Chapitre 8 : Quelles sont les caractéristiques contemporaines et les facteurs de la mobilité sociale ?
I - La mobilité sociale
A) Des différentes formes de mobilité à la mobilité sociale
Mobilité sociale = définie comme tout changement de position sociale d’un individu ou de groupe d’individus, celle-ci étant évaluée par la catégorie socio professionnelle, au sein d’une structure sociale en mouvement.
Une partie de la mobilité se produit mécaniquement du fait des transformations de la structure sociale : on parle de mobilité structurelle (mobilité non désirée).
La mobilité sociale peut prendre plusieurs formes :
Intergénérationnelle : changement de position entre 2 générations
- Mobilité verticale : modification dans la hiérarchie sociale = passage d’une position sociale à une autre jugée supérieure ou inférieure (promotion sociale ou déclassement)
- Mobilité horizontale : déplacement sans modification dans la hiérarchie sociale (père ouvrier à fils boucher)
Intragénérationnelle : changement de position sociale d’un individu au cours de sa vie
Professionnelle = fait de changer d’activité professionnelle sans que le statut social soit affecté
- Mobilité intragénérationnelle + possibilité de changer d’entreprise au cours de la carrière professionnelle d’un individu.
Géographique : lorsqu’un individu change de lieu de travail ou de résidence.
- Mobilité résidentielle : changement de résidence au sein d’un pays
- Migrations : changement de pays de résidence (lié à la mobilité professionnelle car parfois le changement de profession entraîne une mobilité géographique)
- Mobilité quotidienne : ensemble des déplacements effectués dans la journée (ex : migration pendulaire)
Nette : permet de mesurer « l’égalité des chances », c’est-à-dire les possibilités réelles qu’ont les individus d’évoluer dans la structure sociale indépendamment de leur milieu d’origine.
Utilisation de tables de mobilités = tableaux statistiques qui croisent le statut professionnel des fils et des père.
B) Construction et lecture des tables de mobilité
Il existe deux types de tables de mobilité : on enquête 40 000 individus âgés de 40 à 59 ans
1 – la table de recrutement
- On va observer l’origine des fils pour savoir où ils arrivent, retour vers le passé
- Répond à la Q « quelle est l’origine socioprofessionnelle des fils de telle PCS ? »
- Mesure le pourcentage d’individus dont le père appartenait à la même PCS que la leur
- Permet de savoir comment se constitue un groupe d’actif
- Permet de mesurer l’autorecrutement
- Diagonale des homosociaux « tel père tel fils » = diagonale représente l’immobilité sociale. Si les chiffres de la diagonale sont très faibles on est dans le respect du principe d’égalité des chances
- Tous les chiffres en dessous et dessus de cette diagonale sont les chiffres de la mobilité sociale (généralement ces chiffres sont faibles qui montre que la mobilité social est faible)
- Permet de mesure la reproduction sociale ou l’immobilité sociale
Selon l’enquête emploi de 2017, 49,1% des fils de cadres et PIS sont également cadres et PIS ; 45,4% des fils d’ouvriers sont également ouvriers.
Calcul : nombre fils d’agriculteur devenu eux même agriculteurs divisé par le nombre de père agriculteurs et ensuite multiplié par 100 (on obtient le pourcentage d’agriculteurs dont le père était aussi agriculteur)
Mobilité parfaite = parfaite égalité des chances est égale à 1 ; la mobilité parfaite n’est pas réel car il n’y a pas d’égalité des chances
Pour observer la mobilité en réalité on soustrait à la mobilité parfaite, la diagonale des immobilités.
Attention : il faut distinguer la mobilité contrainte et la mobilité désirée.
C) Intérêts et limites de la table de mobilité
Plusieurs avantages :
Les tables de mobilités permettent de mesurer la mobilité sociale intergénérationnelle en comparant la position sociale des individus avec celle de leur père ou mère
- Elles permettent d’évaluer la fluidité sociale par le calcul des rapports des chances relatives qui indiquent le lien plus ou moins fort entre la position sociale et la position sociale d’origine et ainsi le degré d’égalité des chances.
