Fondements des pratiques basées sur les preuves
1. Fondements des pratiques basées sur les preuves (EBP)
a) Sources des preuves externes
Les pratiques basées sur les preuves reposent sur des preuves issues de la littérature scientifique. Pour accéder à ces preuves, il est recommandé de consulter :
- Formations et colloques spécialisés
- Groupes et pages Facebook dédiés (ex. EBP en Logopédie/orthophonie)
- Bases de données et plateformes reconnues pour accéder à des synthèses actualisées, guides de pratique clinique, recommandations EBP :
| Plateforme | Description | Lien |
|---|---|---|
| EBPracticeNet | Référence belge pour prestataires de soins | https://ebpnet.be/fr/ebsources?searchTerm=logop%C3%A9die&filter_professions=1722 |
| Speechbite | Ressources EBP en orthophonie | https://speechbite.com/ebp/ |
| ASHA Evidence Maps | Cartographie des preuves en orthophonie | https://apps.asha.org/EvidenceMaps/ |
b) Les 3 piliers des bonnes pratiques
La prise en charge fondée sur les preuves s’appuie sur trois piliers complémentaires :
| Pilier | Contenu clé |
|---|---|
| Expertise clinique | Connaissances théoriques et raisonnement clinique |
| Patient | Souhaits et préférences, favorisant la décision partagée et l’alliance thérapeutique |
| Contexte organisationnel | Accès aux soins (ex. gratuité, remboursements) et environnement |
c) Principes clés pour la prise en charge (PEC)
- Définir clairement le canevas de la PEC pour structurer l’intervention.
- Utiliser un modèle correct :
- Choisir des activités qui évitent l’exposition à des modèles erronés, favorisant un apprentissage sans erreur.
- Toujours fournir le bon modèle en cas d’erreur.
- Contrôler la complexité de la cible en respectant la zone proximale de développement +1.
- Privilégier des activités significatives, familières et motivantes (ex. séquences d’actions quotidiennes).
- Appliquer un feedback rétroactif précis, valorisant les réussites et corrigeant les erreurs (ex. « ta langue s’est bien élevée au palais »).
d) Ingrédients actifs de la PEC
- Répétitions fréquentes d’une même structure (syllabes, mots, phrases) pour atteindre un seuil d’ancrage en mémoire à long terme (MLT).
- Exemple : un enfant typique a besoin d’entendre un mot environ 20 fois, un enfant avec trouble du langage (TDL) environ 40 fois.
- Variété des activités tout en ciblant la même structure pour faciliter la détection des régularités par l’enfant.
- Rappels cycliques des structures apprises, en espaçant progressivement les répétitions, avec un rôle clé du sommeil dans la consolidation.
e) Formulation des objectifs et dosage
- Les objectifs doivent être formulés clairement, avec un verbe, et définis à long terme (ex. 1 an) ou comme objectifs généraux.
- Le dosage correspond à l’intensité du traitement, combinant :
- Durée de chaque séance
- Fréquence des séances par semaine
- Un compte-rendu de séances est essentiel pour suivre la progression et ajuster la PEC.
À retenir : Les pratiques basées sur les preuves combinent rigueur scientifique, expertise clinique et prise en compte des préférences du patient pour optimiser la prise en charge.
Les ingrédients actifs de la prise en charge
1. Ingrédients actifs de la prise en charge : éléments clés
a) Objectifs spécifiques
- Définition : buts à court terme (2-3 mois) formulés avec un verbe d’action.
- Progression : envisagée au sein des objectifs pour structurer l’évolution.
- Cibles d’intervention = « quoi » : ce que l’on travaille précisément pour atteindre l’objectif.
b) Stratégies d’intervention
- Définition : techniques, outils, supports, méthodes ou activités = « comment » intervenir.
- Progression : planifiée en termes d’exercices, du plus simple au plus complexe.
- Dosage :
- Durée totale (semaines/mois) pour atteindre l’objectif.
- Fréquence (nombre d’expositions par séance/jour).
La distinction entre objectif spécifique et cible d’intervention peut être floue et les termes sont parfois confondus dans la littérature.
