Origines et antécédents de l'idée de développement durable
1. Origines et antécédents de l'idée de développement durable
Le développement durable est une notion apparue il y a plus de vingt ans, qui vise à concilier développement économique, protection de l’environnement et justice sociale, notamment dans le contexte des relations Nord-Sud. Son sens reste cependant ambigu et en évolution.
a) Émergence et diffusion du concept
- 1980 : L’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN) introduit pour la première fois la notion de développement durable dans sa Stratégie mondiale pour la conservation, intégrant les aspirations au développement économique et social aux préoccupations environnementales.
- 1987 : Le rapport Brundtland, commandé par l’ONU, popularise le concept en le définissant comme un développement qui répond aux besoins du présent sans compromettre la capacité des générations futures à satisfaire les leurs.
- Depuis, le terme s’est imposé dans les discours diplomatiques, politiques et économiques, notamment dans des textes internationaux comme :
- La Convention-cadre sur le changement climatique (Rio, 1992) qui intègre le principe de précaution.
- Le traité de Maastricht (1992) qui évoque la croissance durable respectueuse de l’environnement.
Le développement durable est une référence internationale qui sert à articuler les enjeux économiques, sociaux et environnementaux dans une perspective intergénérationnelle.
b) Trois courants théoriques fondateurs
| Courant | Description | Objectifs clés | Limites |
|---|---|---|---|
| Écodéveloppement (années 1970) | Approche centrée sur la satisfaction des besoins fondamentaux des populations pauvres, avec une participation locale et une adaptation aux contraintes écologiques. | Habitat, alimentation, énergie, santé, éducation, gestion locale des ressources renouvelables. | Influence limitée par obstacles économiques et politiques, marginalité face aux logiques marchandes. |
| Économie écologique | Intègre les concepts des sciences naturelles (thermodynamique, écologie) pour critiquer la croissance économique illimitée et promouvoir une bioéconomie. | Remise en cause de l’auto-entretenir économique, impossibilité de recyclage complet, non-substituabilité du capital naturel. | Diversité des approches, difficultés d’application pratique. |
| Théorie néoclassique | Analyse les problèmes environnementaux comme des effets externes ou des biens collectifs mal alloués, sans nier la croissance économique. | Optimisation de l’allocation des ressources, arbitrage intertemporel, équité intergénérationnelle. | Parfois minimise les liens entre croissance et dégradation environnementale. |
c) Concepts économiques clés liés au développement durable
- Effets externes : impacts non pris en compte par le marché (ex. pollution) qui causent des inefficacités économiques.
- Biens collectifs : biens non rivaux et non exclusifs, difficiles à gérer par le marché (ex. qualité de l’air, pêcheries).
- Allocation inefficace : situation où les ressources ne sont pas utilisées de manière optimale pour le bien-être collectif.
d) Fonctions institutionnelles du développement durable
- Décloisonner les analyses entre économie, environnement et société.
- Intégrer l’environnement dans la perspective économique pour une croissance respectueuse des ressources naturelles.
- Lier les enjeux Nord-Sud en reconnaissant les inégalités et la nécessité d’une coopération internationale renouvelée.
Le développement durable ne dicte pas encore précisément les actions à entreprendre, mais il oriente les arbitrages politiques et économiques vers une gestion prudente et équitable des ressources naturelles.
2. À retenir
Le développement durable est un concept pluridimensionnel né des convergences entre écologie, économie et justice sociale, qui vise à assurer un équilibre intergénérationnel entre développement économique et protection de l’environnement, en s’appuyant notamment sur le principe de précaution.
Accumulation du capital et croissance économique
1. Optimisation intertemporelle et arbitrage intergénérationnel
- Développement durable (rapport Brundtland, 1988) : répondre aux besoins du présent sans compromettre la capacité des générations futures à satisfaire les leurs.
- Optimisation intertemporelle : allocation optimale des biens entre générations successives, considérées comme agents indépendants.
- L’utilité d’une génération dépend de sa consommation par tête ; la transmission du capital permet une consommation future plus élevée mais implique un sacrifice présent.
