Épistémologie(s) de la géographie
1. Les objets de la géographie
-
Objet premier : la Terre
Depuis l’Antiquité, la géographie étudie la Terre, mêlant cartographie et description régionale. La Renaissance marque une intensification des explorations et progrès cartographiques (ex : projection de Mercator, 1569). Jusqu’au XIXe siècle, la géographie vise à connaître et représenter le monde dans son ensemble, avec une vision universaliste et européo-centrée. -
École française de géographie : région et paysage
À la fin du XIXe siècle, Paul Vidal de la Blache introduit le possibilisme : l’interaction homme-milieu façonne des régions aux genres de vie spécifiques. La région devient l’échelle de référence, le paysage l’objet d’analyse privilégié, mêlant éléments physiques et humains. Cette approche empirique domine jusqu’à la Seconde Guerre mondiale. -
Géographie comme science de l’espace (années 1960-70)
Face aux transformations socio-économiques (urbanisation, mobilité), la géographie se recentre sur l’espace social comme objet principal, séparant géographie humaine et physique. L’approche devient plus théorique et quantitative, cherchant des lois générales d’organisation spatiale (ex : théorie des places centrales de Christaller). -
Approches récentes : géographie humaniste et culturelle
L’espace est aussi un construit culturel et vécu, intégrant représentations, perceptions et émotions. Cette dimension humaniste répond à la critique de l’abstraction quantitative. La géopolitique renaît avec Yves Lacoste (1976), analysant l’espace comme produit de rapports de domination.
| Courant | Temporalité | Objets principaux | Méthodes principales |
|---|---|---|---|
| Géographie physique | Jusqu’aux années 1950 | Environnement, paysages, risques | Terrain, entretiens, analyse de discours |
| Géographie rurale | Jusqu’aux années 1950 | Agriculture, espaces périurbains | Terrain, enquêtes |
| Géographie urbaine | Depuis années 1950 | Villes, espaces urbains | Approches quantitatives, qualitatives |
| Géographie théorique | Depuis années 1970 | Organisation spatiale, réseaux | Statistiques, modélisation |
| Géopolitique | Depuis fin XIXe siècle | Conflits, rapports de force | Terrain, analyse critique |
| Géographie politique | Depuis années 1930 | Organisation politique des territoires | Statistiques, enquêtes |
| Géographie culturelle | Depuis années 1900 | Productions culturelles et spatialités | Approche qualitative, enquêtes |
| Géohistoire | Depuis années 2000 | Géographies anciennes, cartographie | Cartographie, diachronie |
2. Méthodes, outils et productions de la géographie
-
Terrain et empirisme
Le terrain est une étape clé depuis Vidal de la Blache, mêlant observation, collecte et hypothèses. Il est aussi un outil pédagogique (excursions universitaires). Aujourd’hui, le terrain s’est diversifié (archives, enquêtes, documents) et s’adapte aux échelles et objets variés. -
Approche quantitative et théorique
Depuis les années 1960-70, la géographie cherche à comprendre et prévoir l’organisation spatiale via la mathématisation (statistiques, modélisation, SIG). Cette approche vise à identifier des lois générales et s’est largement implantée dans tous les champs disciplinaires. -
Approche qualitative
Complémentaire à la quantitative, elle recueille discours, représentations, symboles pour étudier les relations sociétés-territoires vécues et perçues. Méthodes empruntées à la sociologie et ethnographie (entretiens, enquêtes participatives). Approches qualitative et quantitative sont aujourd’hui souvent combinées. -
Cartes et outils graphiques
La carte est à la fois méthode et production centrale en géographie. Initialement topographique, elle devient outil de modélisation et visualisation (chorématique, SIG). Les cartes mentales et sensibles traduisent les perceptions des acteurs, mêlant géographie et art.
3. Géographie et altérité
-
Position dans le champ scientifique
Discipline intermédiaire entre sciences de la nature et sciences humaines, la géographie a longtemps été en tension avec l’histoire et la sociologie. Aujourd’hui, les relations interdisciplinaires sont plus dialogiques, avec des emprunts réciproques (géohistoire, sociologie des acteurs, philosophie, économie). -
Circulations disciplinaires et linguistiques
La géographie française est influencée par les sphères francophone et anglophone, notamment pour la géographie théorique, quantitative et critique. Les « turns » (linguistique, social, culturel, spatial) et les « studies » (cultural, subaltern) favorisent un regard décentré, intégrant les perspectives des dominés. -
Internationalisation et diversité
Les échanges sont limités hors Europe et sphère anglophone, mais une ouverture progressive s’observe dans les jeunes générations. La géographie contemporaine est marquée par une internationalisation des approches et une redéfinition des frontières disciplinaires.
4. Géographie et géographes dans la cité
-
Géographie universitaire
Institutionnalisée au XIXe siècle, la géographie s’est développée avec des chaires et laboratoires en France, notamment grâce à Vidal de la Blache. Depuis les années 1960-70, de nouveaux laboratoires et revues spécialisées apparaissent, accompagnant la diversification des objets et méthodes. La discipline connaît une féminisation et un rajeunissement, mais reste peu diverse socialement. -
Géographie scolaire
Enseignée avant 1870, la géographie scolaire s’est renforcée après la défaite de Sedan (1870) avec un enseignement mêlant histoire et géographie. Les programmes ont évolué de la mémorisation à la problématisation, privilégiant les études de cas et les approches thématiques. -
Géographie hors les murs
La géographie bénéficie d’une notoriété modeste via des magazines (Géo, National Geographic) et émissions (Le Dessous des Cartes). Le Festival international de Géographie (Saint-Dié-des-Vosges) rassemble chercheurs et grand public. La discipline a aussi une dimension professionnelle dans les secteurs publics et privés, et s’insère dans la vie quotidienne via les technologies de géolocalisation.
5. Une science au service du pouvoir ?
-
Géographie et pouvoir historique
Depuis l’Antiquité, la géographie sert les pouvoirs politiques par la cartographie et la connaissance territoriale. Exemples : dynastie des Cassini (XVII-XVIIIe siècles), carte d’État-major (XIXe siècle). Au XIXe siècle, la géographie accompagne la colonisation, avec des géographes engagés dans le projet colonial (ex : Marcel Dubois). -
Géographie et pouvoir contemporain
Après 1945, les liens sont moins explorés jusqu’aux années 1960-70, où la géographie critique émerge. Yves Lacoste (1976) dénonce l’usage des savoirs géographiques au service de la guerre et du pouvoir, introduisant une géopolitique militante et réflexive. La géographie politique analyse les rapports de force dans les territoires, intégrant acteurs, conflits et représentations.
À retenir : La géographie contemporaine est une science plurielle centrée sur l’espace social, intégrant acteurs et rapports de pouvoir, et renouvelant sans cesse ses méthodes et objets pour comprendre un monde en mutation.
Analyse spatiale
1. Analyse spatiale : notions fondamentales
- Espace géographique : espace organisé produit par les sociétés humaines, où les interactions spatiales structurent les relations entre lieux.
- Interaction spatiale (Tobler, 1970) : « Tout interagit avec tout, mais deux choses voisines ont plus de chances d’interagir que deux choses éloignées ».
- Principes clés : homogénéité, discontinuités, régularités, spécialisation, ségrégation.
2. Lieux et espace géographique
a) Individu et espace : représentation, repérage, hiérarchisation
- Représenter l’espace : construction mentale via des lieux nommés (toponymie), symboles (ex. Tour Eiffel), fonctions sociales (lieux de mémoire).
- Repérer un lieu : point spatial élémentaire défini par coordonnées, relié à d’autres lieux via réseaux.
- Hiérarchisation des lieux : du local (quartier) au mondial (hyper-lieux), fondée sur les flux, relations sociales, économiques, symboliques.
b) Interdépendance des lieux
- L’espace géographique est un ensemble de lieux reliés par des flux (personnes, marchandises, informations).
- Position relative : situation géographique d’un lieu dépend de ses relations avec d’autres lieux (environnement, réseaux).
- Distance : mesure de l’écart spatial, influencée par des métriques (euclidienne, Manhattan, orthodromique, temps) et par des perceptions sociales.
- Effet des réseaux : réseaux de transport et d’information modifient la perception et la réalité des distances (contraction des distances-temps).
c) Réseaux et mise en relation
- Réseaux techniques : infrastructures (routes, lignes électriques, câbles) assurant la circulation et les échanges.
- Réseaux territoriaux : résultat d’arbitrages économiques et politiques (ex. TGV dessert les gares les plus rentables).
- Réseaux d’information : infrastructures numériques complexes, modifiant les usages et la production de l’espace.
- Formalisation par théorie des graphes : nœuds (points), arêtes (liens), dimension, connexité, accessibilité, densité.
3. Échanges et mobilité : fondements de l’espace géographique
a) Mobilité
- Déplacements de personnes, biens, informations, avec des temporalités variées (quotidien, saisonnier, vie entière).
- Mobilité construit l’espace de vie et les relations sociales, économiques, culturelles.
- Mobilité symétrique : échanges réciproques entre lieux.
b) Espaces de vie
- Bassins de vie définis par l’accès aux services et temps de trajet (ex. INSEE 2012).
- Mobilité influence les représentations de l’espace, mais la distance reste un frein (coûts, temps).
c) Flux
- Flux = agrégation des échanges entre deux lieux (personnes, marchandises, informations).
- Flux émis (pôle émetteur) et flux reçus (pôle récepteur).
- Attractivité = somme des flux reçus / somme des flux émis.
- Émissivité = flux émis / total des flux émis dans la zone.
d) Modèle gravitaire
- Flux entre deux lieux proportionnels au produit de leurs masses (population, richesse) et inversement proportionnels à la distance élevée à une puissance (frein de la distance).
- Formule :
avec = paramètre de mobilité, = frein de distance. - Permet de modéliser les échanges « banals » et d’identifier les échanges spécifiques.
