Introduction et périodisation du classicisme
1. Introduction au classicisme viennois
Le classisisme viennois désigne la période musicale centrée sur la Première école de Vienne, incarnée par Haydn, Mozart et Beethoven. Cette notion est une construction historiographique récente, popularisée par le musicologue et pianiste Charles Rosen dans son ouvrage Le style classique (1971).
2. Périodisation du classicisme
La datation du classicisme viennois fait débat :
| Auteur | Début de la période | Fin de la période | Justification principale |
|---|---|---|---|
| Georgio Pestelli | 1750 (mort de Bach) | 1827 (mort Beethoven) | Période encadrée par deux grandes figures baroques et classiques |
| Charles Rosen | 1775 | 1827 | Marque une évolution stylistique majeure chez Haydn et Mozart |
3. Questionnements sur la notion de « période » et de « style classique »
- La période 1750-1830 est stylistiquement hétérogène, ce qui remet en cause l'idée d'un style classique uniforme.
- Le terme « style classique » est donc à manier avec précaution, car il recouvre plusieurs tendances.
4. Le style galant (1720-1780)
- Johann Christian Bach est le principal représentant du style galant.
- Ce style précède et influence le classicisme viennois, caractérisé par une simplicité et une élégance contrastant avec la complexité baroque.
Le classicisme viennois est une période musicale définie par l’évolution stylistique majeure entre 1775 et 1827, centrée sur Haydn, Mozart et Beethoven, mais marquée par une diversité stylistique importante.
Hétérogénéité des styles entre 1750 et 1830
1. Hétérogénéité des styles entre 1750 et 1830
a) Style galant
Le style galant privilégie l’intelligibilité et la clarté musicale, en rupture avec la complexité contrapuntique du baroque.
| Caractéristiques du style galant | Description |
|---|---|
| Suprématie de la mélodie | La mélodie domine nettement l’harmonie |
| Simplicité harmonique | Enchaînements simples : toniques, dominantes |
| Carrures régulières | Généralement par 4 mesures, équilibre marqué |
| Caractère | Charmant, gracieux, léger |
L’anti-modèle du style galant est l’écriture baroque dense et contrapuntique.
Exemple : Sonate op. 17 n°6 de Johann Christian Bach
- Clarté thématique
- Accompagnement subordonné à la mélodie
- Symétrie formelle
- Régularité des carrures
- Parcours tonal simple
Ce style est parfois appelé pré-classicisme.
b) L’Empfindsamkeit (1740-1780)
(La suite du cours sur l’Empfindsamkeit n’a pas été fournie)
Le style galant
1. Le style galant : Empfindsamkeit
Carl-Philipp Emmanuel Bach est un des principaux représentants du style galant, également appelé Empfindsamkeit, qui signifie littéralement style sensible.
a) Caractéristiques principales de l’Empfindsamkeit
| Élément | Description |
|---|---|
| Harmonies tendues | Usage d’accords instables pour créer de la tension émotionnelle |
| Modulations abruptes | Passages soudains entre tonalités majeures et mineures |
| Juxtaposition de tons éloignés | Association de tonalités éloignées pour surprendre l’auditeur |
| Changements soudains de tempi | Variations rapides du tempo pour accentuer l’expression |
| Phrasé irrégulier | Mélodie non prévisible, avec des phrases asymétriques |
b) Objectif du style
Le style galant vise à exprimer une éloquence émotionnelle par des contrastes brusques et des fantaisies musicales. Selon C.P.E. Bach :
« C’est par ses fantaisies que le claveciniste, mieux que tous les autres musiciens, peut s’exercer à l’éloquence et à l’art de passer brusquement d’un sentiment à un autre. »
Charles Rosen qualifie ce style d’excentrique, soulignant son caractère imprévisible et expressif.
c) Étude de cas : Symphonie pour cordes et continuo en Mi majeur (C.P.E. Bach)
- L’auditeur ne doit pas pouvoir anticiper la suite, renforçant l’effet de surprise.
- Le continuo (basse continue) reste un élément fondamental tout au long de la seconde moitié du XVIIIe siècle, assurant la cohésion harmonique malgré les ruptures expressives.
L’Empfindsamkeit est un style qui privilégie la sensibilité et la spontanéité, en rupture avec la rigueur classique, par des moyens harmoniques et rythmiques audacieux.
