Naissance et fondements des Arts plastiques
1. Naissance des Arts plastiques
- Apparition : Les Arts plastiques émergent dans les années 1960 pour se distinguer des Beaux-arts et du dessin traditionnel enseigné dans le secondaire.
- Création de la Licence Arts plastiques (1969) :
- Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne et centre expérimental de Vincennes (futur Paris 8).
- Première filière combinant pratique artistique et réflexion théorique (sciences humaines, esthétique, philosophie).
- Rupture avec l’université qui ne reconnaissait auparavant que l’histoire de l’art académique.
2. Fondements théoriques et pédagogiques
- Texte fondateur : Note d’orientation et programmes des pères fondateurs (René Passeron, Bernard Teyssèdre).
- Principes clés :
- Abandon du modèle de la copie et du modèle canonique des Beaux-arts.
- Discipline centrée sur des questionnements autour de la forme, de l’espace, de la lumière.
- Étude de toutes les productions plastiques, sans hiérarchie ni jugement esthétique.
3. Contexte historique et philosophique
| Époque | Caractéristiques principales |
|---|---|
| Fin XIXe - début XXe | Prémices de l’art moderne, remise en cause des traditions |
| XXe siècle (modernité) | - Autonomie de l’œuvre<br>- Intérêt pour arts non européens<br>- Abstraction<br>- Usage d’objets non artistiques<br>- Remise en cause des notions d’« artiste » et d’« œuvre d’art »<br>- Production industrielle d’objets |
- Modernité artistique : Mutation sociétale et artistique, rupture avec les normes classiques.
- Références théoriques (fin 1960s) : Influences du marxisme, de la phénoménologie, et autres courants intellectuels français (notamment à Vincennes et Sorbonne).
Les Arts plastiques naissent comme une discipline universitaire novatrice, alliant pratique et théorie, rompant avec la tradition académique pour interroger la forme et la perception dans un contexte de modernité artistique.
Contextes théoriques et philosophiques de la discipline
1. Phénoménologie (Maurice Merleau-Ponty)
- Corps comme ancrage : L’artiste pense avec son corps entier, immergé dans le monde, pas seulement avec son esprit.
- Ouvrages clés : Phénoménologie de la perception (1945), L’Œil et l’Esprit (1961).
- Impact : Fondement de la discipline en insistant sur l’expérience vécue et sensible.
2. Structuralisme et sémiologie
| Concept clé | Auteur | Idée principale |
|---|---|---|
| Rhizome | Gilles Deleuze | L’art est un système de connexions libres, sans hiérarchie, favorisant la multiplicité et la diversité. |
| Objets d’étude | Michel Foucault, Roland Barthes | Intégration des marginalisés (fous, détenus) et de la culture populaire (BD, photo, objets utilitaires) au même titre que les œuvres classiques. |
- La pédagogie de projet s’inspire du modèle rhizomatique : apprentissage non linéaire, sans plan préétabli.
3. Poïétique (Paul Valéry et successeurs)
- Étude du processus de création plutôt que de l’œuvre finie.
- L’œuvre se construit progressivement, au contact du réel, des matériaux et du lieu (Etienne Souriau).
- René Passeron parle de « l’art du cheminement » : l’œuvre en train de se faire, avec ses accidents et bifurcations.
- Henri Focillon a anticipé cette approche avec Éloge de la main (1939) et La vie des formes (1934).
4. École de Francfort (Walter Benjamin)
- L’œuvre d’art à l’ère de sa reproductibilité technique : disparition de « l’aura » de l’œuvre unique.
- La reproductibilité technique (photographie, cinéma) libère l’œuvre de son unicité et modifie sa perception et sa fonction sociale.
L’art ne se limite plus à l’objet fini, mais s’appréhende aussi par son processus, ses contextes sociaux et ses modes de diffusion.
