Le genre dans les religions
1. Le genre dans les religions
a) Représentations du genre dans le shintoïsme
- Création du monde selon le Kojiki : réalisée par un couple divin, Izanami (féminin) et Izanagi (masculin), illustrant une complémentarité des genres dès l’origine.
- Amaterasu, déesse solaire, occupe une place centrale dans les croyances shintoïstes.
- Elle est considérée comme l’ancêtre divine féminine de la maison impériale japonaise, conférant une légitimité religieuse et politique fondée sur une origine féminine.
- Dans le clergé shinto, les femmes jouent un rôle important :
- Présence de grandes prêtresses dans les sanctuaires dédiés à Amaterasu.
- Rôle des miko (jeunes femmes) dans les pratiques divinatoires, soulignant la place active des femmes dans le rituel.
- Les cultes shinto sont diversifiés selon les localités, avec une coexistence de divinités masculines et féminines, reflétant une pluralité des normes de genre dans la religion.
À retenir : Le shintoïsme intègre une vision du genre où le féminin est central, notamment par la figure d’Amaterasu et la place des femmes dans le clergé.
Identités fluides dans les arts
1. Représentations du genre dans les religions japonaises
a) Influence de la pensée chinoise : Yin et Yang
- Yang (陽) : principe masculin, actif, associé au soleil.
- Yin (陰) : principe féminin, passif, associé à la lune.
Cette dualité vise une complémentarité entre masculin et féminin, fondement des représentations du genre.
b) Confucianisme
- Système patriarcal rigide.
- Place la femme au bas de la hiérarchie sociale et des obligations.
- Insiste sur la soumission féminine et la hiérarchie familiale.
c) Bouddhisme
- La femme est perçue comme inférieure et impure.
- Associée à la souillure du sang et à des émotions négatives : colère, jalousie, envie.
- Sa beauté est vue comme un danger pour les hommes, un obstacle à la renonciation aux désirs.
- Le corps féminin symbolise à la fois :
- Les forces corruptrices du désir.
- La mortalité.
- Image de l’enfer : Chi no ike (血の池), littéralement "étang de sang", symbolise la punition liée à la souillure féminine.
- Depuis la période Heian, certains temples et sanctuaires interdisent l’accès aux femmes, renforçant cette exclusion rituelle.
À retenir : Dans les religions japonaises traditionnelles, le genre est construit sur une opposition complémentaire mais hiérarchisée, où la femme est souvent associée à l’impureté et à la subordination.
Rôles de genre à la cour impériale
1. Rôles de genre à la cour impériale
a) Représentations du genre dans la religion
- Genre et religion : Le corps est perçu comme impermanent, donc le sexe aussi est vu comme temporaire.
- Norme religieuse : L’homme est la figure normative du croyant, pratiquant ou clergé.
- Femmes et religion :
- Présence importante dans les récits pieux.
- Réflexions sur la manière dont les femmes peuvent dépasser leur « impureté » par la pratique religieuse.
- Rôle social notable grâce à la protection des reliques, surtout pour les femmes aristocrates.
- Absence de rôle officiel féminin dans le clergé bouddhique.
b) Identités de genre dans les arts
- Dans les waka (poèmes d’amour), le poète peut adopter librement n’importe quel rôle de genre.
- Cette fluidité permet d’explorer des désirs et identités variés, sans contrainte stricte liée au genre biologique.
À retenir : À la cour impériale, le genre est à la fois normé (homme comme modèle religieux) et fluide (dans les arts), avec des femmes jouant un rôle social important malgré l’absence de fonctions officielles dans le clergé.
Rôles de genre chez les guerriers
1. Rôles de genre chez les guerriers
a) Représentations dans les arts : identités fluides
- Théâtres nô et kabuki : les rôles féminins sont interprétés exclusivement par des hommes, illustrant une longue tradition de travestissement masculin.
