Séquence 1 : Introduction au thème d’étude « La danse, une interrogation sur le monde »
1) Explorons le sujet… Cherchons le sens des mots clés…
La danse ?
- La danse – Les danses
- La danse est universelle et plurielle.
- La danse est un art dont le corps est le médium.
La danse a une histoire riche et complexe. Depuis les danses rituelles et religieuses, elle se trouve fortement marquée dans notre culture par l’empreinte du ballet classique et de ses conventions. La danse moderne allemande et américaine les a remises en question au début du 20e siècle en proposant d’autres fondements.
La danse contemporaine est héritière de ces transformations et propose une pensée du corps et du mouvement singulière.
2) En quoi consiste l’art de la danse ?
Même s’il n’existe pas une seule réponse selon le point de vue d’où l’on s’exprime — chercheur, philosophe, artiste chorégraphe, danseur interprète, spectateur — et selon le contexte, on peut considérer que plusieurs conditions doivent être réunies pour que la danse soit un art.
Créer une œuvre et la présenter au regard de spectateurs
La création d’une œuvre suppose une relation poétique au réel, c’est-à-dire une relation qui n’est ni utilitaire, ni scientifique, ni technique, mais de l’ordre de la sensibilité.
À travers son œuvre, le créateur propose sa perception, sa lecture du réel, de son rapport au monde — à soi, aux autres — qui l’entourent, ainsi que ses interrogations.
La présence du spectateur permet la communication
Confronté à l’œuvre, le spectateur la recompose et la recrée à sa manière, selon sa sensibilité, son histoire et sa culture. Ainsi, il peut y avoir un décalage entre ce qu’a voulu dire, exprimer et communiquer l’auteur de l’œuvre et ce que perçoit et ressent le spectateur.
Existe-t-il d’ailleurs un seul et même spectateur ? Comment l’artiste en tient-il compte ? De façon conventionnelle ou non ?
Ce qui est communiqué dans tous les arts, c’est d’abord une émotion esthétique, c’est-à-dire une émotion du domaine des sens.
L’artiste communique et déclenche une émotion qui va imprimer le spectateur. Celui-ci reçoit l’œuvre avec ses sens, qui lui permettent de percevoir.
La sensibilité de l’artiste comme du spectateur est très influencée par l’époque, la culture et le contexte social.
L’art chorégraphique renvoie donc à la notion d’intention, de création, de parti pris, de choix d’écriture et d’agencement du langage dansé — vocabulaire, esthétique singulière, espace/temps — ainsi qu’à l’organisation des éléments scénographiques — univers sonore, décors, costumes.
3) Une interrogation ?
Un questionnement… un sujet, un thème, un parti pris, une intention, une recherche de sens. Le regard porté par un artiste sur le monde.
Une danse qui interroge, une danse qui pose un certain nombre de questions en lien avec des problématiques existentielles, philosophiques, sociales et politiques… N’est-ce pas le cas de toutes les danses, de l’art en général ?
« La fonction de l’artiste est fort claire : il doit ouvrir un atelier et y prendre en réparation le monde par fragments, comme il lui vient. »
— Francis Ponge
4) Quels peuvent être les interrogations de la danse ?
Multiples, hétérogènes selon les contextes et les artistes, leurs intentions et le sens donné à la danse, à leur art.
5 grands champs de questionnement
- La danse comme « Espace d’expression de soi » : exprimer son monde intérieur (le solo).
- La danse comme « Espace/Temps du mouvement » : explorer les fondamentaux du mouvement, les états de corps et la physicalité du mouvement.
- La danse comme « Théâtre d’images » :
- Divertir, éblouir, donner du mouvement, de la beauté, de l’énergie.
- Étonner, surprendre, bouleverser.
- La danse comme « Espace critique » : dénoncer, expérimenter, questionner, déstabiliser, choquer.
- La danse comme « Espace communautaire » : danser ensemble, faire groupe, ritualiser des énergies collectives.
5) Le monde ?
Le monde est un terme vaste. De quel monde parle-t-on ?
- Du monde intérieur, « ma maison » : mes idées, émotions, états d’âme, angoisses, souvenirs, enfance…
- Du monde de l’autre, des autres… des relations, de l’altérité.
- Du monde de la création, du spectacle…
- Des géographies, territoires, cultures, religions, civilisations…
- Du cosmos, de l’infini…
La danse a le pouvoir de dire le monde. L’œuvre devient un endroit où l’artiste peut prendre la parole pour parler de l’époque dans laquelle il vit.
6) Après ce premier défrichage, y voit-on plus clair ?
