Les prémisses de la presse : progrès techniques et besoins croissants d'information
1. Progrès techniques et besoins croissants d'information : les prémisses de la presse
a) Contexte politique et contrôle de la presse (XVIIe - XVIIIe siècles)
-
Angleterre : instabilité politique avec deux révolutions (1642, 1688) aboutissant à une monarchie constitutionnelle encadrée par la Bill of Rights (1689), limitant les pouvoirs du roi et du parlement.
-
Contrôle royal strict sur la presse :
- 1643 : obligation d'autorisation préalable pour toute publication.
- Censure forte, destruction des livres hostiles au gouvernement.
- 1662 : interdiction de publier les débats parlementaires.
-
Milton (Areopagitica, 1644) : critique de la censure, plaidoyer pour la liberté de lecture.
-
France :
- Affirmation du pouvoir royal (Louis XIV), contrôle centralisé via la Librairie (organe de censure).
- Système des privilèges royaux limitant la presse (autorisation, contraintes financières).
- Trois titres majeurs : La Gazette (1631), Le Journal des sçavans, Le Mercure galant.
- Censure renforcée jusqu'à la Révolution, avec 120 censeurs surveillant les publications.
b) Émergence progressive de la liberté de la presse
-
Idées des Lumières (milieu XVIIIe) : critique de l'absolutisme et de la censure, valorisation de la diffusion des idées.
-
Contexte prérévolutionnaire :
- 1787-1789 : allègement de la censure pour permettre la publicité des débats des États généraux.
- 10 mai 1789 : autorisation de publier les débats politiques sans commentaires.
-
Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen (1789), article XI : fin du contrôle préalable des publications, liberté d’expression garantie.
-
Conséquence : explosion du nombre de titres, liberté de la presse forte jusqu’à la Terreur (1792).
-
États-Unis :
- Indépendance en 1776, Constitution de 1787 avec le Premier Amendement protégeant la liberté d’expression.
| Pays | Date clé | Événement clé | Conséquence sur la presse |
|---|---|---|---|
| Angleterre | 1689 | Bill of Rights | Monarchie constitutionnelle, contrôle limité |
| France | 1789 | DDHC, article XI | Fin de la censure préalable |
| États-Unis | 1787 | Constitution + Premier Amendement | Liberté d’expression garantie |
La publicité des débats politiques est un marqueur fondamental de l’entrée dans la démocratie.
c) Contrôle et liberté de la presse au XIXe siècle
-
Révolution de juillet 1830 (France) : liberté d’expression au cœur du mouvement contre Charles X, qui tente de suspendre la liberté de la presse.
-
Moyens de contrôle :
- Droit de timbre : taxe sur chaque page, frein économique à la diffusion.
- Délits de presse : sanctions judiciaires, interdiction de publication.
- Autorisation préalable : menace constante pour les journalistes.
-
Ces dispositifs encadrent la presse pendant un siècle.
-
1875-1881 (France) :
- Fondation des bases légales de la liberté de la presse.
- Loi de 1881 : instaure un cadre légal protégeant la liberté d’expression tout en définissant les limites (délits de presse, diffamation, etc.).
La liberté de la presse passe d’un principe contesté à une loi fondamentale, reflet des transformations politiques et sociales.
2. Points clés à retenir
- La presse est d’abord un outil politique contrôlé par les pouvoirs monarchiques (autorisation, censure).
- La liberté de la presse s’impose progressivement, portée par les idées des Lumières et les révolutions démocratiques.
- La publicité des débats politiques est essentielle à la démocratie, permettant la formation d’un espace public de discussion.
- La fin du contrôle préalable (ex. DDHC 1789, Constitution US 1787) marque une étape majeure.
- Au XIXe siècle, la presse oscille entre contrôle économique/judiciaire et liberté légale, jusqu’à la loi de 1881 qui consacre la liberté de la presse en France.
Le quatrième pouvoir : la presse en démocratie (Europe et États-Unis, XVII-XIX)
1. La presse en démocratie : cadre légal et historique
- Loi du 29 juillet 1881 (France) : fondement juridique majeur de la liberté de la presse.
- Codification : unification des règles, abrogation des textes antérieurs.
- Libération : suppression des contrôles administratifs et des délits d’opinion, sauf pour la presse étrangère.
