La sexualité dans les religions et le problème chrétien
1. La sexualité dans les religions et le problème chrétien
La sexualité est perçue différemment selon les religions : certaines, comme l'hindouisme, la valorisent, tandis que les religions monothéistes, notamment le christianisme, la considèrent souvent comme problématique.
2. La sexualité et le christianisme : un rapport ambivalent
- Dès les débuts du christianisme, la sexualité est mise en tension avec la religion.
- Moyen Âge : la réforme grégorienne impose le célibat des prêtres comme modèle d'exemplarité, valorisant le renoncement à la chair.
- La sexualité reste néanmoins présente dans la vie quotidienne (mariage, bains publics, etc.).
- Concile de Trente (XVIe siècle) : instauration de la confession obligatoire, où la sexualité est au centre des aveux, visant à contrôler et faire parler les fidèles sur leurs désirs et pratiques.
3. Michel Foucault : la parole sur la sexualité entre répression et pouvoir
- Paradoxe foucaldien (XVIe siècle) : alors que la sexualité est réprimée dans les actes, elle est de plus en plus exprimée par la parole (confession).
- Cette situation est qualifiée d’« hypocrisie bourgeoise » : on interdit les actes mais on incite à en parler.
- Pouvoir et savoir : la parole sur la sexualité devient un moyen de contrôle social, car connaissance = pouvoir.
- Le pouvoir s’exerce en incitant à parler pour mieux réprimer, notamment via :
- Le sacrement de pénitence.
- La confession détaillée des désirs et péchés sexuels.
- La condamnation du plaisir sexuel comme racine de tous les maux.
4. Sexualité, contrôle social et médicalisation au XVIIIe siècle
| Aspect | Description |
|---|---|
| Affaire publique | La sexualité devient une question d’État, surveillée par la police et les institutions. |
| Contrôle social | Enfermement des « déviants » (obsédés sexuels, homosexuels, délinquants légers) en prisons et hôpitaux psychiatriques. |
| Contrôle des enfants | Surveillance stricte dans les internats (portes, fenêtres transparentes) pour contrôler la sexualité juvénile. |
| Médecine & justice | Prise en charge des comportements sexuels par la psychiatrie, la médecine et la justice, qui classifient et ordonnent ces comportements. |
| Communication | Le XVIIIe siècle est un siècle érotique où parler de sexualité devient encouragé dans divers milieux. |
5. Enjeux clés à retenir
- Le christianisme a contribué à rendre la sexualité taboue, non seulement dans la pratique mais aussi dans la parole.
- La confession est un outil paradoxal : elle réprime les actes mais encourage la parole sur la sexualité.
- La sexualité est un terrain de pouvoir, où savoir et contrôle s’entrelacent.
- Au XVIIIe siècle, la sexualité devient un objet de contrôle social, médical et judiciaire, avec une surveillance accrue des comportements et des corps, notamment ceux des enfants.
- La parole sur la sexualité, loin d’être libératrice, est un moyen de discipliner et de normer les individus.
À retenir : La sexualité dans le christianisme est à la fois réprimée dans les actes et contrôlée par la parole, révélant un lien étroit entre pouvoir, savoir et contrôle social.
Faire parler, réprimer et contrôler selon Foucault
1. Écoute et normalisation de la sexualité
- Écoute légitime : Se limite aux couples « normaux » (mariés, procréateurs), sans remise en question de la normalité.
- Écoute des déviants : Enfants, « fous », pervers, homosexuels (concept du XIXe siècle) sont interrogés et doivent justifier leur comportement.
- Transition religieuse → médicale : La médecine remplace la confession religieuse par une écoute médicale qui classifie, norme et contrôle la sexualité selon le modèle de la famille mononucléaire.
- Classification médicale : Apparition d’identités sexuelles déviantes (perversion, fétichisme, zoophilie, exhibitionnisme) définies par la psychiatrie (ex. Krafft-Ebing, Psychopathia Sexualis).
- Contrôle domestique : Surveillance des espaces privés (séparation des chambres, contrôle de la masturbation) pour renforcer la norme sexuelle.