L'Empfindsamkeit
1. L'Empfindsamkeit (Sturm und Drang : 1770-1785)
L'Empfindsamkeit, ou Sturm und Drang (« Tempête et Passion »), est un style musical marqué par une forte expressivité émotionnelle, annonçant le pré-romantisme.
a) Caractéristiques principales
| Élément | Description |
|---|---|
| Tonalités mineures | Préférence pour les tonalités mineures, favorisant l'expression des sentiments et un caractère dramatique. |
| Intervalles disjoints | Usage fréquent d'intervalles sautés, créant une tension et un effet expressif. |
| Intervalles dissonants | Emploi d'harmonies dissonantes pour renforcer le dramatique. |
| Harmonies tendues | Harmonie instable, accentuant le sentiment d'urgence ou de conflit. |
| Silences expressifs | Pauses marquées qui intensifient l'émotion et le suspense. |
b) Style et esthétique
- Le dramatisme est le maître mot, avec une musique qui cherche à exprimer des émotions intenses et contrastées.
- Ce style est considéré comme un pré-romantisme, annonçant les sensibilités du XIXe siècle.
c) Exemple emblématique
Symphonie n°45 « des Adieux » de Haydn (1er mouvement)
- Tonalité mineure
- Forte dramatisation
- Utilisation de silences expressifs
- Intervalles disjoints et contrastes marqués
Cette œuvre illustre parfaitement le style symphonique du Sturm und Drang, combinant virtuosité orchestrale et expressivité émotionnelle.
Le Sturm und Drang privilégie l'expression dramatique par des moyens harmoniques et rythmiques audacieux, annonçant la sensibilité romantique.
Le Sturm und Drang
1. Le Sturm und Drang : contexte et caractéristiques
Le Sturm und Drang (littéralement « tempête et passion ») est un mouvement artistique et musical apparu vers 1770, marquant une rupture avec le classicisme viennois. Il s’inscrit dans une esthétique pré-romantique, privilégiant l’expression intense des émotions et une certaine révolte contre les normes établies.
2. Contexte historique et stylistique
- Le Sturm und Drang émerge dans un contexte où la musique symphonique se développe grâce à l’apparition du concert public (au 18e siècle), qui remplace progressivement les concerts privés aristocratiques.
- Ce nouveau public favorise la diversité des styles et stimule la créativité des compositeurs.
- Trois styles coexistent alors dans la même période, ce qui remet en question l’idée d’une période classique uniforme.
| Style | Période approximative | Caractéristiques principales |
|---|---|---|
| Style galant | Dès 1720 | Élégance, simplicité, clarté |
| Sturm und Drang | Vers 1770 | Expression passionnée, intensité dramatique |
| Romantisme | Après 1770 | Émotion, individualisme, liberté créatrice |
3. Problématique des bornes chronologiques
- La date de 1750 comme début du classicisme est arbitraire.
- Le Sturm und Drang, bien que situé dans la période classique, appartient déjà à une esthétique romantique.
- La borne terminale de 1830 est également discutée, car les transitions stylistiques sont progressives et imbriquées.
À retenir : Le Sturm und Drang marque la transition entre le classicisme et le romantisme, caractérisé par une intensité émotionnelle et une rupture avec les normes classiques.
Arbitraire des bornes chronologiques
1. Arbitraire des bornes chronologiques
- Classicisme et romantisme ne sont pas des styles musicaux totalement distincts, mais deux aspects d’une même période historique et musicale, souvent appelée période classico-romantique.
- Cette période s’étend approximativement du milieu du 18ᵉ siècle jusqu’en 1914.
- Il n’existe pas de style classique strictement défini ; la distinction entre classicisme et romantisme est souvent floue et arbitraire.
| Concept | Description |
|---|---|
| Période classico-romantique | Unité historique et musicale englobant classicisme et romantisme, du milieu 18ᵉ siècle à 1914 |
| Classicisme viennois | Style unifié centré sur Haydn, Mozart, Beethoven, entre 1780 et 1830 |
2. Classicisme viennois (1780-1830) : unité stylistique
-
Caractérisé par la phrase courte, périodique et articulée, avec des débuts et fins clairement identifiables.
-
Exemples typiques :
- Concerto pour piano K 271 (Mozart)
- Sonate en do majeur Hob XVI 35 (Haydn)
- Bagatelle op. 119 n°1 (Beethoven)
-
La forme sonate est le cadre de référence principal, structurant la composition et renforçant l’unité stylistique.
L’arbitraire des bornes chronologiques souligne que classicisme et romantisme forment une continuité plus qu’une rupture nette.