- Libéralisme économique : absence de réglementation sur le statut des journalistes.
- Conséquence : fin de la censure en temps de paix, sauf durant les guerres mondiales.
2. Médias : définitions et fonctions
-
Média (latin medium = ce qui est au milieu) désigne trois réalités :
- Institutions sociales : entreprises médiatiques produisant des contenus.
- Techniques : moyens formalisant la pensée et l’expression.
- Formes d’expression : ex. presse papier, livre.
-
4 fonctions principales des médias (Balle 2023, Bertrand 1997) :
Fonction Description Information Collecte et diffusion des informations Éducation Transmission des savoirs et développement intellectuel Divertissement Spectacles collectifs, travail sur les émotions Communication Échange et influence entre acteurs sociaux -
Hybridation : mélange des fonctions, ex. émission Quotidien mêle info et divertissement.
3. Histoire technique et sociale de la presse
a) L’imprimerie : révolution technique
-
Avant Gutenberg :
- Copie manuscrite : lente, non standardisée, souvent religieuse.
- Xylographie : gravure sur bois, tirage limité, usure rapide.
-
Invention de Gutenberg (1438-1454) :
- Typographie : caractères métalliques mobiles.
- Presse à imprimer : inspirée de la presse à vin.
- Encre épaisse et papier remplaçant le parchemin.
- Résultat : standardisation, industrialisation du livre (ex. Bible 42 lignes).
-
Impact :
- Diffusion rapide en Europe.
- Outil de diffusion du savoir et de contestation politique/religieuse.
- Passage d’une société orale à une société écrite.
- Naissance de l’individualisme et des États-nations.
b) Culture de l’écrit et premières publications
-
Publications non périodiques (XIVe-XVIe siècles) :
- Livres, nouvelles, occasionnels (cahiers d’événements), canards (faits divers, divertissement), libelles (polémiques politiques/religieuses).
- Caractéristique commune : absence de périodicité.
-
Premiers périodiques (XVIIe siècle) :
- Apparition des gazettes (ex. La Gazette en France, 1631).
- Publication régulière (hebdomadaire ou mensuelle).
- Objectif : informer les élites sur les découvertes et événements majeurs (ex. Guerre de Trente Ans).
- Lieux d’apparition : grands carrefours commerciaux européens.
À retenir : La presse, en s’appuyant sur l’imprimerie, devient un pilier de la démocratie en garantissant la liberté d’expression et en diffusant l’information de manière régulière et accessible.
Massification, industrialisation et entrée de la presse dans le marché (XIX-XX)
1. Massification, industrialisation et entrée de la presse dans le marché (XIX-XX)
a) Facteurs de la démocratisation de la presse
La démocratisation de la presse au XIXe et XXe siècle résulte d’une combinaison de facteurs sociaux, politiques et économiques :
- Société : montée de l’alphabétisation, urbanisation, élargissement des classes moyennes.
- Politique : libéralisation progressive de la presse, reconnaissance de la liberté d’expression.
- Économie : développement industriel, baisse des coûts de production, apparition d’un marché publicitaire.
La démocratisation de la presse est liée à l’accès élargi à l’information grâce à des transformations sociales, politiques et économiques.
b) Évolution formelle liée aux progrès techniques
L’industrialisation de la presse s’appuie sur des innovations techniques qui permettent une production et une diffusion de masse :
| Innovations techniques | Impact sur la presse |
|---|---|
| Presse à vapeur (fin XIXe) | Impression rapide et en grand nombre |
| Linotype (fin XIXe) | Composition plus rapide des textes |
| Chemins de fer et réseaux postaux | Distribution étendue et rapide |
| Photogravure et photographie | Illustration et attractivité accrues |
Ces progrès favorisent la baisse des coûts et la multiplication des titres.
c) Nouveaux publics et segmentation de la presse
La presse se diversifie pour toucher différents segments de la population :
- Presse populaire : journaux à bas prix, souvent illustrés, destinés aux classes populaires (ex. : journaux à grand tirage).
- Presse spécialisée : ciblant des intérêts précis (culture, technique, politique).
- Presse bourgeoise : plus coûteuse, avec un contenu plus élitiste.
