Naissance d'une industrie cinématographique
1. Naissance d'une industrie cinématographique (1900-1927)
a) Deux périodes charnières de l'industrie américaine
- Avant 1924 : émergence des salles de projection et multiplication des producteurs indépendants.
- Après 1924 : concentration des producteurs et développement des circuits de salles.
2. Évolution des salles de cinéma
| Type de salle | Caractéristiques principales | Objectifs et impacts |
|---|---|---|
| Nickelodeons | - Petites salles permanentes (environ 199 places) | - Prix d'entrée : 5 cents (un nickel) |
| - Nom issu de "Nickel" (pièce) + "Odéon" (spectacle) | - Attiraient 15 millions de spectateurs par semaine | |
| - Capacité limitée pour éviter les droits d'auteur | ||
| Temples du cinéma | - Amélioration de l'hygiène et du confort | - Attirer un public plus large |
| - Création de circuits de salles | - Augmentation des profits |
3. Points clés à retenir
L'industrie cinématographique américaine s'est structurée autour de l'amélioration des salles et de la concentration des producteurs, passant des modestes Nickelodeons à des circuits de salles confortables et rentables.
Évolution des salles de projection
1. Évolution des salles de projection
- Temples du cinéma : Salles gigantesques où le cinéma devient un rituel, dépassant le simple divertissement.
- Disparition des Nickelodeons : Ces petites salles populaires ont disparu vers 1917.
- Musique d'ambiance : L'orgue de Wurlitzer remplace progressivement les orchestres symphoniques dans les salles.
- Évolution de l'offre :
- Initialement : attractions de music-hall.
- Puis : court-métrages.
- Ensuite : longs-métrages (feature films).
- Années 1950 : un billet permettait de voir deux longs-métrages.
2. Concentration verticale des producteurs
- Motion Pictures Patents Company (MPPC) :
- Fondée en 1908 par Edison.
- Regroupait dix sociétés de production.
- Contrôlait la distribution des films via un système de licences.
L'évolution des salles de projection illustre la transformation du cinéma en un rituel culturel, accompagnée d'une concentration progressive des producteurs autour de la MPPC.
Concentration des producteurs et formation des majors
1. Concentration des producteurs et formation des majors
- Hégémonie du MPPC (Motion Picture Patents Company) sur la majorité des salles américaines au début du XXe siècle.
- Contournement du MPPC : des producteurs indépendants s’installent à Hollywood pour échapper aux brevets et monopoles du MPPC.
2. Impact de la Première Guerre mondiale
- Neutralité des États-Unis (1914-1917) : permet à l’industrie cinématographique américaine de se développer pendant que l’Europe est en guerre.
- Le cinéma devient une source majeure de revenus.
- Entre 1911 et 1920, plus de 5 000 longs-métrages sont produits aux États-Unis.
3. Formation des majors
- Fusion de petites sociétés en grandes compagnies dominantes, appelées majors.
- Exemples de majors : United Artists, fondée par des artistes pour contrôler la production et la distribution.
- Ces majors contrôlent la production, la distribution et l’exploitation des films, consolidant ainsi leur pouvoir économique.
La neutralité américaine pendant la Première Guerre mondiale a favorisé l’émergence d’une industrie cinématographique puissante, dominée par les majors issues de la concentration des producteurs.
Le système des studios et les stars sous contrat
1. Le système des studios
Le système des studios est un modèle de production cinématographique dominant aux États-Unis, caractérisé par une organisation rigoureuse et centralisée des grandes maisons de production.
a) Principes clés du système des studios
| Principe | Description |
|---|---|
| Stars sous contrat | Chaque studio engageait des acteurs et actrices célèbres sous contrat exclusif, formant une « écurie » stable. |
| Contrats rigides | Les artistes étaient liés par des contrats stricts, contrôlant leur image et leur carrière. |
| Contrôle de la production | Les studios géraient tous les aspects, de la production à la distribution, assurant un contrôle total. |
b) Stars sous contrat
- Les studios possédaient des acteurs et actrices vedettes sous contrat exclusif, garantissant leur présence dans les films produits.