Définition et évaluation en Arts plastiques
1. Définition des Arts plastiques
Les arts plastiques désignent une discipline artistique centrée sur la manipulation de la matière et de l’espace pour produire des œuvres qui engagent activement le spectateur. Cette discipline rejette l’idée d’un art élitiste ou « muséal » et valorise l’expérience esthétique comme une interaction dynamique, non une simple contemplation passive.
2. Philosophie pragmatiste et arts plastiques
- Inspirés par la pensée pragmatiste de John Dewey (notamment Art as Experience, 1934), les arts plastiques considèrent la création artistique comme une expérience active.
- L’art est vu comme une enquête : poser un problème plastique, formuler des hypothèses par le geste, puis évaluer les résultats.
- Cette approche valorise la création-recherche, où la pratique artistique est un processus de réflexion et d’expérimentation.
3. Évaluation en arts plastiques
- L’évaluation ne porte pas sur la beauté ou le talent, mais sur la pertinence et la cohérence de la réponse artistique.
- On mesure comment l’artiste transforme le réel (espace, matière, couleur) pour produire des effets qui agissent sur le spectateur.
- Le spectateur est actif dans la réception de l’œuvre, qui n’a de sens que dans ce rapport dynamique.
4. Points clés à retenir
| Aspect | Description |
|---|---|
| Refus de l’art fétiche | Rejet de l’art élitiste, muséal, confiné aux salons académiques |
| Expérience esthétique | Interaction active avec la matière et l’environnement, pas simple contemplation |
| Création comme enquête | Processus de recherche : poser problème, hypothèses, évaluation |
| Évaluation | Pertinence et cohérence de la réponse, transformation du réel, effet sur le spectateur |
| Rôle du spectateur | Actif dans la réception, l’œuvre prend sens dans cette interaction |
L’évaluation en arts plastiques porte sur la cohérence et la pertinence de la transformation artistique, non sur un jugement esthétique personnel.
Les invariants pédagogiques des Arts plastiques
1. Les invariants pédagogiques des Arts plastiques
Les invariants pédagogiques en arts plastiques, de la maternelle à l’université, reposent sur trois axes fondamentaux qui structurent l’apprentissage et la pratique artistique.
2. La pratique plastique et l’expérimentation matérielle
Au cœur de la discipline, cette dimension consiste à manipuler des matériaux concrets pour donner forme à une idée.
| Niveau scolaire | Objectifs clés | Exemples de pratiques |
|---|---|---|
| Maternelle | Manipulation tactile simple | Peinture au doigt |
| École primaire | Découverte et expérimentation variée | Collage, modelage |
| Université | Maîtrise technique et choix délibéré des médiums | Peinture à l’huile, résine, outils numériques |
- Maîtrise du geste et des outils : Apprendre à contrôler son geste (tenir un pinceau, découper) et diversifier les techniques (gravure, sculpture, photographie, modélisation 3D).
- Détournement et innovation : Utiliser objets et techniques hors de leur usage habituel pour créer du sens.
3. Le développement d’une démarche de projet et de création
Cette compétence vise à transformer l’élève en auteur autonome capable de concevoir et mener un projet artistique.
- Conceptualisation : Évolution de consignes simples ("dessine ta maison") vers des problématiques artistiques personnelles et complexes à l’université.
- Gestion des étapes de création : Faire des essais, accepter l’erreur, formaliser ses recherches dans un carnet (croquis ou bord), et mener un projet à son terme.
- Autonomie et prise de décision : Faire des choix plastiques affirmés et savoir les justifier.
4. La posture réflexive et la verbalisation
La création ne suffit pas ; il faut aussi analyser et verbaliser sa pratique et celle des autres.
- Explicitation de sa pratique : Mettre des mots sur ses actions, que ce soit en maternelle (dire ce qu’on a fait) ou à l’université (soutenir une note d’intention ou un mémoire).
- Esprit critique : Analyser l’impact visuel d’une œuvre, interroger les choix de présentation (scénographie, accrochage), et accepter le regard des autres lors des bilans collectifs.