- Croissance démographique traitée comme variable exogène.
a) Critères d’optimisation intergénérationnelle
| Critère | Description | Limite principale |
|---|---|---|
| Maximisation de la somme des utilités (Ramsey) | Compense les dommages aux générations futures par un surcroît d’utilité présente | Peut légitimer des sacrifices ou dommages |
| Maximisation de la somme actualisée des utilités | Actualisation dévalorise l’utilité des générations lointaines, favorisant la génération présente | Dictature du présent |
| Surclassement à long terme | Préfère une trajectoire si à long terme la somme des utilités futures est supérieure | Dictature des générations futures |
| Maximisation du bien-être du plus défavorisé (Rawls) | Priorise la justice distributive intergénérationnelle | Peut conduire à faible investissement |
| Minimisation du temps de transition | Assure couverture rapide des besoins fondamentaux sans défavoriser aucune génération | Norme minimale de consommation |
L’objectif du développement durable exclut les critères dictant la priorité exclusive au présent ou aux générations très éloignées.
b) Critère composite de Chichilnisky (1993)
- Combine utilité présente et utilité des générations futures sans dictature d’aucune génération.
- Forme générale :
où est le flux d’utilité de la génération , pondère la génération présente, est une mesure additive sur les générations futures.
2. Durabilité et capital naturel
- La durabilité implique la non-décroissance du niveau de consommation par tête d’une génération à l’autre.
- Compatible avec la croissance uniquement si aucun actif naturel essentiel n’est épuisé sans substitution.
- Le capital naturel est non reproductible par l’homme et nécessite une responsabilité particulière de la génération présente.
- L’optimisation intertemporelle classique est limitée par l’incertitude à long terme et la complexité des interactions environnementales.
3. Typologie de la durabilité selon Kerry Turner (1992)
| Type de durabilité | Caractéristiques principales | Hypothèses clés et limites |
|---|---|---|
| Durabilité "très faible" (Solow) | Capital naturel considéré comme un actif dépréciable compensé par investissement dans d’autres capitaux (humain, artificiel). Substituabilité générale entre capitaux. | Nécessite réinvestissement de la rente des ressources non renouvelables. Hypothèse forte de substituabilité. |
| Durabilité "faible" | Complète la précédente par un noyau minimal de capital naturel critique à préserver (limites d’assimilation écologique). | Reconnaît limites pratiques à la substituabilité. |
| Durabilité "forte" | Sauvegarde intégrale du capital naturel, interdiction de pertes nettes, réhabilitation obligatoire. | Justifiée par propriétés irréversibles et unicité des actifs naturels. |
a) Durabilité "très faible" (Solow, 1993)
- Le revenu durable est la consommation maximale compatible avec le maintien du capital total (artificiel, humain, naturel).
- La société doit ne pas consommer son capital mais le remplacer ou réduire son usage.
- Exemple : fonds d’investissement alimenté par la rente des ressources épuisées (Hartwick, 1977).
- Limites :
- Imperfection des prix pour valoriser correctement le capital naturel.
- Hypothèse forte de substituabilité entre capitaux.
- Vision locale, non générale de la durabilité.
b) Durabilité "faible"
- Introduit des contraintes exogènes pour préserver un noyau minimal de capital naturel essentiel.
- Prend en compte les limites écologiques et la préservation de certains paysages ou systèmes naturels.
c) Durabilité "forte"
- Exige la conservation intégrale du capital naturel, sans perte nette.
- Justifiée par :
- Propriétés irréversibles des impacts environnementaux.
- Valeur unique et irremplaçable de certains actifs naturels.
- Attitudes sociales favorisant la préservation stricte.
La durabilité forte dépasse la simple substitution économique et impose une norme stricte de transmission du patrimoine naturel.
À retenir : Le développement durable exige un arbitrage intergénérationnel équilibré, excluant la dictature du présent ou du futur, et une gestion prudente du capital naturel, dont la préservation est essentielle pour garantir la capacité des générations futures à satisfaire leurs besoins.
Le développement en question
1. Incertitudes et contraintes liées au capital naturel
- Irréversibilité des transformations globales : Certaines pertes, comme la disparition d’espèces, sont irréversibles, ce qui impose des contraintes d’échelle pour maintenir les équilibres planétaires (ex. effet de serre).
- Aversion spécifique des populations : Les sociétés manifestent une aversion plus forte pour les pertes environnementales que pour les gains, intégrant des valeurs éthiques liées à la responsabilité envers les générations futures.
- Principe de précaution : Cette exigence de préserver le capital naturel limite la croissance à long terme. Elle nécessite une évaluation complète et ordonnée des actifs naturels, reliant phénomènes biophysiques à leur utilité économique.
