Anatomie générale du coccyx chez les animaux domestiques
1. Généralités sur les vertèbres coccygiennes
- Les vertèbres coccygiennes correspondent au coccyx chez les animaux domestiques.
- Leur nombre est variable au sein d'une même espèce.
- Les premières vertèbres coccygiennes sont complètes et ressemblent aux segments pré-sacraux.
- Les dernières vertèbres sont souvent incomplètes ou réduites à un seul corps.
- La régression de l’arc vertébral est rapide à partir de la 3ᵉ vertèbre coccygienne.
2. Nombre de vertèbres coccygiennes selon l’espèce
| Espèce | Nombre total de vertèbres coccygiennes | Particularités des premières vertèbres |
|---|---|---|
| Cheval | 17 à 20 | 1ʳᵉ ou 2ᵉ complètes, arc régressant dès la 3ᵉ, lames ne se joignent plus, PT devient une faible crête à partir de la 6ᵉ |
| Bovin | 18 à 21 | 6 premières bien développées |
| Mouton | 18 à 22 | - |
| Chèvre | 11 à 14 | - |
| Porc | 20 à 22 | 5 ou 6 premières bien développées |
| Chien | 18 à 22 | - |
| Chat | 20 à 24 | 5 premières bien développées avec articulation |
3. Particularités articulaires et ligamentaires
a) Articulation sacro-coccygienne
- Située entre l’apex du sacrum et la 1ʳᵉ vertèbre coccygienne.
- Organisation comparable aux vertèbres pré-sacrales.
- Présence de :
- Disque intervertébral (DIV) fibrocartilagineux.
- Fibres ligamentaires longitudinales ventrales et dorsales.
- Petites articulations synoviales.
- Ligaments inter-lamellaires, inter-épineux et supra-épineux.
- Ossification fréquente envahissant le DIV et les ligaments adjacents des 1ʳᵉ voire 2ᵉ vertèbres coccygiennes, notamment chez le cheval, le porc et le lapin.
b) Articulations inter-coccygiennes
- Présence d’articulations entre les vertèbres coccygiennes successives, mais détails non précisés dans cette portion du cours.
L’ossification des structures ligamentaires et du disque intervertébral au niveau des premières vertèbres coccygiennes est fréquente chez certaines espèces, ce qui peut influencer la mobilité du coccyx.
Articulations et structures du coccyx
1. Articulations du coccyx selon les espèces
-
Bovins, porcins, carnivores, lapins :
- Les premières vertèbres coccygiennes forment des arcs complets avec des articulations classiques.
- Au-delà des premières, les articulations sont de type corps/corps avec des disques intervertébraux (DIV) biconvexes ou biconcaves, épais en périphérie, très résistants à l'extrémité de la queue.
-
Équidés et humains :
- Les arcs coxaux sont incomplets, servant uniquement d'attache ligamentaire.
- Au-delà des premières vertèbres, mêmes caractéristiques de corps/corps avec DIV.
2. Ligaments du coccyx
- Les ligaments longitudinaux dorsaux et ventraux s'effacent rapidement au niveau du coccyx.
- Ils se prolongent par une gaine fibreuse commune enveloppant toutes les vertèbres coccygiennes.
3. Points ostéopathiques et causes de dysfonction
-
Causes fréquentes de dysfonction :
- Chutes, nœuds tressés dans la queue, retournement de la queue chez les poulains (peut provoquer effacement et torsion).
- Queue coincée, transport prolongé en cage (provoquant une queue « morte »).
- Fractures, queue sortant du van, mélanome, auto-morsure de la queue.
- Saillie et mise bas, troubles liés à la température corporelle en cas de dysfonction du bassin.
-
Lien ostéopathique majeur : articulation sacro-coccygienne.
4. Musculature associée
| Type de muscles | Localisation | Fonction principale |
|---|---|---|
| Muscles intrinsèques | Sur les vertèbres coccygiennes, sacrum et lombaires | Stabilisation et mouvements fins du coccyx |
| Muscles extrinsèques | Sur les os coxaux | Mouvement de la queue (ex : muscle coccygien abducteur) |
- 4 muscles sacro-coccygiens (2 dorsaux, 2 ventraux) interviennent dans la mobilité.
