Concept de santé mentale
1. Définition de la santé mentale
- Santé mentale : aptitude du psychisme à fonctionner harmonieusement, efficacement, et à gérer avec souplesse les situations difficiles, en retrouvant son équilibre.
- Une personne en bonne santé mentale sait gérer les échecs, deuils, séparations, etc.
- La santé mentale est un équilibre dynamique, non absolu, qui fluctue selon les circonstances.
La santé mentale, c’est la capacité d’adaptation et de retour à l’équilibre après un déséquilibre psychique, physique ou relationnel.
2. Approche du Comité de la santé mentale du Québec (CSMQ)
La santé mentale est un état d’équilibre psychique à un moment donné, évalué par :
| Critères d’évaluation | Description |
|---|---|
| Bien-être subjectif | Ressenti personnel de bien-être |
| Exercice des capacités mentales | Fonctionnement cognitif et affectif |
| Qualités relationnelles | Relations avec l’environnement social |
Elle dépend de l’interaction de trois types de facteurs :
| Facteurs biologiques | Facteurs psychologiques | Facteurs contextuels |
|---|---|---|
| Génétiques, physiologiques | Cognitifs, affectifs, relationnels | Relations entre la personne et son environnement |
- La santé mentale est un équilibre entre vie physique, psychologique, spirituelle, sociale et économique.
- Elle évolue sur un continuum, comme la santé physique.
3. Points clés à retenir
- La santé mentale n’est pas un état fixe mais une capacité à s’adapter et à retrouver l’équilibre.
- Elle implique une interaction complexe entre biologie, psychologie et environnement.
- Une bonne santé mentale se manifeste par un bien-être subjectif, des capacités mentales fonctionnelles et des relations sociales équilibrées.
Les lieux de soins de la santé mentale
1. Centres de réadaptation fonctionnelle
Les centres de réadaptation fonctionnelle sont des lieux de soins en santé mentale visant à maintenir ou restaurer l'autonomie et la stabilité psychique et sociale des patients.
| Type de centre | Public concerné | Objectifs principaux | Activités proposées |
|---|---|---|---|
| Centre de Jour | Personnes issues d’hospitalisation, post-cure, domicile | Prévention des rechutes, maintien des acquis, stabilité psychique et sociale | Activités créatives, sportives, groupes de parole, renforcement de l’estime de soi |
| Centre de réhabilitation ambulatoire | Adultes avec troubles psychologiques ou psychosociaux importants | Réadaptation psychosociale, renforcement des compétences sociales et autonomie | Prise en charge individuelle ou collective |
a) Centres pour enfants et adolescents (<18 ans)
- Traitent troubles du comportement, troubles du langage, troubles neuropsychologiques, retard mental ou scolaire, autisme, hyperactivité, etc.
- Assurent un diagnostic pluridisciplinaire et un programme de réadaptation ambulatoire (suivi médical, guidance sociale, entretiens).
2. Équipe pluridisciplinaire en santé mentale
Les soins en santé mentale mobilisent une équipe variée pour une prise en charge globale :
- Psychiatre
- Médecin généraliste
- Psychologue
- Infirmier(ère), aide-soignant(e)
- Assistant(e) social(e), infirmière sociale
- Éducateur spécialisé
- Ergothérapeute
- Kinésithérapeute
- Logopède
- Musicothérapeute
- Autres professionnels spécialisés
3. Examen mental en santé mentale
L'examen mental est une observation clinique de l’état psychique du patient, réalisée par l’infirmier(ère) ou autre soignant lors de soins ou entretiens.
a) Définition et objectifs
- Recueillir des données cliniques objectives sur l’état mental (cognitif, émotionnel, comportemental).
- Repérer des symptômes aigus (hallucinations, idées suicidaires).
- Permettre une communication professionnelle entre intervenants.
- Suivre l’évolution du patient dans le temps.
b) Méthode d’observation
- Utilisation des sens : regard, ouïe, odorat (goût et toucher avec prudence).
- Observation lors de soins, accueil, entretien formel ou informel.
- Relation soignant-patient centrée sur l’authenticité du patient et l’attention du soignant.
c) Objectivité
- Décrire uniquement ce qui est observé ou dit par le patient, sans interprétation.
- Encourager le patient à verbaliser ses pensées ou perceptions pour mieux les évaluer.
d) Fréquence et contexte
- À l’admission du patient.
- Lors de toute évolution clinique.
- Idéalement une fois par semaine en service.
- Toujours réaliser un examen complet, surtout en apprentissage.