- Comptabilité du patrimoine naturel : Outil essentiel pour traduire les descriptions physiques en évaluations économiques, permettant d’établir des compensations en cas de dégradation.
2. Durabilité forte et très forte
| Type de durabilité | Description | Conséquences clés |
|---|---|---|
| Durabilité forte | Préservation du capital naturel, avec reconnaissance des limites écologiques et éthiques. | Nécessité de maintenir le capital naturel pour les générations futures, intégration de valeurs éthiques. |
| Durabilité très forte | Ajoute une contrainte globale d’échelle sur les flux de matières et d’énergie. | Limite absolue à la taille physique de l’économie, nécessité d’une économie stationnaire physiquement. |
- Herman Daly illustre la durabilité très forte par la métaphore de la charge d’un bateau : l’allocation optimale ne suffit pas si la charge totale dépasse la capacité.
- La durabilité très forte remet en cause la capacité de la croissance économique illimitée, soulignant la nécessité d’une transition vers une économie qualitative et moins matérielle.
- Cette conception est contestée scientifiquement et politiquement, notamment sur la question de la démographie mondiale.
3. Difficultés pratiques et échelles d’application
- La durabilité est une valeur normative qui prend sens au niveau planétaire, où la rareté absolue impose des contraintes.
- Il est difficile de traduire cet objectif global en règles locales, car les mécanismes de substitution et compensation peuvent varier.
- Le concept de durabilité n’a pas une structure fractale : il ne s’applique pas de la même manière à toutes les échelles (local, régional, global).
- Les connaissances scientifiques sur les seuils écologiques planétaires sont limitées et controversées, rendant difficile la définition d’enveloppes écologiquement admissibles.
- La durabilité ne peut être déduite directement ni d’une optimisation économique classique ni de la science seule, nécessitant des critères stratégiques adaptés à l’incertitude.
4. Critères stratégiques face aux incertitudes
- Comportement d’assurance : adopter des mesures prudentes face aux risques connus.
- Recherche de temps : gagner du temps pour mieux comprendre les phénomènes incertains.
- Solutions de moindre regret : privilégier des actions satisfaisant plusieurs objectifs collectifs simultanément.
Le développement durable doit intégrer une gestion prudente des incertitudes et controverses, en adoptant des critères stratégiques de second rang.
5. Le principe de précaution
- Définition : Principe juridique et éthique qui impose de limiter les émissions ou activités potentiellement dangereuses sans attendre la preuve formelle de causalité scientifique.
- Apparition en droit international en 1987 (Conférence sur la protection de la mer du Nord).
- Diffère de la prévention classique qui repose sur une connaissance précise des risques et probabilités.
- En théorie économique, le risque est probabilisable, alors que l’incertitude (prise en compte par la précaution) ne l’est pas.
a) Liens entre développement durable et principe de précaution
- Les deux notions émergent de la conscience des conséquences graves et irréversibles de certaines actions.
- Le principe de précaution permet de traduire en action des préoccupations liées aux incertitudes scientifiques, notamment sur les risques pour les générations futures.
- Le développement durable implique une attitude de précaution face aux risques environnementaux.
b) Interprétations du principe de précaution
| Version | Description |
|---|---|
| Faible | Mesures de précaution possibles en cas de menace non négligeable, avec évaluation coûts-avantages. |
| Forte | Mesures de précaution obligatoires, quel que soit le coût. |
| Très forte | Charge de la preuve inversée : le promoteur doit démontrer l’innocuité avant autorisation (ex. Greenpeace). |
- Le principe de précaution introduit une ambivalence : il s’éloigne de la décision rationnelle classique, mais tend à exiger des preuves scientifiques incontestables pour justifier les actions.
- La preuve définitive d’innocuité est souvent impossible, ce qui complique la mise en œuvre stricte du principe.
Le principe de précaution impose d’agir face à l’incertitude scientifique pour protéger l’environnement et les générations futures, même sans certitude absolue.
Croissance et environnement
1. Le principe de précaution et ses limites
- Principe de précaution : agir pour prévenir un dommage environnemental même en l'absence de certitude scientifique complète.
- Charge de la preuve : difficile à établir en cas d'incertitude scientifique, ce qui pose la question de qui doit prouver le risque.
- Scénario du pire : souvent mal défini, car il peut inclure des événements très improbables mais catastrophiques, rendant une prévention absolue irréaliste et paralysante.
- Application raisonnable : le scénario du pire retenu doit être crédible et vraisemblable selon les connaissances scientifiques disponibles, avec une reconnaissance possible d'erreur.