4. Hétérogénéité de l’espace géographique : corollaires
| Corollaire | Description | Exemples clés |
|---|---|---|
| 1. La taille compte | Concentrations spatiales de population, activités, richesse, savoirs, pouvoirs. | Métropolisation, littoraux, Silicon Valley |
| 2. Polarisation centre-périphérie | Centralité = capacité d’attraction et de complexité fonctionnelle d’un centre urbain. Hiérarchisation des villes (Christaller). | Métropoles, villes nouvelles, sélectivité des services |
| 3. Importance des échelles | Autocorrélation spatiale positive (similitude entre voisins) ou négative (discontinuités). Effet MAUP (modifiable areal unit problem). | Analyse à différentes échelles, erreurs d’agrégation |
| 4. Seuils et discontinuités | Discontinuités spatiales marquent des ruptures dans les caractéristiques des lieux. Spécialisation fonctionnelle et ségrégation sociale. | Ghettos, quartiers d’affaires, régions agricoles |
5. Points clés complémentaires
- Homogénéité spatiale : similitude des unités spatiales dans un espace (morphologie, climat, fonctions).
- Discontinuités : ruptures spatiales, peuvent être élémentaires (indicateur unique) ou structurelles (multiples indicateurs).
- Spécialisation : unité spatiale dédiée à une fonction spécifique, créant interdépendance.
- Ségrégation : séparation spatiale des groupes sociaux selon caractéristiques (ethniques, sociales, économiques), renforcée par la distance sociale et spatiale.
À retenir : L’analyse spatiale repose sur l’interaction spatiale et le frein de la distance, qui expliquent l’organisation des lieux, des réseaux, des flux et des hiérarchies dans un espace géographique à la fois homogène et hétérogène.
6. Notions clés à maîtriser
- Lieu, réseau, flux, interaction spatiale, hiérarchie spatiale, spatialité, hiérarchisation, centre, centralité, périphérie, discontinuité.
7. Étude de cas synthétique : diffusion des pièces d’euro frappées en Allemagne (2002-2004)
- La probabilité de trouver une pièce allemande en France décroît avec la distance à la frontière (modèle gravitaire).
- Concentration forte dans les départements frontaliers, avec diffusion progressive vers l’intérieur.
- Effet de la hiérarchisation spatiale : métropolisation (Île-de-France) et zones touristiques concentrent aussi ces pièces.
- Illustration concrète de l’interaction spatiale et du frein de la distance dans la diffusion des flux.
Population et peuplement
1. Population et peuplement
a) Fondamentaux de la démographie
- Démographie : étude quantitative des populations humaines, de leurs formes, structures et évolutions.
- Géographie du peuplement : analyse la répartition spatiale de la population (rural/urbain).
- Démogéographie : étudie natalité, mortalité, fécondité, migrations et leurs variations spatiales.
- Sources principales :
- Recensements : enquêtes exhaustives sur individus, ménages, caractéristiques.
- État-civil : enregistre naissances, décès, mariages.
- Enquêtes démographiques : sondages sur thèmes spécifiques (famille, emploi, immigration).
b) Croissance des populations
- Solde naturel = naissances − décès.
- Solde migratoire = immigration − émigration.
- Taux brut de natalité : nombre de naissances pour 1000 habitants/an.
- Fécondité : capacité réelle de reproduction.
- Taux de fécondité générale : naissances/population féminine en âge de procréer.
- Indicateur conjoncturel de fécondité : nombre moyen d’enfants par femme.
- Taux brut de mortalité : nombre de décès pour 1000 habitants/an.
- Indicateurs complémentaires : mortalité infantile, mortalité par âge, espérance de vie.
- Taux d’accroissement naturel = taux de natalité − taux de mortalité.
c) Modèle de la transition démographique
- Passage d’un régime ancien (taux natalité et mortalité élevés) à un régime moderne (taux faibles).
- Phases :
- Baisse de la mortalité, natalité élevée → forte croissance.
- Baisse de la natalité → croissance ralentit.
- Explique les disparités démographiques mondiales.
d) Structures démographiques
- Pyramide des âges : représentation graphique par âge et sexe.
- Base large → population jeune (ex : Niger).
- Forme en « as de pique » → population vieillissante (ex : France).
- Indicateurs : âge moyen, âge médian, indices de jeunesse et vieillesse.
e) Répartition géographique de la population
- Population mondiale (2017) : 7,5 milliards, densité moyenne 56 hab./km² (hors Antarctique).
- Forte concentration : 64 % de la population sur 19 % des terres.
- Trois grands foyers de peuplement (>100 hab./km²) : Asie orientale, sous-continent indien, Europe.
- Vastes zones peu peuplées : déserts (Sahara, Amazonie), montagnes (Himalaya), zones polaires.
- Peuplement favorise basses altitudes, littoraux, vallées fluviales.
- Taux d’urbanisation en hausse, surtout dans les pays en développement.
| Facteurs naturels | Effets sur peuplement |
|---|---|
| Climat froid | Densité très faible (zones polaires, nord Canada) |
| Aridité | Faible densité (déserts, oasis) |
| Chaleur humide | Faible densité liée aux maladies tropicales |
| Relief élevé | Densité diminue avec altitude (exceptions Andes tropicales) |
| Qualité des sols | Influence locale, liée à l’agriculture |
- Médiation humaine : les contraintes naturelles sont modulées par les sociétés (pas de déterminisme strict).
f) Facteurs historiques
- Ancienneté du peuplement favorise densité élevée (ex : Chine, Europe).
- Innovations majeures favorisant accroissement : taille (paléolithique), agriculture (néolithique), révolution industrielle.
- Diffusion spatiale des innovations explique disparités.
g) Systèmes de peuplement
- Systèmes cumulatifs : ex. riziculture irriguée en Asie, forte densité liée à rendements élevés et main-d’œuvre abondante.
- Expansion spatiale : mise en valeur de nouvelles terres via migrations (modèle démique).
- Fronts pionniers agricoles et colonisations récentes.
h) Population et ressources
- Population-limite : capacité maximale d’un écosystème.
- Surpeuplement : excès de population par rapport aux ressources et niveau de vie.
- Sous-peuplement : ressources sous-exploitées ou population insuffisante.
- Optimum de peuplement : équilibre entre population et ressources maximisant niveau de vie.
i) Populations en mouvement
- Mobilités : tous déplacements, temporaires ou définitifs.
- Migrations : déplacements durables ou définitifs, internes ou internationales.
- Migrations internationales : franchissement de frontières, longues distances.
j) Diversité des migrations
| Type de migration | Caractéristiques principales |
|---|---|
| Internes | Déplacements à l’intérieur d’un pays |
| Internationales | Changement de pays, franchissement de frontières |
| Pendulaires | Déplacements quotidiens domicile-travail |
| Saisonnières | Déplacements temporaires liés aux saisons |
| Liées au travail | Migrations pour emploi, souvent périurbaines |
| Liées aux loisirs | Déplacements saisonniers ou touristiques |
k) Migrations internationales
- Trois grandes phases historiques :
- Migrations transocéaniques XIXe-XXe siècles vers pays neufs.
- Flux Sud-Nord après-guerre, main-d’œuvre peu qualifiée.
- Migrations Sud-Sud récentes, notamment en Asie du Sud-Est et Moyen-Orient.
- Migrations clandestines et forcées ont des impacts majeurs.
l) Migrations internes
- Exode rural : pays en développement, départ vers villes.
- Redéversement urbain : pays développés, retour vers campagnes périurbaines.
- Mobilités liées au travail : navettage, migrations pendulaires.
- Mobilités liées aux loisirs : tourisme, migrations saisonnières.
- Migrations interrégionales : attractivité de certaines régions (ex : façade atlantique française).
m) Explications des migrations
- Modèles gravitaires : flux proportionnels à la taille des populations, inversement à la distance.
- Facteurs économiques : migrations vers salaires plus élevés, calcul coût-avantage.
- Facteurs socioculturels : préférences de mode de vie, stratégies familiales.
- Modèle de la transition migratoire (Zelinsky, 1971) : cinq phases liées à la transition démographique, avec évolution des types et intensités migratoires.
La géographie de la population combine méthodes démographiques, outils statistiques et problématiques spatiales pour comprendre la répartition, la croissance et les mouvements des populations à l’échelle mondiale.
Frontières et migrations internationales
1. Terminologie des migrations internationales
- Migrations internationales : déplacements impliquant un changement de lieu de résidence en franchissant une ou plusieurs frontières d’État.
- Mobilités : déplacements à partir d’un lieu de résidence fixe, sans changement de résidence.
- Distinction importante entre migrations (changement de résidence) et mobilités (déplacements temporaires).
- Migrations internes : changement de résidence à l’intérieur d’un même État.
- En 2015, les migrations internationales représentaient 3,3 % de la population mondiale (~244 millions).
a) Catégories juridiques et sociales
| Terme | Définition | Statut juridique/droits |
|---|---|---|
| Émigré | Personne qui quitte son pays d’origine | Usage statistique |
| Immigré | Personne arrivée dans un pays autre que le sien | Usage statistique |
| Étranger | Résident sans nationalité du pays | Droit (droits limités, ex : droit de vote) |
| Naturalisé | Étranger ayant acquis la nationalité du pays | Pleins droits citoyens |
| Demandeur d’asile | Personne en attente de reconnaissance du statut de réfugié | Statut temporaire, droits variables |
| Réfugié | Personne reconnue protégée selon la Convention de Genève (1951) | Statut protégé, séjour renouvelable |
| Apatride | Personne sans nationalité reconnue | Protection juridique spécifique |
- En France, les étrangers non-européens n’ont pas le droit de vote, contrairement aux naturalisés et ressortissants UE.
2. Géographie multipolarisée et inégalitaire des migrations
- Stocks migratoires : nombre de migrants résidant dans un lieu à un moment donné.
- Flux migratoires : nombre de migrants entrant dans un lieu sur une période donnée.
- Critique : termes déshumanisent les migrants, assimilés à des marchandises ou à des flux liquides.
a) Données clés (2015)
- Migrations Sud-Sud (90,2 millions) dépassent les migrations Sud-Nord (85,3 millions).
- États du Golfe ont la plus forte proportion d’immigrés (ex : Émirats arabes unis 88,4 %).
- UE : 10,6 % d’immigrés dans la population totale.
- Principaux pays d’accueil en UE (en nombre) : Allemagne, Royaume-Uni, Italie, Espagne, France.
- Soldes migratoires positifs dans la majorité des États membres, mais contrastes importants.
b) Principaux lieux de départ et d’arrivée
- Mouvements intenses entre pays frontaliers ou liés par des relations historiques (ex : Mexique–États-Unis, Russie–Républiques voisines).
