Examen clinique du bassin
1. Examen clinique du bassin chez le cheval
L'examen clinique du bassin repose sur une palpation minutieuse et une mobilisation ciblée pour détecter anomalies, douleurs et asymétries.
a) Palpation
- Objectifs : détecter une fonte musculaire, une douleur, ou une asymétrie des reliefs osseux.
- Technique : bien se coller au cheval pour sentir précisément les structures.
- Points clés :
- Palper tous les reliefs osseux du bassin.
- Évaluer la tonicité de la queue.
- Une asymétrie coxale est souvent le signe d’une fracture pelvienne (ex. hanche coulée).
- Palpation transrectale : possible en cas de suspicion de fracture, permet de détecter des crépitements osseux.
b) Mobilisation
Permet d’évaluer la mobilité et la douleur à travers plusieurs tests :
| Test | Description | But |
|---|---|---|
| Rétraction du membre (extension) | Étirement du membre postérieur | Évaluer la douleur et la mobilité en extension |
| Protraction du membre (flexion) | Avancement du membre postérieur | Tester la flexion et la douleur associée |
| Flexion globale du membre | Flexion de toutes les articulations du membre | Vérifier la mobilité articulaire globale |
| Abduction (ABD) | Écartement du membre (en abduction) | Tester la mobilité latérale et douleur |
À retenir : Une asymétrie coxale associée à une douleur à la palpation ou à la mobilisation oriente fortement vers une fracture pelvienne.
Fractures du bassin chez le cheval
1. Fractures du bassin chez le cheval
a) Généralités
- Fractures souvent multiples liées à un traumatisme important.
- Fractures déplacées et instables touchant les lignes de force : cotyles, ilium, articulation sacro-iliaque.
- Fréquence élevée de lésions associées : hémorragies thoraciques et abdominales (rate, foie), atteintes pulmonaires, côtes, diaphragme, hernies abdominales.
- Complications fréquentes : rupture de la vessie, atteinte du système nerveux périphérique, surtout du nerf sciatique.
b) Examens complémentaires
- Radiographies ventrodorsales et latérales.
- Tomodensitométrie (scanner) pour évaluation précise.
2. Types de fractures et prise en charge
| Type de fracture | Caractéristiques principales | Traitement principal |
|---|---|---|
| Fractures incomplètes | Jeune animal, peu ou pas déplacées | Cagéothérapie (repos et immobilisation) |
| Luxation sacro-iliaque | Instabilité importante | Stabilisation chirurgicale par vis/broches |
| Fractures de l’ilium | Chirurgie quasi systématique | Plaques et vis |
| Fractures de l’acétabulum | Réduction parfaite nécessaire pour réinsertion fémorale ou prothèse | Plaques, vis ou broches |
| Atteinte du nerf sciatique | Compression nerveuse nécessitant intervention rapide | Chirurgie décompressive rapide |
3. Priorités en cas de trauma associé
- Stabilisation de l’animal en cas de trauma thoracique avant chirurgie du bassin.
- Priorité absolue à la prise en charge des ruptures des voies urinaires.
4. Fractures spécifiques chez le cheval
| Localisation | Mécanisme fréquent et caractéristiques | Conséquences et signes cliniques |
|---|---|---|
| Épine iliaque ventro-caudale (EIVC) (tuber coxae) | Fractures comminutives fréquentes (hanche coulée) suite à chute latérale | Déformation, boiterie, fractures des cuspides moins sévères |
| Ischion | Chute sur les fesses à grande vitesse, fracture de la tubérosité | Douleur locale, déformation |
| Acétabulum | Compression de la tête fémorale, risque fracture pubis, rupture ligament rond | Rotation interne du membre, fonte musculaire fessière |
| Ilium | Fractures de stress sur ailes ou col, choc latéral | Déformation, gonflement, descente du bassin |
| Sacrum et articulation sacro-iliaque | Élévation des épines iliaques dorsales caudales (EIDC), changement d’angle sacrum-coxal | Rétroversions, instabilité |
| Pubis | Chute sur le ventre avec membres écartés, souvent associée à d’autres fractures | Inflammation des parties génitales, nécessité de soutien par sangles |
À retenir : Les fractures du bassin chez le cheval sont souvent complexes, associées à des lésions graves, nécessitant une prise en charge multidisciplinaire rapide et adaptée selon la localisation et la gravité.
