Remarques:
1°/ A la lecture de ce qui précède, vous aurez compris que l’introduction est un
moment stratégique du commentaire. Il ne s’agit donc pas d’un paragraphe décoratif,
plus ou moins destiné à mettre votre lecteur dans l’ambiance… N’y doivent donc
figurer que des éléments utiles à votre démonstration: bannissez les considérations
générales — du style « Les Fantaisies sont un recueil de contes écrit par Hoffmann,
l’inventeur du fantastique »: je le sais aussi bien que vous, et il est inutile de m’en
informer, sauf si ces précisions vous servent réellement à construire votre
problématique — ce qui est rare.
2°/ Votre commentaire doit être composé, c’est-à-dire que la progression de
votre devoir doit répondre au problème posé, et non au plan du texte. Mais à
l’intérieur de chaque partie, rien ne vous empêche d’étudier la progression du
passage.
3°/ N'enfoncez pas de portes ouvertes; il est inutile d'essayer de me prouver que
Véronique a peur ou que la sorcière est méchante ; je le comprends très bien sans
que vous ayez à le démontrer et cela n’est, d’ailleurs, pas très intéressant.
4°/ Vous analysez un texte: votre commentaire porte sur la manière dont il est
écrit et construit, et s’interroge sur ce qu’il signifie. Evitez donc l’analyse de la
psychologie des personnages, de leurs sentiments et de leurs motivations. Vous
pouvez en parler, mais ne vous attardez pas. Demandez-vous ce qui arrive au texte,
pas ce qui arrive aux personnages.
5°/ Privilégiez une réflexion qui porte sur la structure du texte (sur sa
construction). Cela ne vous interdit pas, néanmoins, de zoomer sur des thèmes ou sur
des passages qui sont particulièrement intéressants pour le problème que vous
traitez. Evitez la pseudo-stylistique, proscrivez absolument les réflexions du genre :
« ce passage traite la question de l’ennui ; en effet, on trouve « ennui »,
« bâillement », « attendre », « long », etc… ». Un texte n’est pas un empilement de
mots, et un commentaire n’est pas un rayon de supermarché en libre service. Evitez
de commenter doctement le jeu des allitérations sur un texte traduit.
6°/ Avant de vous lancer dans une démonstration, demandez-vous si elle est
intéressante : faut-il vraiment une licence de lettre et 2 copies doubles pour montrer
qu’Alban (dans « Le Magnétiseur ») est un personnage inquiétant ou que Kreisler est
un inadapté social ?
7°/ Ne soyez pas démesurément long. Normalement, deux copies doubles
suffisent largement (5 à 6000 caractères espaces compris). En revanche, soignez la
rédaction. Soyez précis, recherchez le mot juste; n'oubliez pas que je juge ce que
vous avez réellement formulé, et non ce que vous avez voulu dire… et que vous
n'avez pas dit!
8°/ TRES IMPORTANT: à votre niveau, vous devez maîtriser parfaitement
l'orthographe et la syntaxe (voir ci-dessous) Il serait impardonnable de remettre un
devoir comportant des fautes, surtout s'il est fait à la maison. En cas d'incertitude,
utilisez une grammaire et un dictionnaire. Suite à une réunion pédagogique sur cette
question, la direction de la licence nous demande d’appliquer impérativement le
barème suivant : 10 fautes : pénalité 2 points. 50 fautes : pénalité 6 points (la lecture
de la copie s’arrêtant à la 50ème faute).
9°/ Présentation de votre copie : laissez-moi une marge et numérotez vos
pages. Ne titrez pas vos parties.
Bon courage! ce n'est pas si difficile…
Sur la rédaction
Je vous demande d’écrire dans un français correct, sans faire de fautes de
syntaxe, sans commettre de barbarismes, solécismes, fautes de constructions, etc, et
de maîtriser l’orthographe. Une licence de lettres vous permet d’enseigner, fût-ce avec
un statut peu enviable. Indépendamment des qualités ou des insuffisances de la
réflexion, il n’est pas imaginable de mettre la moyenne à une copie qui alterne
entorses à la syntaxe, accords erronés et monstruosités orthographiques, et dans tous
les cas, le malus est sévère. Bien sûr, quand on écrit 7 ou 8 pages d’affilée, surtout
dans l’urgence, il nous arrive à tous (à moi comme à vous) de faire une coquille ou
d’oublier un s. Mais bien souvent, les fautes d’orthographe (surtout répétées)
témoignent de l’ignorance du rédacteur. Quant aux fautes de syntaxe, il est rare
qu’elles résultent de l’inattention… (Après tout, Grévisse (grammairien il est vrai), a
gardé jusque sur son lit de mort, son sens de la syntaxe : " Je m'en vais ou je m'en
vas; l'un ou l'autre se disent ou se dit".) Enfin, il faut se relire : en temps limité, gardez
un bon quart d’heure à la fin de l’épreuve pour le faire (en vous concentrant sur la
seule correction, ce n’est plus le moment de vous livrer à des remaniements de
fond…). J’attire votre attention sur quelques fautes qui peuvent vous coûter cher :
Syntaxe et orthographe
Les fautes listées ci-dessous sont pénalisées par un malus de 1 point par
faute, sans préjudice du malus de 2 points au-dessus de 10 fautes. Prenez-y
garde, car votre 14/20 peut fondre rapidement. Soyez notamment attentifs aux
points suivants :
— la construction des interrogatives qui reste manifestement un mystère pour
nombre d’étudiants.
