Affections de la langue et de la muqueuse buccale
1. Anatomie de la langue
- Face supérieure : recouverte de papilles linguales.
- Face inférieure : riche en glandes salivaires accessoires.
2. Principales affections de la langue
| Affection | Description | Caractéristiques clés | Prévalence / Remarques | Traitement |
|---|---|---|---|---|
| Langue géographique | Plaques rouges dépapillées, irrégulières, bordure blanche sur la face dorsale. | Caractère migrateur, asymptomatique ou brûlures | 1 à 2 % de la population, parfois liée au psoriasis | Aucun, rassurer le patient |
| Langue scrotale | Langue plicaturée avec sillons multiples, fissure médiane profonde et fissures latérales. | Disparaît à l’abaisse-langue | - | - |
| Glossite losangique médiane | Zone érythémateuse bien limitée, dépapillée, sur le dos de la langue en avant du V lingual. | Taille 0,5 à 2 cm, parfois légèrement surélevée | 1 % de la population, étiologie mal précisée (congénitale, candidose, herpès) | - |
| Langue saburrale | Enduit blanchâtre détachable au raclage, composé de squames, débris alimentaires, flore bactérienne. | Muqueuse sous-jacente normale | Survient lors d’épisodes fébriles, infections VADS, affections digestives | Amélioration de l’hygiène buccale, traitement de la cause sous-jacente |
| Langue chevelue / noire villeuse | Hypertrophie et élongation des papilles filiformes, diminution de la desquamation normale. | Aspect « chevelu », couleur noire due à l’oxydation de la kératine | - | - |
À retenir : La langue géographique est une affection bénigne, migratrice, asymptomatique, sans traitement spécifique, souvent confondue avec d'autres pathologies.
Candidoses orales
1. Candidoses orales : généralités
- Portage oral chez adultes sains : 3 à 48% de porteurs.
- Principales espèces : Candida albicans (70%), C. glabrata, C. tropicalis, C. krusei.
- Toujours penser à rechercher une autre localisation (ORL, digestive, etc.).
2. Facteurs favorisants des candidoses orales
| Catégorie | Facteurs clés |
|---|---|
| Environnement oral | Hyposialie, syndromes secs, antibiotiques à large spectre, bains de bouche antiseptiques |
| Physiologiques | Nouveau-né, grossesse, sujet âgé |
| Iatrogènes | Corticothérapie (aérosols, bains de bouche) |
| Nutritionnels | Carences en fer, acide folique, zinc, vitamine B12 |
| Endocrinopathies | Diabète |
| Immunodépression | Affections héréditaires, leucémies, greffes/transplantations, radiothérapie, VIH |
3. Formes cliniques principales
| Forme | Signes cliniques | Particularités / Symptômes associés |
|---|---|---|
| Candidose pseudomembraneuse (muguet) | Plaques blanches localisées ou confluentes, détachables, sur fond rouge vif | - |
| Candidose érythémateuse | Lésions rouges sur face dorsale de la langue, palais, joues | Perlèche ou chéilite angulaire (fissures aux coins des lèvres), brûlure, sécheresse, altération du goût |
| Stomatite sous-prothétique | Érythème et œdème de la muqueuse en contact avec la prothèse, multiplication des flores microbiennes et levuriques | Localisation fréquente au maxillaire |
4. Langue noire villeuse
- Définition : accumulation de kératine colorée par des chromogènes alimentaires ou bactériens, donnant un aspect de langue "chevelue" ou noire villeuse.
- Facteurs favorisants : tabagisme, mauvaise hygiène buccale, jeûne, alimentation pauvre en fibres, radiothérapie, antibiotiques, stress.
- Traitement :
- Hygiène buccale rigoureuse.
- Brossage intensif de la langue.
- Agents kératinolytiques ou vitamine A topique.
- Pas d’antifongique systématique.
À retenir : La candidose orale est favorisée par des facteurs locaux (hyposialie, antibiotiques) et systémiques (immunodépression, carences, diabète). Le muguet se manifeste par des plaques blanches détachables, tandis que la forme érythémateuse provoque des lésions rouges douloureuses. La langue noire villeuse est une manifestation non fongique liée à une kératinisation excessive.
Soins de bouche spécifiques : bouche sèche ou douloureuse
1. Bouche sèche ou sale
- Hydratation et humidification : utiliser un brumisateur ou spray à base d'eau.