- Responsabilité politique et juridique : les États ayant adopté ce principe peuvent être tenus responsables s'ils n'ont pas pris de mesures de précaution face à des risques présumés, même sans preuve scientifique formelle.
- Exemple climatique : les pays industrialisés ont accepté de réduire leurs émissions de gaz à effet de serre (GES) et de financer les surcoûts des pays en développement, reconnaissant leur responsabilité historique.
Le principe de précaution doit être encadré pour éviter qu'il ne freine l'innovation et le développement durable.
2. Enjeux institutionnels et politiques du développement durable
Le développement durable est une notion large qui sert à :
| Objectif | Description |
|---|---|
| Favoriser le décloisonnement scientifique | Intégrer analyses économiques, sociales, environnementales et éthiques pour une meilleure cohérence. |
| Intégrer l'environnement au développement | Faire de la protection de l'environnement une partie intégrante du développement économique. |
| Lier environnement et relations Nord-Sud | Reconnaître les responsabilités historiques et favoriser les transferts financiers et technologiques. |
- Décloisonnement des disciplines : rapprochement des savoirs économiques, écologiques et éthiques pour une gestion équilibrée.
- Développement économique central : consensus international pour ne pas opposer développement et environnement (ex. Déclaration de Rio, principes 4 et 8).
- Relations Nord-Sud : les pays du Sud réclament des ressources et technologies, tandis que les pays du Nord insistent sur la préservation globale, nécessitant un compromis.
3. Le développement durable comme ressource stratégique
- Le développement durable devient un outil rhétorique et politique utilisé par divers acteurs pour dénoncer, revendiquer ou proposer des alternatives.
- Il ouvre de nouveaux espaces d'expression et peut devenir une norme sociale contraignante.
- L'opinion publique internationale joue un rôle clé dans la pression exercée sur États et entreprises via des mécanismes comme le reporting (ex. Convention-cadre sur le climat).
- Ce processus s'inscrit dans la globalisation économique et politique, renforçant l'ingérence internationale tout en posant des tensions avec la souveraineté nationale.
4. Exemple : la dette écologique Nord-Sud selon le Global Commons Institute (GCI)
| Concept | Description |
|---|---|
| Norme universelle de durabilité climatique | 0,46 tonne de carbone par habitant et par an (émissions compatibles avec la stabilisation du CO2). |
| Pays créditeurs (Sud) | Émettent moins que la norme, considérés comme "créanciers" en termes d'émissions. |
| Pays débiteurs (Nord) | Émettent plus que la norme, considérés comme "débiteurs" ayant une dette écologique envers le Sud. |
| Dette écologique annuelle | Calculée en valorisant les émissions excédentaires selon un coefficient d'efficacité énergétique. |
- Cette dette traduit une obligation morale et politique de compensation des pays industrialisés envers les pays en développement.
5. Points clés à retenir
Le développement durable est un concept multidimensionnel qui vise à concilier croissance économique, protection de l'environnement et justice sociale, notamment entre pays du Nord et du Sud, tout en nécessitant un équilibre entre précaution et innovation.
Les limites de la croissance
1. Les limites de la croissance
Le concept de développement durable, popularisé par le rapport Brundtland (1987), vise à concilier croissance économique, protection de l’environnement et équité sociale. Il repose sur l’idée de répondre aux besoins du présent sans compromettre la capacité des générations futures à satisfaire les leurs.
a) Contexte et historique
- Origine : Première référence explicite en 1980 par l’Union internationale pour la conservation de la nature, qui souligne la nécessité de prendre en compte les facteurs sociaux, écologiques et économiques.
- Définition clé : La Commission Brundtland (1987) définit le développement durable comme un développement qui répond aux besoins du présent sans compromettre ceux des générations futures.
- Ce concept marque une rupture paradigmatique en intégrant la dimension environnementale et sociale dans la réflexion sur le développement.
b) Ambiguïtés et débats
- Le concept reste flou et indéfini, ce qui explique son large succès et son appropriation par divers acteurs (gouvernements, entreprises, organisations internationales).
- Cette imprécision permet au développement durable d’être un principe légitimateur pour des politiques et actions très diverses.
- Certains auteurs soulignent des contradictions internes dans les prémisses du concept, notamment entre croissance économique et limites écologiques.
c) Limites économiques et environnementales
- La croissance économique illimitée est remise en cause par la rareté des ressources naturelles et les capacités limitées des écosystèmes.