Fractures de stress et complications obstétricales
1. Fractures de stress (fractures de fatigue)
- Population concernée : chevaux de course jeunes (2 à 4 ans).
- Types de lésions : microfractures, fractures incomplètes non déplacées, fractures complètes déplacées ou non.
- Localisation fréquente : bord caudal de l’aile de l’ilium.
- Caractéristique : plusieurs types de fractures peuvent coexister simultanément.
- Facteur de risque : souvent observées chez les galopeurs.
2. Fractures du bassin chez la poulinière
- Contexte : complications liées à la distocie (difficulté à la mise bas).
- Conséquences possibles :
- Dislocation de la hanche ou de l'articulation sacro-iliaque (SI).
- Fracture du fémur.
- Fracture de la colonne vertébrale.
- Rupture du muscle gastrocnémien.
- Paralysie des nerfs obturateur et glutéaux.
- Symptôme fréquent : difficulté importante à se relever après la mise bas.
- Traitement :
- Soins hygiéniques.
- Repos strict jusqu’à 12 semaines.
- Médication adaptée.
À retenir : Les fractures de stress touchent surtout les jeunes chevaux de course au niveau de l’ilium, tandis que les fractures du bassin chez la poulinière sont souvent des complications de la distocie, avec des atteintes nerveuses et musculaires associées.
Dysplasie coxo-fémorale chez le chien
1. Définition et étiologie
La dysplasie coxo-fémorale chez le chien est un trouble héréditaire du développement de la hanche, influencé par de nombreux facteurs : génétique, croissance, exercice, nutrition, morphologie, hormones, laxité articulaire, excès de calcium et vitamine D3. Elle est héréditaire mais non congénitale.
- Génétique : gènes récessifs à expression seuil, sans test génétique de dépistage disponible.
- Facteurs aggravants : croissance rapide, excès nutritionnel, laxité ligamentaire.
2. Symptômes
- Boiterie variable, douleur plus ou moins marquée.
- L’intensité des symptômes n’est pas proportionnelle au grade de dysplasie.
3. Diagnostic
- Radiographie de dépistage à partir de 1 an, sous anesthésie générale.
- Position : décubitus dorsal avec traction du membre postérieur pour relâchement musculaire.
- Angle de Norberg-Olsson : angle formé entre les centres des têtes fémorales et la tangente crâniale de l’acétabulum, utilisé pour évaluer la congruence articulaire.
4. Traitements
a) Traitement hygiénique et médical
- Maintien de la masse musculaire.
- Physiothérapie adaptée.
- Gestion du poids pour limiter la sollicitation articulaire.
- Médicaments : chondroprotecteurs, oméga 3 et 6, anti-inflammatoires non stéroïdiens (AINS), LIBRELA (anticorps anti-NGF), phytothérapie.
b) Traitements chirurgicaux
| Type de chirurgie | Description | Indication principale |
|---|---|---|
| Chirurgie préservant l’articulation | Techniques visant à améliorer la congruence articulaire sans ablation | Dysplasie modérée |
| Chirurgie palliative | Dénervation capsulaire pour supprimer la douleur | Cas douloureux sans possibilité de reconstruction |
| Darthroplastie | Création d’un néo-cotyle par apposition d’une lame osseuse de l’ilium sur la capsule articulaire | Amélioration fonctionnelle |
| Résection tête et col du fémur (RTCF) | Ablation de la tête et du col fémoral, créant une pseudo-articulation | Animaux de moins de 20 kg |
| Prothèse totale de la hanche (PTH) | Remplacement complet de l’articulation | Cas sévères, animaux de grande taille |
La prise en charge doit être adaptée à la sévérité, au poids et à l’âge de l’animal, ainsi qu’à la qualité de vie attendue.