Cette segmentation traduit l’entrée de la presse dans un marché concurrentiel.
d) Structure du marché avant la Première Guerre mondiale
Avant 1914, le marché de la presse est caractérisé par :
- Une forte concurrence entre titres.
- Une dépendance croissante à la publicité pour financer les journaux.
- L’émergence de grands groupes de presse industriels.
- Une professionnalisation accrue des journalistes et des techniques rédactionnelles.
L’entrée de la presse dans le marché transforme le journalisme en une activité industrielle et commerciale.
À retenir : La massification et l’industrialisation de la presse au XIXe-XXe siècle résultent de progrès techniques, de transformations sociales et politiques, et de l’émergence d’un marché concurrentiel structuré autour de publics diversifiés.
La presse, outil de mobilisation politique (première moitié du XX)
1. La presse, outil de mobilisation politique (première moitié du XXe siècle)
a) Évolution économique et concentration de la presse (1945-1995)
-
Concentration des médias : Après 1945, un nombre réduit d’entreprises contrôle de nombreux journaux, malgré les décrets de 1944 visant à limiter ce phénomène.
- Groupes majeurs : Hachette (France Soir, Le Journal du Dimanche, Le Point), Hersant (Le Figaro, L’Aurore).
- Conséquence : Risque pour le pluralisme de l’information, car les intérêts des actionnaires dominent.
-
Intervention de l’État :
- Loi de 1984 : limite la participation des grandes entreprises dans la presse (max 15% des quotidiens nationaux par groupe).
- Obligation de transparence (publication des comptes et des actionnaires).
- Malgré cela, la concentration continue.
-
Fragilité économique des titres :
- Baisse des tirages et du lectorat à partir des années 1980.
- Érosion des revenus publicitaires, marché instable dès les années 1990.
- Politiques mises en place : réduction de la pagination, augmentation des prix → cercle vicieux de perte de lecteurs et de revenus.
-
Aides économiques de l’État :
- Aides directes : subventions, allègement des coûts de transport et télécommunication.
- Aides spécifiques : soutien aux petits tirages pour assurer la pérennité.
- Aides indirectes : dispositifs fiscaux (TVA réduite, dégrèvements).
- Ces aides sont sanctuarisées à partir de 1986, devenant une institution stable.
b) La presse face à l’essor du numérique
Essor et déclin de la presse gratuite
-
Presse gratuite : publications financées uniquement par la publicité, vendant l’audience aux annonceurs.
- Deux catégories : journaux de petites annonces et journaux gratuits avec contenus politiques et sociaux.
- Exemples : Métro (Suède, 1995), 20 minutes (Norvège).
- Caractéristiques : format court, lecture rapide, contenu souvent pauvre.
-
Succès variable selon les pays :
- Échec en Allemagne et Grande-Bretagne.
- Succès temporaire en France, avec 2,5 millions d’exemplaires en 2010.
-
Critiques : manque de contenu, captation des revenus publicitaires au détriment de la presse traditionnelle.
-
Crise de 2008 : effondrement des titres gratuits lié à la crise économique mondiale (subprimes).
-
Héritage :
- Modèle d’accès gratuit à l’information.
- Hybridation problématique entre information et publicité.
Crise des quotidiens nationaux
- Difficultés économiques : baisse des tirages, déficits fréquents.
- Rachats par des acteurs extérieurs (ex. Dassault), posant des questions sur l’indépendance éditoriale.
- Exemples de quotidiens en difficulté : L’Humanité (communiste), La Croix (religieux).
- Résistance : Ouest-France reste stable avec 500 000 exemplaires.
- Numérique : permet de compenser partiellement la baisse de la presse écrite.
À retenir : La concentration économique et la dépendance aux revenus publicitaires fragilisent la presse traditionnelle, tandis que l’essor du numérique et de la presse gratuite modifient profondément les modes d’accès à l’information.
La presse en crise depuis 1945
1. La presse en crise depuis 1945
a) Évolution de la presse nationale quotidienne et magazine
- Presse nationale quotidienne : en crise, avec une baisse des tirages et une réduction du pluralisme.
- Presse magazine : dynamique maintenue, avec un chiffre d’affaires global en hausse de 1995 à 2010 malgré la crise de 2008.
