyennes : la hiérarchie bourgeoise
a) La haute bourgeoisie
- S’impose aux côtés de l’aristocratie, fusion partielle en France.
- Partage du pouvoir politique avec les classes moyennes à la fin du XIXe siècle.
b) Les classes moyennes
- Composées de petite et moyenne bourgeoisie : commerçants, artisans, employés, fonctionnaires, professions libérales.
- Urbaines, elles cherchent à se démarquer des classes populaires par le mode de vie et la réussite scolaire.
- Progression politique liée à l’élargissement du suffrage.
| Catégorie | Caractéristiques principales |
|---|---|
| Employés | Salariés du privé, « cols blancs », sécurité relative, peu syndiqués |
| Fonctionnaires | Nombre en hausse, salaires faibles mais sécurité d’emploi, forte progression des enseignants |
| Professions libérales | Médecins, avocats, journalistes, prestige croissant, pouvoir politique |
3. Les valeurs de la bourgeoisie
a) Travail et épargne
- Travail : moyen honorable d’ascension sociale, argent légitime s’il est gagné par le labeur.
- Épargne : gestion rigoureuse de l’argent, refus du gaspillage, distinction avec la classe ouvrière.
- Le bourgeois est modéré, peu porté aux loisirs excessifs.
- Code vestimentaire strict : habit noir (sobriété, ordre), redingote, haut-de-forme.
- Charité philanthropique, sans culpabilité, souvent exercée par les femmes.
- Paternalisme industriel pour stabiliser la main-d’œuvre (ex. Schneider au Creusot).
b) Valeurs familiales
- Le foyer bourgeois est à la fois intime et un lieu de représentation sociale.
- Présence de nombreux domestiques comme signe extérieur de richesse.
- Salon richement décoré, salle à manger distincte de la cuisine.
- Chambre à coucher privée, symbole de séparation entre vie publique et privée.
- Malthusianisme : limitation du nombre d’enfants pour mieux assurer leur promotion sociale.
- Importance de l’éducation et du savoir-vivre (manuels de bonnes manières).
- Mariage stratégique pour maintenir ou améliorer le rang social, éviter la mésalliance.
À retenir : La bourgeoisie du XIXe siècle est une classe sociale diverse et hiérarchisée, fondée sur le mérite, le travail et l’épargne, qui s’impose progressivement aux côtés de l’aristocratie tout en développant ses propres valeurs et modes de vie.
Les ouvriers en Europe au XIXe siècle
1. L’hétérogénéité du monde ouvrier au XIXe siècle
a) Permanence de la proto-industrialisation
- Proto-industrialisation : système antérieur à la Révolution industrielle, où des paysans produisent à domicile pour un marchand-fabricant.
- Activités textiles, mais aussi chaussures, horlogerie, coutellerie, etc.
- En France vers 1850, 60% de la production industrielle est encore réalisée par des artisans ou ouvriers à domicile.
- Compagnonnage : organisation solidaire des ouvriers à domicile, déclinant avec la montée des ouvriers d’usine.
b) Le développement de l’usine
- L’usine rassemble capital et travail, avec une hiérarchie ouvrière :
- Contremaîtres : surveillent les ouvriers.
- Ouvriers qualifiés : élite indispensable pour manœuvrer les machines.
- Ouvriers spécialisés (sans qualification) : majorité du prolétariat, les plus exploités.
- Femmes et enfants dans les usines : salaires inférieurs (femmes = 50% des hommes, enfants = 25%), travail mal vu par les hommes.
- Présence d’ouvriers étrangers (Polonais, Irlandais, Belges) souvent perçus comme « jaunes » (non grévistes).
- Malgré tensions, une unité de la condition ouvrière existe.
2. La condition ouvrière
a) Inégalités politiques et juridiques
- Exclusion politique : suffrage censitaire excluant les ouvriers jusqu’en 1848 en France, et tardivement en Angleterre (jusqu’en 1867-1884).
- Droit de grève et syndicats interdits pendant la majeure partie du XIXe siècle.