Le thème d’étude nous invite donc à questionner la danse en tant qu’art.
L’art comme espace de liberté d’expression, et la création comme espace de transgression, portent des interrogations sur le monde.
Nous chercherons à identifier le regard porté par des chorégraphes à travers leurs œuvres, pour en comprendre les intentions et leurs projets d’expression/communication. Il s’agira d’analyser des points de vue, des partis pris, des radicalités esthétiques ou politiques véhiculés par les œuvres et les artistes.
Certaines œuvres retiennent davantage l’attention des critiques et historiens et correspondent le plus souvent à des ruptures — et avant-gardes artistiques. En ce sens, elles posent une interrogation nouvelle sur le corps dansant et la création.
Des œuvres dites engagées, souvent radicales, interrogent particulièrement la violence de notre monde et abordent des sujets de société comme la ségrégation, l’injustice, l’homophobie, la pauvreté, les migrations, la place des femmes…
7) Quelques repères sur l’art et les ruptures
Nous avons déjà évoqué en classe de première des endroits de ruptures, des moments clés dans l’histoire de l’art chorégraphique qui constituent des interrogations nouvelles, un changement parfois radical.
Définition et repères artistiques
Une rupture peut se situer à différents niveaux et prend sens par rapport à un contexte historique, social, culturel et artistique : la proposition artistique est censée offrir des directions nouvelles, soit en contradiction avec ce qui se faisait avant, en opposition volontaire et critique, soit en dépassant tout ce qui avait pu être envisagé jusque-là. Elle peut être considérée comme avant-gardiste et créative.
On considère en général que la période de l’histoire de l’art que l’on désigne sous l’appellation d’art moderne commence en 1907, avec Les Demoiselles d’Avignon de Pablo Picasso, et s’achève au milieu des années 1960, avec l’apparition du mouvement Fluxus et du Pop art, deux des racines de l’art et du vocabulaire actuel de l’art dit « contemporain ».
Le Pop Art
Le Pop Art est un mouvement apparu vers 1955 qui constitue un véritable phénomène de société.
- Il présente un constat simple de la société de consommation : stéréotypes, stars, nourritures…
- Les artistes expérimentent les procédés techniques les plus récents de l’industrie : peinture acrylique, collage sur toile de nouveaux matériaux, sérigraphie.
- La figuration s’inspire de la publicité, des magazines, de la bande dessinée et de la télévision.
- Andy Warhol (1928/1987).
Le Fluxus
Le Fluxus correspond à la libération des mouvements artistiques vers la fin des années 1950.
Comme pris d’une extrême envie de se libérer, à la suite de la Seconde Guerre mondiale, les artistes américains du mouvement Fluxus lancent un cri d’espoir, une ode à la vie qui fait exploser les conventions artistiques à la fin des années 50. Le « Flux », en latin, désigne la lumière, d’où la volonté des artistes d’utiliser la vie, qui réunit tous les types d’expressions artistiques, comme la musique, les performances et les œuvres éphémères.
Les premières manifestations Fluxus seront placées sous l’égide de Marcel Duchamp (mouvement Dada 1887/1968) et du compositeur John Cage.
Le Dada, ou dadaïsme, est un mouvement intellectuel et artistique apparu pour la première fois à Zurich en 1916. Devant l’absurdité de la guerre, les artistes Dada croient à un art frivole, ludique et léger, marqué par la spontanéité de la création. Ils se plaisent à exécuter des performances devant public, explorant la part de hasard qu’amène l’art de performance.
Fontaine (en anglais : Fountain) est un ready-made de Marcel Duchamp formé par un urinoir en porcelaine renversé, signé « R. Mutt » et daté 1917. La sculpture fut refusée lors de la première exposition de la Société des artistes indépendants de New York en 1917, avant de disparaître. Seules des répliques certifiées par Duchamp dans les années 1960 sont aujourd’hui exposées dans les musées. Fontaine passe pour l’œuvre la plus controversée de l’art du XXe siècle.
Le credo du Fluxus, c’est d’être à l’image de la vie et, tout comme elle, l’art se doit d’être vivant, éphémère même, grâce aux performances et à l’utilisation de tous les supports possibles et imaginables.
Le Fluxus est le premier courant qui rallie les États-Unis, l’Europe et le Japon, ainsi que l’activité artistique de ses membres.
8) Des illustrations en danse
En danse, la rupture peut être caractérisée par l’émergence d’une théorie nouvelle (Laban), par des expérimentations novatrices (Isadora Duncan, Nijinski), être consécutive à des événements politiques favorables (années 80) ou, au contraire, défavorables (réaction — le Buto), ou sociaux (guerre du Vietnam — Ann Halprin).