L’examen mental est une photographie instantanée de l’état psychique, à répéter régulièrement pour suivre les fluctuations.
4. À retenir
Les centres de réadaptation fonctionnelle favorisent la réinsertion sociale et professionnelle par des activités adaptées et un suivi pluridisciplinaire, tandis que l’examen mental est un outil clé pour évaluer objectivement l’état psychique du patient et adapter les soins.
Les différents intervenants en psychiatrie
1. Les différents intervenants en psychiatrie
En psychiatrie, plusieurs professionnels collaborent pour assurer une prise en charge globale du patient. Chaque intervenant a un rôle spécifique, complémentaire aux autres.
| Intervenant | Rôle principal | Particularités |
|---|---|---|
| Psychiatre | Médecin spécialiste en santé mentale, responsable du diagnostic, du traitement médicamenteux et de la coordination globale. | Peut hospitaliser, prescrire des médicaments, et suivre les aspects médicaux. |
| Psychologue | Évaluation psychologique, psychothérapie, soutien psychologique. | Ne prescrit pas de médicaments, se concentre sur les thérapies verbales. |
| Infirmier en psychiatrie | Soins quotidiens, surveillance de l’état mental, soutien dans la vie quotidienne. | Assure le lien entre patient et équipe médicale. |
| Assistant social | Aide à l’insertion sociale, soutien administratif, accompagnement familial. | Facilite l’accès aux ressources sociales et juridiques. |
| Ergothérapeute | Réhabilitation fonctionnelle, aide à la réinsertion professionnelle et sociale. | Travaille sur les activités de la vie quotidienne. |
| Orthophoniste | Prise en charge des troubles du langage et de la communication. | Intervient notamment chez les patients avec troubles cognitifs ou neurologiques. |
| Psychomotricien | Travail sur la motricité, le corps et la relation à soi. | Aide à la gestion du stress, des émotions par le mouvement. |
2. Collaboration et coordination
- La prise en charge psychiatrique est multidisciplinaire : chaque professionnel apporte son expertise.
- Le psychiatre coordonne souvent l’équipe et adapte le traitement.
- La communication entre intervenants est essentielle pour un suivi cohérent et adapté.
À retenir : La psychiatrie repose sur une équipe pluridisciplinaire où chaque intervenant joue un rôle complémentaire pour répondre aux besoins médicaux, psychologiques et sociaux du patient.
L'examen mental
1. Altérations de la perception
- Déréalisation : altération de la perception du monde extérieur, qui paraît étrange ou irréel (ex. personnes paraissant mécaniques).
→ Présente dans psychoses, intoxications (ex. alcool avec hallucinations visuelles), ou après stress intense (viol, braquage).
2. La conscience
Définition : état d’éveil du patient en réponse à une stimulation minimale, différent de la prise de conscience d’une situation.
| Niveau de conscience | Description |
|---|---|
| Hypervigilance | État d’alerte permanent, attention accrue aux détails, souvent lié à l’anxiété |
| Alerte | Éveil clair, réaction spontanée, conscience normale de l’environnement |
| Hypovigilant | Présent mais peu alerte, faible présence mentale |
| Somnolence | Besoin impérieux de dormir à un moment inhabituel |
| Obnubilation | Réponses lentes, peu audibles ou confuses |
| Léthargique | Sommeil profond prolongé, torpeur, apathie, parle brièvement si réveillé |
| Inconscience | Absence de réaction aux stimuli verbaux ou douloureux |
| Coma profond | Absence totale de conscience (neurologie) |
L’hypervigilance traduit souvent un état anxieux.
3. Orientation
- Dans le temps : capacité à situer les événements dans une chronologie correcte.
- Dans l’espace : reconnaissance de l’environnement.
- De la personne : identification correcte des personnes familières ou soignants.
→ Altérée dans démence, troubles organiques, intoxications.
4. Concentration et attention
- Capacité à se focaliser sur une tâche ou une communication.
- Indicateur de la présence mentale et de la capacité cognitive.
5. Mémoire
| Type de mémoire | Description |
|---|---|
| Mémoire des faits anciens | Souvenirs lointains |
| Mémoire passée récente | Souvenirs des derniers mois |
| Mémoire récente | Souvenirs de la dernière semaine |
| Mémoire immédiate | Capacité à retenir des informations sur quelques minutes (ex. répétition de mots) |
La mémoire immédiate peut être altérée dans le syndrome de Korsakoff.
6. Intelligence
-
Concept dynamique et culturellement dépendant (Howard Gardner).