- Livret ouvrier (Napoléon Ier) : contrôle social, obligatoire pour changer d’emploi, supprimé en 1890.
- Code civil 1804 : donne raison au patron en cas de conflit (article 1781 supprimé en 1868).
- Conseils de Prud’hommes : initialement dominés par les patrons, deviennent égalitaires en 1848.
b) Conditions de travail et de vie
- Journée de travail très longue : 15-17h vers 1850, jusqu’à 100h/semaine, peu de jours fériés payés.
- Salaires faibles : baisse du salaire réel dans la première moitié du siècle, travail familial nécessaire.
- Logements insalubres : taudis, caves ou greniers sans aération, surpeuplement.
- Alimentation pauvre : 2/3 du budget pour nourriture basique (pain, pommes de terre), peu de viande.
- Sociabilité masculine : cabarets, très nombreux en 1900 (464 000 en France).
- Espérance de vie et santé inférieures aux classes bourgeoises (différence de 10-20 ans).
- Mariage précoce, homogamie sociale, femmes souvent arrêtent puis reprennent le travail.
c) Amélioration progressive dans la seconde moitié du XIXe siècle
- Hausse du niveau de vie, augmentation des salaires réels.
- Meilleure alimentation et logement.
- Paternalisme patronal : logements, écoles, services (ex. ville-usine du Creusot).
- Réduction progressive du temps de travail (10-12h/jour fin XIXe).
- Intervention des pouvoirs publics avec lois sociales :
- Interdiction du travail des enfants < 8 ans (France, 1841, mal appliquée).
- Limitation du travail des enfants et femmes (France, 1892).
- Réformes sociales en Allemagne (assurances maladie, accident, vieillesse, 1883-1889).
- Premières pensions en France (1898 accidents, 1910 retraites).
- Ouvriers représentent une part croissante de la population active (jusqu’à 45% en GB).
3. De la soumission à l’action : la naissance du syndicalisme ouvrier
a) Une lente maturation
- Premières organisations ouvrières illégales : sociétés de secours mutuel (ex. « Aide-toi, le Ciel t’aidera », 1835).
- Ces caisses financent malades, vieillards, chômeurs, enterrements.
- Réservées aux ouvriers qualifiés, cotisations élevées excluant les prolétaires.
- Surveillance policière pour éviter caisses de grève.
- Mouvement politique pour le suffrage universel (ex. chartisme en Angleterre).
- Actions collectives parfois violentes : révolte des Canuts (Lyon, 1831), luddisme (bris de machines).
b) Le syndicalisme réformiste
- Grande-Bretagne pionnière : droit de coalition dès 1824, syndicats (« Trade Unions ») reconnus en 1871.
- Syndicalisme réformiste : revendications sociales, démocratie politique, pas révolutionnaire.
- Fort lien avec politique : fondation du Labour Party (1906).
- En Allemagne, syndicalisme lié à la social-démocratie, légaliste et nationaliste.
- Syndicalisme chrétien : partenariat capital-travail, influent en Allemagne, Belgique, Italie, France (CFTC en 1919).
c) Le syndicalisme révolutionnaire
- Fort en France, Italie, Espagne.
- En France, autorisation des syndicats en 1884 (loi Waldeck-Rousseau).
- Création de la CGT en 1895, fusion avec bourses du travail en 1902.
- Dominée par anarchistes, inspirée par Proudhon, vise renversement de l’ordre bourgeois.
- Mythe du « Grand Soir » et grève générale.
- Indépendance vis-à-vis des partis politiques (Charte d’Amiens, 1906).
- Après échecs des grèves (1906-1908) et la guerre de 1914, déclin du syndicalisme révolutionnaire.
À retenir : Le XIXe siècle voit l’émergence d’un prolétariat ouvrier hétérogène, soumis à de dures conditions de vie et de travail, qui s’améliorent lentement grâce à la législation sociale et à l’organisation progressive du mouvement ouvrier, entre syndicalisme réformiste et révolutionnaire.