Les théoriciens de la danse s’entendent pour considérer un ensemble d’œuvres dites de « ruptures ». Ces dernières peuvent se situer :
- Au plan du corps dansant : des techniques proposées qui renouvellent la pensée du corps en mouvement et des états de corps envisagés.
- Exemple : l’apparition d’un corps dansant où les notions de poids, rebond, déséquilibre constituent les bases du mouvement est en rupture avec une technique de corps classique où priment la légèreté et la recherche d’élévation (Fall and Recovery de Doris Humphrey).
- Au plan du propos : abandon de l’intention narratrice, abstraction, minimalisme.
- Au plan de la composition : procédures nouvelles — collage, série, hasard, improvisation.
- Au plan des moyens mis en jeu pour créer : collaborations artistiques, scénographies, technologies.
- Au plan de la conception de l’espace scénique : dialectique intérieur/extérieur.
- Au plan des relations musique/danse.
- Au plan des relations avec le spectateur : nature de la réception, dialectique passivité/activité.
9) Exemples d’œuvres et notes personnelles
Espace d’expression de soi
Extraits étudiés :
- Narcissus d’Isadora Duncan, 1904, sur une musique de F. Chopin.
- Blue Lady de Carlson, 1983.
- Cellule de Nach, 2019.
- Somnole de Boris Charmatz, 2021.
| Œuvre | Notes |
|---|---|
| Narcissus | Répertoire ; corps sensuel ; âge ; musique de Chopin ; demi-pointes ; bras ; émotion, deuil, tristesse, soi intérieur ; mime, répétition, antiquité ; corps libre, naturel, fluide, légèreté, lyrique, statique ; cheveux lâchés ; envol → papillon ; mouvement élémentaire ; jeux très dynamiques. |
| Blue Lady | Après-maternité, enfant ; souvenirs ; seconde naissance ; créativité, nostalgie, âge de la vie ; émotion → femme ; musique et sons ; robe scénographique ; transmet parfois un fil spirituel ; émotion intime, tendresse, gelé ; dialogue, monde intérieur/scène. |
| Cellule | Émotion corporelle ; musicalité ; corps → ténèbre, esthétique ; désarticulé ; expression faciale ++ ; puissance, tension ; expression de soi ; ambiguïté de son corps, « 2 êtres qui conversent dans un même corps » ; main, poing ; corps androgyne. |
| Somnole | Solo → musique dans sa tête ; oreille ; sommeil, danse, espace mental, rêve ; connexion avec lui-même et le spectateur ; monde intérieur. |
Espace/Temps du mouvement
Extraits étudiés :
- Projet de la matière d’Odile Duboc, 1993.
- Biped de Merce Cunningham, 1999.
- Corps extrêmes de Rachid Ouramdane, 2022.
| Œuvre | Notes |
|---|---|
| Projet de la matière | Homme/femme → distinction ; blocage de matière, corps matière dans l’espace ; se rencontre, se sépare ; musique déconcertante → musique intérieure ; tranquille/relâchement ; point de corps/gravité ; équilibre/déséquilibre ; forme → formes corporelles différentes ; corps extrêmes ; escalade ; à la verticale, aérien, horizontal ; contact avec le mur ; acrobatique → limites physiques du corps et du corps. |
| Biped | Vidéo représentant les danseurs → démultiplie l’espace ; danse dans le corps ; danseur avec musique ; chaque danseur représenterait chaque instrument de la musique ; visuel ; vertical, lisse, virtuose ; technique. |
Théâtre d’images
Extraits étudiés :
- Octopus de Découflé, 2010.
- Zéphyr de Mourad Merzouki, 2021.
- Barbe Bleue de Pina Bausch, 1977 — reprise 2022.
- Puz/zle de Sidi Larbi Cherkaoui, 2012.
| Œuvre | Notes |
|---|---|
| Octopus | Effets lumineux, mystérieux ; vidéo qui forme le corps ; aérien, corps comme corde, étrange ; vidéo → corps qui se dédouble ; costume ; musique : rock, musiques ; corps décalé : jouer ; forme → expression du visage. |
| Zéphyr | Alchimie ; infini, vertige ; ventilateur ; verticalité ; ensemble ; poétique, individu, autre monde ; sensation ; énergie ; souffle ; dialogue ; démonstration → ambiance. |
| Barbe Bleue | Cheveux détachés ; scène dérangeante : femme/homme ; maltraitance ; rapport avec le corps animé / robot artificiel ; scénographie très représentative ; femme : rôle simple/protagoniste ; homme : costume ; violence omniprésente ; plateau adapté à la pièce ; danse d’expression. |
| Puz/zle | Vidéo ; mur ; milieux étranges ; danse volcanique ; scénographie brute ; enfermer. |
Espace critique
Extraits étudiés :
- Self Portrait camouflage de Latifa Laâbissi, 2006.