- Nombre de titres : forte augmentation (974 titres en plus entre 1995 et 2010, atteignant 2437 titres), notamment grâce aux formats trimestriels.
b) Thématiques dominantes dans la presse magazine (2010)
| Thématique | Exemples | Tirage hebdomadaire approximatif |
|---|---|---|
| Presse télé | Télé 7 Jours | 10 millions |
| Presse féminine | Version Femina, Madame Figaro | - |
| News Magazine | L’Express, Le Point, Le Figaro | 695 000 |
| Presse politique | Le Point (droite), Le Nouvel Obs (gauche), Marianne (droite souverainiste), Valeurs actuelles (extrême droite) | 73 000 (Valeurs actuelles) |
| Presse people | Paris Match | 418 000 |
- Ces titres sont extrêmement spécialisés, avec une forte prévalence de la presse TV.
c) Difficultés économiques de la presse imprimée payante
- Désaffection pour le papier, surtout chez les jeunes.
- Raréfaction des points de vente.
- Crise publicitaire : disparition d’une source essentielle de revenus.
- Conséquences :
- Réduction des rédactions et de la masse salariale.
- Baisse de la qualité de l’information.
- Diminution de la propension à payer la presse papier.
- Concentration des titres : domination par quelques grands groupes (Dassault, Lagardère, Bolloré, Rothschild).
- Financiarisation : acteurs économiques extérieurs au monde médiatique prennent le contrôle (ex. Jeff Bezos et le Washington Post).
- En France, presque tous les quotidiens régionaux appartiennent à 7 grands groupes.
d) Enjeux démocratiques et influence politique
- L’espace public, censé être un lieu de libre circulation des idées, est biaisé par la concentration des médias.
- Exemples d’influences politiques :
- Négation de certaines idées (ex. décroissance).
- Médias d’extrême droite (ex. C-News) limitant la diffusion des idées de gauche.
- La liberté d’expression est encadrée par la loi (interdiction de l’apologie du nazisme, des crimes de guerre, etc.).
- La maîtrise de l’opinion publique par les médias menace cette liberté.
À retenir : La concentration et la financiarisation de la presse réduisent le pluralisme et influencent l’opinion publique, mettant en danger la liberté d’expression.
2. La presse comme outil de mobilisation politique (XIXe-XXe siècles)
a) Contrôle étatique et mobilisation pendant la Première Guerre mondiale (1914-1918)
- Union sacrée : tous les journaux cessent les critiques du régime pour soutenir l’effort national.
- Uniformisation des discours et contrôle gouvernemental renforcé.
- Mesures clés :
- 30 juillet 1914 : censure des dépêches.
- 2 août 1914 : état de siège, suspension/interdiction de publications.
- 3 août 1914 : création du Bureau de la presse, contrôle préalable des titres.
- 5 août 1914 : loi précisant les interdictions.
- La censure dépasse les questions militaires pour contrôler l’opinion publique (pacifisme, mécontentement social).
- "Bourrage de crâne" et "bobards de guerre" : dissimulation de la réalité du front, exaltation du nationalisme.
- Effet limité : les soldats revenus du front révèlent la vérité, provoquant une méfiance envers la presse.
- Conséquence : crise de confiance post-guerre, création du syndicat des journalistes et adoption d’un code déontologique.
À retenir : La presse a été instrumentalisée par l’État pour mobiliser l’opinion pendant la guerre, ce qui a conduit à une perte de confiance durable.
b) La presse pendant la Seconde Guerre mondiale (1939-1945)
- Remise sous contrôle politique et censure dès août 1939.
- Censure spécifique de la presse communiste suite au pacte germano-soviétique.
- Division du territoire en zone occupée (nord) et zone libre (sud) :
- Zone occupée : 350 journaux soumis à une censure allemande stricte et à une propagande intense.
- Zone libre : environ 300 journaux également censurés.
- La presse est utilisée pour façonner l’opinion publique en faveur de l’occupant.
- Parallèlement, développement d’une presse clandestine résistante, fragile mais croissante.
À retenir : Sous l’Occupation, la presse est contrôlée et instrumentalisée par les pouvoirs en place, mais la résistance s’organise via une presse clandestine.