- La gestion optimale des ressources renouvelables et non renouvelables nécessite de repenser les modèles économiques traditionnels.
- Le concept de développement durable invite à intégrer la dimension intergénérationnelle dans les choix économiques, ce qui complique les critères d’optimisation à long terme.
d) Rôle institutionnel du développement durable
- Il joue un rôle de pont entre différentes disciplines (économie, écologie, sociologie).
- Il réoriente les politiques environnementales en les inscrivant dans une perspective de développement économique.
- Il sert de référence légitime internationale pour organiser la coopération entre pays, notamment entre Nord et Sud.
À retenir : Le développement durable est un concept clé pour penser les limites de la croissance, mais sa mise en œuvre nécessite de dépasser ses ambiguïtés et d’intégrer pleinement les contraintes écologiques et sociales dans les choix économiques.
Conserver ou préserver la nature
1. Conserver ou préserver la nature
Le concept de développement durable est souvent associé à l'environnement, bien plus qu'au développement lui-même, en raison de son origine dans des cercles spécialisés en environnement (CMED, UICN). Ce concept vise à répondre aux anomalies du développement : dégradation environnementale et inégalités sociales persistantes.
2. Définitions clés
- Développement : changement social permettant un progrès collectif, lié à la révolution industrielle, à l'espoir de progrès matériel et social, et à l'expansion mondiale du capitalisme.
- Développement durable : concept multidimensionnel, flou et malléable, qui cherche à intégrer les dimensions économique, sociale et environnementale.
3. Trois interprétations du développement durable
| Interprétation | Description | Points clés | Limites |
|---|---|---|---|
| Conservatrice | Croissance et rentabilité durables | Fusion économie-environnement, croissance économique maintenue | Contradictions à long terme entre rentabilité et environnement, nécessité de régulation |
| Modérée | Harmonisation entre économie et environnement | Réconciliation des logiques économiques (linéaire, illimitée) et écologiques (circulaire, finie) | Difficultés structurelles, dépendance à la régulation économique, marché comme principe organisateur |
| Progressiste | Intersection des logiques écologique, économique et sociale | Reconnaissance d'une dimension sociale autonome, accent sur besoins fondamentaux et équité | Variabilité des priorités entre les trois dimensions, débat sur la substituabilité des capitaux |
4. Approches économiques face à l'environnement
- École néoclassique : marché efficace, création d'instruments économiques (taxes, permis échangeables) pour corriger les externalités environnementales.
- École des droits de propriété : privatisation de l'environnement pour permettre une allocation optimale via le marché.
- Courants hétérodoxes : économie encastrée dans un système social et politique, valorisation sociale et conventionnelle des ressources naturelles.
5. Durabilité faible vs forte
- Durabilité faible : capital total constant entre générations, substituabilité entre capital économique, social et naturel.
- Durabilité forte : rejet de la substituabilité, maintien strict du capital naturel, reconnaissance de la complémentarité mais non substituabilité des capitaux.
La véritable rupture entre durabilité faible et forte dépend de la manière d’évaluer le capital naturel et sa constance intergénérationnelle.
6. Enjeux sociaux et environnementaux
- La dimension sociale est désormais reconnue comme autonome et essentielle dans le développement durable.
- Le développement durable vise à concilier équité sociale, protection de l’environnement et croissance économique, mais les compromis restent complexes et les priorités variables selon les acteurs.
Le développement durable est un concept multidimensionnel qui nécessite de dépasser la simple croissance économique pour intégrer équité sociale et préservation écologique.
Les enseignements de la bio-économie
1. Les enseignements de la bio-économie
La bio-économie invite à repenser l’efficacité des politiques économiques en intégrant les objectifs sociaux et environnementaux. Elle souligne que l’efficacité ne se mesure plus uniquement en termes économiques classiques, mais doit aussi prendre en compte la durabilité et l’équité sociale.
a) Dimension politique et débat économique
- La bio-économie remet en cause la vision néoclassique qui privilégie la confrontation des intérêts individuels comme seul moyen d’atteindre l’intérêt général.
- Elle met en lumière la nécessité d’une démocratisation accrue et d’un retour du politique pour maîtriser les dérives économiques et environnementales.
- Le débat dépasse la simple opposition entre réglementation et instruments économiques, en questionnant la conception même de l’être humain et la confusion entre mieux-être et plus-avoir.