- Nettoyage : favoriser avec des boissons pétillantes (coca, cidre, ananas frais).
- Stimulation de la salivation : boissons pétillantes, glace/glaçons aromatisés, chewing-gum, bonbons.
- Application locale : gel humectant spécifique (ex. BIOXTRA®) ou corps gras (vaseline pure) sur toutes les muqueuses.
- Dépôts épais : appliquer couche épaisse de gel humectant ou corps gras, en faisant attention au risque d’inhalation.
- Lèvres sèches : appliquer corps gras ou stick protecteur.
a) Traitements sur prescription
| Produit | Concentration / Usage | Remarques |
|---|---|---|
| Bicarbonate de sodium | 1,4 % en flacon | Nettoyage et neutralisation |
| Salive artificielle | (ex. ARTISIAL®) | Hydratation |
| Sialogogues | (ex. SULFARLEM®, Teinture de JABORANDI) | Stimulent la salivation, efficacité contestée, à éviter si glandes non fonctionnelles |
| Lubrifiants | (ex. AEQUIASIAL®, HYALUGEL®) + Lansoyl | Hydratation et lubrification |
2. Bouche douloureuse
- Diagnostic : rechercher la cause et évaluer la douleur, consultation en stomatologie si nécessaire.
- Traitement local : bicarbonate de sodium en flacon ou poudre pour bain de bouche.
a) Douleurs liées aux aphtes et ulcérations
| Type d'ulcérations | Traitement | Posologie / Remarques |
|---|---|---|
| Aphtes et ulcérations localisées | Anesthésique local visqueux (XYLOCAÏNE® - Lidocaïne 1 %) | 1 application au moment des douleurs, max 3 fois/jour |
| Aphtes et ulcérations multiples | ULCAR® (Sucralfate) : bain de bouche ou tamponnements locaux | 2 sachets dans un verre d’eau, 4 fois/jour |
| ASPEGIC® 1000 (Acétylsalicylate de DL-Lysine) : 1 sachet dans un verre d’eau | Usage en complément, selon prescription |
À retenir : Pour la bouche sèche, l’hydratation locale et la stimulation salivaire sont essentielles, tandis que pour la bouche douloureuse, le traitement vise à soulager la douleur et à favoriser la cicatrisation des lésions.
Prévention des pathologies buccodentaires
1. Prévention des pathologies buccodentaires
a) 4 axes principaux de prévention
- Hygiène buccodentaire : brossage régulier, utilisation du fil dentaire et des brossettes interdentaires.
- Régime alimentaire : alimentation variée, équilibrée en solide et liquide.
- Fluor : renforce les dents et diminue le risque de caries.
- Consultations systématiques : contrôle régulier chez le dentiste.
b) Hygiène buccodentaire
- Brossage idéal : au moins deux fois par jour, après chaque repas si possible (toilette matinale et au coucher).
- En cas d’hygiène difficile, utiliser des bains de bouche alcalins (solution de bicarbonate à 14‰) pour :
- Réduire le développement des germes buccaux,
- Éliminer les débris alimentaires,
- Protéger les muqueuses.
c) Entretien des prothèses dentaires
- Nécessité d’un nettoyage régulier pour éviter infections et irritations.
- Importance de vérifier l’adaptation et la propreté des prothèses.
d) Régime alimentaire
- Favoriser une alimentation variée et équilibrée pour maintenir la santé buccodentaire.
e) Fluor
- Action principale : renforce l’émail dentaire et prévient la carie.
- OMS (2003) : la mesure la plus efficace pour prévenir la carie est de maintenir un faible niveau permanent de fluorures dans la cavité buccale.
- Utilisation recommandée de dentifrice fluoré.
f) Consultations dentaires
- Recommandées au moins une fois par an.
- Objectifs :
- Contrôler et assainir la cavité buccale,
- Détecter et traiter les pathologies précocement,
- Apporter un confort au patient.
- La prise en charge prothétique dépend de la coopération et des capacités d’adaptation du patient.
- Vérifier l’accessibilité et fournir les antécédents médicaux généraux.
À retenir : La prévention buccodentaire repose sur une hygiène rigoureuse, un apport fluoré constant, une alimentation équilibrée et des contrôles dentaires réguliers.