L'attitude critique et le sens commun
1. L'attitude critique
L'attitude critique est une posture intellectuelle qui consiste à ne pas accepter les informations telles quelles, mais à les interroger, les analyser et les remettre en question. Elle est essentielle en sciences sociales pour dépasser les évidences et éviter les préjugés.
- Elle implique la distanciation par rapport aux opinions reçues.
- Elle favorise la réflexion rigoureuse et la recherche de preuves.
- Elle permet de distinguer faits et opinions.
2. Le sens commun de la critique
Le sens commun désigne l'ensemble des connaissances, croyances et jugements partagés spontanément par un groupe social. Il repose souvent sur l'expérience quotidienne et les représentations collectives.
- Le sens commun est pratique mais peut être imprécis ou erroné.
- Il sert de point de départ mais doit être soumis à la critique scientifique.
- Il est influencé par la culture, l'histoire et les valeurs du groupe.
3. Le sens pratique (Schütz)
Alfred Schütz distingue le sens pratique, qui correspond aux savoirs et compétences utilisés dans la vie quotidienne pour agir efficacement, du sens commun plus large.
- Le sens pratique est implicite et non théorisé.
- Il guide les actions sans nécessiter de réflexion consciente.
- En sciences sociales, il faut rendre explicite ce sens pratique pour l'analyser.
4. Critères de la critique
Pour qu'une critique soit valable en sciences sociales, elle doit respecter certains critères :
| Critère | Description |
|---|---|
| Objectivité | S'appuyer sur des faits vérifiables, éviter les biais personnels |
| Rigueur méthodologique | Utiliser des méthodes appropriées et transparentes |
| Cohérence logique | Arguments structurés et sans contradictions |
| Ouverture | Prendre en compte d'autres points de vue |
| Réfutabilité | Être susceptible d'être contestée ou testée |
L'attitude critique consiste à interroger systématiquement les évidences pour construire un savoir fiable et rigoureux.
Apprendre à faire de la recherche
1. Synthèse : Attitude critique et sens commun
- Attitude critique : capacité à douter, vérifier, décoder les discours et chiffres, refuser l'immédiateté des informations (inspiré de la négativité d'Hegel).
- Sens commun de la critique : pas systématique dans la vie quotidienne, car on manque souvent des moyens ou de l'intérêt pour vérifier, et la confiance est nécessaire pour vivre ensemble.
- Confiance : fondement des interactions sociales, surtout dans les sociétés modernes complexes et anonymes (Georg Simmel).
La confiance est une forme de foi qui permet d'anticiper les actions des autres dans un contexte d'intermédiaires inconnus.
2. Confiance médiatisée et typification
- Confiance médiatisée : s'appuie sur des intermédiaires technologiques et techniques pour faciliter les interactions sociales.
- Typification : processus social qui consiste à classer la réalité en catégories partagées, permettant d'anticiper et d'adapter les comportements.
- Sens pratique (Alfred Schütz) : la vie quotidienne est guidée par des routines et habitudes non questionnées, vécues comme allant de soi (« taken for granted »).
3. Réflexivité et « petites scientifiques »
- Les individus ne sont pas constamment réflexifs ; la réflexion critique survient surtout lors d'interruptions du quotidien (pannes, crises).
- On se contente souvent d'une réalité suffisante : accepter les conséquences d'une action sans chercher une démonstration rigoureuse.
- L'attitude critique est une compétence qui s'apprend et se cultive.
4. Posture scientifique et critique
| Caractéristiques de la posture scientifique | Description |
|---|---|
| Objectif | Comprendre l'origine d'un phénomène, pas seulement l'utiliser |
| Questions posées | Compréhension (« comment ça marche ? ») et explication causale (« quelle est la cause ? ») |
| Protections nécessaires | Droit à l'erreur, garanties financières, conditions pour poser des questions critiques |
| Suspension de l'efficacité | Ne pas juger immédiatement de l'utilité ou de l'efficacité, mais chercher la compréhension |
L’attitude critique est une posture scientifique qui s’exerce et s’acquiert, distincte du sens commun.
