Le progrès technique et la productivité globale des facteurs
1. Le progrès technique et la productivité globale des facteurs
a) Le progrès technique
- Définition : Le progrès technique correspond à l'amélioration des connaissances issues de l'expérience ou de la recherche, permettant d'augmenter la productivité.
- Rôle : Il accroît l'efficacité des facteurs de production (travail et capital) et la productivité globale des facteurs (PGF).
- Effets :
- Permet de produire autrement (nouveaux procédés).
- Permet de produire autre chose (nouveaux produits).
- Améliore la performance des produits existants.
- Lien avec la croissance : Le progrès technique est la principale source de croissance économique à long terme, car il compense les rendements décroissants du capital.
Le progrès technique permet à chaque unité de facteur de produire plus, assurant une croissance soutenue.
b) Le caractère endogène du progrès technique
- Progrès technique endogène : Il est généré par des décisions économiques internes (investissements, recherche) motivées par le profit privé ou l’intérêt général public.
- Complémentarité : Le progrès technique est lié à l'accumulation de capital (biens d’équipement) et à l’investissement en capital humain et technologique.
- Formes de capital liées au progrès technique :
| Type de capital | Description |
|---|---|
| Capital physique | Biens et services de production (machines, équipements) |
| Capital technologique | Recherche-développement, source d'innovations |
| Capital public | Infrastructures publiques (écoles, transports, hôpitaux) |
| Capital humain | Santé, éducation et qualification de la population |
- Mesure : Le progrès technique est mesuré par la productivité globale des facteurs (PGF).
c) Le progrès technique, moteur auto-entretenu de la croissance
- Investissements en R&D : Favorisent l'apparition d'innovations, augmentant la PGF et donc la capacité de production.
- Éducation et formation : Améliorent la qualification des travailleurs, augmentant leur productivité et leur capacité à innover.
- Croissance endogène : La croissance économique devient autoentretenue car elle dépend des décisions d'investissement des agents économiques dans les différentes formes de capital.
La croissance économique est autoentretenue grâce à l’endogénéité du progrès technique, fruit des choix d’investissement.
d) Synthèse des liens entre progrès technique et croissance
| Élément | Impact sur la croissance économique |
|---|---|
| Accumulation de capital | Nécessaire mais insuffisante seule (rendements décroissants) |
| Progrès technique | Source principale de croissance durable |
| Investissements en R&D | Génèrent innovations → hausse PGF → croissance |
| Éducation et formation | Améliorent capital humain → hausse PGF → croissance |
| Progrès technique endogène | Décisions économiques motivées → croissance autoentretenue |
Le progrès technique, en augmentant la productivité globale des facteurs, est la clé d’une croissance économique soutenue et durable.
L'innovation comme phénomène auto-entretenu
1. L'innovation : moteur du progrès technique et de la croissance économique
- Invention : découverte d’un nouveau produit ou procédé, souvent protégée par un brevet.
- Innovation : mise en œuvre industrielle ou commerciale d’une invention, résultat d’un long processus de recherche et développement (R&D), notamment de recherche appliquée.
- L’entrepreneur innovateur finance et prend des risques pour transformer une invention en innovation, bénéficiant d’une rente monopolistique temporaire grâce au brevet.
2. Types d’innovations
| Catégorie | Description | Effets principaux |
|---|---|---|
| Innovations de produit | Nouveaux biens ou services | Nouveaux clients, meilleure qualité |
| Innovations de procédé | Nouvelles méthodes de production | Gains de productivité, baisse des coûts, hausse du taux de marge |
| Innovations organisationnelles | Nouveaux modes d’organisation du travail | Amélioration de l’efficacité interne |
3. Externalités positives du progrès technique
- Les innovations génèrent des externalités positives : effets bénéfiques sur d’autres agents économiques sans transaction directe.
- Elles provoquent des ruptures économiques, modifient usages, modes de production et consommation.
- Les innovations majeures peuvent créer des phénomènes de grappes (concentration d’activités innovantes).
4. Conséquences économiques du progrès technique
- Augmentation des connaissances et gains de productivité.
- Amélioration de la demande et de l’offre globale.
- Accroissement du bien-être des individus.
5. Croissance auto-entretenue par l’innovation
- L’innovation détourne des facteurs de production de leurs emplois habituels vers des activités plus rentables et créatrices de richesses.