- Cette pratique s'étend aussi à la prostitution, où les identités de genre sont souvent fluides et performatives.
b) Rôles attendus vs pratiques réelles dans le Japon pré-moderne
- Pouvoir masculin : dans les couples, l’homme détient la représentation sociale et l’autorité théorique.
- Négociations égalitaires : malgré cette domination, des relations d’égal à égal peuvent exister au sein du couple.
- Variations sociales et régionales : les rôles de genre et leur application varient fortement selon la classe sociale et la région.
c) À la cour impériale (période Heian, 794-1185)
| Période | Rôle des genres à la cour |
|---|---|
| Jusqu’au VIIIe s. | Fonction impériale exercée également par hommes et femmes |
| Après VIIIe s. | Renforcement progressif du pouvoir masculin |
À retenir : Les rôles de genre chez les guerriers et dans la société japonaise pré-moderne sont marqués par une tension entre une autorité masculine officielle et des pratiques sociales plus nuancées, où la fluidité des identités et les négociations au sein des couples jouent un rôle important.
Rôles de genre dans la classe marchande
1. Rôles de genre dans la classe marchande
La classe marchande au Japon a connu une évolution spécifique des rôles de genre, influencée par les normes sociales et les pratiques culturelles.
| Aspect | Rôle masculin | Rôle féminin |
|---|---|---|
| Position sociale | Acteurs principaux dans le commerce | Souvent reléguées à des rôles secondaires |
| Gestion économique | Contrôle direct des affaires et des finances | Soutien dans la gestion domestique et parfois commerciale |
| Participation publique | Présence dans les réseaux marchands et politiques | Limitation à la sphère privée, mais parfois impliquées dans les affaires familiales |
| Éducation et écriture | Usage du kanji pour les affaires et la correspondance | Usage du kana, plus limité mais important dans la littérature et la gestion domestique |
| Normes sociales | Valorisation de l’efficacité et de la réussite économique | Attentes de fidélité, gestion familiale et maintien de l’honneur familial |
a) Pratiques réelles vs rôles attendus
- Malgré la subordination officielle des femmes, celles-ci jouent un rôle crucial dans la gestion des affaires familiales, notamment en l’absence des hommes.
- Les femmes peuvent gérer les domaines commerciaux et les relations avec les partenaires commerciaux, même si cela reste souvent informel.
- La polygamie et la distinction genrée dans l’utilisation des systèmes d’écriture (kanji pour les hommes, kana pour les femmes) renforcent les différences de statut et de rôle.
- Les femmes ont une place importante dans la littérature, ce qui témoigne d’une certaine reconnaissance culturelle malgré leur marginalisation économique.
À retenir : Dans la classe marchande, les femmes, bien que formellement subordonnées, exercent un pouvoir réel dans la gestion domestique et commerciale, illustrant une tension entre normes officielles et pratiques quotidiennes.
Rôles de genre dans les campagnes
1. Rôles de genre dans les campagnes (période Edo 1603-1868)
- Chef de la maison : doit être un homme, mais les femmes participent activement à la gestion.
- Femmes chefs de maison : peuvent prendre la tête temporairement ou définitivement en l'absence d’héritier masculin.
- Autorité féminine : les femmes âgées exercent une autorité sur les hommes plus jeunes.
- Biens des femmes : elles conservent leurs propres biens ; en cas de divorce, le mari rembourse la dot.
2. Pratiques réelles vs rôles attendus
| Aspect | Théorie | Pratique |
|---|---|---|
| Division des rôles | Rôles genrés distincts | Travail commun entre hommes et femmes |
| Hiérarchie familiale | Prééminence du fils aîné | Position inférieure des frères cadets |
| Position de la femme chef | Femme du chef de famille en autorité | Réelle autorité reconnue |
| Sexualité avant mariage | Pas d’interdiction | Divorces possibles |
| Sociabilité villageoise | Genrée | Femmes non isolées, participation active |
À retenir : Malgré une division théorique des rôles genrés, les femmes jouent un rôle actif et parfois autoritaire dans la gestion familiale et la vie villageoise.