La question de départ et l'état de l'art
1. La question de départ
- Choisir une thématique : processus en entonnoir, partir d’une idée vague, consigner ses préconceptions pour mieux se connaître.
- Brainstorming et schématisation pour organiser les idées.
- 4 pièges à éviter :
- Ambition démesurée (ne pas vouloir révolutionner la connaissance)
- Prudence excessive (ne pas oser se lancer)
- Le « plus ou moins » (manque de précision)
- Précipitation (commencer sans clarté sur l’objet de recherche)
a) Critères d’une bonne thématique
| Critère | Explication |
|---|---|
| Étudiable en sciences sociales | Sujet pertinent pour les méthodes et objets des sciences sociales |
| Réalisable | Sujet accessible (pas trop futuriste, secret, ou inaccessible) |
| À notre portée | Possibilité concrète de mener la recherche |
| Intérêt personnel | Sujet motivant sans tomber dans le militantisme |
b) Comment commencer concrètement ?
- Brainstorming des faits et idées, établir des liens.
- Discuter précisément le vocabulaire utilisé.
- Définir un espace-temps et une population ciblée.
- Vérifier la faisabilité avec les outils des sciences sociales (quantitatifs, qualitatifs, représentations).
c) Formuler la question de départ
- Question sur la nature ou les liens entre deux phénomènes.
- Critères :
- Univoque et concise
- Faisable
- Ouverte (non biaisée, ne présuppose pas la réponse)
La question de départ doit permettre de délimiter clairement la recherche sans imposer de réponse.
2. L’état de l’art
- La recherche n’est pas un terrain vierge : elle s’appuie sur les travaux antérieurs.
- Démarche cumulative en sciences sociales : il faut connaître ce qui a déjà été fait.
- Trouver l’angle mort ou la limite des connaissances existantes.
- L’état de l’art consiste à faire le point sur les connaissances pour situer sa propre recherche.
- Il s’agit de profiter du chemin des autres pour construire sa propre contribution.
L’état de l’art est une étape méthodologique essentielle pour éviter de réinventer la roue et pour positionner sa recherche dans le champ scientifique.
3. La posture scientifique
- Critique : examen minutieux et prudent des faits pour en établir la validité.
- Indissociable de la démarche scientifique.
- Opérations intellectuelles rigoureuses pour juger la qualité et la pertinence d’un fait.
- Critères de la critique varient selon les champs (ex. sciences : vrai/faux, démontrable).
4. Pourquoi et comment apprendre à faire de la recherche ?
- Objectif : bien instruire la réalité, poser les bonnes questions.
- Éviter les questions biaisées qui présupposent une réponse (exemple : « Pourquoi les jeunes sont accros aux RS qui diminuent leur sociabilité ? »).
- Apprentissage par :
- La pensée, le raisonnement logique.
- La discussion avec les textes, collègues, maîtres (état de l’art).
- L’empirie : collecte de données réelles.
- Les méthodes d’enquête.
- Démarche privilégiée : hypothético-déductive (de la théorie au terrain).
5. Processus pédagogique en 7 étapes
- Formulation de la question de départ
- Exploration : lectures et entretiens exploratoires
- Poursuite de l’exploration
- Construction du modèle d’analyse
- Observation sur le terrain
- Analyse des données collectées
- Rédaction des conclusions
À retenir : La recherche en sciences sociales commence par une question claire, ouverte et réalisable, s’appuie sur un état de l’art rigoureux, et se conduit avec une posture critique et méthodique.
Le travail en équipe
1. Travail en équipe : définitions et enjeux
Le travail en équipe désigne la capacité de plusieurs personnes à combiner leurs connaissances, idées et opinions pour produire un résultat supérieur à ce qu’elles pourraient faire individuellement.
a) Pourquoi travailler en groupe ? (du point de vue des enseignants)
- Développer des compétences de collaboration et de résolution collective de problèmes.
- Favoriser le conflit socio-cognitif : confrontation des idées, élargissement des représentations, développement cognitif.