2. De la confession religieuse à la science sexuelle
| Aspect | Confession religieuse | Science sexuelle (occidentale) |
|---|---|---|
| Relation d’écoute | Pointage des pratiques interdites | Écoute médicale, classification, codage |
| Sujet qui parle | Confesse ses péchés, soumis | Aveux détaillés, soumis à l’expertise |
| Pouvoir | Prêtre détenteur du savoir | Médecin/psychiatre détenteur du savoir |
| But | Révéler le péché | Diagnostiquer, normer, produire une identité |
| Effet | Culpabilisation | Création d’identités (ex : « pervers », « homosexuel ») |
3. Vers une science sexuelle
- Science sexuelle : Discipline médicale qui vise à maximiser la reproduction et à contrôler la sexualité.
- Ars erotica vs scientia sexualis (Foucault) :
| Type de sexualité | Caractéristiques | Exemple |
|---|---|---|
| Ars erotica | Transmission orale et textuelle du savoir sexuel, partage de savoir entre savant et ignorant | Sexualités asiatiques et arabes, Kama Sutra |
| Scientia sexualis | Pouvoir basé sur l’aveu, écoute médicale, codage et classification des pratiques | Sociétés occidentales, confession médicale |
- Rapport de pouvoir : Celui qui parle (le patient) est ignorant, celui qui écoute (le médecin) détient le savoir et le pouvoir.
- Aveu et discours : L’aveu produit un discours dont la cause échappe au sujet mais est codé par l’expert.
- Efficacité performative : Les catégories médicales (ex : « pervers », « LGBT ») créent des réalités sociales et identitaires, enfermant les individus dans des étiquettes.
À retenir : La science sexuelle produit la réalité qu’elle nomme en classifiant et en contrôlant la sexualité à travers un pouvoir fondé sur l’aveu et l’écoute médicale.
Vers une science sexuelle
1. La science sexuelle : interprétation et déplacement de l'aveu
- La science sexuelle repose sur l'interprétation des discours, révélant ce que le sujet cache inconsciemment.
- Le savant déchiffre ce qui est dit, déplaçant l'aveu du sujet vers un savoir extérieur.
- La médecine psy déplace la faute et le péché vers un registre de pathologie, médicalisant ainsi la sexualité.
2. Le dispositif de la sexualité : sexualité et pouvoir
a) Libération de la représentation traditionnelle du pouvoir
- Il faut dépasser l'idée que le pouvoir :
- vient d'en haut (hiérarchie sociale),
- s'exerce entre une loi d'un côté et des sujets assujettis de l'autre,
- produit un effet de contre-feu.
Idée clé : Le pouvoir ne se limite pas à une structure verticale ou à une loi imposée.
b) Définition du pouvoir selon Michel Foucault
| Ce que le pouvoir n'est pas | Ce que le pouvoir est |
|---|---|
| - Pas un ensemble d'institutions garantissant la sujétion | - Omniprésent, produit dans toutes les relations sociales |
| - Pas un mode d'assujettissement fondé sur la loi ou la violence | - Fonctionne par techniques, normalisation, normes et contrôle |
| - Pas la souveraineté de l'État ou une domination unifiée | - Ne s'acquiert pas, ne se partage pas, pas d'opposition binaire dominateur/dominé |
| - Nécessite le consentement (souvent inconscient) des individus | |
| - Le savoir est une forme de pouvoir exercé |
- Le pouvoir est un effet d'ensemble issu de multiples mobilités sociales.
- Là où il y a résistance, il y a du pouvoir.
- Là où il faut avouer ou se cacher pour être libre, il y a du pouvoir.
- Le savoir donne du pouvoir, non pas pour dominer, mais parce qu'il est intrinsèquement lié à l'exercice du pouvoir.
3. La sexualité comme dispositif de pouvoir et frontière sociale
- La sexualité est une frontière sociale régulant les rapports entre hommes et femmes.
- Elle marque aussi un passage générationnel (jeunes/vieux), structurant les relations parents/enfants autour de la sexualisation et du non dévoilement du corps.