À retenir : Les invariants pédagogiques des arts plastiques s’appuient sur la pratique concrète, la démarche autonome de création et la capacité réflexive et critique.
Progression et objectifs selon les niveaux de formation
1. Progression et objectifs selon les niveaux de formation
L’enseignement des arts plastiques vise à former des individus autonomes, capables de se situer dans le monde, d’agir, de porter un regard critique sur leurs actions, et de communiquer de manière constructive. Il ne s’agit pas de former uniquement des artistes, mais des sujets conscients de leur singularité.
2. Objectifs généraux de l’enseignement des arts plastiques
- Appropriation d’un vocabulaire adapté : maîtriser progressivement les termes techniques et théoriques (couleur, texture, espace, composition, concept).
- Culture artistique et ouverture au monde :
- Relier sa pratique à l’histoire de l’art.
- Associer œuvres, mouvements, époques et contextes sociaux-politiques.
- Comprendre les dialogues entre art et autres disciplines (littérature, sciences, philosophie, histoire).
- Développer une sensibilité esthétique par la fréquentation d’œuvres (musées, galeries, rencontres avec artistes).
3. Progression selon les niveaux de formation
| Niveau | Objectif principal de la pratique | Nature du recul critique |
|---|---|---|
| Maternelle | Expérimentation sensorielle et motrice. | Exprimer ses émotions et nommer ses gestes. |
| Élémentaire | Maîtrise des outils et réponses à des problèmes. | Décrire sa démarche et acquérir les premiers repères. |
| Collège | Diversification des supports (numérique, volume, etc.). | Interroger le statut des images et de l’espace. |
| Lycée | Construction d’un projet de création personnel et suivi. | Justifier des choix plastiques au regard de l’histoire de l’art. |
| Université | Pratique professionnelle et recherche-création autonome. | Théorisation scientifique et rédaction de mémoires académiques. |
À retenir : L’enseignement des arts plastiques forme des sujets autonomes, capables d’exprimer, critiquer et théoriser leur pratique artistique en lien avec l’histoire et la culture.
Appréhension de l'œuvre d'art et expérience esthétique
1. Appréhension de l'œuvre d'art et expérience esthétique
L’appréhension de l’œuvre d’art repose sur une capacité naturelle à percevoir et analyser ce que l’on voit, accessible à tous, sans nécessité d’un statut d’initié ou d’esthète. Cette perception mobilise à la fois des capacités sensibles et intellectuelles utilisées dans la vie quotidienne (Dewey). Chaque spectateur attribue un sens propre à l’œuvre selon son vécu, ce qui transforme son expérience en un repère personnel enrichissant.
| Aspect | Description |
|---|---|
| Œuvre d’art | Résultat vivant de la rencontre entre l’intention de l’artiste et la perception du spectateur |
| Spectateur | Porte attention à la forme, couleur, espace de l’œuvre, condition essentielle pour que l’œuvre opère |
| Expérience esthétique | Interaction dynamique qui transforme le spectateur et enrichit son vécu |
À retenir : « Il n’y a d’œuvre qu’à la rencontre d’une intention et d’une attention » (Gérard Genette).
L’œuvre d’art ne se définit pas par une essence idéale ou une supériorité sur les objets ordinaires, mais par la relation vivante qu’elle instaure avec celui qui la regarde. Cette relation implique un effort d’attention, sans lequel l’œuvre ne peut pleinement agir.
Depuis le début du 20ème siècle, de nombreuses démarches artistiques tendent à effacer la frontière entre art et vie. Selon Robert Filliou (Fluxus) :
« L’art est ce qui rend la vie plus intéressante que l’art. »
Cette citation souligne que l’art ne se situe pas au-dessus de la vie, mais s’y intègre et la valorise, faisant de l’expérience esthétique un enrichissement de la vie quotidienne.