- Elles proposent une vision synthétique de la mobilité et de l’immobilité
- Elles mesurent l’évolution de la mobilité en comparant les tables en fonctions des années
Les limites
- Le degré de mobilité ou d’immobilité est fortement lié au niveau de détail des CSP utilisées : plus les catégories utilisées sont nombreuses, plus les déplacements entre catégories apparaissent mécaniquement importants.
- Renvoie une image partielle de la société puisqu’elle ne concerne qu’un quart des actifs
- Les positions sociales ne sont pas tjrs comparables entre les générations (ex : le niveau de prestige des instituteurs n’est plus le même qu’il y a 25 ans)
- Hétérogénéité des GSP : certains déplacement à l’intérieur d’un groupe qui s’apparentent à de la mobilité peuvent passés inaperçus.
- Ne prends pas en compte l’hétérogamie (ex : un fils cadre d’un père cadre et d’une mère employée sera considéré comme immobile, mais un fils cadre d’un père employé et d’une mère cadre sera considéré comme ascendant socialement)
- La mobilité des femmes est rarement prise en compte dans les tables de mobilités (cela vient du fait que les tables de mobilités utilisent des stats qui datent d’il y a plus d’un siècle or les statistiques pour les femmes qui remontent à un siècle sont casi inexistants)
II – Les principales évolutions de la mobilité en France : un état des lieux
A) Les principales tendances de long terme : les mobilités observées, subjective et structurelle
Mobilité structurelle = les déplacements intergénérationnels, ascendants ou non, liés aux transformations de la structure socioprofessionnelle. Ces dernières années on a observé une transformation de la structure socioprofessionnelle française, marquée par la baisse du poids du secteur de l’agriculture et une désindustrialisation. Ces CSP en déclin (artisans, ouvriers, agriculteurs) ont généré une mobilité structurelle vers les CSP en expansion (cadres, professions intermédiaires) et explique donc l’augmentation de la mobilité ces dernières décennies.
Paradoxe d’Anderson
Des jeunes mieux diplômés que leurs parents peuvent avoir un statut équivalent ou inférieur à leurs parents ; cela est dû au fait que le marché du travail a une capacité à proposé des emplois inférieur au statut de diplôme
- Déclassement des diplômes temporaire et relatif (pour les plus diplômés) mobilité intragénérationnelle
B) Le déclassement social
Selon Pierre Bourdieu, inégal répartition des capitaux se traduit par des niveaux de formations inégaux. => facteur explicatif de la reproduction sociale (=tendance qu’à la structure sociale à se perpétuer de génération en génération)
Déclassement social = mobilité professionnelle descendante et l’occupation d’une position socioprofessionnelle inférieure à ce que le niveau de formation permet d’atteindre → la perte du milieu social
Trois types de déclassement social :
- Intergénérationnelle
- Intragénérationnel (entre entrée et sortie dans le monde du travail)
- Professionnel : entre la statut social à partir du diplôme et celui qu’on a ensuite
Louis Chauvel : La spirale du déclassement : Essai sur la société des illusions
Pendant les 30 glorieuses on pense qu’il va y avoir une croissance économique et sociale infinie qui ne s’arrête jamais et pourtant ce phénomène s’essouffle. Chauvel explique qu’il se passe quelque chose de générationnel en France en particulier où les premiers nés du baby-boom ont bénéficié tout au long de leur vie d’un rythme de progrès qui s’étouffe pour leurs successeurs sans rattrapage.
- Essor des inégalités de patrimoine : creusement des inégalités qui déstabilise les classes moyennes ; de nouvelles cohorte se déplace dans les lieux prestigieux
- Décomposition des classes moyennes
- Creusement d’une fracture générationnelle
- Le « grand déclassement » qui se joue au niveau mondial
- Le déni des intellectuels et des politiques face à ces évolutions
La combinaison de ces éléments produirait un déclassement systémique
Le déclassement peut être réel ou simplement ressenti
C) Mobilité sociale et fluidité sociale
Tout d’abord, la mobilité sociale est liée à la fluidité sociale. Cependant la fluidité est d’avantage structurelle, sociétal.