- Ces stars étaient des figures clés pour attirer le public et assurer le succès commercial.
- Exemples célèbres : Lillian Gish, Mary Pickford, Mabel Normand, Richard Barthelmess, Douglas Fairbanks, Rudolph Valentino, Gloria Swanson.
c) Pratiques commerciales associées
- Block-booking : Obligation pour les exploitants d'acheter des lots de films sans les avoir vus, assurant la vente de films moins attractifs grâce à la popularité des autres.
- Blind-bidding : Enchères sur des films non encore visionnés, reflétant le pouvoir des grandes productions sur les exploitants.
Le système des studios reposait sur un contrôle strict des talents et de la production, assurant la domination commerciale des grandes maisons de production.
David W. Griffith et le mélodrame
1. David W. Griffith et le mélodrame
David Wark Griffith (1875-1948) est un réalisateur majeur du cinéma muet, ayant réalisé environ 450 films entre 1908 et 1913, principalement pour les studios Biograph puis Mutual. Il est reconnu pour ses innovations techniques et narratives qui ont profondément influencé le langage cinématographique.
a) Innovations techniques clés
| Technique | Description | Impact sur le cinéma |
|---|---|---|
| Plan rapproché | Gros plan sur un personnage ou un objet | Accentue l'expression émotionnelle |
| Insert | Plan détaillé d'un objet ou d'un détail | Renforce la narration et la compréhension |
| Montage alterné | Montage entre deux actions simultanées | Crée du suspense et dynamise le récit |
Ces techniques ont permis à Griffith de développer un style plus expressif et narratif, en particulier dans le genre du mélodrame.
b) Le mélodrame chez Griffith
- Le mélodrame est un genre qui met en scène des conflits émotionnels intenses, souvent autour de thèmes moraux et sociaux.
- Griffith utilise le mélodrame pour explorer des tensions sociales et psychologiques, en accentuant les émotions par le jeu des acteurs et la mise en scène.
- Ses films mélodramatiques combinent une narration claire avec une forte charge émotionnelle, renforcée par ses innovations de mise en scène.
À retenir : David W. Griffith a révolutionné le cinéma en introduisant des techniques narratives et visuelles (plan rapproché, insert, montage alterné) qui ont permis d’intensifier le mélodrame et d’en faire un genre central du cinéma narratif.
Mack Sennett et le burlesque américain
1. Mack Sennett et le burlesque américain
Mack Sennett est une figure majeure du cinéma burlesque américain, connu pour avoir fondé Keystone Studios en 1912, où il a développé un style comique basé sur le slapstick et la satire sociale.
a) Caractéristiques du burlesque américain selon Sennett
- Slapstick : comédie physique exagérée, avec des chutes, des poursuites et des gags visuels.
- Rythme rapide : montage dynamique favorisant l’action et l’humour visuel.
- Personnages caricaturaux : figures stéréotypées et exagérées pour accentuer le comique.
- Improvisation et spontanéité : liberté laissée aux acteurs pour créer des scènes comiques.
b) Innovations et apports
- Création de la Keystone Cops : troupe de policiers maladroits, emblématique du burlesque.
- Mise en scène dynamique : utilisation de la caméra pour accentuer le comique (travellings, plans rapprochés).
- Développement du gag visuel : importance du geste et du mouvement plutôt que du dialogue.
c) Impact sur le cinéma
- Popularisation du burlesque : Sennett a rendu ce genre accessible et populaire auprès d’un large public.
- Influence sur les comédiens : a lancé la carrière de stars comme Charlie Chaplin et Mabel Normand.
- Évolution vers la comédie narrative : intégration progressive d’intrigues simples autour des gags.
| Aspect | Description | Exemple/Conséquence |
|---|---|---|
| Style comique | Slapstick, gags visuels, rythme rapide | Keystone Cops, poursuites burlesques |
| Personnages | Caricatures, stéréotypes | Policiers maladroits, héros maladroits |
| Techniques | Caméra mobile, montage dynamique | Accentuation du comique par le cadrage |
| Influence | Popularisation du burlesque, lancement d’acteurs | Chaplin, Normand |
Le burlesque américain de Mack Sennett repose sur un comique visuel et physique, fondé sur la caricature et la rapidité, qui a profondément influencé la comédie cinématographique.