- Le progrès technique induit une augmentation de la productivité globale des facteurs (PGF), permettant aux entreprises de réduire leurs coûts de production.
- Cette baisse des coûts se traduit par :
- Augmentation des profits → plus d’investissements.
- Hausse des salaires et baisse des prix → augmentation de la consommation.
- Baisse des prix → stimulation des exportations.
- L’augmentation de la demande globale incite les entreprises à produire davantage, alimentant la croissance économique.
À retenir : Le progrès technique, porté par l’innovation, est un moteur auto-entretenu de la croissance économique grâce à ses effets positifs sur la productivité, la demande globale et l’investissement.
6. Rôle des institutions dans la croissance économique
- Les institutions (règles, organes, lois) organisent et garantissent les échanges économiques.
- Elles encadrent les interactions humaines et orientent les décisions économiques.
- Leur diversité et qualité sont cruciales pour la pérennité du processus de croissance et pour encourager l’innovation.
Le rôle des institutions dans la croissance économique
1. Le rôle des institutions dans la croissance économique
Les institutions sont les règles formelles et informelles qui organisent la vie économique, politique et sociale. Leur nature et leur stabilité influencent directement le niveau de croissance d’une économie en déterminant le comportement des agents économiques.
2. Diversité des institutions
- Selon Douglass North, les différences de croissance entre pays s’expliquent par la diversité des règles du jeu : économiques, politiques et sociales.
- Institutions inclusives : favorisent la croissance en s’appuyant sur des règles formelles qui développent l’économie formelle.
- Institutions extractives : concentrent le pouvoir et les ressources entre les mains d’une élite, excluent une partie de la population, et freinent la croissance (exemple : malédiction des ressources naturelles).
- La stabilité politique et économique est essentielle pour réduire l’incertitude et encourager l’investissement.
3. Incitations à l’innovation et à l’investissement
La croissance est stimulée lorsque les institutions créent un cadre favorable à l’investissement et à l’innovation, notamment par :
| Facteurs favorables | Explications |
|---|---|
| Respect des droits de propriété et brevets | Protection des innovations et des investissements |
| Services publics (éducation, santé) | Amélioration du capital humain |
| Soutien à la concurrence | Lutte contre les barrières à l’entrée |
| Liberté d’entreprendre | Encouragement à la création d’entreprise |
| Système financier fiable et développé | Facilitation du financement des projets |
4. Droits de propriété
- Les droits de propriété garantissent juridiquement la possibilité de consommer, utiliser, obtenir un revenu et céder un bien.
- Les brevets sont des titres de propriété intellectuelle protégeant les inventions, assurant un monopole temporaire à l’innovateur.
- Ces protections incitent les investisseurs à financer la recherche et le développement, assurant la soutenabilité de la croissance.
5. Institutions et réduction de l’incertitude
- La mise en place d’institutions stables rend l’environnement politique et économique plus prévisible.
- Cela réduit les risques pour les investisseurs, ce qui encourage l’investissement productif et l’innovation, moteurs de la croissance économique.
À retenir : Les institutions inclusives, stables et protectrices des droits de propriété sont indispensables pour créer un environnement favorable à l’investissement, à l’innovation et donc à la croissance économique durable.
La destruction créatrice et ses effets sur l'emploi
1. La destruction créatrice et ses effets sur l'emploi
a) La destruction créatrice : définition et mécanisme
- La destruction créatrice désigne le processus par lequel les innovations rendent obsolètes les anciennes structures économiques et productives, entraînant la disparition progressive d'activités moins rentables.
- Ce phénomène provoque une réallocation des facteurs de production (travail, capital) vers des activités plus rentables et innovantes.
- Conséquence : destruction d'emplois dans les secteurs anciens et création de nouveaux emplois dans les secteurs innovants.
La destruction créatrice modifie profondément les structures économiques et sociales.
b) Le rôle des institutions dans la gestion de la destruction créatrice
- Les institutions doivent accompagner ces réallocations pour limiter les effets négatifs sur l'emploi et favoriser les effets positifs.
- Elles interviennent notamment par :
- La formation professionnelle pour adapter les compétences des travailleurs.
- La politique de la concurrence pour encadrer les abus et stimuler l'innovation.
- Le phénomène d'innovations en grappe génère une croissance économique cyclique, plus marquée lors d'innovations majeures.
c) Effets contrastés du progrès technique sur l'emploi
a) Le progrès technique biaisé
- Le progrès technique est biaisé en faveur des travailleurs qualifiés.