La phrase courte, périodique et articulée
1. La phrase courte, périodique et articulée
La forme sonate est une forme fondamentale et dramatique qui structure la musique classique viennoise. Elle se caractérise par une tension croissante dans l'exposition, un apogée de tension (climax) dans le développement, puis une résolution dans la réexposition par un retour thématique et tonal.
a) Caractéristiques clés de la forme sonate
| Élément | Description |
|---|---|
| Tension | Croissante dans l'exposition, culminant dans le développement |
| Climax | Point culminant de tension, souvent marqué par une harmonie instable et une structure complexe |
| Résolution | Retour à la stabilité thématique et tonale dans la réexposition |
| Conflit tonal | Base de la forme, opposant tonalités différentes pour créer une dynamique dramatique |
Charles Rosen définit la forme sonate comme la résolution symétrique de forces opposées, soulignant la présence d'une dissonance à grande échelle qui dramatise le discours musical.
b) Importance dans le répertoire viennois
- La forme sonate est la structure formelle dominante du répertoire viennois.
- Elle est présente non seulement dans les sonates, mais aussi dans les rondos, menuets, mouvements lents, et Da Capo.
- Selon Pestelli, cette forme « colonise » les autres formes musicales par sa nature dramatique.
La forme sonate repose sur un conflit tonal qui se résout symétriquement, créant une tension dramatique essentielle à la musique classique viennoise.
La forme sonate comme cadre de référence
1. La forme sonate : un cadre engendré par le matériau thématique
- La forme sonate n’est pas un cadre abstrait imposé au matériau musical.
- Elle doit toujours être engendrée par le matériau thématique lui-même.
- Le matériau thématique détermine la forme, et non l’inverse.
2. Exemple archétypique
- Sonate n°1, Op.2 en fa mineur de Beethoven illustre cette conception où la forme découle du matériau thématique.
3. Une nouvelle conception du matériau thématique
- Apparue avec les Quatuors Gli Scherzi de Haydn, qui marquent une innovation consciente dans la composition.
- Haydn affirmait que ces quatuors étaient écrits d’une manière tout à fait nouvelle et spéciale.
4. Le travail motivique : fondement du classicisme
- Les Quatuors Gli Scherzi inaugurent le principe du travail motivique.
- Ce principe consiste à développer des thèmes à partir de brefs motifs extraits des thèmes initiaux.
- Cette méthode est à la base du style classique.
5. Définition clé (Bartoli)
Le travail motivique consiste à développer la musique à partir de brefs motifs issus des thèmes initiaux.
6. Étude de cas
- Opus 33 n°1 de Haydn illustre parfaitement ce travail motivique dans la forme sonate.
| Aspect | Description |
|---|---|
| Forme sonate | Forme engendrée par le matériau thématique, non imposée de l’extérieur |
| Matériau thématique | Source première de la forme, à partir de motifs développés |
| Travail motivique | Développement des thèmes à partir de motifs courts |
| Innovation | Conscience nouvelle dans la composition, initiée par Haydn |
| Exemple clé | Sonate n°1 Op.2 de Beethoven, Quatuors Gli Scherzi et Opus 33 n°1 de Haydn |
La forme sonate est un cadre vivant qui naît du matériau thématique et de son développement motivique.
Le travail motivique et le matériau thématique
1. Le travail motivique et le matériau thématique
Le travail motivique dans le Classicisme viennois marque une révolution stylistique majeure selon Charles Rosen, pour deux raisons essentielles :
| Aspect clé | Description | Exemple musical |
|---|---|---|
| Matériau d’accompagnement élevé au rang thématique | Le matériau d’accompagnement, auparavant secondaire, devient un élément thématique à part entière. | Les croches en contretemps deviennent un motif thématique. |
| Opposition tonale entre groupes thématiques | Introduction d’une dissonance tonale dès les premières mesures, créant une tension dramatique. | Début en si mineur avec une première mesure en ré majeur. |
Cette opposition tonale crée une tension contenue dans une micro-échelle (les premières mesures) qui sera développée à plus grande échelle dans la forme globale, notamment dans la section de développement.
La relation entre le matériau thématique et la forme globale est intime : le matériau motivique sert de base à la construction et à l’expression de l’œuvre entière.
Ainsi, le matériau thématique ne se limite plus à un simple thème mélodique, mais intègre des éléments d’accompagnement et des tensions tonales qui participent activement à la dynamique et à la cohérence formelle de la composition.