Histoire technique et sociale des médias audiovisuels
1. La presse pendant la Seconde Guerre mondiale
- Presse résistante : Journaux composés à la machine, diffusion incertaine, ressemblant à des tracts. Accès progressif aux imprimeries, gagnant en stabilité (ex. Libération).
- Rôle politique : Jean Moulin crée le Bureau d’information et de presse pour informer les résistants et créer un lien avec la France libre.
- Épuration professionnelle : Interdiction des titres ayant collaboré, exclusion des collaborateurs.
- Ordonnances d’août 1944 (inspirées des Cahiers bleus) :
- Interdiction des prête-noms (transparence).
- Publication annuelle des bilans comptables des journaux.
- Distinction obligatoire entre publicité et information.
La presse résistante a posé les bases d’une presse transparente et responsable après la guerre.
- Création du journal de référence : Le Monde (décembre 1944), pour restaurer une voix française internationale.
2. La presse en crise (depuis 1945)
- Contexte : Crise ancienne, accentuée par le numérique.
- Presse quotidienne nationale (PQN) :
- Nombre de titres divisé par deux en moins de 10 ans après 1945.
- Tirages en forte baisse : 6 millions (1945) → 2,2 millions (1996).
- Presse populaire : Existence forte dans les années 1950, puis déclin.
- Presse quotidienne régionale (PQR) :
- Organisation territoriale autour de grands titres (ex. Ouest France).
- Stabilité 1945-1975, contraction 1975-1995 (baisse des titres et tirages).
- Presse magazine : Maintient une influence importante, inspirée des modèles américains (Life).
| Titre | Année | Spécificité | Public cible |
|---|---|---|---|
| Paris Match | 1949 | Photoreportage, people | Grand public |
| L’Express | 1953 | Position pro-décolonisation | Cadres |
| Nouvel Observateur | 1964 | Réplique de L’Express | Intellectuels de gauche |
| Le Point | 1972 | Réplique de L’Express | Cadres et élites |
- Exemple d’engagement : Le Nouvel Observateur soutient le Manifeste des 343 (prise de position féministe).
3. De la télégraphie sans fil (TSF) à la radiodiffusion
a) TSF et ses applications (19e siècle - début 20e)
- Découvertes clés : Ondes électromagnétiques, ondes hertziennes.
- Morse : Code points et traits pour transmettre messages écrits.
- Applications :
- Industrie navale (exigence d’émetteurs TSF après le Titanic).
- Militaire (transmission d’ordres à distance, formation d’officiers spécialisés).
- Conséquence : Compétences militaires réutilisées dans la radio grand public après la guerre.
b) Émergence de la radiodiffusion
- Lampe triode : Amplifie signal électrique, permet transmission vocale (parole, musique).
- Premiers tests : 1908, liaison Paris-Villejuif.
- Tour Eiffel : Antenne militaire, portée passant de 400 km (1903) à 6000 km (1908).
- Après 1ère Guerre mondiale : Plus de 1000 officiers formés créent entreprises d’émetteurs.
- Années 1920 : Début diffusion de programmes via récepteurs individuels.
4. La télédiffusion (télévision)
- Invention clé : 1923, Vladimir Zworykin dépose le brevet de l’iconoscope (caméra électronique).
- Années 1920 : Premières télévisions avec standards techniques variés selon pays.
- Après 2nde Guerre mondiale : Unification des standards en Europe, favorisant l’essor industriel.
- France : Développement dans les années 1930 pour réduire dépendance aux innovations allemandes.
5. Équipement des foyers et usages (Europe & États-Unis)
- Diffusion radio entre-deux-guerres : Croissance rapide aux États-Unis (détails non fournis dans la portion).
La radio et la télévision ont transformé la diffusion de l’information en rendant possible la transmission orale et visuelle à grande échelle, modifiant profondément les usages médiatiques.
La radiodiffusion entre État et marché (1920-1970)
1. L’équipement en téléviseurs après 1945
- Croissance rapide de la pénétration télévisuelle : en France, le taux d’équipement atteint 92% en 1980.
- Événements télévisés majeurs (ex. mission Apollo 11, couronnement d’Élisabeth II en 1953) favorisent la généralisation des téléviseurs.
- Rituels télévisés (Dayan et Katz, 1996) : programmes qui suspendent l’ordinaire, créent une expérience collective et un fort sentiment de solidarité (mariages princiers, JO, funérailles publiques).