- Muscles inter-transversaires dorsaux et ventraux participent au battement latéral de la queue.
À retenir : Les articulations coccygiennes varient selon l'espèce, avec des arcs complets chez certains et incomplets chez d'autres, mais toutes présentent des articulations corps/corps avec disques intervertébraux adaptés. Les ligaments longitudinaux s'effacent rapidement pour former une gaine fibreuse commune. Les dysfonctions coccygiennes sont souvent liées à des traumatismes ou contraintes mécaniques, avec un rôle clé des muscles sacro-coccygiens et extrinsèques dans la mobilité et la stabilité.
Aspects ostéopathiques et liens musculo-nerveux
1. Liens musculo-nerveux du coccyx
- Nerfs coccygiens : naissent au niveau du cône médullaire, participent à la formation de la queue de cheval et du filum terminale.
- Plexus coccygiens ventral et dorsal : assurent l'innervation sensitive et motrice locale.
- Voies efférentes extrapyramidales : impliquées dans la motricité involontaire, notamment les faisceaux rubro-spinaux qui coordonnent la motricité de la queue chez certains animaux (chien : région lombaire, chat : région sacrale).
- La queue joue un rôle important dans la communication animale.
2. Liens fonctionnels et ostéopathiques
- Sphère anneau-génital : associée à la défécation et à la mise bas, impliquant le releveur de l’anus et le sphincter annulaire-génital.
- Muscles releveur de l’anus et sphincter : forment une plaque musculaire qui s’angule lors de la défécation, facilitant l’évacuation.
- Lien crâne-sacrum : principe ostéopathique important, reliant la mobilité du coccyx à celle du crâne via la dure-mère.
3. Mobilité articulaire du coccyx
- Mobilité élevée surtout à partir du 3e ou 4e segment caudal chez le cheval, ou 5e-6e chez d’autres animaux.
- Cette mobilité est permise par :
- Absence ou rudimentation des arcs vertébraux
- Convexité des surfaces articulaires des corps vertébraux
- Faible épaisseur des disques intervertébraux
- Simplicité des ligaments
- La forme cylindrique des vertèbres coccygiennes permet des mouvements dans toutes les directions (flexion, extension, latéralisation, rotation).
La mobilité du coccyx est essentielle pour les fonctions de défécation, de mise bas et la communication par la queue.
Mobilité articulaire coccygienne
La mobilité articulaire coccygienne se caractérise par des mouvements de grande amplitude en flexion (F°), extension (E°) et suspension (S), ainsi que des rotations de faible amplitude.
1. Rôle des segments coccygiens
- 1/2 proximal : responsable des battements actifs de la queue.
- 1/2 distal : ne réalise que des mouvements passifs de battement, comparables à un fouet.
2. Protocole d’évaluation
a) Statique
- Observation au niveau de la base de la queue : rotation, état de contracture musculaire.
- Recherche de dissymétrie dans le battement (indicateur de dysfonction en suspension).
b) Dynamique
- Analyse des mouvements de la queue en ligne droite et en cercles.
- Permet de relier la mobilité de la queue à la locomotion et à l’équilibre.
- Permet de suspecter des dysfonctions en flexion, extension, suspension ou rotation selon le port de la queue.
c) Test manuel (chez chien et cheval)
- Ostéopathe se place à droite ou à gauche de la queue, regard dirigé vers la région caudale.
- Main fixatrice stabilise la base de la queue.
- Main mobile mobilise la queue en flexion, extension, suspension et rotation.
- Évaluation segmentaire de la mobilité vertébrale en descendant la main fixatrice.
3. Normes de mobilité
- Identiques chez le chien et le cheval.
- Mobilité complète dans tous les paramètres (F°, E°, S, rotations).
- Recherche de dysfonction (d’abord en sens dysfonctionnel puis en restriction) sur les vertèbres dépourvues d’arcs.