- Acquérir des compétences transversales utiles dans divers contextes professionnels.
b) Attributs clés d’un groupe de travail
| Attribut | Description |
|---|---|
| But commun | Partage d’un objectif collectif |
| Cohésion | Interactions et liens entre membres |
| Sentiment d’appartenance | Identification au groupe |
| Interdépendance | Dépendance mutuelle dans les tâches |
2. Travail collaboratif vs travail coopératif
| Critère | Travail collaboratif | Travail coopératif |
|---|---|---|
| Engagement | Efforts mutuels pour une tâche commune | Chaque membre réalise sa tâche spécifique |
| Résolution de problème | Ensemble, en interaction régulière | Distribution négociée, communication limitée |
| Logique | Interaction continue | Juxtaposition des contributions |
| Responsabilité | Collective | Individuelle |
3. Étapes du travail en équipe
- Formation du groupe
- Démarrage : mise en commun des ressources, définition des règles, planification
- Réalisation : répartition des rôles, exécution des tâches
- Finalisation : validation du contenu et de la forme
4. Fonctions dans le groupe
- Barreur : guide le groupe vers l’objectif
- Scribe : prend des notes
- Secrétaire : organise les documents
- Gardien de parole : régule les échanges
- Gardien du temps : veille au respect du planning
- Porte-parole : communique à l’extérieur
5. Leadership dans le groupe
Le leadership est la capacité à aider le groupe à se définir et atteindre son but.
| Type de leadership | Description |
|---|---|
| Naturel | Reflète l’esprit ou l’objectif de l’équipe |
| De circonstance | Basé sur l’expertise nécessaire à un moment donné |
| Distribué | Leadership partagé selon les besoins, influence réciproque |
6. La problématique et le cadre théorique
- Problématisation : construction intellectuelle qui transforme la question de recherche en un questionnement détaillé, informé par la littérature et conceptualisé.
- Sert à rendre le réel intelligible en se focalisant sur certains aspects pour éviter la complexité excessive.
- Permet d’éviter la simplification abusive (logique ceteris paribus), en reconnaissant que tous les paramètres ne sont pas équivalents.
La problématique est la formulation précise du projet de recherche, articulant questions et concepts clés.
À retenir : Le travail en équipe repose sur la complémentarité des membres, une communication régulière et une répartition claire des rôles, avec un leadership adapté pour atteindre un objectif commun.
La problématique et le cadre théorique
1. La problématique : réduire la complexité du réel
La problématique consiste à choisir les dimensions essentielles d’un phénomène et à montrer leurs relations. Elle vise à présenter un angle d’attaque spécifique et à relever les questions non traitées par d’autres chercheurs.
Objectifs :
- Faire un choix dans l’état de l’art
- Indiquer les dimensions prioritaires à étudier
- Donner les grandes orientations de la recherche :
• Idées générales inspirantes
• Repères théoriques principaux
• Grille d’analyse pour ordonner les données empiriques
• Hypothèses à tester
La problématique donne une vision claire et ciblée du phénomène à étudier, en s’appuyant sur un cadre théorique précis.
2. Exemple : Durkheim et le suicide (1897)
- Constats : Le suicide est souvent vu comme un problème psychologique, mais des régularités statistiques (religion, état civil, lieu de résidence) suggèrent une dimension sociale.
- Intuition : Le suicide est un fait social.
- Concepts clés : fait social, cohésion sociale.
- Hypothèse : Le taux de suicide reflète l’état d’un groupe ou d’une société selon son degré de cohésion sociale.
3. Construction du cadre théorique
Le cadre théorique sert à complexifier et approfondir la compréhension d’un phénomène en s’appuyant sur :
- Les constats et zones d’ombre issus de l’état de l’art
- L’identification et l’explicitation des différentes approches théoriques
a) Approches théoriques possibles (exemples) :
| Approche | Focus principal | Exemple d’application |
|---|---|---|
| Théorie du choix rationnel | Gains matériels, calculs d’intérêts | Menace sécuritaire, négociations commerciales |
| Théorie du jeu bureaucratique | Facteurs politiques internes, coalitions | Influence politique de dirigeants, alliances |
4. Outils théoriques pour la recherche
Trois types d’outils sont mobilisés :
| Type | Définition | Exemples |
|---|---|---|
| Paradigmes | Ensemble d’hypothèses formant un tout, offrant un point de vue global sur les phénomènes | Constructiviste, interactionniste, marxiste |
| Théories | Système de pensée composé de concepts et hypothèses pour expliquer un phénomène spécifique | Théorie du suicide, des pratiques culturelles |
| Concepts | Catégories abstraites simplifiant et rendant compréhensible la complexité des phénomènes | Cohésion sociale, fait social |
Le cadre théorique est une affiliation intellectuelle : il faut choisir ses outils avec pragmatisme, éviter la pureté théorique excessive ou le mélange incohérent.