À retenir : La bio-économie insiste sur la dimension politique incontournable pour concilier intérêts économiques, sociaux et environnementaux.
b) Développement durable : entre continuité et rupture paradigmatique
- Le développement durable n’est pas nécessairement une révolution paradigmatique, mais plutôt une nouvelle cadre d’analyse qui intègre mieux les anomalies du développement traditionnel (pauvreté persistante, dégradation environnementale, etc.).
- Il s’appuie sur des efforts méthodologiques pour internaliser ces anomalies, notamment via la théorie des effets externes en économie néoclassique.
- Le développement durable est souvent une utopie optimiste, qui suppose que le processus politique saura fédérer tous les acteurs autour d’un intérêt général écologique et social.
- En réalité, il s’agit plutôt d’une reconfiguration des rapports sociaux où la question environnementale devient centrale.
c) Croissance vs développement durable : un débat ancien
- La bio-économie s’inscrit dans un débat historique sur la croissance économique et ses limites, notamment la contradiction entre accumulation des richesses et dégradation des ressources naturelles.
- La notion de développement durable s’appuie sur l’idée que la croissance économique doit être compatible avec la préservation des ressources et le progrès social.
- Ce débat oppose :
- Les tenants d’une croissance durable, qui pensent que la croissance peut être maintenue en intégrant les contraintes écologiques.
- Ceux qui défendent un développement durable, plus large, qui inclut des transformations sociales et économiques profondes.
d) Accumulation du capital et limites écologiques
| Concept | Description |
|---|---|
| Accumulation du capital | Moteur de la croissance économique par réinvestissement du surplus économique |
| Principe de population | Limite à la croissance selon Malthus : ressources limitées face à une population croissante |
| État stationnaire | Situation où la croissance économique s’arrête, liée à la baisse du taux de profit et des investissements |
| Vision de John Stuart Mill | L’état stationnaire n’est pas négatif : il peut permettre une meilleure qualité de vie, moins de travail, plus de liberté |
- L’état stationnaire illustre une limite naturelle à la croissance infinie, compatible avec un développement durable centré sur la qualité de vie plutôt que sur l’accumulation matérielle.
e) Perspectives éthiques et sociales
- Certains auteurs proposent une austérité joyeuse, où la réduction des besoins et du temps de travail s’accompagne d’un enrichissement de la vie sociale.
- Cette vision rejoint l’idée que le progrès ne se mesure pas uniquement en termes économiques, mais aussi en termes de bien-être et de durabilité.
À retenir : La bio-économie et le développement durable appellent à dépasser la logique purement économique pour intégrer des valeurs sociales et écologiques, en réaffirmant la nécessité d’un engagement politique fort.
Environnement et développement
1. Le capitalisme en crise et ses contradictions environnementales
- Karl Marx critique la vision optimiste des classiques sur la croissance durable.
- Selon Marx, la baisse tendancielle du taux de profit est inhérente au capitalisme, qui est un système nécessairement en crise et gaspilleur de ressources.
- Il souligne la seconde contradiction du capitalisme (James O’Connor, 1992) : l’apparition de problèmes environnementaux liés à l’exploitation capitaliste, notamment en agriculture et foresterie.
- Marx note que chaque progrès capitaliste dans l’agriculture accroît temporairement la fertilité du sol mais détruit ses sources durables.
- La privatisation croissante des moyens de production entre en contradiction avec une gestion à long terme des ressources naturelles.
- Dès les années 1860, des auteurs libéraux s’inquiètent des rythmes d’exploitation des ressources et de la destruction des milieux naturels, annonçant les débats écologiques modernes.
2. Le développement économique et ses débats
a) Le développement : une norme implicite
- Le développement est souvent vu comme un processus naturel et inévitable, inspiré par l’évolution biologique (de l’embryon à l’adulte).
- La révolution industrielle anglaise sert de modèle normatif.
- L’expression « sous-développement » (Harry Truman, 1949) place les sociétés sur une échelle linéaire : certains pays sont en avance, d’autres en retard, mais tous doivent suivre la même voie.
- Walt Rostow (1960) décrit le développement comme une croissance auto-entretenue (« self-sustaining growth »), supposée améliorer automatiquement le niveau de vie et réduire les inégalités.
- Certains économistes néoclassiques considèrent la notion de durabilité comme redondante, car la croissance suffirait à résoudre les problèmes sociaux et environnementaux.
b) Les particularités du développement
- Après la Seconde Guerre mondiale, la question du développement devient centrale, notamment pour les pays décolonisés.