- Migrations reconfigurées par marchés, conflits, politiques migratoires.
- Exemple Maroc : trajectoires migratoires plus complexes et longues, contournant les contrôles européens.
c) Réfugiés
- En 2016, 16,1 millions de réfugiés dans le monde, majoritairement proches des zones de conflit (Syrie, Somalie, Soudan, Afghanistan, Irak).
- 54 % des réfugiés proviennent de Syrie, Afghanistan, Somalie.
- UE accueille 17 % des réfugiés mondiaux, avec une forte concentration en Allemagne.
- Hausse des demandes d’asile en UE depuis 2014, pic en 2015 (1,3 million).
3. Frontières et migrations internationales : évolutions et fonctions
a) Notion de frontière
- Frontière : limite juridique de souveraineté d’un État, matérialisée par des dispositifs variés (murs, barrières, surveillance technologique).
- Frontières sont des espaces d’épaisseur variable, pas seulement des lignes.
b) Ambivalence des frontières
- Frontières = à la fois ouverture, fermeture et filtre.
- Sélectivité selon nationalité et qualification des migrants : frontières plus ouvertes aux migrants qualifiés et ressortissants de pays puissants.
- Exemple : Japonais à Paris perçus comme expatriés valorisés, contrairement aux immigrés moins qualifiés.
c) Diasporas et transnationalisme
- Diaspora : dispersion d’un peuple avec conscience collective, souvent élitiste (ex : diaspora arménienne).
- Transnationalisme : maintien de multiples liens (familiaux, économiques, sociaux) entre pays d’origine et pays d’accueil.
- Migrants transnationaux développent une « double présence ».
- Envois de fonds importants vers pays d’origine (580 milliards $ en 2015).
d) Sélectivité et externalisation des frontières
- Multiplication des murs-frontières (70 en 2016 contre une dizaine en 1945).
- Surveillance technologique accrue (drones, radars, caméras thermiques).
- Externalisation des frontières : délocalisation des contrôles migratoires dans des pays tiers (ex : Algérie, Turquie, Soudan).
- Mesures biopolitiques : système Eurodac (empreintes digitales des demandeurs d’asile) et règlement de Dublin.
- Frontières envahissent les espaces traversés et les corps des migrants.
4. Justice migratoire et rôle de la géographie
- La géographie a historiquement légitimé les frontières étatiques.
- Proposition de Solange Chavel : envisager des droits et devoirs politiques au-delà des frontières nationales, fondés sur des faits du monde (interactions économiques, géographiques).
- Nécessité de dépasser le nationalisme méthodologique en géographie et cartographie.
- Travaux de contre-cartographie pour représenter les migrations autrement (ex : Cartographie critique du détroit de Gibraltar).
- La géographie peut contribuer à une justice migratoire en transformant ses méthodes et représentations.
À retenir : Les frontières sont des espaces ambivalents, à la fois lieux d’échanges et filtres sélectifs, qui participent à une géographie inégalitaire des migrations internationales. La justice migratoire nécessite une réflexion dépassant les cadres étatiques traditionnels.
5. Notions clés
- Mobilités, migrations, immigration, émigration
- Réfugiés, demandeurs d’asile, apatrides
- Frontières (juridiques, géographiques, sélectives, externalisées)
- Diaspora, transnationalisme
- Stocks et flux migratoires
- Justice migratoire
6. Étude de cas : La « crise migratoire » en Europe (2015)
- Hausse des demandes d’asile liée à la guerre en Syrie.
- Renforcement des contrôles aux frontières extérieures et intérieures de l’UE.
- Morts aux frontières en forte augmentation depuis les années 1990 (ex : naufrage de Lampedusa en 2013).
- Politiques européennes ambivalentes : opérations de sauvetage (Mare Nostrum) suivies de durcissement des contrôles.
- Mobilisation des sociétés civiles (ex : Refugee Welcome International).
- La « crise » est aussi une crise politique et humanitaire prolongée, pas un événement ponctuel.
Mondialisation
1. Mondialisation : définition et dimension territoriale
- Mondialisation : processus géohistorique multiséculaire d’extension progressive du système marchand puis capitaliste à l’échelle planétaire, reposant sur la mise en relation systémique des territoires.
- Dimension territoriale souvent sous-estimée, pourtant centrale dans la structuration des flux et des rapports de pouvoir.
2. Processus géohistorique renouvelé
| Phase | Période | Caractéristiques clés |
|---|---|---|
| 1ère phase | XVe siècle | Grandes Découvertes, capitalisme marchand européen, intégration des Amériques |
| 2e phase | XIXe siècle - années 1960 | Révolution industrielle, Empires coloniaux, rivalités impérialistes, guerres mondiales |
| 3e phase | Années 1970 - 2000 | Mondialisation financière, économie multinationale, IDE, libéralisation, crise 2007-2008 |
- Passage d’une économie d’échanges entre États-nations à une économie dominée par les firmes transnationales (FTN).
- Crise financière mondiale majeure en 2007-2008, fin de l’hégémonie occidentale, émergence d’un monde polynucléaire.
3. Firmes transnationales (FTN) : acteurs clés
- FTN : entreprises présentes dans plusieurs pays, moteur de la mondialisation.
- En 2016, les 560 premières FTN représentent :
- 53 millions d’emplois
- 22 665 milliards $ de ventes (30 % PIB mondial)
- 123 600 milliards $ d’actifs (164 % PIB mondial)
- Forte concentration : 10 États détiennent 85 % des FTN majeures.
- FTN conservent un ancrage national fort malgré leur internationalisation.
- Stratégies d’implantation variées selon secteurs :
- Agriculture, énergie : contrôle des ressources et chaînes d’approvisionnement.
- Produits manufacturés à haute valeur ajoutée : stratégies de marché et services associés.
- Activités à bas coûts salariaux : délocalisations vers pays à faibles coûts.
À retenir : Les FTN exploitent la diversité géographique mondiale tout en maintenant un pouvoir territorialisé.
4. Interconnexions et interdépendances
- Explosion des flux de marchandises, capitaux, informations, mais inégalités d’accès aux infrastructures logistiques.
- Réseaux logistiques concentrés : 15 États contrôlent 70 % des services de transport, 25 ports polarisent la moitié du trafic maritime mondial.
- Télécommunications en forte croissance, mais géographiquement sélectives.
- Transport maritime : dualisme entre pavillons de complaisance (coûts bas, risques élevés) et grandes compagnies de porte-conteneurs (sécurité, fiabilité).
5. Système mondial hiérarchisé et polarisé
| Aspect | Description |
|---|---|
| Rééquilibrage géoéconomique | Baisse de la part des pays développés (80 % → 68 % PIB mondial), montée des Suds (19 % → 31 %) avec les BRICS en tête |
| Multipolarité géopolitique | Fin du monde unipolaire post-URSS, émergence d’un système multipolaire complexe |
| Concentration du pouvoir | 30 États réalisent 86,5 % du PIB mondial, 85 % des IDE, 81 % des dépenses militaires |
| Inégalités territoriales | Marginalisation des pays pauvres, fractures internes dans les pays émergents |
- La Chine illustre cette montée en puissance : 1ère puissance démographique, 2e économique, 1er exportateur mondial.
6. Critiques et résistances à la mondialisation
- Mondialisation inégale, non universelle, avec des espaces « branchés » et des espaces « évités ».
- Résistances multiformes : luttes pour l’accès aux médicaments, ONG, mouvements sociaux, débats environnementaux.
- Nécessité d’un nouvel ordre économique mondial plus juste, solidaire et durable.
- États restent des acteurs majeurs, avec des spécificités nationales fortes et des marges de manœuvre importantes.
- Processus de mondialisation révèle et accentue les déséquilibres internes aux États.
7. Cas d’étude : Starbucks, firme transnationale
- 389e FTN mondiale, 254 000 salariés, 25 000 cafés dans 70 pays.
- Stratégie d’adaptation locale (offres, design, implantation dans quartiers « branchés »).
- Approvisionnement diversifié et partenariats avec pays producteurs.
- Exemple de mondialisation « glocale » : intégration mondiale avec adaptation territoriale fine.
8. Notions clés à retenir
- Mondialisation : mise en réseau systémique des territoires à l’échelle planétaire.
- Firmes transnationales : acteurs majeurs, ancrage national fort, stratégies territoriales diversifiées.
- Multipolarité : fin de l’hégémonie occidentale, émergence de puissances multiples.
- Inégalités et exclusions : mondialisation polarisée, dualisme Nord/Sud et fractures internes.
- Rôle des États : maintien d’une souveraineté économique et sociale malgré la mondialisation.
- Interdépendances : flux intenses mais inégalement répartis, réseaux logistiques stratégiques.
À retenir : La mondialisation est un processus complexe, inégal et conflictuel, structurant un monde multipolaire et hiérarchisé, où les territoires jouent un rôle central.
Territoires, États, nations et aménagement
1. État, nation et territoire : des concepts imbriqués
- État : personne morale de droit public, système organisé centralisant le pouvoir politique, doté d’appareils administratifs assurant les fonctions régaliennes (police, justice, défense, éducation, etc.). Il s’impose sur un territoire et une population.
- Territoire : espace géographique délimité, support matériel de l’État, cadre spatial de la souveraineté politique. Il existe à toutes les échelles (local, régional, national, supranational).
- Nation : groupe humain partageant une identité collective fondée sur une histoire, une culture, une langue ou un projet commun. Ce n’est pas simplement une population démographique, mais une communauté de volonté et d’action.
L’État-nation est un modèle universel où la population (nation) s’identifie à un territoire contrôlé par un État souverain.
| Concept | Définition clé | Fonction principale |
|---|---|---|
| État | Organisation politique centralisée | Exerce le pouvoir sur un territoire et une population |
| Nation | Communauté identitaire et politique | Fonde la cohésion sociale et la volonté collective |
| Territoire | Espace géographique délimité | Support matériel et symbolique de l’État-nation |
- La territorialité est un rapport social et politique au territoire, impliquant appropriation, contrôle et identité.
- La frontière est une structure universelle, marquant la limite et la distinction entre territoires.