-
Composantes clés :
- Compétences pour résoudre des problèmes quotidiens.
- Capacité à créer un produit ou service ayant une valeur culturelle.
- Aptitude à se poser des problèmes et à chercher des solutions, favorisant l’apprentissage.
-
Dans l’examen mental, on évalue :
- Niveau intellectuel (retard mental, compréhension du vocabulaire).
- Usage des symboles et significations du langage courant.
- Indices indirects : niveau scolaire, QI, tests cognitifs.
7. Jugement
- Capacité à analyser, résoudre des problèmes, prendre des décisions et anticiper les conséquences.
- Évalué par la pertinence des réponses à des situations simples.
- Altéré dans schizophrénie, troubles mentaux organiques.
8. Caractéristiques affectives
a) Humeur (thymie)
- Définition : disposition affective de base, durable, reflétant l’état émotionnel permanent.
- Euthymie : humeur normale et stable, état d’équilibre émotionnel.
L’humeur correspond au « climat » émotionnel global et à l’état d’esprit permanent.
L'accueil du patient
1. Humeur
- Définition : Tonalité affective stable ou fluctuante, oscillant entre plaisir (H+) et déplaisir (H-).
- Langage courant : "Avoir le moral" correspond à l'humeur.
- Types d'humeur :
- Positive : joie, euphorie, amour, admiration...
- Négative : colère, haine, honte, culpabilité, ennui...
- Observation : Le patient peut décrire son humeur ou la manifester non verbalement. L’évaluation par le soignant est essentielle.
2. Affect
- Définition : Expression immédiate et observable de l’émotion, temporaire et réactionnelle.
- Caractéristiques : émoussé, réduit, anxieux, approprié/inapproprié, mobilisable ou non.
- Importance : Permet d’évaluer la dangerosité suicidaire et le risque d’agression.
- Observation : Le soignant doit observer l’affect même si le patient ne l’exprime pas verbalement.
3. Concordance entre humeur et affect
- But : Vérifier si le discours du patient concorde avec son humeur et son affect.
- Discordance : Peut indiquer une difficulté à exprimer ses émotions, un malaise, une dissimulation ou un trouble psychotique.
4. Introspection (conscience morbide)
- Définition : Capacité du patient à analyser son problème de santé et reconnaître son implication.
- Anosognosie : Absence de conscience de la maladie (ex. patient alcoolique qui nie son alcoolisme).
- Importance : Indique la reconnaissance du besoin de traitement.
5. Fiabilité
- Définition : Estimation de la véracité et cohérence des propos du patient.
- Signes d’infiabilité : discours contradictoire avec le comportement, déni, manipulation.
6. Description générale du patient
- Objectif : Relier l’apparence et le comportement aux autres éléments de l’examen mental.
| Aspect | Éléments à observer |
|---|---|
| Attitude envers l’examinateur | Collaborant, hostile, séducteur, indifférent, agressif... |
| Apparence | Habillement (approprié, négligé), soin personnel, âge apparent, posture, expression faciale, contact visuel, état général (nutrition, cicatrices, teint) |
| Comportement et activité psychomotrice | Démarche (traînante, rapide, chancelante), stéréotypies, tics, akathisie (agitation liée aux neuroleptiques), déambulation incessante |
| Discours et élocution | Vitesse (rapide, lente), fluidité, interruptions, monotone, écholalie, productivité |
7. Akathisie (à connaître)
- Définition : Agitation psychomotrice liée à un mal-être mental, souvent induite par les antipsychotiques.
- Manifestations : Balancement d’un pied, trépignement, mouvements répétitifs des jambes.
- Conséquence : Sensation intense d’agitation nécessitant souvent un traitement spécifique.
À retenir : L’évaluation de l’humeur, de l’affect, de la concordance, de l’introspection et de la fiabilité est essentielle pour comprendre l’état mental du patient et orienter le diagnostic. L’observation attentive de l’attitude, de l’apparence, du comportement et du discours complète cet examen.
Le cadre thérapeutique
1. Le cadre thérapeutique
Le cadre thérapeutique désigne l’ensemble des dispositions matérielles, organisationnelles et humaines qui favorisent l’émergence d’un processus thérapeutique dans la relation soignant/soigné. Il articule :
- Le cadre de vie adapté à la psychopathologie du patient
- Les conditions des interventions soignantes et thérapeutiques
Les infirmiers jouent un rôle clé en incarnant à la fois :
- Une fonction bienveillante et apaisante du cadre institutionnel
- Une fonction limitative nécessaire à la sécurité et au respect des règles
Ils sont les interlocuteurs proches du patient, garants du cadre qui permet la confiance et la continuité des soins.