- Le développement ne se réduit pas à la croissance économique :
- Croissance = augmentation quantitative du produit économique (ex : PNB par habitant).
- Développement = changement qualitatif, incluant des transformations sociales et mentales (François Perroux).
- Les économies « sous-développées » sont caractérisées par :
Caractéristique Description Dualisme Coexistence d’un secteur traditionnel (excédent de main-d’œuvre) et d’un secteur moderne (industrialisation, exportation) Dépendance Forte dépendance aux marchés extérieurs et aux firmes multinationales Extraversion Modèle d’accumulation basé sur l’exportation et l’importation selon les besoins internes - Les années 60 voient un renouveau des critiques sur l’impérialisme et l’échange inégal (Amin, 1971), prônant un développement autonome, endogène et autocentré.
- L’industrialisation planifiée et les « industries industrialisantes » sont mises en avant pour favoriser ce développement.
3. Croissance et environnement
a) Les limites de la croissance
- Le rapport Meadows (1972), remis au Club de Rome, utilise un modèle informatique pour simuler les interactions entre population, production alimentaire, industrialisation, pollution et ressources non renouvelables.
- Résultat clé : la croissance exponentielle dans un monde fini conduit à un effondrement du système mondial.
- Le rapport appelle à une prise de conscience urgente des limites matérielles de la planète et à une révision fondamentale des comportements humains et sociaux.
- Il renouvelle la thèse de l’état stationnaire : population et capital doivent rester constants pour un équilibre durable.
- Activités non matérielles (éducation, art, recherche, sports, relations humaines) peuvent se développer indéfiniment sans dégrader l’environnement.
- La politique doit être volontariste pour stabiliser population et investissement, avec un délai d’environ 15 ans entre ces stabilisations pour améliorer le niveau de vie global.
- Le deuxième rapport du Club de Rome (Mesarovic et Pestel, 1974) distingue la croissance quantitative « indifférenciée » de la croissance organique, plus qualitative et durable.
À retenir : La croissance économique illimitée dans un monde aux ressources finies est impossible sans provoquer une crise environnementale majeure.
L'écodéveloppement
1. Écodéveloppement : Origines et débats
- Club de Rome (années 1970) : propose une redistribution mondiale des richesses, avec croissance dans les pays du Sud et arrêt dans les pays du Nord.
- Économistes hétérodoxes (Georgescu-Roegen, Daly) insistent sur la nécessité d’une décroissance ou d’un état stationnaire, questionnant la taille optimale de l’économie par rapport à l’environnement.
- Économistes néoclassiques (Solow, Stiglitz) développent des modèles de croissance optimale avec ressources épuisables, posant la durabilité faible : maintien du stock de capital via un taux d’épargne suffisant et substitution technique (règle de Hartwick).
- La controverse centrale porte sur les possibilités réelles de la technique pour compenser l’épuisement des ressources.
2. Conservation vs Préservation de la nature
- Développement durable s’appuie aussi sur des conceptions écologiques, notamment la Stratégie mondiale de la conservation (UICN, 1980) qui vise à concilier développement humain et conservation des ressources naturelles.
- Deux approches historiques :
- Conservation (Gifford Pinchot) : exploitation raisonnable avec création de réserves naturelles.
- Préservation (John Muir) : protection de la nature sauvage pour elle-même, indépendamment de son usage économique.
- Ces débats ont influencé les premières commissions nationales pour la gestion durable des ressources naturelles (Canada, États-Unis).
3. Bio-économie et gestion durable des ressources
- La gestion durable des ressources biologiques (forêts, pêches) repose sur la notion de rendement durable maximum : production maximale soutenable à long terme.
- Dans les années 1980, la gestion locale s’élargit à une approche globale, intégrant les interactions entre biosphère et sociétés humaines.
- Ecological Economics (Norgaard) définit le développement durable comme une coévolution des dynamiques sociales et naturelles.
- Principes de prudence (Herman Daly) pour la durabilité forte :
- Taux d’épuisement des ressources renouvelables ≤ taux de régénération.
- Taux d’émission des déchets ≤ capacité d’assimilation des écosystèmes.
- Exploitation des ressources non renouvelables compensée par substitution par des ressources renouvelables.
- Importance de conserver un stock minimal de capital naturel pour assurer les fonctions vitales de la biosphère.