2. Crise des territoires politiques et émergence de nouvelles territorialités
- Les territoires vécus émergent à l’échelle locale (quartiers, bassins de vie), fondés sur des pratiques sociales, culturelles et identitaires plus que sur des découpages administratifs.
- Les villes-métropoles jouent un rôle dominant, concentrant richesse, pouvoir et innovation, souvent déconnectées de leur environnement régional.
- Le retour des empires (ex. monde islamique) est plus idéologique que territorialement effectif.
- La notion de territoire inclut trois dimensions :
- Matérielle (espace concret aménagé),
- Psychique (territorialité individuelle),
- Symbolique (représentations sociales et culturelles).
3. La région : notion renouvelée par les réformes territoriales
- La région est une entité intermédiaire entre local et national, à la fois espace politique, administratif, économique et culturel.
- Elle est polysémique et variable selon les pays (ex. région en France, Land en Allemagne, communauté autonome en Espagne).
- La région peut être :
- Naturelle (fondée sur le milieu physique),
- Économique (basée sur les systèmes productifs),
- Administrative (découpage politique),
- Vécue (territoire ressenti et pratiqué par les populations).
- Les mouvements régionalistes revendiquent souvent autonomie ou indépendance sur la base d’identités culturelles ou économiques.
- La réforme territoriale française de 2015 a réduit le nombre de régions métropolitaines pour renforcer leur compétitivité.
| Type de région | Critère principal | Exemples |
|---|---|---|
| Naturelle | Relief, climat | Massif central |
| Économique | Activités productives | Région industrielle |
| Administrative | Découpage politique | Région Île-de-France |
| Vécue | Pratiques sociales et culturelles | Région Occitanie |
4. Aménagement du territoire : principes, acteurs et enjeux
- Définition : action publique visant à améliorer la performance d’un territoire pour satisfaire les besoins des populations, sous la responsabilité d’une autorité légitime (État, collectivités).
- Principes clés :
- Solidarité : redistribution des ressources des régions riches vers les plus pauvres.
- Équité : égalité d’accès aux services publics sur tout le territoire.
- L’aménagement vise à corriger les inégalités socio-spatiales, réduire les distances, et favoriser un développement harmonieux.
- Depuis 50 ans, la protection du patrimoine naturel et culturel s’intègre à l’aménagement, avec une orientation vers le développement durable.
- Le développement durable associe protection des ressources, équité sociale et croissance économique maîtrisée.
- Les domaines d’aménagement incluent :
- Ruraux (irrigation, remembrement, reconquête de terres),
- Industriels et urbains (reconversion, innovation, urbanisme durable),
- Infrastructures (transports, énergie, télécommunications).
- L’aménagement évolue vers une gouvernance plus décentralisée, participative et ascendante, impliquant une diversité croissante d’acteurs (élus, associations, citoyens, experts).
| Domaine d’aménagement | Objectifs principaux | Exemples |
|---|---|---|
| Rural | Modernisation, respect environnemental | Remembrement, agriculture durable |
| Industriel et urbain | Reconversion, innovation, mixité sociale | Technopôles, renouvellement urbain |
| Infrastructures | Accessibilité, compétitivité | Autoroutes, TGV, fibre optique |
- La décentralisation et la participation citoyenne sont désormais essentielles pour une aménagement efficace et durable.
- Malgré la mondialisation, les États-nations conservent leur rôle central dans la gestion territoriale, même si leur pouvoir est remis en question par des dynamiques transnationales.
L’aménagement du territoire est un levier clé pour concilier développement économique, justice sociale et protection environnementale dans un cadre démocratique.
5. Notions clés à retenir
- État : organisation politique souveraine sur un territoire.
- Nation : communauté identitaire et politique.
- Territoire : espace géographique approprié et contrôlé.
- Territorialité : rapport social et politique à l’espace.
- Région : espace intermédiaire, à la fois naturel, économique, administratif et vécu.
- Aménagement du territoire : action publique visant à équilibrer et développer les territoires, intégrant désormais la dimension du développement durable.
- Acteurs de l’aménagement : État, collectivités, citoyens, associations, experts.
6. Synthèse
- L’État-nation territorial est le cadre principal de la géopolitique moderne.
- Le territoire est à la fois support matériel et symbole identitaire.
- La région, notion renouvelée, joue un rôle clé dans la gouvernance territoriale.
- L’aménagement du territoire, désormais orienté vers le développement durable, mobilise une diversité d’acteurs et vise à concilier efficacité économique, justice sociale et protection environnementale.
Villes et métropolisation
1. Un monde de villes
a) Urbanisation généralisée mais inégale
- Urbanisation mondiale : 50,4 % de la population mondiale en 2014, prévue à 70 % en 2050 (ONU).
- Inégalités continentales : forte croissance urbaine en Asie et Afrique (population urbaine pouvant doubler entre 2000 et 2030), modérée en Amérique du Nord, Europe, Océanie.
- Taux d’urbanisation : 73-81 % dans les pays développés vs 33-57 % dans les pays en développement en 2030.
- Croissance urbaine annuelle : faible en Europe (~0,47 %), élevée en Amérique latine et Asie (3-4 %), très forte en Afrique subsaharienne (>5 %).
- Shrinking cities : villes en décroissance démographique et économique, souvent liées à la désindustrialisation ou crises (ex. Detroit, Leipzig).
b) De la ville à l’urbain ?
- Définition variable de la ville selon les pays (ex. seuils de population très différents).
- Urban sprawl : étalement urbain rendant floues les limites ville/campagne.
- Distinction ville/urbain (Henri Lefebvre) : la ville est un espace, l’urbain un mode de vie.
- Phases d’urbanisation (Michel Lussault) : cité → ville → urbain généralisé, avec fragmentation et mobilité accrue.
2. Villes et réseaux
a) Réseau urbain et hiérarchie urbaine
- Théorie des lieux centraux (Christaller) : villes organisées en hiérarchie selon la taille, les services offerts et la portée géographique.
- Types de réseaux urbains :
Type Caractéristique Exemple Parisien Dominé par une place centrale France (Paris) Bicéphale Deux centres majeurs Espagne (Madrid-Barcelone), Italie (Milan-Rome) Rhénan Réseau polycéphale Allemagne - Réseaux verticaux vs horizontaux : hiérarchie vs interdépendance entre villes de même niveau.
- Rôle des petites et moyennes villes : essentielles dans la structuration territoriale.
b) Métropolisation et réseau planétaire
- Différences terminologiques :
- Mégapole : ville > 5 millions d’habitants (ONU : >10 millions).
- Mégalopole : espace urbanisé continu formé de plusieurs grandes villes (ex. Megalopolis USA).
- Métropole : ville avec fonctions rares et stratégiques, pas forcément très peuplée.
- Métropolisation : concentration des fonctions stratégiques (sièges sociaux, banques, universités, infrastructures) dans certaines villes.
- Villes mondiales et globales :
- Villes mondiales : métropoles majeures au cœur des réseaux mondiaux (ex. New York, Londres, Tokyo).
- Villes globales : villes mondiales avec rôle exceptionnel, arrière-pays mondial (New York, Londres, Tokyo, Paris).
- Classement GaWC : villes classées de 1 à 12, catégories A (alpha world cities) incluent Londres, New York, Tokyo, Paris.
- Compétition mondiale entre métropoles sur l’image, attractivité, qualité de vie.
La métropolisation traduit la concentration des fonctions économiques stratégiques dans un réseau mondial de villes interconnectées.
3. L’espace des villes
a) Mutations des espaces urbains
- Paysages urbains mondialisés : émergence d’hyper-lieux (CBD, gratte-ciel, shopping malls) symboles de puissance économique (ex. Burj Khalifa à Dubai).
- Centralité polynucléaire : multipolarité des centres d’affaires (ex. La Défense, Paris-Saclay).
- Edge cities : centres périphériques aux fonctions similaires au centre-ville, mais avec densité moindre (ex. banlieues américaines).
- Étalement urbain : consommation d’espaces agricoles, développement des périphéries pavillonnaires, enclaves fermées (gated communities).
- Fragmentation socio-spatiale : ségrégation sociale, gentrification des centres, bidonvilles dans les pays du Sud (ex. Dharavi à Mumbai).
- Conséquences environnementales : pollution, émissions de gaz à effet de serre, pression sur les infrastructures.
b) Gouvernance urbaine et ville durable
- Gouvernance urbaine : coopération entre pouvoirs publics, secteur privé et citoyens pour un développement durable.
- Ville durable : vise à maîtriser étalement, pollution, risques, et à garantir équité socio-spatiale et qualité de vie.
- Outils : Agendas 21 locaux, indicateurs de développement durable, réseaux d’échanges.
- Ville intelligente (smart city) : usage des technologies numériques pour optimiser ressources, mobilité, sécurité, participation citoyenne.
- Ville apprenante : intégration de l’éducation et de l’innovation sociale dans la gestion urbaine (ex. Clermont-Ferrand).
- Exemple Songdo (Corée du Sud) : ville intelligente intégrant capteurs, gestion énergétique, espaces verts, mais dépendante d’énergie externe.
La ville durable combine innovation technologique, gouvernance participative et gestion environnementale pour répondre aux défis urbains contemporains.
4. Notions clés à retenir
- Urbain : mode de vie lié à la ville, au-delà de la forme spatiale.
- Métropole : ville concentrant fonctions stratégiques et économiques.
- Mégapole : ville de plus de 5 (ou 10) millions d’habitants.
- Mégalopole : vaste espace urbanisé continu formé de plusieurs grandes villes.
- Réseau urbain : organisation hiérarchique et fonctionnelle des villes sur un territoire.
- Métropolisation : concentration des fonctions stratégiques dans certaines villes.
- Ville durable : ville intégrant développement économique, social et environnemental.
- Ville intelligente : ville utilisant les technologies numériques pour améliorer la gestion urbaine.
À retenir : La métropolisation traduit la concentration des fonctions économiques et stratégiques dans un réseau mondial de villes interconnectées, transformant les paysages urbains et posant les défis d’une gouvernance urbaine durable et innovante.
Environnement
1. De la géographie physique à la géographie de l’environnement
- Environnement : donné (ressources), cadre de vie (aménités), ensemble perçu (bien-être, danger), objet à gérer (risque, paysage, usages).