- Ces événements sont préparés à l’avance et suivent un déroulement protocolaire.
La télévision crée des rituels collectifs qui renforcent la cohésion sociale par la diffusion d’événements exceptionnels.
2. La radiodiffusion entre État et marché (Europe & États-Unis, 1920-1940)
| Modèle | Pays concernés | Caractéristiques principales |
|---|---|---|
| Modèle libéral | États-Unis | Offre privée, financée par la publicité, réseaux nationaux (NBC, CBS, ABC), programmes attractifs (soap operas). |
| Modèle étatiste | Royaume-Uni, Allemagne | Radio publique financée par redevance (BBC), pas de publicité, programmes éducatifs et informatifs ; en Allemagne, radio contrôlée par l’État et utilisée pour la propagande nazie. |
| Modèle hybride | France | Mixte : monopole d’État et initiatives privées, interdiction de publicité sur radios publiques, financement par redevance et taxe sur publicité privée, développement des radios périphériques. |
a) Modèle libéral (États-Unis)
- Entreprises privées dominent (AT&T, RCA).
- Financement par publicité.
- Offre structurée autour de networks nationaux avec relais locaux.
- Programmes conçus pour maximiser l’audience.
b) Modèle étatiste (Royaume-Uni & Allemagne)
- BBC (1927) : radio publique autonome, financée par redevance, sans publicité, liberté éditoriale garantie, programmes éducatifs et informatifs.
- Allemagne : radio contrôlée par l’État dès fin 1920, utilisée pour la propagande nazie après 1933.
c) Radio en France : monopole d’État et initiatives privées
- Premières émissions publiques en 1921 depuis la tour Eiffel.
- Offre mixte : postes d’État et stations privées (ex. Radiola, Le Petit Parisien).
- 1931 : plan Ferrié organise la radiodiffusion publique.
- 1933 : instauration de la redevance pour financer la radio publique.
- 1935 : interdiction de la publicité sur radios publiques, taxe sur publicité privée pour financer le service public.
- Radios périphériques (Radio Luxembourg) diffusent depuis l’étranger pour contourner la réglementation française.
- Seconde Guerre mondiale : radio sous contrôle gouvernemental, outil de propagande et de résistance.
3. La dérégulation de l’audiovisuel (Europe & États-Unis, depuis les années 1970)
a) La télévision aux États-Unis : vers l’ère de l’abondance
- 1945-1975 : ère des networks (ABC, CBS, NBC).
- Chaînes privées financées par la publicité.
- Recherche d’audience maximale avec des programmes de divertissement (feuilletons, jeux télévisés).
- Offre orientée vers le spectacle grand public.
La télévision américaine devient un marché dominé par des chaînes privées cherchant à maximiser l’audience par des programmes populaires financés par la publicité.
La dérégulation de l'audiovisuel depuis les années 1970
1. La dérégulation de l'audiovisuel depuis les années 1970
a) Rupture dans les années 1970 : émergence du câble et du satellite
- Fin du modèle unique d'État (1945-1975) : monopole étatique sur la radiodiffusion et la télévision.
- Apparition de la télévision par câble et satellite, encouragée par les pouvoirs publics.
- Multiplication des chaînes spécialisées (cinéma, sport, musique, ex. MTV).
- Passage d’une logique d’audience de masse à une logique de segmentation des publics.
- Enrichissement de l’offre avec une soixantaine de chaînes accessibles aux Américains.
- Concentration économique avec l’entrée de grands groupes (ex. Warner) dans le capital des chaînes.
L’offre audiovisuelle devient pléthorique, marquant une phase d’abondance et de fragmentation des publics.
b) Fragilisation des modèles étatiques en Europe
-
Modèle traditionnel : cooptation par l’État, monopole public sur l’audiovisuel.
-
Années 1970-80 : remise en cause de ce modèle par des décisions politiques visant à :
- Assurer le pluralisme.
- Préserver l’audiovisuel des pressions politiques.
- Répondre à des logiques économiques.
-
L’audiovisuel devient un marché soumis à des dynamiques commerciales.