2. Exemple de canevas de prise en charge (PEC)
| Objectif spécifique | Cibles d’intervention | Progression / Activités |
|---|---|---|
| Enrichir le lexique | Acquisition de mots sociaux, émotions, noms | Acquisition progressive de vocabulaire |
| Augmenter la longueur moyenne des phrases (LMPV) | Combinaisons de mots (3 puis 4 mots) | Structures syntaxiques simples à complexes |
| Développer compétences pragmatiques | Pointage d’objets, images, compétences verbales | Passage du non verbal au verbal |
| Sons de parole | Perception phonémique, production isolée | Du son isolé → mots → phrases → langage spontané |
3. Types de stratégies d’intervention
| Type | Description | Cibles d’intervention | Méthodes clés |
|---|---|---|---|
| Curative / Remédiation | Restaurer les compétences déficitaires | Compétences déficitaires | Présentations répétées du bon modèle, activités ciblées |
| Implicite | Apprentissage par exposition répétée au modèle correct | Compétences ciblées | Activités variées sans explication formelle |
| Explicite | Explicitation des règles (syntaxe, articulation, pragmatique) | Compétences ciblées | Schémas, tableaux, mindmapping, métacognition |
| Utilisation d’indices | Aides progressives avec estompage des indices | Compétences ciblées | Supports visuels, indices verbaux, auditifs |
4. Modalités d’intervention
- Directes : séances en présence de l’enfant.
- Indirectes : accompagnement parental sans l’enfant.
- Individuelles vs groupes.
L’efficacité repose sur une progression réfléchie des objectifs, des cibles et des stratégies, avec un dosage adapté en durée et fréquence.
Canevas et structure de la prise en charge
1. Canevas et structure de la prise en charge
a) Approche explicite pour la rééducation en morphosyntaxe (MS)
L’approche explicite s’appuie sur un matériel pédagogique structuré et progressif :
| Étape | Description | Supports utilisés |
|---|---|---|
| 1 | Modélisation + explications du codage syntaxique | Contes de Grammaire |
| 2 | Présentation de la structure syntaxique cible | Playmobil (3D) + images avec scènes (2D) |
| 3 | Production de la structure cible sans support visuel | Activités orales ciblées |
- Le travail en 3D (Playmobil) facilite la manipulation concrète et le pointage du codage visuel.
- Le travail en 2D (images) permet de renforcer la production avec un support moins concret.
- L’objectif final est la production autonome de la structure syntaxique cible.
b) Stratégie adaptative
- Vise à aménager l’environnement scolaire, familial et professionnel.
- But : limiter les répercussions des déficits et assurer la fonctionnalité quotidienne du patient.
- Ces aménagements sont qualifiés de raisonnables et adaptés aux besoins spécifiques.
c) Évaluation de l’efficacité du traitement
-
Bilan d’évolution
- Réalisé avec des épreuves standardisées sensibles au changement.
- À 6 mois : surveillance sans Plan d’Education Spécialisée (PES) si inquiétude.
- À 1 an : évaluation après mise en place du PES.
-
Mesure du degré de satisfaction du patient (PROMs)
- Patient-Reported Outcomes Measures : questionnaires conçus avec ou sans le patient.
- Permettent d’évaluer la diminution de l’impact fonctionnel du trouble.
-
Routines d’évaluation ou monitoring
- Mesures régulières, quasi hebdomadaires, entre les passations d’épreuves standardisées (LDB).
- Notation de la performance sur compte-rendu de séance.
- Permettent d’ajuster les séances et de consolider les acquis.
- Durée : quelques minutes, intégrées en début ou fin de séance, parfois dans une activité ludique.
-
Listes de Besoins (LDB)
- Pas toujours nécessaires pour toutes les cibles d’intervention.
- Modèles réutilisables pour patients aux profils similaires.
- Critères pour construire une LDB :
- Intervention moins maîtrisée par le thérapeute.
- Profil particulier du patient.
- Manque de données dans la littérature.
- Taille recommandée : 15 à 20 items par liste.
- Réévaluation après 2-3 mois pour vérifier l’efficacité.
À retenir : La prise en charge combine une progression pédagogique explicite, une adaptation environnementale et une évaluation régulière et multidimensionnelle pour optimiser la rééducation.
Types de stratégies d'intervention
1. Test de McNemar
-
But : vérifier que les progrès observés après une intervention sont statistiquement significatifs.
-
Principe : comparer les performances avant et après l’intervention sur des données binaires (0/1).
-
Données requises : résultats codés en binaire (0 = échec/absence, 1 = réussite/présence).
-
Tableau de contingence à 4 cases :
Catégorie Description A Réussi avant, échoué après B Réussi avant, réussi après C Échoué avant, échoué après D Échoué avant, réussi après -
Le test s’appuie sur les discordances (A vs D) pour évaluer la significativité des changements.
Le test de McNemar est adapté uniquement aux données binaires et permet de confirmer que les progrès ne sont pas dus au hasard.