- Analyse spatiale : emboîtements d’échelles, variations naturelles, actions sociales.
- Analyse temporelle : héritages, dynamique, temporalités multiples.
- Géographie de l’environnement : née il y a 40 ans, intègre nature et société, propose des analyses critiques.
a) Précurseurs : géographie physique et milieu
| Auteur | Apport clé | Notion principale |
|---|---|---|
| Alexandre de Humboldt | Distribution spatiale des espèces, dépendance des sociétés au milieu | Géographie physique |
| Friedrich Ratzel | Déterminisme naturaliste : milieu physique détermine activités humaines | Milieu, déterminisme |
| Paul Vidal de la Blache | Possibilisme : l’homme peut choisir selon capacités techniques et contraintes du milieu | Possibilisme |
- Milieu : ensemble des éléments naturels (climat, sols, eaux, végétation, faune) présents en un lieu.
- Jusqu’aux années 1970, géographie physique dominante, souvent dissociée de la dimension humaine.
b) Réinterrogation nature-société depuis les années 1970
- Nouvelle géographie : espace homogène, nature mise à distance.
- Retour de la nature porté par écologie et sommets internationaux (Stockholm 1972, Rio 1992).
- Jean Tricart : anthropocentrisme, homme acteur dans l’écodynamique, gestion rationnelle des écosystèmes.
- Georges Bertrand : approche systémique, notion de géosystème = interaction entre sociosystème et écosystème, co-adaptations, rétroactions, dynamique temporelle.
- Paysage renouvelé : interface nature-société, ressource, patrimoine, cadre de vie.
2. Ressources et patrimoines
- Ressources naturelles : matières premières utiles aux activités humaines.
- Patrimoine : ressources à protéger pour les générations futures.
- Ressources porteuses d’aménités mais aussi d’impacts et nuisances.
a) Concepts clés
| Type de ressource | Caractéristiques | Exemples |
|---|---|---|
| Renouvelables | Stock se régénérant à l’échelle humaine | Énergie solaire, eau, forêts |
| Non renouvelables | Stock limité, renouvellement sur temps géologique | Pétrole, charbon, minerais |
- Ressource = construit social, dépend du contexte spatial et temporel.
- Exemple : neige ressource en station de ski, contrainte sur routes.
- Paysage : bien collectif, ressource touristique, patrimoine culturel, cadre de vie, défini par la Convention européenne (2006).
b) Dégradation physique et qualitative
- Pressions humaines entraînent épuisement, pollution, dégradation visuelle.
- Exemple : surexploitation des nappes d’eau souterraines → abaissement, affaissements.
- Pollution par intrants agricoles (engrais, pesticides) → eutrophisation, contamination.
- Dégradation physique : urbanisation, érosion des sols, assèchement des zones humides.
c) Gestion territorialisée
- Objectifs : limiter usage intensif, réduire intrants, dépolluer.
- Conflits liés à rareté, dégradation, modifications rapides mal anticipées.
- Gestion complexe, multi-acteurs, à différentes échelles (locale à globale).
d) Risques sanitaires et bien-être
- Gestion des ressources liée à santé humaine et bien-être.
- Environnements sensoriels (sons, odeurs, lumières) influencent qualité de vie.
- Urbanistes et paysagistes intègrent ces dimensions dans la conception des villes.
3. Risque et résilience
a) Concepts
- Risque = interaction entre aléa (naturel ou technologique) et vulnérabilité (sociale, économique, technique).
- Aléas : météorologiques, géologiques, technologiques.
- Vulnérabilité : fragilité intrinsèque (pauvreté, âge), facteurs cognitifs, techniques, organisationnels, politiques.
- Échelles variables : local à global (ex. pollution du Rhin, Tchernobyl).
- Risques globaux : changement climatique, perte biodiversité, amplifiés par urbanisation et industrialisation.
- Catastrophes classées selon gravité (incident à catastrophe majeure).
- Inégalités environnementales et sanitaires liées aux inégalités sociales.
b) Risques naturels et technologiques
| Type de risque | Origine / Description | Exemples |
|---|---|---|
| Naturels | Lithosphériques (séismes, volcans), hydroclimatiques (cyclones, inondations, sécheresses) | Cyclones, avalanches, tsunamis |
| Technologiques | Danger chronique (pollution) ou accidentel (explosion, incendie) | Usines, stockage matières dangereuses |
- Risques naturels aggravés par anthropisation (érosion, désertification).
- Risques technologiques liés à l’urbanisation et activités industrielles.
c) Gestion territorialisée
- Trois volets : prévention, gestion de crise, post-crise.
- Acteurs multiples : élus, scientifiques, juristes, administration, aménageurs, médias, ONG, population.
- Conflits fréquents : environnement, aménagement, usage.
- Démarches : information, négociation, consultation, concertation, transparence, participation.
d) Du risque à la résilience
- Résilience : capacité d’un système à absorber une perturbation et retrouver ses fonctions.
- Nécessite conditions technique, financière, culturelle, organisationnelle.
- Implique adaptation, reconstruction, gestion intégrée du risque.
4. Nuisances
- Pollution chimique, biologique, visuelle, sonore, olfactive.
- Polluants ponctuels (cheminées) ou diffus (véhicules, épandages).
- Transformation chimique des polluants (pluies acides).
a) Le bruit
- Pollution sonore désagréable, source de stress, troubles du sommeil, dévalorisation immobilière.
- Transports principaux émetteurs, inégalités sociales dans l’exposition.
- Mesures : normes, murs anti-bruit, isolation, plans d’exposition au bruit (PEB).
- Directive européenne 2002/49/CE harmonise évaluation et gestion.
b) Les déchets
- Déchet = résidu abandonné ou destiné à l’abandon.
- Types : domestiques, industriels, dangereux, ultimes.
- Gestion : collecte, tri, recyclage, incinération, stockage.
- Risques liés à incinération (dioxines) et décharges (pollution sols et eaux).
- Planification régionale et nationale pour déchets spéciaux et radioactifs.
c) Nuisances et santé
- Réduction des nuisances sonores et déchets en pays développés.
- Sensibilité accrue, demandes de bien-être.
- Conflits liés à nouvelles infrastructures (ex. incinérateurs).
- Importance de la perception sociale dans la gestion.
5. Conditions de réussite de l’action environnementale
- Facteurs politiques : volonté politique, leadership, sensibilisation, cadres législatifs, participation aux réseaux internationaux.
- Facteurs sociaux et organisationnels : mobilisation multi-acteurs, communication coordonnée, cadres formels, langage commun, approche intégrée.
- Évaluation des actions : études d’impact, indicateurs spatialisés, suivi et ajustement des politiques.
À retenir : L’environnement en géographie est un système complexe d’interactions entre nature et société, intégrant ressources, risques, nuisances et nécessitant une gestion territorialisée et participative pour assurer durabilité et bien-être.
Développement durable
1. Définition et objectifs du développement durable
- Développement durable (DD) : concept intégrant les dimensions économique, sociale, environnementale et politique visant à satisfaire les besoins présents sans compromettre ceux des générations futures (rapport Brundtland, 1987).
- Objectif : réduire les inégalités sociales tout en respectant la nature et ses ressources, en favorisant une harmonie entre l’homme et la nature.
2. Origine et histoire
- Apparition dans les années 1980, liée aux inquiétudes environnementales (changement climatique, perte de biodiversité) et à la raréfaction des ressources.
- Événements clés :
- 1972 : Club de Rome, « Halte à la croissance » (croissance zéro).
- 1987 : Rapport Brundtland, définition officielle du DD.
- 1992 : Sommet de la Terre à Rio, principes de précaution, solidarité, participation.
- 1997 : Protocole de Kyoto (réduction des GES).
- 2015 : COP21, accord de Paris pour limiter le réchauffement à moins de 2 °C.
- DD est devenu une référence pour politiques nationales, locales et stratégies d’entreprises.
3. Les composantes du développement durable
| Volet | Description clé | Enjeux majeurs |
|---|---|---|
| Environnemental | Gestion raisonnée de la nature, entre préservation et utilisation durable. | Pression anthropique, sanctuarisation vs conservation, gestion des ressources. |
| Économique | Compatibilité entre croissance économique et durabilité. | Durabilité faible (progrès technique) vs forte (décroissance), économie circulaire. |
| Social | Équité intra- et intergénérationnelle, accès aux ressources, réduction des inégalités. | Cohésion sociale, justice environnementale, participation des populations. |
Le DD est une utopie opérationnelle nécessitant un équilibre entre ces trois volets souvent en tension.
4. Les acteurs du développement durable
- Organisations internationales : PNUE, Banque mondiale, FMI, jouent un rôle clé dans la promotion et le financement.
- ONG : acteurs majeurs, indépendants, influents dans les conférences internationales (ex : WWF, Greenpeace). Parfois critiquées pour leur dépendance financière et leurs méthodes.
- Entreprises : impliquées via le lobbying (WBCD), éco-efficacité, mais parfois accusées de greenwashing.
- États et administrations : mettent en œuvre des politiques locales et nationales (ex : lutte contre la pollution, protection des espaces).
- Citoyens : acteurs essentiels mais souvent peu influents, surtout dans les pays en développement.
5. Dimension globale du développement durable
a) Biodiversité
- Ensemble des écosystèmes, espèces et interactions biologiques, résultat de 4 milliards d’années d’évolution.
- Érosion accélérée : taux d’extinction 50 à 560 fois supérieur au taux naturel.
- Causes : déforestation, pollution, fragmentation des habitats, espèces invasives, réchauffement climatique.
- Instruments internationaux :
- Convention sur la diversité biologique (CDB) (1992) : protection, partage équitable des ressources.
- Objectifs d’Aichi (2011-2020) : valoriser, conserver et restaurer la biodiversité.
- IPBES : plateforme scientifique intergouvernementale sur biodiversité.
- Marchandisation de la nature : valorisation économique des services écosystémiques (approvisionnement, régulation, culture).
- Brevetabilité du vivant : appropriation des ressources biologiques, controverses sur la biopiraterie.
b) Changement climatique
- Réchauffement dû à l’augmentation des gaz à effet de serre (CO₂, CH₄, N₂O) d’origine anthropique.
- GIEC : évalue les impacts, prévoit une hausse de 0,3 à 4,8 °C d’ici 2100.