2. Cas par pays
| Pays | Situation avant 1970-80 | Évolution majeure | Conséquences principales |
|---|---|---|---|
| Royaume-Uni | Monopole BBC (radio et TV) | Création ITV (1955), Channel 7 (1982) | Fin du monopole, développement chaînes locales, radios périphériques (Radio Caroline) |
| Allemagne (RFA) | Offre publique confiée aux Länder (ARD, ZDF) | Interdiction privée jusqu’en 1961, puis libéralisation progressive dès 1985 (RTL) | Passage du pluralisme interne au pluralisme externe, multiplication des chaînes privées |
| France | Monopole d’État via RDF puis ORTF (1945-1974) | Contestation des radios pirates (années 70), loi de 1982 mettant fin au monopole d’État | Explosion des radios libres, pluralisme radiophonique, émergence de radios privées financées par la publicité |
3. La France : du monopole à la libéralisation
- Monopole d’État (1945-1974) : Radiodiffusion française (RDF), puis ORTF, contrôle politique fort, censure de l’opposition.
- Radios périphériques (Radio Luxembourg, Radio Monte Carlo) diffusent depuis l’étranger.
- Crises révélatrices du contrôle politique : guerre d’Algérie, révision constitutionnelle de 1962, événements de 1968.
- Réforme de 1974 : décentralisation partielle, mais maintien d’une forte emprise gouvernementale.
- Années 1970 : multiplication des radios pirates, contestation du monopole.
- 1981 : victoire socialiste, programme de pluralisme et contrôle élargi.
- Loi du 29 juillet 1982 :
- Fin du monopole d’État sur la programmation radio et TV.
- Maintien du monopole sur l’attribution des fréquences.
- Explosion des radios associatives (1240 en 1983).
- Autorisation de la publicité sur radios privées (1984), émergence de grandes stations commerciales (ex. NRJ).
- Coexistence entre radios publiques (financées par redevance) et radios privées (financées par publicité).
La loi de 1982 marque un tournant décisif vers la libéralisation et la diversification de l’audiovisuel français.
4. Conséquences générales de la dérégulation
- Multiplication des acteurs privés dans l’audiovisuel.
- Passage d’un modèle étatique à un modèle de marché.
- Pluralisme externe : coexistence de chaînes publiques et privées.
- Segmentation des audiences et spécialisation des contenus.
- Concentration économique et émergence de grands groupes multimédias.
La dérégulation a transformé l’audiovisuel en un secteur concurrentiel, diversifié et commercialisé, tout en posant des enjeux de pluralisme et de contrôle démocratique.
Les médias numériques : histoire et bouleversements
1. Histoire des médias numériques
a) Les débuts de l’informatique
- Informatique : confier des calculs à des machines pour automatiser le traitement de données.
- 1936 : Alan Turing introduit le langage binaire pour résoudre des problèmes mathématiques.
- 1945 : création de l’ENIAC, premier supercalculateur (3 tonnes, 167 m²).
- L’armée est un moteur clé du développement informatique, notamment pour le calcul balistique en contexte de guerre froide.
b) Prémisses d’Internet : Arpanet et Usenet
- 1958 : création de l’agence ARPA aux États-Unis pour contrer les avancées soviétiques (Spoutnik).
- Objectif : développer un réseau interactif et distribué d’ordinateurs.
c) Le web : invention et généralisation
- 1989 : Tim Berners-Lee crée le web, système de classement documentaire basé sur les URL et les liens hypertextes.
- 1993 : lancement du premier navigateur grand public, Mosaic.
- 1995 : essor du web grand public avec 150 000 accès à domicile en France.
- 1998 : création de Google.
- Adoption rapide du web : 19% des Français équipés en 1997, 84% en 2019.
2. Bouleversements liés au numérique
a) Nouveaux enjeux pour les médias
- Dès 1995, les journaux créent leurs sites web, reproduisant leur offre papier.
- Modèle économique : gratuité vs payant, toujours en débat.
- Un lecteur papier génère 20 fois plus de recettes publicitaires qu’un lecteur en ligne.
- Le web transforme les médias traditionnels en rédactions plurimédias, affaiblissant la spécialisation des formats et journalistes.
- Convergence : collaboration entre rédactions auparavant distinctes.
- Internet favorise l’émergence de pure players (médias uniquement en ligne) comme Mediapart ou Brut.