5. Réaliser un cadre théorique : étapes clés
-
Identifier dans l’état de l’art
- Connaissances et faits établis à approfondir
- Approches théoriques existantes et leurs caractéristiques
-
Choisir une approche théorique
- Situer ses forces et faiblesses
- Sélectionner les outils théoriques pertinents
- Argumenter ce choix
-
Rédiger la problématique
- Présenter les faits et idées à approfondir
- Exposer les approches théoriques identifiées et justifier le choix retenu
- Détailler les outils théoriques retenus et leurs articulations
6. Modèle d’analyse et hypothèses
Le cadre théorique conduit à l’élaboration d’un modèle d’analyse spécifique qui oriente la recherche et permet de formuler des hypothèses testables.
Le modèle d’analyse est la traduction opérationnelle du cadre théorique dans la démarche empirique.
Le modèle d'analyse et les hypothèses
1. Le modèle d’analyse : définition et utilité
Le modèle d’analyse est un cadre théorique construit par le chercheur pour rendre intelligible un phénomène social, en articulant ses différentes dimensions observées. Il sert de grille de lecture spécifique, indiquant quoi observer et comment relier les observations.
a) Deux types de modèles selon leur but
| Type de modèle | Objectif principal |
|---|---|
| Modèle descriptif | Décrire un phénomène pour mieux le comprendre |
| Modèle explicatif | Mettre en relation plusieurs phénomènes pour mieux les expliquer |
2. La variable : outil central de la mise en relation
- Variable = ce qui varie, utilisée pour relier des phénomènes.
- Deux types :
- Variable dépendante : phénomène à expliquer (toujours présente)
- Variable indépendante : phénomène explicatif (parfois présente)
a) Formulation des relations entre variables
| Question posée | Type de question | Exemple |
|---|---|---|
| Quels phénomènes expliquent A ? | Question ouverte | « Quels sont les phénomènes qui expliquent la variation de A ? » |
| Comment A varie-t-il en fonction de B ? | Question fermée | « Comment A varie en fonction de B ? » |
| Y a-t-il un lien entre A et B ? | Question non directionnelle | « Est-ce qu’il y a un lien entre A et B ? » |
| Comment B influence-t-il A ? | Question directionnelle | « Comment B influence-t-il A ? » |
3. Deux types d’opérations dans le modèle d’analyse
a) Opérations « horizontales »
Consistent à circonscrire et relier le phénomène étudié.
Questions clés :
- Qui ? Population concernée (référence ou enquête)
- Quand ? Où ?
- Quoi ? Phénomènes/variables à relier
- Comment ? Pourquoi ? Nature des liens entre variables
b) Opération « verticale »
Décompose le phénomène en plusieurs dimensions et sous-dimensions.
Questions clés :
- Quelles sont les facettes intéressantes du phénomène ?
- Quels indicateurs permettent de les observer concrètement ?
4. Les hypothèses : confrontation du modèle à la réalité
- Une hypothèse est une conjecture provisoire répondant à la question de recherche.
- Elle est généralement issue de l’état de l’art (réponse théorique) et doit être vérifiée empiriquement.
- Se décline en hypothèse principale et sous-hypothèses, liées aux questions de recherche et aux dimensions du modèle.
a) Critères d’une bonne hypothèse
| Critères de clarté | Critères de validité |
|---|---|
| Concision (1 phrase) | Vérifiable (test empirique possible) |
| Univocité (concepts précis) | Falsifiable (réfutable par « oui » ou « non ») |
| Intérêt explicatif et compréhensif |
Une hypothèse doit être claire, testable et apporter une explication pertinente.