- Ce dispositif est un point de passage social universel, particulièrement caractéristique du XIXe siècle.
4. Les quatre points de relation de passage au XIXe siècle
a) L'hystérisation des femmes
- L'hystérie est une maladie pensée comme exclusivement féminine et liée à la sexualité.
- On croyait que l'utérus était la cause de cette maladie, rendant la femme hystérique incapable de contrôler sa sexualité.
- La femme hystérique est le contre-modèle de la femme "féconde" et maîtrisée.
À retenir : L'hystérisation du corps féminin illustre comment la sexualité est médicalisée et contrôlée par le pouvoir au XIXe siècle.
Le dispositif de la sexualité et le pouvoir
1. Le dispositif de la sexualité et le pouvoir
Le pouvoir s'exerce sur la sexualité à travers plusieurs mécanismes qui contrôlent et normalisent les corps et les comportements.
a) Contrôle du corps des enfants
- Le pouvoir agit dès l'enfance : lutte contre le nanisme, intimidation (ex. faire peur aux enfants pour qu’ils obéissent), contrôle strict dans les institutions (ex. interdiction de masturbation en internat).
- L’école et autres institutions encadrent le corps des enfants pour les conformer à des normes sociales.
b) Socialisation des conduites procréatrices
- La société normalise l’idée d’avoir des enfants : on inculque aux enfants qu’ils se marieront et auront une descendance.
- Cette socialisation vise à reproduire la famille comme unité sociale fondamentale.
c) Psychiatrisation des plaisirs dits « pervers »
- Certains comportements sexuels déviants sont pathologisés, même si la psychiatrisation des pratiques LGBTQ+ tend à diminuer.
- La norme sexuelle dominante est celle qui s’inscrit dans le cadre familial traditionnel.
d) Le dispositif d’alliance
- La sexualité est un point de passage entre normalité et déviance sociale.
- Le dispositif d’alliance désigne la famille comme norme régulatrice des sexualités (qui se marie avec qui, sexualité reproductive).
- Toute sexualité hors de ce cadre (sexualité récréative, hors famille mononucléaire) est considérée comme anormale.
- La famille est le cœur du pouvoir, vecteur principal de transmission des normes sociales.
| Aspect du dispositif | Description | Effet sur la sexualité |
|---|---|---|
| Famille | Institution normative | Sexualité reproductive valorisée |
| Normes sociales | Mariage, procréation | Sexualités déviantes marginalisées |
| Contrôle social | Éducation, institutions | Discipline des corps et comportements |
e) Deux moments de rupture dans le contrôle social
| Moment | Caractéristiques | Conséquences |
|---|---|---|
| La prohibition | Valorisation forte de la famille, refoulement du corps, contrôle religieux puis policier et psychiatrique | Sexualité contrôlée, marginalisation des déviances |
| Le relâchement des mœurs | Contrôle moins violent, relativité selon les lieux, rôle accru de la médecine et de la psychiatrie | Contrôle diffus, médicalisation des perversions |
f) Le bio-pouvoir et la bio-politique
- Le bio-pouvoir désigne les pressions exercées sur la vie biologique par des mécanismes sociaux et historiques.
- La bio-politique est l’ensemble des stratégies qui transforment la vie humaine par des normes et des savoirs (ex. éducation à la santé, contrôle démographique).
- La famille est centrale car elle assure la reproduction de la main-d’œuvre (familialisme) et la régulation démographique.
- Le pouvoir ne s’exerce pas par la loi seule, mais par la norme, qui façonne les comportements et les corps.
g) Discipline des corps et sexualité
- Les corps sont dressés par des pratiques (sport, sexualité) pour maximiser leur productivité et leur capacité à travailler.
- Le pouvoir organise des zones érogènes sociales : certaines parties du corps ou pratiques sexuelles sont interdites car elles réveillent des désirs jugés dangereux ou subversifs.
À retenir : Le pouvoir sur la sexualité s’exerce par la famille comme dispositif normatif, par la socialisation et la médicalisation, et vise à discipliner les corps pour assurer la reproduction sociale et économique.