4. Écodéveloppement : définition et principes
- Terme lancé par Maurice Strong en 1972 pour concilier développement et environnement, repris au symposium PNUE/CNUCED (1974).
- Ignacy Sachs (1980) définit l’écodéveloppement comme une philosophie et un outil pour un développement autocentré, intégrant les inégalités Nord-Sud et la lutte contre le gaspillage.
- Paradoxe : les riches surconsomment, les pauvres surutilisent les ressources limitées.
- L’écodéveloppement refuse l’arrêt de la croissance, cherchant des modalités compatibles entre progrès social et gestion saine des ressources.
5. Trois dimensions essentielles de l’écodéveloppement
| Dimension | Description |
|---|---|
| Équité sociale | Satisfaction équitable des besoins matériels et immatériels, solidarité entre générations. |
| Prudence écologique | Développement en harmonie avec la nature, respect des limites écologiques. |
| Autonomie locale | Décisions endogènes adaptées aux contextes historiques, culturels et écologiques spécifiques. |
L’écodéveloppement vise à concilier progrès social, protection de la nature et autonomie des peuples pour un développement durable et équitable.
Le développement durable
1. Définition et genèse du développement durable
- Développement durable : processus de changement intégrant l’exploitation des ressources, les investissements, le développement technique et les changements institutionnels, en fonction des besoins présents et futurs (CMED, 1987).
- Né dans les années 1980, popularisé par le rapport Brundtland (1987), qui lie étroitement environnement et développement.
- Objectifs clés du rapport Brundtland :
- Nouvelle ère de croissance économique : 5-6% pour pays en développement, 3-4% pour pays industrialisés.
- Modification qualitative de la croissance : promouvoir des techniques moins consommatrices en matières premières et énergie (« produire plus avec moins »).
- Le développement durable ne propose pas un modèle unique, mais insiste sur la diversité des contextes sociaux, économiques et écologiques.
2. Principes et enjeux
- Intégration environnement-développement : modes de développement peuvent dégrader l’environnement, qui à son tour limite le développement.
- Pluralisme technique : adaptation des techniques aux savoirs locaux et occidentaux.
- Dimension morale : obligation envers la biodiversité et les générations futures.
- Réformes institutionnelles : renforcement des agences internationales (PNUE, Banque mondiale), participation accrue des ONG, scientifiques, industriels, et coopération internationale.
3. Conférences internationales majeures
| Conférence | Date | Points clés |
|---|---|---|
| Stockholm | 1972 | Première grande prise de conscience environnementale, planification comme outil central. |
| Rio de Janeiro | 1992 | Réaffirmation de Stockholm, montée en puissance de la société civile et des entreprises, écologie industrielle, principe de précaution, régulation marchande (marché des permis de pollution). Signature de conventions sur climat, biodiversité, forêts, désertification. |
| Johannesburg | 2002 | Accent sur la pauvreté, faibles engagements étatiques, contexte de crises financières et sécuritaires. |
- Agenda 21 : programme d’actions détaillé (40 chapitres, 800 pages) pour atteindre les objectifs de Rio, couvrant pauvreté, gestion des ressources, équité, participation des minorités.
4. Débats et ambivalences
- Le développement durable renouvelle le « grand récit de l’amélioration » du capitalisme, mais peut aussi être vu comme une contradiction insurmontable du système capitaliste.
- Question centrale : quels liens entre croissance économique, développement et environnement naturel ?
- La notion est plastique et ambivalente, mobilisée différemment selon les intérêts et stratégies des acteurs.
5. Rôle de la planification et de la technique
- La planification doit être participative, rééquilibrant les pouvoirs entre marché, État et société civile.
- Le planificateur est un animateur, fédérateur, négociateur, plus qu’un simple décideur technique.
- La technique doit être choisie en fonction des savoirs locaux et des connaissances avancées, favorisant un pluralisme technique.
Le développement durable est un processus dynamique qui vise à concilier croissance économique, équité sociale et préservation de l’environnement, en adaptant les modes de production et de consommation aux besoins présents et futurs.
6. Bibliographie indicative (à retenir)
- CMED (1987), Notre avenir à tous (rapport Brundtland)
- Frosch & Gallopoulos (1989), écologie industrielle
- Schmeideny (1992), rôle des entreprises dans le développement durable
- Aubertin (2002), bilan du Sommet de Johannesburg
- Godard (1998), rôle de la planification participative