Nécrose aseptique de la tête fémorale
1. Définition
La nécrose aseptique de la tête fémorale correspond à la mort de l'os sous-chondral de la tête du fémur due à un manque de vascularisation. Cette nécrose entraîne une fissuration et une déformation du cartilage, provoquant une inflammation importante, une arthrose secondaire et une boiterie.
2. Étiologie
- Facteurs génétiques : transmission autosomique récessive.
- Races prédisposées : caniche, teckel, westie, yorkshire, berger australien.
- Autres causes : traumatisme, facteurs hormonaux.
3. Population touchée
- Principalement les jeunes chiens de moins d’un an.
4. Signes cliniques
- Boiterie unilatérale dans 85 à 90 % des cas.
- Raideur articulaire.
- Amyotrophie des muscles de la cuisse.
- Douleur à la manipulation, notamment en extension (E°) et abduction (ABD) de la hanche.
5. Diagnostic
- Basé sur les signes cliniques.
- Confirmation par imagerie : radiographie et scanner.
- On observe une arthrose associée et une augmentation de l’interligne articulaire.
6. Traitement
| Type de traitement | Description | Indication |
|---|---|---|
| Chirurgical | Résection de la tête et du col du fémur, donne de bons résultats. | Traitement de choix, surtout si douleur et boiterie sévères. |
| Conservateur | Maintien strict en cage et physiothérapie, en attendant la chirurgie chez les chiens en croissance. | Pour les jeunes chiens en phase de croissance. |
La résection de la tête et du col fémoral est le traitement de référence avec un bon pronostic fonctionnel.
Luxation de hanche
La luxation de hanche est l'articulation la plus fréquemment luxée, généralement à la suite d'un traumatisme, notamment un accident de la voie publique (AVP) dans 60 % des cas. Il est essentiel d'écarter d'autres pathologies lors du diagnostic.
1. Examen orthopédique
- Position du membre :
- En adduction (ADD) et rotation externe (RE) dans la majorité des cas (90 %) pour une luxation crânio-dorsale.
- En abduction (ABD) pour une luxation caudo-ventrale.
- Aspect du triangle articulaire :
- Transformé en une ligne droite lors d'une luxation crânio-dorsale.
- Devient un triangle plus large lors d'une luxation ventro-caudale.
2. Diagnostic
- Radiographie avec différentes incidences : obliques, latéral-latéral, ventro-dorsal.
3. Traitement
- Réduction manuelle en première intention, avec immobilisation du membre en légère flexion pendant 15 jours.
- En cas d'échec, recours à la réduction chirurgicale.
La luxation de hanche est principalement crânio-dorsale, caractérisée par une adduction et rotation externe du membre, avec un triangle articulaire transformé en ligne droite à la radiographie.
Arthrose des hanches
1. Arthrose des hanches
L’arthrose des hanches est une dégradation progressive et irréversible du cartilage, fréquente chez les animaux âgés (plus de 50 % des cas chez les 8-13 ans), surtout chez les grandes races et les mâles. L’obésité est un facteur aggravant.
2. Étiologies
| Type | Mécanisme | Causes principales |
|---|---|---|
| Primitive | Modification des propriétés de la matrice cartilagineuse entraînant une destruction progressive | Chondromes structuraux, arthrite auto-immune |
| Secondaire | Résulte d’une cause sous-jacente perturbant l’articulation | Instabilité articulaire, microfractures, malformations héréditaires, contraintes mécaniques anormales, microtraumatismes répétés, lésions post-fractures articulaires |
3. Physiopathologie
- Phase I : prolifération chondrocytaire, tentative de réparation du cartilage.
- Phase II : épuisement et dégénérescence des chondrocytes, nécrose.
L’arthrose entraîne un remodelage articulaire avec :
- Lésions cartilagineuses précoces visibles macroscopiquement (changement de couleur et d’aspect).