- Conséquences : montée du niveau marin, événements climatiques extrêmes, modification des écosystèmes.
- Politiques internationales :
- Protocole de Kyoto (1997) : réduction des émissions pour pays développés.
- Mécanisme de développement propre (MDP) : projets de réduction des GES dans les pays en développement.
- REDD+ : réduction des émissions liées à la déforestation, conservation des forêts tropicales.
- Bilan mitigé avant 2015, avec des difficultés à généraliser les pratiques et à intégrer les enjeux locaux.
6. Développement durable et aménagement local : la ville durable
- La ville durable vise une qualité de vie globale, mixité sociale et fonctionnelle, mobilités maîtrisées, participation citoyenne.
- Éco-quartiers : réduction des GES, énergies renouvelables, espaces verts, mobilité douce. Difficultés à atteindre la mixité sociale.
- Agenda 21 local : démarche volontaire pour intégrer transversalement les trois volets du DD dans les politiques urbaines.
- Plans climat-air-énergie territoriaux (PCAET) : plans obligatoires pour les intercommunalités > 20 000 habitants, intégrant atténuation et adaptation au changement climatique.
- Transition vers la ville durable lente, coûteuse, et inégale selon les territoires.
À retenir : Le développement durable est un équilibre complexe entre environnement, économie et société, mobilisant de multiples acteurs à toutes les échelles, du global au local, avec des enjeux majeurs sur la biodiversité, le climat et l’aménagement urbain.
Transports
1. Transports : rôle et enjeux dans la mondialisation
Les transports constituent un système clé reliant économie mondiale et géopolitique, permettant la conquête ou la conservation d’aires d’influence par les États. Leur performance repose sur la combinaison de la vitesse et de la capacité, dépendant des infrastructures (routes, canaux, voies ferrées, ports, aéroports) et des innovations technologiques, pilotées par des décisions politiques.
La réduction du coût des déplacements de marchandises et de personnes favorise la délocalisation et la relocalisation des activités selon les coûts de production et les marchés.
2. Capacités et vitesse des transports au service des échanges
- Les transports réduisent la contrainte de la distance (temps, coût, obstacles physiques) et libèrent des potentialités d’échanges.
- Innovations majeures :
- Réseau de canaux en France (XVIIIe siècle) pour faciliter le transfert des grains.
- Marine marchande : évolution de la voile à la machine à vapeur, coques métalliques, fuel, augmentation de la capacité et de la vitesse.
- Construction des grands canaux (Suez 1869, Panama 1913) raccourcissant les routes maritimes.
- Généralisation du conteneur (33 m³) à partir des années 2000, révolutionnant la manutention et réduisant les coûts.
- Développement du transport aérien de passagers et de fret, avec augmentation de la capacité et de la vitesse grâce aux réacteurs.
| Période | Évolution majeure | Impact principal |
|---|---|---|
| XIXe - début XXe | Machine à vapeur, coques métalliques | Vitesse doublée, capacité multipliée par 10 |
| 1869 - 1913 | Canaux de Suez et Panama | Réduction de 40 % des distances maritimes |
| Années 2000 | Conteneurisation | Baisse importante des coûts de transport |
| 1950-1970 | Gigantisme des navires | Transport de gros volumes (pétrole, minerais) |
| 1930-2000 | Avions à réaction | Doublement capacité et vitesse, baisse du coût |
3. Transports et localisation des activités
- La baisse du coût du transport fait de la main-d’œuvre le facteur principal de localisation des activités.
- Production fragmentée sur plusieurs sites distants pour optimiser coûts et marchés.
- Relocalisation des industries lourdes (sidérurgie) près des ports pour réduire le transport terrestre.
- Développement de grands ports industriels (Rotterdam, Singapour, Kobé) combinant manutention, stockage et production.
- Croissance exponentielle des échanges internationaux :
- Production mondiale multipliée par 3,3 entre 1970 et 2014
- Échanges internationaux multipliés par 8
- Échanges de biens manufacturés multipliés par plus de 30
| Type de trafic maritime (en %) | 1980 | 2014 |
|---|---|---|
| Pétrole, gaz | 51 | 29 |
| Vracs solides (charbon, minerais, céréales) | 16 | 31 |
| Marchandises diverses | 33 | 40 |
4. Relations entre transports et développement économique
- L’accessibilité à un vaste territoire est un facteur clé de développement économique régional.
- Investissements publics massifs dans les infrastructures (routes, voies ferrées à grande vitesse) pour améliorer la mobilité.
- Exemples historiques :
- Chemins de fer coloniaux pour exporter matières premières
- Transsibérien en Russie, lignes transcontinentales en Amérique du Nord favorisant peuplement et agriculture
- Le secteur des transports contribue significativement à la croissance économique (ex. 40 % du revenu national en Allemagne).
5. Années 2010 : nouvelle géographie des infrastructures et des trafics
- La crise économique de 2008 a temporairement réduit les trafics maritimes (-10 % en 2009), mais la croissance a repris.
- L’Asie, et particulièrement la Chine, domine désormais les échanges mondiaux, dépassant les flux traditionnels Europe-Amérique du Nord.
- Grandes infrastructures récentes ou en projet :
- Tunnel sous la Manche, nouveau tunnel du Saint-Gothard, agrandissement du canal de Panama
- Passage du Nord-Est en Arctique, raccourcissant les routes maritimes de 7 000 km
- « Nouvelle route de la soie » : réseau terrestre et maritime reliant la Chine à l’Europe, avec investissements dans ports et gares de fret (ex. Pirée en Grèce)
| Port (2015) | Conteneurs manutentionnés (millions) |
|---|---|
| Shanghai | 36,5 |
| 6 autres ports chinois | 150,6 |
| Singapour | 30,9 |
| Ports Corée du Sud | 19,5 |
| Émirats arabes unis | 16,0 |
| Rotterdam | 12,2 |
6. Transports et questions environnementales
- Les transports sont un secteur majeur consommateur de pétrole et émetteur de gaz à effet de serre (50-70 % des NOx et CO, 1/3 du CO₂).
- Malgré les progrès techniques, la croissance des trafics et l’émergence de nouveaux consommateurs (Brésil, Chine, Inde) maintiennent la hausse des émissions.
- Objectifs internationaux (Protocole de Kyoto) visent une réduction d’au moins 50 % de la consommation d’énergie fossile d’ici 2050.
- Politiques publiques encouragent :
- Développement des modes moins énergivores (ferroviaire, voies navigables)
- Réduction des distances parcourues
- Transport combiné (camions sur trains)
- Taxation et quotas sur le trafic routier (ex. Allemagne, Suisse, Royaume-Uni)
- Le « découplage » entre croissance économique et croissance des trafics est nécessaire pour un transport durable.
7. Étude de cas : La « nouvelle route de la soie »
- Projet chinois OBOR (One Belt, One Road) combinant une ceinture économique terrestre (Russie, Asie centrale, Pakistan, Europe) et une route maritime (Asie du Sud-Est, Afrique, Amérique du Sud).
- Objectifs :
- Développer infrastructures ferroviaires, portuaires et routières
- Renforcer la position géostratégique et économique de la Chine
- Faciliter les échanges commerciaux avec l’Europe et les pays émergents
- Exemples concrets : trains de marchandises Chine-Europe (Wuhan-Vénissieux), investissements dans le port du Pirée.
- Dimension politique majeure : la construction des infrastructures est un levier d’influence mondiale.
La nouvelle route de la soie illustre la convergence des enjeux logistiques, économiques et géopolitiques dans la géographie contemporaine des transports.
Tourisme
1. Évolution et diffusion du tourisme
- Le tourisme, né en Europe occidentale au XVIIIe siècle, s’est progressivement diffusé à l’Amérique du Nord puis au reste du monde.
- Après la Seconde Guerre mondiale, il connaît une croissance exponentielle, avec une démocratisation massive touchant les populations des pays riches et émergents.
- Aujourd’hui, le tourisme couvre presque toute la planète, des pôles aux zones tropicales, représentant environ 10 % du PIB mondial et une part similaire de la population active.
2. Tourisme et géographie : un décalage historique
- Malgré l’importance du tourisme dès le XIXe siècle (stations, guides, agences, flux), la géographie l’a longtemps ignoré, privilégiant la géographie physique.
- Les premières recherches géographiques sur le tourisme en France datent des années 1960-1980 (Burnet, Barbaza, Cribier, Barbier).
- Ce retard s’explique par la difficulté à intégrer un phénomène fondé sur la mobilité dans une discipline centrée sur les permanences spatiales.
- Depuis les années 1990, le tourisme est reconnu comme un objet central en géographie, avec des concours et publications dédiés.
3. Définitions et approches du tourisme
| Notion | Définition / idée clé |
|---|---|
| Tourisme | Système d’acteurs, pratiques et espaces liés à la « recréation » par déplacement hors du quotidien. |
| Mobilité touristique | Mobilité non contrainte, moyen d’accès à de nouvelles relations au territoire et à l’altérité. |
| Tourisme durable | Tourisme viable écologiquement, économiquement et socialement, respectant les ressources et communautés. |
- Le tourisme est une invention européenne du XVIIIe siècle, liée à la révolution industrielle et à une nouvelle organisation sociale.
- Il ne se limite pas à une activité économique, mais constitue un système complexe intégrant acteurs, lieux et pratiques.
- Le tourisme est un « genre commun » structurant la société, diffusant ses valeurs et modes de vie, et contribuant à l’individualisation.
Le tourisme est un système social et spatial qui participe à la recréation individuelle par la mobilité hors des lieux quotidiens.
4. Tourisme mondial : un agent de la mondialisation
- Le tourisme est à la fois produit et moteur de la mondialisation, avec une croissance spectaculaire :
- Arrivées internationales : 25 millions en 1950 → 1,3 milliard en 2017 → 1,8 milliard attendus en 2030.
- Recettes : 7 milliards en 2016.
- Trois grands bassins touristiques dominent :
Bassin Caractéristiques principales Europe Premier bassin mondial (50 % des arrivées), ancienneté, équipements, fragmentation politique favorisant les flux. Amérique du Nord Intégration Canada-USA-Mexique, marché intérieur fort, tourisme international attractif. Asie Plus dynamique et composite, forte croissance, Chine 1er dépensier mondial à l’étranger. - Le tourisme durable est un enjeu majeur, mais confronté à la croissance des flux et aux impacts environnementaux et sociaux.