5. Savoirs ordinaires vs savoirs scientifiques en sciences sociales
| Type de savoir | Description | But principal |
|---|---|---|
| Sens pratique | Savoirs et savoir-faire intuitifs pour agir au quotidien (ex. marcher, saluer) | Permettre la débrouillardise |
| Sens commun | Croyances et idées partagées simplifiant les interactions sociales | Compréhension simplifiée du monde |
- Les savoirs ordinaires visent la pratique, les savoirs scientifiques visent la connaissance.
- Cette distinction est épistémologique, non morale.
a) Relations entre savoirs ordinaires et scientifiques
- Étude des humains en sciences sociales implique un lien entre ces savoirs.
- Les chercheurs appartiennent au monde qu’ils étudient.
- Les savoirs scientifiques peuvent influencer les savoirs ordinaires et vice versa.
La recherche en sciences sociales navigue entre ces deux types de savoirs, avec des interactions complexes.
Les débats épistémologiques : savoirs ordinaires et scientifiques
1. Savoirs ordinaires vs savoirs scientifiques
- Les enquêtés peuvent contester le savoir scientifique car il ne coïncide pas toujours avec leur propre perception d’eux-mêmes. Cela ne signifie pas qu’un savoir invalide l’autre.
- Les chercheurs produisent un savoir situé, influencé par leurs convictions et valeurs.
2. Trois questions épistémologiques clés
| Question | Enjeu principal | Proposition méthodologique |
|---|---|---|
| 1. Rupture épistémologique | Que faire des savoirs ordinaires et des savoirs des enquêtés ? | Mettre provisoirement de côté les savoirs ordinaires, puis y revenir scientifiquement |
| 2. Wertfreiheit (neutralité axiologique) | Comment gérer ses opinions, valeurs, émotions ? | Reconnaître ses valeurs, ne pas les nier, surtout expliciter en enseignement |
| 3. Spécificité du savoir scientifique | Qu’est-ce qui distingue le savoir scientifique ? | Il est méthodologiquement construit |
3. La rupture épistémologique : débat épistémologique et moral
- Épistémologique : Qu’est-ce que l’on sait et comment ?
- Moral : Quelle importance accorder aux savoirs ?
- La séparation savoirs ordinaires / scientifiques n’a pas de sens dans la vie quotidienne, mais est utile méthodologiquement.
- Le savoir scientifique révèle ce que le savoir ordinaire ne montre pas.
- Adopter une posture d’étrangeté vis-à-vis de son propre monde.
- Aller-retour entre savoirs ordinaires et scientifiques, permettant la surprise et la discussion raisonnée.
La rupture épistémologique consiste à suspendre temporairement les savoirs ordinaires pour produire un savoir scientifique, puis à réintégrer ces savoirs dans une discussion critique.
4. La question de la Wertfreiheit (neutralité axiologique) selon Weber
- La science ne peut pas être sans valeurs : nier ses valeurs est plus néfaste que de les reconnaître.
- Toute science repose sur une croyance fondamentale.
- La neutralité doit être exigée en enseignement, où il y a un rapport de pouvoir.
- L’enseignant doit éviter d’imposer ses valeurs (non-imposition des valeurs, pas neutralité absolue).
- Responsabilités :
- Enseignant : méta-communiquer ses valeurs.
- Étudiant : être conscient de ses choix, ne pas attendre qu’on lui dise quoi penser.
- Distinction importante :
- Registre analytique : expliquer/comprendre un phénomène.
- Registre normatif : défendre une conviction.
5. Débats épistémologiques en sciences sociales : inductif vs déductif
- Oppositions classiques (usées) : sciences dures vs molles, objectivisme vs subjectivisme, positivisme vs constructivisme.
- Positivisme (Auguste Comte) : observer, mesurer, abstraire des lois générales invisibles à l’œil nu.
- Sciences de l’esprit (Dilthey) : rejet du positivisme, insistance sur le sens, les motivations, les représentations des individus.
- Difficultés :
- Artificialisme du dispositif expérimental.
- Réaction du sujet à l’étude.
- Le chercheur utilise aussi le langage courant.