- Il augmente la demande de travail très qualifié (complémentaire à l'innovation) et diminue celle des emplois peu ou moyennement qualifiés, souvent automatisables.
- Ce biais entraîne une augmentation des inégalités de revenus et modifie les hiérarchies sociales.
b) La polarisation du marché de l'emploi
- La structure de l'emploi se polarise avec :
- Une hausse des emplois très qualifiés et peu qualifiés.
- Une baisse des emplois intermédiaires, caractérisés par des tâches routinières et automatisables.
- Cette polarisation est accentuée par le développement des technologies de l'information et de la communication (TIC).
- Résultat :
- Augmentation des emplois aux extrémités de l'échelle salariale.
- Transformation défavorable aux emplois intermédiaires.
c) Conséquences sociales et territoriales
- La polarisation crée des disparités fortes entre :
- Types d'emplois (ouvriers et employés non qualifiés plus vulnérables).
- Régions géographiques.
- Le marché du travail connaît une pénurie simultanée d'emplois très qualifiés et très peu qualifiés.
- Le processus accentue les inégalités salariales.
d) La hausse des inégalités de revenus liée au progrès technique
- Les périodes d'expansion économique récentes sont marquées par un creusement des inégalités.
- La croissance n'est plus inclusive : elle ne profite pas également à tous les acteurs.
- Causes principales :
- Transformation des structures de production.
- Modification de la structure des emplois.
- Réallocation des niveaux de rémunération.
- Il existe des gagnants (travailleurs qualifiés) et des perdants (travailleurs peu qualifiés).
- La destruction créatrice induit des ajustements structurels qui pénalisent les moins qualifiés.
- L'augmentation des inégalités affecte toutes les composantes du revenu disponible.
Le progrès technique modifie la demande de travail en faveur des plus qualifiés, accentuant la polarisation de l'emploi et les inégalités de revenus.
Le progrès technique biaisé et les inégalités de revenus
1. Le progrès technique biaisé et les inégalités de revenus
a) Mécanisme d'augmentation des inégalités par la destruction créatrice
- Innovation = processus de destruction créatrice : création de nouvelles activités et disparition d'anciennes.
- Les agents économiques investissant/travaillant dans les activités nouvelles gagnent en revenus et emplois.
- Ceux liés aux activités anciennes subissent des pertes de revenus et d'emplois.
- Ce mécanisme conduit à une augmentation des inégalités de revenus.
2. Limites écologiques de la croissance économique
a) Les limites écologiques principales
- Ressources naturelles : matières et énergie fournies par la nature.
- Non renouvelables : minéraux, énergies fossiles, uranium.
- Renouvelables : espèces animales, végétales, eau.
- Tragédie des biens communs : ressources renouvelables sont des biens rivaux mais non excluables.
- Sans droits de propriété privée, surexploitation par comportement individuel rationnel (passager clandestin).
- Exemple : ressources halieutiques surexploitées.
b) La soutenabilité de la croissance
- Croissance économique → augmentation des quantités produites → accroissement de l'utilisation des ressources naturelles → épuisement progressif.
- Ce phénomène menace la soutenabilité (capacité à maintenir la croissance dans le temps).
- La croissance doit être compatible avec le développement durable, conciliant besoins présents et futurs.
c) Pollution et externalités négatives
- L'activité économique génère des externalités négatives (effets non pris en compte par le marché).
- Pollution de l'air, de l'eau, des sols dégrade les milieux naturels, les écosystèmes, et le bien-être.
- Le marché ne reflète pas le coût social de la pollution, entraînant une situation sous-optimale.
d) Le changement climatique
- Les émissions de gaz à effet de serre (GES), liées aux activités humaines, provoquent le réchauffement climatique.
- Conséquences : phénomènes météorologiques extrêmes, bouleversement de la biodiversité, montée des eaux.
- Le réchauffement menace l'habitabilité de la Terre et la poursuite des activités économiques.
- Cette menace pèse sur la soutenabilité de la croissance.