5. Typologie des lieux touristiques
| Type de lieu | Capacité d’accueil | Population locale | Fonctions urbaines | Description principale |
|---|---|---|---|---|
| Site touristique | Absente | Absente | Absente | Lieu visité sans hébergement (ex : Versailles) |
| Comptoir touristique | Présente | Absente | Absente | Lieu créé pour séjour exclusif, fermé (ex : villages-clubs) |
| Station touristique | Présente | Absente ou présente | Absente | Lieu créé ex nihilo, ouvert, avec équipements complets (ex : stations de ski intégrées) |
| Ville touristique | Présente | Présente | Diversifiée | Ville investie par le tourisme, parfois « touristifiée » (ex : Florence, Venise) |
- Deux processus de développement :
- Investissement touristique dans des lieux existants (villes, quartiers).
- Création ex nihilo de lieux dédiés (stations, comptoirs).
6. Tourisme et patrimoine : une relation ambivalente
- Le tourisme culturel représente plus de 15 % de l’activité touristique, mais patrimoine ≠ tourisme culturel.
- Le patrimoine est à la fois naturel et culturel, et sa valorisation touristique peut entraîner surfréquentation et dégradation.
- Exemples emblématiques :
- Venise : ville patrimoniale mondialement visitée, confrontée à la « touristification », exode des habitants, saturation des sites.
- Yellowstone : premier parc national, illustration de la « co-constitution » tourisme-patrimoine, avec enjeux de conservation et fréquentation.
- Le classement UNESCO, très politique, valorise les sites mais peut accroître la pression touristique, parfois au détriment de la préservation.
7. Gestion des sites touristiques : cas du Pont du Gard
- Après inscription UNESCO (1985), aménagement majeur (1996-2000) pour protéger le site et améliorer l’accueil (musée, parkings, contrôle d’accès).
- Passage d’un accès libre à un accès payant et contrôlé, suscitant débats sur la liberté d’accès vs protection et valorisation.
- Fréquentation accrue mais inférieure aux objectifs initiaux, investissement public important (320 M€).
- Illustration des tensions entre conservation, valorisation touristique et gestion économique.
8. Synthèse des notions clés
- Tourisme de masse : développement rapide et globalisé, avec impacts sociaux et environnementaux.
- Mobilités : fondement du tourisme, révélateur des nouvelles relations au territoire.
- Patrimoine : ressource touristique majeure, mais fragile et sujette à des contradictions.
- Touristification : transformation des lieux par le tourisme, parfois au détriment des populations locales.
- Flux touristiques : mouvements internationaux et internes, en forte croissance.
- Stations touristiques : lieux créés pour répondre aux besoins spécifiques des touristes, souvent saisonniers.
Le tourisme est un phénomène spatial et social complexe, moteur de transformations territoriales et sociétales majeures, nécessitant une gestion équilibrée entre développement et durabilité.
Espaces ruraux et agriculture
1. Nourrir les hommes durablement : un défi mondial
- Sous-alimentation chronique : environ 800 millions de personnes (11 % de la population mondiale), plus 1,2 milliard souffrent de carences alimentaires.
- Défi actuel : assurer la sécurité alimentaire de manière durable, avec des terres agricoles limitées.
- Solution principale : augmenter les rendements par hectare via des agrosystèmes durables adaptés aux contraintes climatiques.
2. Espaces ruraux : diversité et complexité
a) Définition et difficultés
- Espace rural : espace non urbanisé, mais définition variable selon pays (seuils de population pour définir la ville varient de 200 à 40 000 habitants).
- Critères qualitatifs : faible densité, couverture végétale dominante (champs, prairies, forêts), importance relative de l’agriculture.
- Hétérogénéité : pas un mais plusieurs espaces ruraux aux caractéristiques démographiques, socioéconomiques et paysagères très variées.
- Impact de la mondialisation et métropolisation : certains espaces ruraux concentrent les « perdants de la mondialisation » (petits agriculteurs, ouvriers).
b) Répartition et dynamiques démographiques
| Région / Pays | Densité rurale (hab./km²) | Population rurale relative (%) | Tendance démographique rurale |
|---|---|---|---|
| Campagnes peu peuplées (Australie, Amérique latine) | < 20 (parfois < 2) | Faible | Croissance lente ou déclin |
| Asie méridionale et orientale | Jusqu’à 800 | Élevée (jusqu’à 90 %) | Forte croissance (ex. Inde) |
| Europe | 20-100 | 25 % environ | Déclin ou stabilisation |
| Afrique subsaharienne | Variable | 62 % | Forte croissance (+1,8 %/an) |
- La population rurale mondiale représente encore près de 50 % de la population totale (~3,5 milliards).
- Pays en développement : forte croissance rurale malgré l’exode vers les villes, fécondité élevée.
- Pays développés : déclin rural depuis 1960, mécanisation et urbanisation, mais renaissance périurbaine dans certains cas.
c) Diversité des activités rurales
- Agriculture dominante dans les pays en développement (jusqu’à 90 % des actifs agricoles).
- Désagrarisation dans les pays développés : agriculture < 5 % des actifs, présence d’activités industrielles, tertiaires, résidentielles, touristiques.
- Mondialisation touche aussi les campagnes (consommation de biens urbains, technologies).
3. Agriculture et espaces agricoles
a) Définitions clés
- Agriculture : transformation du milieu naturel pour produire végétaux et animaux utiles.
- Espace agricole ≠ espace rural : peut inclure des activités non agricoles, et inversement, des agriculteurs peuvent être en milieu urbain.
- Population agricole mondiale : 31 % de la population active, avec de fortes disparités (Afrique 28 %, Asie 39 %, Europe 4,5 %).
b) Diversité des agrosystèmes
- Agrosystème : écosystème créé par l’homme, comprenant cultures, élevages, sols modifiés.
- Importance historique et culturelle dans la forme des agrosystèmes (ex : riz en Asie, blé en Méditerranée).
- Irrigation : moins de 20 % des terres cultivées, mais 40 % de la production alimentaire mondiale.
- Mondialisation des productions : 10 % de la production agricole mondiale destinée aux marchés internationaux, avec des taux variables selon les produits (ex : 80 % pour café, cacao).
c) Capacités productives et structures agricoles
- 1,3 milliard d’agriculteurs :
- ~1 milliard en agriculture manuelle,
- 300 millions en agriculture attelée,
- 30 millions en agriculture mécanisée.
- Productivité très inégale (rapport pouvant atteindre 1 à 1000 entre petits producteurs africains et exploitants mécanisés occidentaux).
- Tendance à la bipolarisation : micro-exploitations de survie vs grandes exploitations capitalistes (agro-holdings).
- Grandes exploitations couvrent une part importante des terres en Amérique, Europe de l’Est, ex-URSS.
4. Enjeux majeurs liés à la production agricole
a) Foncier et accaparement des terres
- Land grabbing : acquisitions massives de terres agricoles par des investisseurs étrangers (60 millions d’ha entre 2007-2011).
- Zones les plus touchées : Afrique (40 millions d’ha), Asie du Sud-Est, Amérique latine.
- Problèmes : droits coutumiers non reconnus, risques de néocolonialisme, conflits fonciers.
b) Intégration croissante des exploitations dans les filières
- Concentration en amont (machinisme, semences, engrais) et en aval (distribution, restauration rapide).
- Quelques grandes firmes contrôlent une part importante des transactions agricoles.
- Dépendance accrue des agriculteurs vis-à-vis de ces firmes.
- Initiatives locales : circuits courts, locavorisme.
c) Limites des espaces agricoles
- Terres émergées : 15 milliards d’ha, mais seulement 5 milliards d’ha exploitables en agriculture.
- Répartition des terres agricoles : 3,4 milliards d’ha en pâturages, 1,4 milliard d’ha en cultures annuelles, 140 millions d’ha en cultures permanentes.
- Peu de progression des surfaces cultivées (+4-5 % depuis 30 ans) face à une population mondiale en forte croissance (+40 %).
- Perte annuelle de terres agricoles (~3 millions d’ha) due à érosion, salinisation, urbanisation.
- Production accrue surtout par augmentation des rendements (90 % selon FAO).
- Développement des biocarburants mobilisant 3 % des terres agricoles.
d) Agriculture durable : définitions et formes
- Agriculture durable = gestion efficace, rentable, équitable et respectueuse de l’environnement.
- Agricultures raisonnées : réduction raisonnée des intrants chimiques, diversification des cultures, bien-être animal.
- Agricultures paysannes : insistance sur la dimension sociale, soutenues par Via Campesina, AMAP.
- Agricultures de qualité : labels AOP, IGP, souvent associées à des produits spécifiques (vins, fromages).
- Agriculture biologique : interdiction totale d’intrants chimiques, 1 % des terres agricoles mondiales, rendements inférieurs de 30-40 %, prix plus élevés.
- Agriculture biologique utile comme laboratoire pour d’autres formes durables.
e) Agriculture et changements climatiques
- Agriculture responsable d’environ 20 % des émissions de gaz à effet de serre (CO₂, CH₄, N₂O).
- Cultures et prairies sont aussi des puits de carbone.
- Changements climatiques affectent les rendements (ex. stagnation du blé) et menacent les zones rizicoles littorales.
f) Plantes génétiquement modifiées (PGM)
- 185 millions d’ha cultivés en PGM en 2016 (12 % des terres cultivées).
- Concentration en Amériques, mais agriculteurs majoritairement asiatiques.
- Europe très réticente, importatrice massive de soja GM.
- PGM principales : Bt (résistantes aux insectes), HT (tolérantes aux herbicides).
- Débat : bénéfices techniques vs risques de dépendance aux firmes semencières et concentration des exploitations.
À retenir : Le défi agricole mondial est de produire plus et mieux, en développant des agrosystèmes durables adaptés aux contraintes environnementales, économiques et sociales, dans des espaces ruraux très diversifiés et face à des enjeux fonciers, climatiques et technologiques majeurs.
Industries et services
1. L’industrie, une activité au cœur de l’économie
a) Formes de l’industrie
- Industrie : production de biens destinés à un marché, impliquant transformation de matières premières, fabrication, et utilisation de facteurs de production (énergie, main-d’œuvre, capital, savoir-faire).