Les grandes figures du burlesque
1. Mack Sennett : le père du burlesque américain
- Fondateur du burlesque américain, un genre mêlant farce, comique physique, expressions corporelles et absurdité.
- En 1912, crée Keystone, sa maison de production spécialisée dans la comédie.
- Invente le métier de gagman (scénariste de gags).
- Forme une troupe de comédiens célèbres :
- Roscoe "Fatty" Arbuckle
- Charlie Chaplin
- Buster Keaton
- Harold Lloyd
- Harry Langdon
- Ses films mettent en scène des personnages archétypaux :
- Keystone Cops (policiers maladroits)
- Bathing Beauties (jeunes femmes en maillot de bain)
- Les longs-métrages burlesques duraient rarement plus de 1h15.
- Les gags circulaient librement entre auteurs, sans protection par droits d’auteur.
2. Figures emblématiques du burlesque
| Nom | Particularité principale | Contribution au burlesque |
|---|---|---|
| Charlie Chaplin | Maître du comique muet et du personnage du vagabond | Fusion du burlesque avec une dimension sociale et émotionnelle |
| Buster Keaton | Comique physique et cascades spectaculaires | Rigueur dans la mise en scène et l’humour visuel |
| Harold Lloyd | Héros ordinaire confronté à des situations absurdes | Mélange d’optimisme et de suspense comique |
Le burlesque repose sur un comique visuel et corporel, incarné par des figures qui ont su mêler humour et humanité.
Les cinéastes européens à Hollywood
1. Les cinéastes européens à Hollywood
Les cinéastes européens ont largement contribué à l'évolution du cinéma hollywoodien, apportant des styles, des techniques et des visions artistiques nouvelles qui ont enrichi l'industrie américaine.
a) Influence majeure des cinéastes européens
- Apport stylistique : introduction de courants artistiques européens (expressionnisme, surréalisme, réalisme poétique) dans les films hollywoodiens.
- Techniques narratives et visuelles : utilisation innovante de la lumière, du montage et de la mise en scène héritée du cinéma européen.
- Thématiques : exploration de sujets plus complexes et psychologiques, souvent absents du cinéma américain traditionnel.
b) Exemples emblématiques
| Cinéaste | Origine | Apport principal à Hollywood | Œuvres notables |
|---|---|---|---|
| Fritz Lang | Allemagne | Expressionnisme, atmosphères sombres et stylisées | M, Metropolis |
| Ernst Lubitsch | Allemagne | Comédie sophistiquée, "Lubitsch touch" | Ninotchka, To Be or Not to Be |
| Billy Wilder | Autriche | Mélange de comédie et drame, satire sociale | Sunset Boulevard, Some Like It Hot |
| Josef von Sternberg | Autriche | Esthétique visuelle forte, portraits psychologiques | The Blue Angel, Shanghai Express |
c) Conditions d’arrivée et intégration
- Fuite des régimes totalitaires : montée du nazisme et fascisme dans les années 1930 pousse de nombreux artistes à émigrer.
- Adaptation au système hollywoodien : nécessité de concilier liberté artistique et contraintes commerciales.
- Collaboration avec les studios : souvent employés comme réalisateurs, scénaristes ou consultants, ils influencent la production hollywoodienne.
Les cinéastes européens ont transformé Hollywood en y injectant une richesse artistique et narrative qui a durablement marqué le cinéma mondial.
Victor Sjöström et le cinéma suédois à Hollywood
1. Victor Sjöström et le cinéma suédois à Hollywood
Victor Sjöström est une figure majeure du cinéma suédois et l’un des premiers cinéastes européens à s’imposer à Hollywood. Son parcours illustre l’influence déterminante des réalisateurs européens sur le cinéma américain au début du XXe siècle.
a) Contexte : l’influence européenne sur Hollywood
- Le cinéma hollywoodien, bien que qualifié d’« américain », a été profondément influencé par des cinéastes venus d’Europe.