3. Synthèse des mécanismes écologiques menaçant la croissance
| Limite écologique | Mécanisme | Conséquence sur la croissance |
|---|---|---|
| Épuisement des ressources | Utilisation accrue → épuisement progressif | Menace la soutenabilité |
| Pollution | Externalités négatives non internalisées | Dégradation environnementale, coûts sociaux élevés |
| Changement climatique | Émissions de GES → réchauffement climatique | Risque pour l'habitabilité et activités économiques |
La croissance économique peut accroître les inégalités via la destruction créatrice et est limitée par des contraintes écologiques majeures qui menacent sa soutenabilité.
Les limites écologiques de la croissance et les innovations vertes
1. Les limites écologiques de la croissance et les innovations vertes
a) La soutenabilité : concilier croissance, cohésion sociale et environnement
La soutenabilité vise à équilibrer trois piliers essentiels :
- Pilier économique : poursuivre la croissance sans compromettre le patrimoine économique ni endetter excessivement les générations futures.
- Pilier social : assurer une meilleure répartition des richesses, lutter contre la pauvreté et l’exclusion pour garantir un développement durable.
- Pilier environnemental : préserver la planète habitable et les ressources naturelles pour les générations futures, en évitant que la croissance actuelle ne limite celle de demain.
b) Les capitaux mobilisés dans la production
La production repose sur quatre types de capitaux :
| Capital | Définition | Remarque |
|---|---|---|
| Capital physique | Biens matériels utilisés dans la production | |
| Capital humain | Compétences et savoir-faire des individus | |
| Capital social | Ressources issues des relations sociales | Transmises par la société |
| Capital naturel | Ressources naturelles | Souvent dégradé de manière irréversible |
- Ces capitaux sont substituables grâce aux innovations, mais ils sont aussi complémentaires.
- La dégradation du capital naturel est souvent irréversible et ne peut pas être compensée par une augmentation des autres capitaux.
- La consommation excessive du capital naturel par les générations actuelles menace la capacité des générations futures à maintenir leur niveau de vie.
c) Deux visions de la soutenabilité
| Soutenabilité faible | Soutenabilité forte |
|---|---|
| Substituabilité totale entre capitaux | Capital naturel irremplaçable |
| Maintien du stock global de capital | Nécessité de préserver spécifiquement le capital naturel |
| Bien-être actuel compatible avec celui des générations futures | Risque de décroissance si le capital naturel est détruit |
| Innovation et investissements compensent la destruction des ressources naturelles | La destruction du capital naturel entraîne une perte irréversible |
À retenir : La soutenabilité faible considère que l’innovation permet de compenser la dégradation environnementale, alors que la soutenabilité forte insiste sur la nécessité de préserver absolument le capital naturel.
d) Le rôle des innovations vertes
- Le progrès technique repousse les limites écologiques en permettant de produire avec moins d’énergie et de ressources.
- La transition énergétique vise à produire plus tout en utilisant moins de ressources et en réduisant la pollution.
- La transformation de l’agriculture est également cruciale pour la transition écologique.
Innovations vertes : définition et enjeux
- Innovation verte : innovations qui réduisent l’impact environnemental de la croissance économique.
- Elles favorisent un découplage entre croissance économique et dégradation environnementale, permettant ainsi de reculer les limites écologiques.
- Ces innovations peuvent être :
- Des innovations de procédés agricoles (changement de pratiques).
- Des innovations technologiques pour verdir l’industrie.
- Des technologies de géo-ingénierie visant à modifier volontairement le climat.
Mécanisme d’action des innovations vertes
| Effet des innovations vertes | Conséquence sur la croissance et l’environnement |
|---|---|
| Diminution des ressources utilisées pour un même PIB | Réduction de la pollution et des émissions de gaz à effet de serre |
| Découplage entre croissance économique et impacts environnementaux | Recul des limites écologiques à la croissance |
| Amélioration de la soutenabilité économique | Permet la poursuite d’une croissance durable |
À retenir : Les innovations vertes permettent de concilier croissance économique et préservation de l’environnement en réduisant l’impact écologique pour un même niveau de production.
e) Synthèse
- La croissance économique doit intégrer la préservation des ressources naturelles pour être durable.
- La soutenabilité faible mise sur la substituabilité des capitaux grâce à l’innovation, tandis que la soutenabilité forte insiste sur la préservation absolue du capital naturel.
- Les innovations vertes sont essentielles pour dépasser les limites écologiques, en permettant un découplage entre croissance et dégradation environnementale.
- La transition énergétique et la transformation agricole sont des leviers majeurs pour une croissance plus respectueuse de l’environnement.