La fluidité sociale mesure les chances d’accès aux positions sociales en fonction de l’origine sociale. (ex : un fils d’ouvrier a-t-il les mêmes chances de devenir cadres qu’un fils de cadre ?). La fluidité sociale est un véritable enjeu démocratique : car dans une société démocratique il devrait y avoir égalisation des chances. => Une société plus mobile n’est donc pas nécessairement plus fluide car il peut exister de nombreux déplacements mais aussi une absence d’égalités des chances.
3 différences entre fluidité et mobilité :
- en amont la fluidité c’est un principe d’égalisation des condition et la mobilité c’est une trajectoire individuelle (micro et macro)
- En aval l’une peut être supérieur à l’autre en fonction de la nature des trajectoires
- L’une est mesure par l’autre, la mobilité permet de mesurer la nature de la fluidité sociale
III – Les principales explications à la mobilité sociale : les facteurs de la mobilité sociale
1 - Configurations familiales (macro & micro)
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La famille au travers de son rôle de socialisation crée des aspirations, différentes selon le milieu social, qui influencent la trajectoire sociale des individus, au travers des choix d’études notamment
Ex : Stéphane Beaud : la France des Belhoumi -
Le discours des parents sur l’école est extrêmement positif, solidarité extrêmement forte dans la famille (les ainés sont des filles et sont des exemples de trajectoire improbable et vont aider régulièrement leurs frères et sœurs pour les soutenir scolairement
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La famille met également en œuvre des stratégies qui influencent les choix d’études et les positions sociales futures. Selon le sociologue Raymond Boudon, ces stratégies scolaires rationnelles sont le fruit de décisions qui reposent sur un calcul coût/avantage encourageant l’inégalité des chances, les familles des catégories supérieures anticipant plus d’avantages aux choix de poursuites d’études que les familles de catégories inférieures.
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Les familles ont une incidence sur les trajectoires individuelles, mais la fratrie va aussi impacter (pas pareil d’être enfant unique dans une famille nucléaire que 3 enfants dans une famille nucléaire).
- Familles à 4 enfants sont très nombreuses dans les milieux bourgeois
- Familles nombreuses (+3 enfants) dans les pays très pauvres (mortalité infantile très élevé)
- Classe moyenne : modèle à 1 ou 2 enfants
Plus la famille est stabilisée dans le temps, plus la fratrie est moins nombreuse, plus les opportunités d’ascension sociale sont élevées (la nature de la fratrie va avoir une incidence sur la mobilité)
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Pierre Bourdieu montre que la reproduction sociale est liée, selon les groupes sociaux, à la possession différente en quantité et en qualité de capitaux économiques, culturels et sociaux qui ont une rentabilité scolaire plus ou moins forte. Le capital joue un rôle majeur pour l’accession à certains types d’études ou à certains types d’emplois qui nécessitent la constitution d’un réseau.
2 – L’école (instruction scolaires) (macro)
Objectif à travers la méritocratie c’est de favoriser l’ascension de la mobilité sociale
Pierre merle : ségrégation scolaire
L’élévation du niveau de diplôme et de formation : l’accès à un niveau de formation plus élevé est une condition essentielle d’une mobilité sociale ascendante. L’élévation globale du niveau de formation accompagne les transformations de la structure socioprofessionnelles et permet une mobilité sociale ascendante pour nombre d’enfants de catégories populaires et moyennes. Cependant, un niveau de formation qui s’élève plus rapidement que la structure des emplois a des effets pervers. Il explique une moindre rentabilité des diplômes.
3 – L’état (macro) : la politique de l’état favorise la mobilité sociale à travers des bourses
4 – Conjoncturelle
Conjoncture qui va déterminer la structure du marché de l’emploi (subdivision entre faiblement et fortement qualifié)
5 – L’individu
Approche de Raymond Boudon : dans la rationalité de l’individu il va s’imprégner de plusieurs éléments qui sont le fait de plusieurs expériences individuelle dans un contexte social
Plusieurs expériences de vie qui font que les individus peuvent se démarquer de leur famille
Bernard Lahire « homme pluriel »
Expérience de vie a deux peuvent être une des explications à la trajectoire individuelle
Les ressorts individuelle peuvent fournir une explication intéressante sur les trajectoires des individus