2. Types de stratégies d’intervention
| Type de stratégie | Description | Objectif principal |
|---|---|---|
| Stratégie/Procédurale | Apprentissage de règles ou stratégies à automatiser et transférer à des items non traités. | Automatiser un mécanisme et favoriser le transfert |
| Items spécifiques | Cible des exceptions à une règle ou nécessite uniquement de la mémorisation. | Mémorisation ciblée d’items spécifiques |
3. Types de lignes de base (LDB)
Les LDB permettent de mesurer les progrès liés à une intervention, avec différents niveaux de contrôle.
| Type de LDB | Composition | Avantages / Limites |
|---|---|---|
| Ligne de base simple | Une seule liste cible (items travaillés) | Mesure les progrès sur la cible, mais pas de contrôle sur l’effet de l’intervention. |
| Ligne de base multiple | Liste cible + liste contrôle (items non influencés par l’intervention) | Permet de vérifier que les progrès sont spécifiques à l’intervention. |
- Alternative pour LDB simple : répéter la mesure 2 fois avant l’intervention (intervalle ~1 semaine) pour vérifier la stabilité des difficultés.
4. Application des LDB selon la stratégie
| Stratégie | LDB simple | LDB multiple |
|---|---|---|
| Items spécifiques | 1 liste cible | 1 liste cible + 1 liste contrôle |
| Stratégie/Procédurale | 1 liste cible + 1 liste transfert (items non travaillés) | 1 liste cible + 1 liste transfert + 1 liste contrôle |
- Remarque : pour la LDB procédurale, les listes cible et transfert doivent être appariées (même fréquence, longueur, position phonème/graphème, etc.).
La mise en place d’une LDB multiple avec listes contrôle et transfert est essentielle pour valider l’efficacité spécifique d’une intervention basée sur une stratégie.
Mesure de l'efficacité du traitement
1. Mesure de l'efficacité du traitement
a) Étapes clés pour construire une Liste de Besoins de Base (LDB)
- Identifier la cible du traitement : définir précisément l'objectif thérapeutique.
- Déterminer le type de LDB : choisir entre items spécifiques (mots, phonèmes) ou stratégie/procédurale.
- Identifier les items des listes : sélectionner les éléments qui composeront les listes.
- Identifier la tâche ou le contexte de passation : préciser comment et dans quelles conditions la LDB sera administrée.
- Identifier les mesures : définir les grandeurs à mesurer (ex. taux de réponses correctes, temps).
b) Critères de sélection des items
- Fréquence d’usage
- Longueur des mots
- Position du phonème ciblé
- Imageabilité
- Familiarité du patient
- Peu fréquents pour éviter la sur-généralisation
Ces critères peuvent être appliqués via des bases de données lexicales ou des plateformes spécialisées (ex. Logotools, HN).
c) Exemple d’une LDB multiple « procédurale »
| Liste | Description | Critères de sélection | Mesure principale |
|---|---|---|---|
| Liste cible | Mots vus en séance ciblant un phonème spécifique (ex. « J ») | Mots imageables, peu fréquents, phonème ciblé en différentes positions | Nombre de mots correctement produits |
| Liste transfert | Mots non vus en séance mais avec phonème ciblé, pour vérifier transfert | Mots peu connus, imageables, phonème ciblé dans plusieurs positions, mots avec phonème « Ch » pour contrôle | Nombre de mots correctement produits |
| Liste contrôle | Mots avec clusters consonantiques non ciblés par le traitement | Mots sans phonème ciblé, pour vérifier absence de sur-généralisation | Nombre de mots correctement produits |
d) Contexte de passation
- Répétition de mots pour toutes les listes.
- Mesure du nombre de mots produits sans déformation.
e) Que faire si l’intervention est inefficace ?
- Réajuster le dosage : intensité, fréquence, durée.
- Changer de stratégie : adopter une autre méthode d’intervention.
- Analyser les freins : engagement parental, motivation de l’enfant.
- Revoir le diagnostic : envisager troubles concomitants ou conditions biomédicales.
f) Exemples d’objectifs thérapeutiques (OCT) et LDB associées
| Domaine | Objectif thérapeutique (OCT) | Type de LDB |
|---|---|---|
| Morphosyntaxe | Produire des phrases de 3 mots | LDB multiple |
| Bégaiement | Diminuer les disfluences typiques dans mots isolés | LDB simple |
| Accompagnement parental | Améliorer les comportements parentaux | LDB multiple |
| Pragmatique | Augmenter la production d’intentions non verbales | LDB simple |
À retenir : La mesure de l’efficacité repose sur des listes ciblées, adaptées au traitement, avec des critères précis de sélection et des mesures objectives (ex. nombre de réponses correctes). En cas d’échec, il faut ajuster ou changer l’intervention en tenant compte des facteurs contextuels et diagnostics.
Lignes de base et test statistique
1. Lignes de base
- Définition : Les lignes de base correspondent à la mesure initiale des performances ou comportements avant toute intervention. Elles servent de référence pour évaluer l’efficacité d’un traitement ou aménagement.
- Objectif : Identifier les besoins spécifiques du patient et déterminer les aménagements adaptés.
- Démarches clés :
- Évaluation des besoins en aménagements spécifiques.
- Recueil des besoins exprimés par le patient dans son quotidien.