- Héritage théorique : Husserl, Weber, Simmel.
6. Réponse positiviste aux critiques
- Importance de la montée en généralité (structures, transversalités).
- Les logiques objectives peuvent être inconscientes des acteurs.
7. Deux types de connaissance complémentaires
| Type de connaissance | Objectif | Exemple / remarque |
|---|---|---|
| Expliquer | Chercher causes et raisons | Analyse des enchaînements causaux |
| Comprendre | Saisir le sens, les significations | Étudier motivations, représentations |
8. Critiques de la causalité en sciences sociales
- La causalité est souvent une facilité de langage.
- Corrélation ≠ causalité.
- Il faut décrire les enchaînements de causes à effets.
- Exemple : les enfants jouant à des jeux vidéo de combat peuvent concevoir la bagarre comme un jeu, influencés par leur milieu.
- Retour à la question du sens : comprendre les représentations et motivations derrière les phénomènes.
En sciences sociales, il est essentiel de combiner explication causale et compréhension du sens pour appréhender les phénomènes étudiés.
Les débats épistémologiques : inductif et déductif
1. Approches épistémologiques en sciences sociales
Les sciences sociales produisent des théories ancrées dans la réalité empirique. Deux grandes questions structurent le lien entre théorie et empirisme :
- Quand connecter théorie et empirie ?
→ débat inductif vs déductif - Comment connecter le général et le particulier ?
→ débat micro vs macro, ou montée en généralité
2. Raisonnement empirico-inductif
- Principe : partir des faits observés (empirie) pour construire une théorie.
- Temporalité : terrain → théorie (ex. Glaser & Strauss).
- Conditions : accès au terrain et temps suffisant.
- Utilité : découvrir de nouvelles connaissances sur un phénomène déjà étudié.
- Difficultés : gérer la complexité, sélectionner les faits pertinents, risque de se perdre dans le terrain.
- Résultat : montée progressive en généralité.
3. Micro vs Macro : la montée en généralité
| Modèle Micro | Modèle Macro |
|---|---|
| Se concentre sur le particulier, proche du réel. | Cherche à faire émerger le général à partir du particulier. |
| Valorise la richesse et l'épaisseur des données. | Privilégie la comparaison et la standardisation. |
| Risque : ne pas généraliser au-delà des cas observés. | Risque : généralisation excessive, théorie déconnectée de l'empirie. |
| Affinité avec méthodes qualitatives (entretiens, observations). | Affinité avec méthodes quantitatives (statistiques, sondages). |
La montée en généralité est un choix méthodologique, ni trop rapide (risque d’abstraction) ni trop faible (risque d’insignifiance).
4. Modèles de recherche : inductif vs déductif
| Aspect | Inductif | Déductif |
|---|---|---|
| Point de départ | Faits empiriques | Théorie ou hypothèse |
| But | Construire une théorie à partir des données | Tester une hypothèse par l’observation |
| Temporalité | Terrain → théorie | Théorie → terrain |
| Méthodes associées | Qualitatives (entretiens, observations) | Quantitatives (expériences, sondages) |
| Risques | Se perdre dans la complexité du terrain | Théorie déconnectée de la réalité |
5. Choix méthodologiques en recherche
- Facteurs à considérer :
- Moyens disponibles (temps, argent, ressources humaines)
- Nature de la réalité à observer (personnes, productions, données globales)
- Types de données :
- Données individuelles (situations, pratiques)
- Données documentaires (archives, discours)
- Données globales (économiques, statistiques)
- Maîtrise méthodologique : adapter la méthode (qualitative ou quantitative) selon l’approche inductive ou déductive.
6. Traitement des données en sciences sociales
- Analyse statistique : relier des variables (souvent avec logiciel).
- Analyse de contenu : extraire le sens latent d’un discours (manuelle ou assistée).
- Analyse biographique : reconstruire des parcours individuels.
- Étude de cas : décrire et contextualiser un ou plusieurs cas révélateurs.
À retenir : Le choix entre inductif et déductif, micro et macro, dépend du phénomène étudié, des moyens disponibles et des objectifs de recherche. Ces approches sont complémentaires et non exclusives.