- Lésions osseuses : microfractures, tassement des travées osseuses densifiées, formation d’ostéophytes (néoformations ostéocartilagineuses périphériques), fibrose.
4. Symptômes
| Espèce | Signes cliniques principaux |
|---|---|
| Chien | Douleurs, boiteries par crises, raideurs |
| Chat | Problèmes de mobilité (4-10 %), diminution de l’activité, dégradation du toilettage, changement de comportement |
| Cheval | Gonflement articulaire, craquements articulaires, signes similaires au chien |
5. Diagnostic
- Radiographie
- Scanner
6. Traitement
-
Hygiénique et médical
- Gestion du poids
- Maîtrise de l’exercice
- Chondroprotecteurs
- LIBRELA (anticorps anti-NGF)
- Anti-inflammatoires (AI)
-
Chirurgical
- Prothèse totale de hanche (PTH)
- Exérèse de la tête fémorale
L’arthrose des hanches est une maladie chronique nécessitant une prise en charge multidisciplinaire pour limiter la douleur et préserver la mobilité.
Spondylose lombo-sacrée
1. Spondylose lombo-sacrée
-
Définition : Formation d’ostéophytes (becs de perroquets) au niveau ventral des vertèbres lombaires et sacrées, créant un pont osseux responsable d’une raideur rachidienne. Cette spondylose touche souvent les jonctions thoraco-lombaire et lombo-sacrée.
-
Étiologie :
- Prédisposition génétique suspectée, notamment chez le boxer (chien).
- Apparition possible dès 2-3 ans.
-
Signes cliniques :
- Ankylose des espaces intervertébraux.
- Raideur unilatérale du rachis et des postérieurs.
- Boiterie de type membre postérieur non porteur (MNP).
- Douleur parfois sans asymétrie visible ou modification des allures.
- Contre-performances musculaires, notamment des muscles glutéaux, pouvant être osseuses.
-
Diagnostic :
- Radiographie indispensable pour visualiser les ostéophytes et confirmer la spondylose.
-
Traitement :
- Gestion de l’activité physique.
- Anti-inflammatoires non stéroïdiens (AINS).
- Décompression nerveuse en cas de troubles neurologiques associés.
2. Particularités chez le cheval
- Lésions fréquentes au niveau des ligaments sacro-iliaques (SI), ostéophytes et minéralisation corticale.
- Souvent associées à des calcifications ankylosantes des éminences (CAE) ou à une arthrose des facettes articulaires de la colonne thoraco-lombaire.
- Douleur et contre-performance musculaire peuvent survenir sans signes visibles d’asymétrie ou modification des allures, ou avec asymétrie et modification des allures.
Tumeurs du bassin
1. Tumeurs du bassin chez le cheval
Les tumeurs du bassin sont majoritairement des cancers osseux primitifs tels que les ostéosarcomes et chondrosarcomes, ou des tumeurs secondaires par métastases provenant d’autres organes.
a) Symptômes cliniques
- Boiterie évolutive sur plusieurs semaines, souvent initialement frustre et intermittente, puis s’aggravant progressivement.
- Troubles digestifs et respiratoires fréquents.
- Perte d’état général et baisse de forme.
- Risque de fractures pathologiques liées à la fragilité osseuse.
b) Diagnostic
- Radiographie pour visualiser les lésions osseuses.
- Biopsie avec analyse histologique pour confirmer la nature tumorale.
- Bilan d’extension indispensable pour détecter d’éventuelles métastases, notamment par échographie abdominale.
c) Traitement
- Chirurgical : exérèse de la tête fémorale ou hémipelvectomie selon l’étendue.
- Chimiothérapie associée pour améliorer le pronostic.
d) Pronostic
- Espérance de vie généralement de 3 à 12 mois, pouvant être prolongée si le bilan d’extension est favorable.
La prise en charge des tumeurs du bassin repose sur un diagnostic précis et un traitement combiné chirurgical et médical pour optimiser la survie.