- Umwelt de Maguy Marin, 2004.
- Franchir la nuit de Rachid Ouramdane, 2018.
- Any attempt… toute tentative se soldera par des corps broyés et des os brisés de Jan Martens, 2022.
| Œuvre | Notes |
|---|---|
| Self Portrait camouflage | Énergie ; monologue ; politique ; Nicolas → Sarkozy ; contre-politique ; dénonciation ; caricature ; exclusion ; inversion ; comique ; dénonce le côté politique ; scénographie ; répétition ; beaucoup de mouvements. |
| Umwelt | Individualité ; même homme différent ; défile ; alcoolisme, violence sexuelle, guerre ; inégalité homme/femme ; théâtralité ; scénographie ++. |
| Franchir la nuit | Eau ; recherche d’enfant ; groupe ; nature ; déstabilise ; parle de difficultés, se relever, chute ; avoir un but, se battre ; lutter collectivement contre son environnement. |
| Pour que le ciel ne tombe pas | Corps nus, ligne, bande blanche → choquer ; place du public ; regard dans les yeux ; humain avec l’autre ; faire face au public ; laisse place au corps libre ; union avec individualité ; personnes vues comme foule dans la rue ; échelle humaine, lutte politique. |
Espace communautaire
Extraits étudiés :
- D’après une histoire vraie de C. Rizzo, 2013.
- Yama de Damien Jalet, 2014.
- Bit de Maguy Marin, 2014.
- Uprising d’Hofesh Shechter, 2006.
| Œuvre | Notes |
|---|---|
| D’après une histoire vraie | Musicien-danseur ; entraide → contact main dans la main ; écoute → laisser place à l’autre sans le couper ; scène amicale ; groupe soudé ; ensemble sur le plateau. |
| Yama | Fin du monde, scène ; presque nue ; comment l’échange ; corps qui s’éloigne ; comme naissance d’un individu qui se détache ; plus physique ; costume et scène remarquables ; grandiose ensemble. |
| Bit | Personne animale qui fait la fête ; sombre ; ligne ; réduite ; se rencontre et se détache ; danse humaine ; figure → chacun essaie de faire un truc stylé ; faire un rythme ensemble ; scène : répétition, écoute. |
| Uprising | Danse ; parler → soutien ; communauté ; lutter ensemble ; union ; danser ensemble dans un espace ; se réunir → lâcher-prise ; venir/se répartir. |
10) Objectifs de travail
- Le travail mené collectivement doit vous permettre de comprendre les mots clés de l’intitulé du programme « La danse, une interrogation sur le monde ».
- Être capable de définir la danse en tant qu’art et de maîtriser les champs de questionnement qui permettent de distinguer les projets des artistes.
- Mémoriser au moins une œuvre par champ de questionnement et repérer l’intention de l’artiste.
- Maîtriser quelques repères sur l’art (moderne — contemporain) et comprendre à quels endroits peuvent se situer les ruptures dans l’art chorégraphique.
11) Marcel Duchamp — notes
- L.H.O.O.Q.
- Appropriation de la Joconde.
- Carte postale + moustache.
- Provocation : détourne l’objet du quotidien.
- « Seconde femme ? »
- Nu descendant un escalier
- Choque : comprend rien.
- Le grand verre
- Mariée de verre dans un clocher.
- 4e dimension.
- Art conceptuel → naissance du ready-made.
- Ready-made
- Objet prêt, fabriqué.
- Déjà fait → devient une œuvre d’art.
- Le geste consiste à sélectionner quelque chose, le déplacer et l’exposer.
- Exemple : porte-bouteille.
- Questionne l’objet d’art et les critères qui le définissent.
- Rôle important du lieu d’exposition : galerie + socle = œuvre d’art.
12) Andy Warhol — notes
- Artiste et symbole de l’immigration.
- Artiste de répétition.
- Collection, série, images.
- L’artiste interroge les icônes et la société de consommation.
- Le rêve américain : abondance, jeunesse.
- Fait penser au monde et crée des discordes.
- L’art peut prendre le contre-pied des images courantes.
Séquence 1 — La danse, une interrogation sur le monde — Fiche élève — Terminale spé Danse