- Différences clés :
- Industrie vs services : biens matériels stockables et revendables vs prestations immatérielles consommées immédiatement.
- Industrie vs artisanat : artisanat = petites unités (5-10 pers.), production unitaire ; industrie = standardisation, machinisme, organisation scientifique du travail, économies d’échelle, localisation spécifique (zones industrielles).
- Classification INSEE des industries :
Branche Description Industries extractives Extraction de matières premières (solides, liquides, gazeuses) Industries manufacturières Transformation et fabrication (agroalimentaire, chimie, électronique, automobile, etc.) Biens de consommation Produits destinés aux particuliers (habillement, pharmacie, meubles, etc.) Biens intermédiaires Produits incorporés dans d’autres biens (textile, chimie, métallurgie, composants électroniques) Biens d’équipement Biens durables pour produire d’autres biens (automobile, aéronautique, équipements mécaniques)
b) Désindustrialisation et industrialisation rapide
- Désindustrialisation : baisse des emplois industriels dans les pays développés depuis les années 1970, accentuée après 2007-2008.
- Causes : délocalisations vers pays à bas coûts (Europe de l’Est, Afrique du Nord, Asie), sous-traitance internationale, montée en puissance des pays émergents.
- Pays émergents : forte croissance industrielle (BRIC passent de 11% à 27% de la production manufacturière mondiale en 10 ans).
- Conséquence : déplacement du centre économique mondial vers l’Asie orientale.
c) Réindustrialisation des pays développés
- Facteurs favorables : hausse des salaires dans les pays émergents, coûts du transport et énergie, contraintes environnementales.
- Nouvelles usines (depuis 2010) : intégration de technologies avancées (robotisation, cobotique, internet des objets, impression 3D, intelligence artificielle).
- Programmes phares : « Usines 4.0 » (Allemagne, Japon, États-Unis), « Usines du futur » (France).
2. Les activités de services dominent l’emploi dans les pays développés
a) Variété des services
- Secteur tertiaire : services marchands (commerce, finance, transports, hébergement) et non marchands (administration, santé, éducation).
- Services caractérisés par l’immatérialité, la consommation immédiate, et souvent la proximité entre prestataires et usagers.
- Services aux entreprises en forte croissance depuis les années 1960 (conseil, informatique, ingénierie, publicité, logistique).
- Localisation urbaine marquée, notamment dans les centres d’affaires (ex. La Défense à Paris).
b) Commerce, activité dominante des services
- Commerce : achat et revente de biens et services sans transformation, incluant commerce de gros, détail, grande distribution.
- Typologie du commerce :
Type de commerce Caractéristiques Commerce quotidien Alimentation, tabac, proximité immédiate Commerce occasionnel Vêtements, assurances, à l’échelle locale ou urbaine Commerce anormal Produits rares, haute couture, grandes villes Commerce de proximité Accessible à pied, clientèle locale Commerce de détail Vente en petites quantités, sédentaire ou ambulant Commerce de gros Vente en grandes quantités à revendeurs Grande distribution Supermarchés, hypermarchés, centres commerciaux - Grandes formes de distribution : grands magasins, supermarchés, hypermarchés, zones d’activités commerciales.
3. Frontières floues entre industrie et services
a) Imbrication industrie/services
- La distinction traditionnelle industrie/services est devenue floue, surtout dans les hautes technologies.
- Exemples : activités extractives intégrant services spécialisés (ingénierie, études géophysiques).
- Biais statistiques : ingénieurs dans industrie comptés dans secondaire, leurs homologues en centres de recherche dans tertiaire.
- Services aux entreprises bénéficient autant à l’industrie qu’au secteur tertiaire.
b) Concept de système productif
- Système productif : ensemble organisé des activités productives (industrie, tertiaire productif, agriculture transformée), acteurs économiques et territoires.
- Permet de dépasser la dichotomie industrie/services en intégrant leurs interactions.
- Composantes : secteurs, filières, unités de production, organisation technique et sociale, interrelations.
c) Nouvelle classification des activités en France
| Sphère | Contenu | Particularités |
|---|---|---|
| Sphère productive | Industrie (biens intermédiaires, équipements, consommation), énergie, BTP, agriculture, tertiaire productif (services aux entreprises, commerce de gros, transport marchandises) | Au cœur du système productif, en expansion vers les services |
| Sphère des activités présentielles | Services de proximité (finances aux particuliers, santé, éducation, commerce, tourisme, construction) | Dépend de la densité et du niveau de vie de la population |
| Sphère des activités publiques | Emplois des fonctions publiques (État, territoriale, hospitalière) | Répartie selon organisation administrative territoriale |
À retenir : La classification traditionnelle en secteurs primaire, secondaire et tertiaire est dépassée ; la notion de système productif et la nouvelle classification en sphères permettent de mieux comprendre la complexité et les interactions entre industrie et services.
4. Notions clés
- Activités économiques : ensemble des activités liées à la production, distribution et consommation de biens et services.
- Industrie : production de biens matériels, standardisés, souvent localisée en zones spécifiques.
- Services : production immatérielle, souvent en contact direct avec le consommateur, localisés majoritairement en milieu urbain.
- Commerce : activité d’échange de biens et services, essentielle à l’organisation spatiale.
- Désindustrialisation : recul de l’emploi industriel dans les pays développés, lié à la mondialisation et à la concurrence des pays émergents.
- Réindustrialisation : tentative de relance industrielle dans les pays développés via innovation technologique.
- Système productif : cadre intégrant industrie, services productifs, acteurs économiques et territoires.
5. Étude de cas : Zones franches industrielles et de services
- Zones géographiques bénéficiant d’avantages fiscaux et douaniers pour attirer entreprises et investissements.
- En 2017, 163 pays en disposaient, majoritairement en Asie orientale, occidentale et aux États-Unis.
- Rôle clé dans la mondialisation, facilitant délocalisations et échanges internationaux.
- Modèles : zones franches physiques et points francs (entreprises bénéficiant des mêmes avantages mais libres de localisation).
Outils de la géographie
1. Les cartes : ressources et productions géographiques
- Cartes : outil fondamental en géographie pour représenter l’espace, utilisées dans divers contextes et omniprésentes au quotidien.
- Ressources cartographiques : cartes scolaires, topographiques (IGN), atlas, revues spécialisées, ressources numériques (Géoportail, Open Street Maps, instituts statistiques).
- Avantages des ressources numériques : actualisation fréquente des données, facilité d’accès, précision et duplicabilité des cartes.
2. Types de cartes et leurs objectifs
| Type de carte | Objectif principal | Caractéristiques principales |
|---|---|---|
| Cartes topographiques | Représenter précisément l’espace terrestre (planimétrie, altimétrie, occupation du sol) | Détail précis des formes et reliefs |
| Cartes thématiques | Représenter des phénomènes qualitatifs ou quantitatifs | Utilisation de couleurs (choroplèthes), cercles proportionnels |
| Cartes de réseaux/flux | Illustrer liaisons, ampleur et inégalités entre points | Figurés linéaires, épaisseur variable, flèches |
| Cartes en anamorphose | Traduire graphiquement un phénomène quantitatif par déformation spatiale | Déformation des unités spatiales pour montrer inégalités |
| Cartes de synthèse | Rendre compte d’un raisonnement intégrant plusieurs données | Production problématisée |
- Nouvelles technologies : outils en ligne, cartographie interactive, 3D pour étudier villes et reliefs.
3. Méthode d’analyse critique des cartes
- Choix influençant la carte : type, schématisation, projection, échelle, données sélectionnées, légende, problématisation.
- Précautions :
- Identifier source et date des données.
- Identifier la projection (ex. Mercator déforme l’hémisphère nord, Peters respecte les superficies).
- Identifier échelle et maille (taille des unités statistiques).
- Interroger le message et les objectifs (politique, idéologique).
- Analyse : présenter la carte, expliciter la problématique, décrire les informations du général au particulier, confronter avec d’autres sources, critiquer limites et partis-pris.
Toute carte est une construction subjective reflétant des choix et un discours.
4. Systèmes d’Information Géographique (SIG)
- Définition : outil informatique (ex. ArcGIS, Q-GIS) permettant de superposer des couches de données géoréférencées pour produire des cartes classiques ou interactives.
- Fonctions principales :
- Localisation précise (latitude, longitude, altitude).
- Comparaison spatiale et temporelle des données.
- Prévision et modélisation pour anticiper ou aider à la décision (ex. aménagement, catastrophes).
- Usages : recherche, enseignement, planification publique/privée, scénarios réels ou prévisionnels.
- Utilisateurs : collectivités, entreprises, administrations, chercheurs.
5. Analyse critique des SIG
- Points clés :
- Identifier les bases de données utilisées (diversité, fiabilité, dates, maillage).
- Identifier le commanditaire et le projet (état des lieux ou scénario hypothétique).
- Examiner la méthodologie (choix des données, couches, maille, traitements statistiques et graphiques).
- SIG = discours : ils portent une démonstration et impliquent des choix subjectifs.
6. Internet en géographie : ressources et outils
- Ressources :
- Sources institutionnelles (INSEE, Commissariat général à l’égalité des territoires, collectivités territoriales).
- Plateformes scientifiques (Géoconfluences).
- Blogs et chaînes de vulgarisation (Point G, #DataGueule).
- Outils en ligne :
- Géovisualisation grand public : Google Maps, Google Earth, Géoportail.
- Superposition de couches d’information via GPS.
7. Objectifs et enjeux de l’usage d’Internet
- Faciliter l’accès à des données nombreuses et actualisées.
- Permettre la communication en temps quasi réel à un large public.
- Favoriser la participation collective à la production d’informations géographiques précises et duplicables (cartographie participative).
8. Analyse critique d’Internet en géographie
- Étapes clés :
- Identifier la source/auteur (fiabilité, nature institutionnelle ou privée).
- Distinguer le site comme source et les données utilisées.
- Vérifier la date des données (pas toujours indiquée clairement).
- Respecter les droits d’auteur et licences.
- Regard critique : interroger le parti-pris, la pertinence des données, la méthodologie des outils en ligne.
Internet est une ressource incontournable mais nécessite une lecture critique rigoureuse.