2. Rôle infirmier dans le cadre thérapeutique
| Aspect | Description |
|---|---|
| Savoir-faire | Collecte d’informations précises, observation verbale et non-verbale (examen mental), observation des accompagnants et relation patient-soignants |
| Savoir-être | Attitude empathique, bienveillante, non jugeante, sécurisante, adaptée à chaque patient, favorisant une alliance thérapeutique rapide |
| Informations à donner | Projet thérapeutique, fonctionnement de l’équipe pluridisciplinaire, règlement du service, cadre et contrat thérapeutique si délégué par le médecin |
| Lieu | Accueil souvent en chambre, présentation des locaux, gestion des objets de valeur, observation de la mobilité du patient |
| Temps | Prendre le temps nécessaire pour que le patient se sente accueilli (anamnèse pouvant durer 1h), limiter la présence des proches sauf exception |
3. Méthode structurée d’accueil : M-T-V-E-D
Permet d’organiser la partie narrative du dossier pour comprendre rapidement la situation du patient et les soins nécessaires.
| Élément | Contenu clé |
|---|---|
| Maladie | Date, heure, type d’entrée (urgence ou programmée), symptômes, explorations, diagnostic médical |
| Thérapeutique | Traitements antérieurs, actuels, prévisibles, interventions médicales et paramédicales, régimes, dates importantes |
| Vécu | Expression verbale, ressenti, réactions du patient, confidences, réactions humaines du moment |
| Environnement | Habitat, famille, aides et soins à domicile, relations sociales, médecin traitant, qualité de l’environnement |
| Développement | Âge, situation sociale, profession, habitudes de vie, antécédents, hospitalisations antérieures (dates importantes) |
À retenir : Le cadre thérapeutique est la base qui permet d’instaurer une relation de confiance et un processus de soin efficace en psychiatrie, grâce à une organisation rigoureuse et une posture soignante adaptée.
Le handicap intellectuel
1. Le handicap intellectuel
a) Introduction
- Prévalence : mesure statistique indiquant le nombre de personnes atteintes d'une maladie ou d'un événement dans une population à un moment donné.
- La loi du 11 février 2005 reconnaît la notion de handicap psychique, intégrant les fonctions psychiques, intellectuelles et cognitives dans la définition du handicap.
- Le terme handicap psychique regroupe les atteintes aux fonctions cognitives et intellectuelles.
- Évolution des termes pour désigner la déficience intellectuelle : oligophrénie, retard mental, handicap mental, déficience intellectuelle, troubles du développement intellectuel (OMS, CIM-11).
- Le terme déficience intellectuelle est actuellement privilégié dans les milieux scientifiques et professionnels.
b) Définition
- La déficience intellectuelle est un arrêt ou un développement incomplet du fonctionnement mental, caractérisé par une altération des facultés intellectuelles, cognitives, du langage, de la motricité et des capacités sociales, survenant durant la période de développement.
- Peut être isolée ou associée à d'autres troubles mentaux ou physiques.
- DSM-5 : trouble du développement intellectuel incluant un déficit intellectuel et un déficit du fonctionnement adaptatif (conceptuel, social, pratique), débutant avant 18 ans.
c) Caractéristiques principales
- Déficience des fonctions cognitives : difficultés dans la connaissance, le raisonnement et l'utilisation des symboles par rapport aux pairs.
- Difficultés d'apprentissage.
- Limitations dans les habiletés cognitives, sociales et pratiques.
- Difficultés à gérer ses comportements.
- Problèmes comportementaux et sociaux pouvant apparaître au cours de la vie.
d) Classification selon le DSM-IV-TR
| Niveau de sévérité | Quotient Intellectuel (QI) | Équivalent adulte (Âge Mental) |
|---|---|---|
| Retard léger | 50-55 à 70-75 | 9 à 12 ans |
| Retard moyen/modéré | 35-40 à 50-55 | 6 à 9 ans |
| Retard grave/sévère | 20-25 à 35-40 | 3 à 6 ans |
| Retard profond | < 20-25 | < 3 ans |
- Le niveau de déficience est évalué par des tests psychométriques standardisés et l’adaptation sociale.
À retenir : La déficience intellectuelle se caractérise par un déficit global du fonctionnement intellectuel et adaptatif, débutant avant 18 ans, avec des niveaux de sévérité définis par le quotient intellectuel et les capacités d’adaptation sociale.