La mobilité articulaire coccygienne repose sur une coordination segmentaire précise, avec une 1/2 proximale active et une 1/2 distale passive, évaluée par un protocole statique, dynamique et un test manuel segmentaire.
Examen clinique et techniques de traitement
1. Examen clinique
- Décoaptation générale : traction progressive appliquée jusqu'à la vertèbre en dysfonction, puis trust dans le paramètre de restriction.
- Si les 3 premières vertèbres sont en dysfonction (exemple : flexion latérale droite et rotation droite), on se place du côté droit, on fait passer la queue au-dessus de l’Épine Iliaque Dorsale Crâniale (EIDC) gauche, puis on l’emmène en diagonale vers l’EIDC droite jusqu’à la barrière motrice, puis trust en cranio-latéral.
2. Diagnostic différentiel
| Pathologie | Caractéristiques clés | Diagnostic exclusion |
|---|---|---|
| Fracture, fêlure, fissure | Douleur locale, mobilité anormale | Exclusion du bassin |
| Syndrome de la queue de cheval (queue morte) | Compression des nerfs en avant de L7, queue flasque et douloureuse | - |
3. Syndrome de la queue de cheval
- Définition : compression des nerfs de la queue de cheval en avant de la vertèbre L7, entraînant une queue flasque et douloureuse.
- Étiologies principales :
- Transport prolongé en cage
- Travail intense
- Baignade en eau froide, climat froid
- Myosite avec lésions ischémiques des muscles coccygiens (prédisposition raciale : pointer, labrador)
- Sténose dégénérative lombo-sacrée (rétrécissement du canal rachidien)
- Disco-spondylite
- Hernie discale lombaire ou lombo-sacrée
- Embolie fibro-cartilagineuse
- Névrite de la queue
4. Techniques de traitement
- Traction progressive pour décoaptation
- Trust en fonction de la barrière motrice et du paramètre de restriction
- Prise en compte des causes sous-jacentes (myosite, sténose, hernie discale) pour traitement spécifique
À retenir : Le syndrome de la queue de cheval est une urgence liée à la compression nerveuse en avant de L7, souvent associée à des causes mécaniques ou inflammatoires, nécessitant un diagnostic différentiel rigoureux et un traitement adapté.
Diagnostic différentiel et syndrome de la queue de cheval
1. Syndrome de la queue de cheval : définition et étiologies
Le syndrome de la queue de cheval résulte d'une compression ou lésion des racines nerveuses de la queue de cheval, pouvant être causée par :
- Malformation congénitale
- Subluxation ou instabilité lombo-sacrée
- Hypertrophie ou hyperplasie du ligament jaune
2. Symptômes caractéristiques
- Sujet typique : jeune chien entre 8 mois et 5 ans
- Modification du port de la queue : queue flasque, base de la queue gonflée, raide et douloureuse
- Poils souvent hérissés à la base de la queue
- Douleur lombo-sacrée
- Troubles locomoteurs : boiterie ou faiblesse du train postérieur
- Troubles neurologiques : déficit proprioceptif postérieur, paralysie de la queue
3. Diagnostic différentiel
Le diagnostic repose sur :
- Historique et signes cliniques
- Exclusion d'autres pathologies par imagerie (radiographie) : fractures, infections des glandes anales, maladies prostatiques
- Évaluation de la moelle épinière (atteinte médullaire)
- Examens complémentaires : prise de sang (élévation de la créatine-phosphokinase), électromyographie
4. Traitement
- Pas de traitement spécifique
- Anti-inflammatoires non stéroïdiens (AINS) en phase aiguë pour accélérer la guérison
- Chirurgie possible pour décompression nerveuse en cas de prolifération osseuse
5. Pronostic
| Critères | Pronostic |
|---|---|
| Forme classique | Bon, récupération en jours à semaines |
| Récidives | Possibles |
| Sévérité des troubles neuro | Influence le pronostic |
| Incontinence | Pronostic réservé |
| Complications (infection urinaire) | Risque accru |
Le syndrome de la queue de cheval guérit généralement spontanément en quelques jours à semaines, avec un bon pronostic sauf en cas d'incontinence ou complications infectieuses.