L'opérationnalisme et le dispositif méthodologique
1. L'opérationnalisme en sciences sociales
L'opérationnalisme consiste à définir un concept abstrait par les opérations concrètes permettant de le mesurer ou de l'observer. Cette démarche garantit la clarté et la reproductibilité des concepts dans la recherche.
- Permet de transformer des notions théoriques en indicateurs mesurables.
- Facilite la construction d’un dispositif méthodologique rigoureux.
2. Le dispositif méthodologique
Le dispositif méthodologique est l’ensemble des procédures et outils utilisés pour collecter, traiter et analyser les données dans une recherche.
Il comprend trois étapes clés :
| Étape | Description | Approche principale |
|---|---|---|
| 1. Préparation des données | Constitution de la base de données, gestion des non-réponses et des données manquantes | Méthodes quantitatives |
| 2. Recherche de structure | Analyse des données pour identifier des régularités ou des patterns | Approche déductive (hypothèses) ou inductive (codage progressif) |
| 3. Interprétation | Compréhension des résultats en fonction de l’objectif de la recherche | Recherche fondamentale ou appliquée |
3. Approches d’analyse des données
- Approche déductive : part des hypothèses préalables pour tester des relations.
- Approche inductive : part des données brutes, avec un codage progressif (décodage et recodage) pour faire émerger des catégories.
4. Objectifs de la recherche et implications méthodologiques
- Exhaustivité et représentativité : viser à couvrir l’ensemble d’un phénomène pour généraliser.
- Découverte et saturation : privilégier la profondeur et la richesse des données jusqu’à ce qu’aucune nouvelle information n’apparaisse.
| Type de recherche | Objectif principal | Exemple de méthode |
|---|---|---|
| Recherche fondamentale | Connaissance pure | Analyse qualitative, observation |
| Recherche commanditée | Transformation sociale | Méthodes d’intervention (ex : analyse en groupe) |
L’opérationnalisme assure la rigueur en traduisant les concepts en indicateurs mesurables, tandis que le dispositif méthodologique organise la collecte et l’analyse des données selon l’objectif de la recherche.
5. Synthèse
- Opérationnalisme = définition concrète et mesurable d’un concept abstrait.
- Dispositif méthodologique = préparation, structuration et interprétation des données.
- Choix entre approche déductive (hypothèses) et inductive (codage progressif).
- Objectifs de recherche influencent la méthode : exhaustivité vs saturation, connaissance vs transformation.
La recherche documentaire et la littérature scientifique
1. Types de documents en recherche documentaire
Pour gérer efficacement une recherche documentaire, il est essentiel de différencier les types de documents selon plusieurs critères :
| Critère | Catégorie 1 | Catégorie 2 |
|---|---|---|
| Circuit d’édition | Documents conventionnels (livres, articles) | Documents non conventionnels (littérature grise : rapports, documents officiels) |
| Caractère scientifique | Documents scientifiques (thèses, articles, ouvrages) respectant des règles strictes | Documents non scientifiques |
| Nature du contenu | Sources (informations brutes, ex : entretiens) | Travaux (analyses basées sur plusieurs sources) |
À retenir : Identifier le type de document est indispensable pour un référencement correct et pour choisir les outils adaptés à la recherche.
2. Méthodologie de la recherche documentaire en 6 étapes
-
Décomposer le sujet
Dresser un panorama des différents aspects du sujet pour en comprendre les subtilités. -
Choisir les mots-clés
Comprendre et sélectionner précisément les mots-clés pertinents. -
Sélectionner les opérateurs booléens
Utiliser des mots-clés de liaison (AND, OR, NOT) pour combiner les mots-clés et affiner la recherche. -
Identifier l’outil de recherche
Choisir l’outil adapté en fonction des types de documents ciblés et de leurs spécificités. -
Exploiter les filtres
Trier les résultats en éliminant ceux qui ne correspondent pas aux critères pertinents. -
Analyser les résultats
Évaluer la pertinence des documents obtenus. Si nécessaire, revenir à l’étape 2 pour affiner la recherche.
À retenir : La recherche documentaire est un processus itératif qui s’améliore à chaque cycle.