— interrogative directe : inversion du sujet (« Ce sujet est-il difficile ? » et
pas « ce sujet est difficile » ?) En quoi le roman est-il intéressant ? (et pas « en
quoi le roman est intéressant ?)
— interrogative indirecte : pas d’inversion du sujet et pas de point
d’interrogation : Je me demande si ce sujet est difficile (et pas « Je me
demande si ce sujet est-il difficile ? » ni « je me demande si ce sujet est-il
difficile »).
— le participe passé des verbes du 2ème groupe : « il a fini » (pas « finit ») ; « ce
texte, choisi (pas choisit) pour sa pertinence », etc.
— l’accord des participes passés en général, notamment quand le COD est
antéposé (« les fraises que j’ai mangées »), même si c’est un pronom (« je les ai
mangées ») — et même si l’antécédent du pronom est un peu éloigné…
— les traits d’union : faut-il faire une introduction (et non « faut’il », comme
nombre d’entre vous persistent à l’écrire : l’apostrophe remplace une lettre élidée, ça
n’a rien à voir avec un trait d’union).
— l’accentuation : les fautes d’accentuation sont des fautes à part entière.
— privilégier quelque chose par rapport à autre chose (et pas « privilégier à », ou
« privilégier sur ») : c’est peut-être lourd, mais ça a le mérite d’être correct.
— le héro : une fois pour toute, « héros » prend un S, au singulier comme au
pluriel.
— évoquer + substantif COD (« Berganza évoque ses aventures ») – ne jamais
employer « évoquer que ».
Quelques tics :
— les guillemets-pincettes : les guillemets signalent une citation ; ils ne peuvent
en aucun cas être utilisés pour faire passer une formule incertaine ou trop familière. Je
ne sais pas si Kreisler est « un cassos », ni si Hoffmann est « embrouillé » (citations
historiques !!!!), mais croyez bien que les guillemets ne me font pas avaler la pilule,
bien au contraire : donc assumez ce que vous écrivez (et bien souvent, vous n’avez
pas de raison pour reculer) ou reformulez !
— Le conditionnel de précaution : « Ainsi Juliette serait un double de Julia et
celle-ci serait une envoyée du diable » : ici encore, assumez ! si c’est une bêtise,
croyez-vous que votre correcteur va hocher la tête et ranger son stylo rouge en
disant : « comme c’est au conditionnel, il ne pense pas vraiment ce qu’il raconte, ça ne
compte pas » ? Employez le conditionnel quand vous faites une hypothèse (sur le
mode : « si Giglio n’avait pas rencontré Celionati, il serait resté un mauvais acteur »)
et pas quand vous n’êtes pas sûr de vous.
— les temps : ne racontez pas l’histoire au passé, ça revient à nier son statut
fictionnel : non, Berganza ne raconta pas son histoire ; il la raconte! Quand Hoffmann
écrit sa nouvelle, il situe son action dans le passé ; mais le texte que vous commentez
est toujours là ! Inversement, n’écrivez pas au futur, excepté bien sûr quand vous
voulez marquer la postériorité d’un événement par rapport à un autre : Giglio tombera
amoureux de Brambilla, il délaissera Giacinta et perdra son emploi au théâtre : à quoi
servent ces futurs ? Tout cela n’aura pas lieu la semaine prochaine ! vous pouvez en
revanche dire : « Dans les chapitres suivants, Serpentina délivrera Anselmus ».
— le mental : non, Ophioch n’est pas « perturbé dans son mental » — le mental
est un organe improbable dont seuls les joueurs de foot sont pourvus. Vous pourrez
employer le mot quand vous serez journalistes sportifs. Pour l’instant, limitez-vous à
l’esprit, l’âme, le cœur, la psychologie, la pensée, etc… Et dans l’ensemble, proscrivez
le lexique des rubriques « Psycho » des magazines…
— être en lien avec : l’expression témoigne uniquement de l’incapacité à spécifier
la nature précise du lien, plus ou moins pertinent, que vous établissez. Précisez la
nature du rapport : « le talent d’Anselme est en lien avec la magie » !!! est-ce que ça
signifie que son talent est dû à la magie ? Qu’il a des vertus magiques ? qu’il la
symbolise ? qu’il l’interdit ? ou autre chose ? Quand je lis cette phrase, je conclus
simplement que vous ne savez pas très bien ce que vous êtes en train de raconter…
— il y a un souci : non ! En dépit d’un usage de plus en plus courant, mais
néanmoins incorrect, « souci » n’est pas synonyme de problème, mais désigne une
préoccupation intérieure. On ne peut donc pas dire « il y a un souci », le souci est
nécessairement le fait d’un sujet sensible et pensant : on peut dire qu’une mère se fait
du souci pour ses enfants, qu’on a le souci d’autrui.
Une bonne lecture : « dire, ne pas dire » sur le site de l’Académie
française :
https://www.academie-francaise.fr/dire-ne-pas-dire/emplois-fautifs