- Cette influence s’est manifestée dès les années 1910, avec plusieurs vagues d’immigration de réalisateurs européens vers les studios américains.
b) Les vagues d’arrivée des cinéastes européens à Hollywood
| Période | Réalisateurs clés | Origine | Particularités |
|---|---|---|---|
| Années 1910 | Charlie Chaplin, Frank Capra, Erich von Stroheim, Maurice Tourneur | Royaume-Uni, Italie, Autriche, France | Pionniers du cinéma hollywoodien |
| Années 1920 | Ernst Lubitsch (1922), Friedrich Murnau (1926) | Allemagne | Réponse à l’appel des studios |
| Années 1920 | Michael Curtiz (1926), Rouben Mamoulian | Hongrie, Caucase | Fuite des troubles en Europe centrale et Russie |
c) Victor Sjöström : un pionnier suédois à Hollywood
- Sjöström a d’abord marqué le cinéma suédois avec des œuvres naturalistes et psychologiques, avant de rejoindre Hollywood.
- Son style, mêlant réalisme et expressionnisme, a enrichi le cinéma américain, notamment dans le domaine du drame.
- À Hollywood, il a réalisé plusieurs films importants qui ont contribué à la maturation artistique du cinéma américain.
À retenir : Victor Sjöström incarne l’apport fondamental des cinéastes européens à Hollywood, en particulier par son style novateur et sa capacité à fusionner influences européennes et exigences américaines.
Erich von Stroheim, un cinéaste contre-courant
1. Erich von Stroheim : un cinéaste contre-courant
Identité et personnage
- Stroheim s'est construit une identité fictive de noble autrichien, prétendant être fils de colonel.
- En réalité, il était fils d’un marchand juif, ce qui contraste avec son image publique.
Carrière et style
- Réalisateur prolifique du cinéma muet avec 9 films majeurs.
- Ses œuvres explorent la cruauté humaine et les aspects sombres de la société.
- Son style se démarque par une approche réaliste et souvent provocante, en opposition aux normes hollywoodiennes.
Conflits avec Hollywood
- Stroheim a été détruit par Hollywood, victime de censures et de pressions qui ont limité sa liberté artistique.
- Ses films étaient souvent longs, coûteux et jugés trop audacieux, ce qui a provoqué des conflits avec les studios.
À retenir : Erich von Stroheim incarne le cinéaste rebelle, dont la vision artistique radicale a été étouffée par les contraintes commerciales d’Hollywood.
Friedrich Wilhelm Murnau et l'innovation cinématographique
1. Friedrich Wilhelm Murnau : un cinéaste à contre-courant
- Style et thématiques : Murnau privilégie la démesure psychologique et la violence érotique, s’éloignant des normes hollywoodiennes standardisées.
- Techniques narratives : usage fréquent du plan long et refus des ellipses narratives, ce qui rend ses films souvent très longs.
- Coûts de production : ses films sont coûteux, ce qui va à l’encontre de la tendance à la standardisation et à la réduction des budgets.
2. Œuvres majeures et innovations
| Année | Titre français | Titre original | Particularités |
|---|---|---|---|
| 1922 | Folies de femmes | - | Représentation crue de l’humanité, sans compassion ni empathie |
| 1924 | Les Rapaces | - | Chef-d’œuvre mutilé par les studios, reflet de son combat artistique |
| 1927 | L'Aurore | Sunrise | Film très inventif et hybride, succès critique mais échec commercial |
| 1928 | Les Quatre Diables | Four Devils | - |
| 1929 | L'Intruse | City Girl | - |
| 1931 | Tabou | Tabu | Co-réalisé avec Robert Flaherty, dernier film avant sa mort prématurée |
À retenir : Murnau incarne un cinéma d’auteur libre, marqué par l’innovation formelle et narrative, en rupture avec les standards hollywoodiens, mais souvent confronté aux contraintes commerciales.