- Infomédiation : extraction et classement de contenus pour offrir une information personnalisée.
- Relations ambivalentes entre médias et infomédiaires (Google, Facebook) : coopération pour le trafic, compétition pour la valeur publicitaire.
b) Bouleversements du côté des publics
- Environ 1/3 des Français utilisent les réseaux sociaux numériques (RSN) pour s’informer.
- Médias hégémoniques : télévision et radio restent dominants.
- L’accès à l’information en ligne passe de plus en plus par les RSN.
- La consommation de vidéos en ligne est majoritaire chez les 15-24 ans (59% regardent quotidiennement des vidéos d’actualité).
- L’accès à l’information est souvent combiné entre vidéo, radio et télévision.
| Propriétés du journalisme en ligne | Description |
|---|---|
| Multimédia | Intégration de textes, images, vidéos, sons. |
| Hypertextualité | Liens vers d’autres articles et ressources. |
| Interactivité | Échanges facilités entre journalistes et publics. |
- Années 2000 : émergence de l’idéal de journalisme participatif et citoyen (citoyens actifs dans collecte, reportage, analyse, diffusion).
- Les citoyens jouent un rôle actif via commentaires, corrections et diffusion.
Le web a transformé les médias en plateformes multimédias interactives, modifiant profondément les modes de production et de consommation de l’information.
Le service public audiovisuel : principes et fonctionnement
1. Définitions clés
- Service public : activité contrôlée par la collectivité pour satisfaire un besoin d’intérêt général. Dans l’audiovisuel, il s’agit d’informer, éduquer, cultiver et distraire (modèle BBC).
- Secteur public : ensemble des entreprises dont le capital est public, généralement confiées aux missions de service public (ex. France Télévisions, Radio France).
2. Évolution historique et cadre légal
| Période | Événement clé | Conséquence principale |
|---|---|---|
| 1945-1970 | Service public audiovisuel dominant | État garant de l’intérêt général |
| Années 1970 | Montée du néolibéralisme | Retrait de l’État, privatisations (ex. France Télécom) |
| 1982 | Loi du 29 juillet : fin du monopole d’État | Communication audiovisuelle libre et pluraliste |
| 1986 | Loi Léotard | Privatisation de TF1, ouverture à la déréglementation |
- La loi de 1982 instaure un double secteur : privé et public coexistent.
- La loi Léotard affirme que le privé peut aussi garantir la qualité des programmes.
3. Missions et fonctions du service public audiovisuel
- Offrir une diversité et un pluralisme de programmes.
- Respecter la qualité, l’innovation, les droits de la personne et les principes démocratiques (Art. 43-11, révisé 2021).
- Favoriser la cohésion nationale et territoriale (ex. France Bleu avec programmes régionaux).
4. Organisation du secteur public audiovisuel en France
| Société | Rôle principal | Particularité |
|---|---|---|
| Radio France | Radios publiques, info continue | France Info (1987), programmes régionaux |
| France Télévisions | Chaînes TV publiques | Antenne 2, France 3 Régions, Arte (copropriété franco-allemande) |
| TF1 | Privatisée depuis 1986 | Anciennement secteur public |
- Depuis 1989, présidence commune pour Antenne 2 et France 3.
- Offre élargie avec chaînes d’information continue et programmes régionaux.
5. Fonctionnement et financement
- Contrats d’objectifs et de moyens (COM) : contrats pluriannuels (3-5 ans) entre l’État et les sociétés publiques, fixant objectifs de diversité, innovation et budget.
- Financement :
- Publicité minoritaire depuis 1968.
- Financement majoritairement par la collectivité (redevance supprimée en 2022, remplacée par la TVA).
- Risques : dépendance politique, pressions budgétaires, plans de licenciements.
6. Importance du service public audiovisuel
- Seul capable de satisfaire un large éventail de goûts, y compris ceux non rentables économiquement (ex. messe dominicale sur France 2).
- Corrélation positive entre financement de l’audiovisuel public et solidité des régimes démocratiques (étude européenne).
- Le privé ne peut pas remplacer le service public dans la diversité et la qualité des programmes proposés.
À retenir : Le service public audiovisuel garantit une offre pluraliste, de qualité et accessible, essentielle à la démocratie et à la cohésion sociale.