3. Comparer et mettre en perspective plusieurs écrits
Objectif : Atteindre un niveau d’abstraction suffisant pour analyser la relation entre plusieurs textes sans perdre le lien avec chacun d’eux.
- La comparaison consiste à expliquer au lecteur la relation entre les différents éléments étudiés.
- Il faut éviter un excès de détachement qui empêcherait la communication claire avec le lecteur.
4. Préparer les textes pour la comparaison
La préparation repose sur trois types d’opérations :
| Opérations | Description |
|---|---|
| Externes | Collecte d’informations bibliographiques et contextuelles sur le texte |
| Internes | Compréhension approfondie du contenu et des arguments du texte |
| Critiques | Évaluation des apports, limites et ouvertures en fonction des critères de comparaison |
Conseils pratiques :
- Garder une trace écrite des lectures sous forme de fiches d’identité (schéma, plan, citations clés).
- Intégrer directement dans le document de travail des citations pertinentes.
- Noter les idées nouvelles au fil des lectures sur un document séparé.
- Commencer la lecture par le texte le plus général ou celui qui offre un état des lieux.
À retenir : La comparaison efficace repose sur une appropriation rigoureuse et critique des textes, adaptée à l’objectif de la recherche.
La comparaison critique de textes
1. Préparation des textes pour la comparaison
- Comparaison critique : repérer accords/désaccords et apports/limites des textes, analyser registres, objets, statuts et thèses.
- Accords/désaccords : identifier divergences et convergences.
- Apports/limites : évaluer comment chaque texte enrichit ou limite la compréhension de la question, sans reprendre leur vision du monde.
- Analyser : examiner la convergence ou divergence dans l’analyse du phénomène.
- Objets : sous-thèmes abordés par l’auteur.
- Registre (ton) : descriptif, analytique, critique, politique.
- Statut (intention) : informer, convaincre, etc.
- Catégories de textes : théorique, recherche, débat de société, autre.
- Thèses : idées originales avancées par l’auteur.
2. Construire une grille de comparaison
a) Repères pour la comparaison systématique
Poser 4 questions clés pour identifier similitudes et différences :
| Critère | Question à se poser |
|---|---|
| Contexte | Les textes sont-ils comparables dans leur contexte ? |
| Statut et registre | Les textes ont-ils des statuts et registres comparables ? |
| Objets | Les objets traités sont-ils similaires ? |
| Thèses et arguments | Les thèses et arguments développés sont-ils comparables ? |
- Comparaison orientée : pondérer certains critères selon l’objectif (ex. contexte, registre).
b) Réaliser la grille
- Tableau à double entrée reprenant : thèse, objet, registre, statut, contexte, apports, limites, ouvertures.
- Répondre aux 4 questions pour chaque texte.
3. Réaliser la comparaison orientée
-
Objectif : dégager des points communs généraux au-delà des différences.
-
Questions pour analyser les apports :
- Comment les auteurs définissent-ils des notions clés (ex. autonomie, individualisme, lien social) ?
- Quelle est leur manière d’en parler ?
- Quelles conséquences tirent-ils sur la vie individuelle et le lien social ?
- Quel rôle ces phénomènes jouent-ils dans leur raisonnement ?
- Que contribuent ces textes à la compréhension de la problématique étudiée ?
4. Écrire la comparaison
a) Points clés pour la rédaction
- Inclure tous les éléments nécessaires, quelle que soit la longueur.
- Guider le lecteur en méta-communiquant (emploi de « je » ou « nous »).
- Modérer sa présence : éviter d’être trop absent ou trop affirmatif, utiliser un langage d’hypothèse pour nuancer.
- Trouver un style équilibré entre neutralité et confrontation.
b) Étapes de rédaction
- Introduction : présenter la structure et le plan de la comparaison.
- Présentation des textes : courte « carte d’identité » avec éléments essentiels (contexte, statut, thèse).
- Développement : exposer les résultats de la comparaison orientée selon le plan choisi.
À retenir : La comparaison critique consiste à analyser et confronter textes en évaluant leurs convergences, divergences, apports et limites, tout en adaptant la grille et le style selon l’objectif poursuivi.