- Transmission du rapport avec diagnostic et aménagements à l’équipe pédagogique (avec accord parental).
- Réunion de concertation pour ajuster les aménagements en fonction de ce qui est faisable.
- Instauration de moyens de communication alternatifs (carnet de liaison, mails, téléphone) si réunion impossible.
- Réévaluation périodique de la pertinence des aménagements.
- Transmission des informations d’une année à l’autre.
- Avec consentement, explication du diagnostic et des aménagements à la classe.
À retenir : La ligne de base est essentielle pour définir un point de départ objectif et personnalisé avant toute intervention.
2. Test statistique
- But : Comparer les données recueillies avant et après intervention pour déterminer si un changement est significatif.
- Principe : Le test statistique évalue si la différence observée entre la ligne de base et les mesures post-intervention est due au hasard ou à l’effet réel de l’intervention.
- Types de tests (selon la nature des données et la taille de l’échantillon) :
| Type de test | Données concernées | Condition principale |
|---|---|---|
| Test t de Student | Données quantitatives continues | Distribution normale, échantillon > 30 |
| Test de Wilcoxon | Données ordinales ou non normales | Échantillon petit ou distribution non normale |
| Test du Chi² | Données catégorielles | Effectifs suffisants dans chaque catégorie |
- Interprétation :
- p-value < 0,05 : différence significative, intervention efficace.
- p-value ≥ 0,05 : différence non significative, intervention non prouvée.
À retenir : Le test statistique valide l’efficacité d’une intervention en comparant rigoureusement les lignes de base et les résultats obtenus.
3. Synthèse méthodologique
- Établir la ligne de base : mesurer précisément le comportement ou la performance avant intervention.
- Mettre en place l’intervention : appliquer les aménagements ou traitements adaptés.
- Recueillir les données post-intervention : mesurer les mêmes variables que lors de la ligne de base.
- Choisir le test statistique approprié selon la nature des données.
- Analyser les résultats pour conclure sur l’efficacité.
En résumé : La ligne de base est la référence indispensable pour toute évaluation, et le test statistique est l’outil qui permet de confirmer objectivement l’impact d’une intervention.
Aménagements raisonnables et soutien à la parentalité
1. Aménagements raisonnables en langage
Les aménagements raisonnables consistent à adapter la communication pour soutenir le développement langagier de l’enfant, en corrigeant ses erreurs de manière progressive et bienveillante.
- Reformulation : reprendre l’énoncé de l’enfant en corrigeant une seule erreur à la fois, mise en évidence par l’intonation.
- Expansion/allongement : reprendre l’énoncé en corrigeant les erreurs et en ajoutant une information complémentaire (ex. : « apin cou » > « oui, le lapin gris court »).
- Langage décontextualisé : parler d’objets, personnes ou événements absents pour stimuler la compréhension et l’expression.
Ces techniques d’étayage langagier doivent être utilisées par les professionnels (logopèdes) et les parents, en s’appuyant sur les 4 comportements clés : sensibilité, réactivité, chaleur et réciprocité.
2. Soutien à la parentalité
Le soutien à la parentalité est une stratégie d’intervention visant à accompagner les parents dans la prise en charge du langage de leur enfant. Il repose sur des objectifs précis et des cibles d’intervention claires, notamment :
- Réactivité aux besoins de l’enfant
- Renforcement du sentiment de compétence parentale (SCP)
- Utilisation de la verbalisation parallèle (parler en même temps que l’enfant pour modéliser le langage)
3. Types de soutien à la parentalité
| Type de séance | Description | Avec ou sans enfant |
|---|---|---|
| Séances en groupe | Intervention collective, échanges entre parents | Sans enfant (indirect) |
| Séances individuelles | Accompagnement personnalisé | Avec ou sans enfant |
| Jeux en séance | Activités ludiques pour stimuler le langage | Avec enfant |
4. Comportements parentaux favorisant la communication
- Se mettre à la hauteur de l’enfant et le regarder
- Parler lentement et clairement
- Éviter de faire répéter un mot mal prononcé
- Féliciter l’enfant pour ses réussites langagières
- Écouter attentivement sans interrompre
- Être attentif aux gestes communicatifs
- Expliquer à l’enfant quand on ne peut pas l’écouter immédiatement
- Laisser le temps de répondre sans précipiter
- Adapter son langage (gestes, mots simples) si l’enfant ne comprend pas
- Imiter l’enfant pendant le jeu pour encourager la communication
5. Exemple de progression d’intervention individuelle sans l’enfant
Séance 1 : Appui théorique
- Objectif : améliorer les connaissances parentales sur le développement du langage (étapes générales, points clés)
- But : renforcer la confiance et la compétence des parents pour mieux accompagner leur enfant
À retenir : Le soutien à la parentalité repose sur un accompagnement ciblé des parents, combinant information, conseils pratiques et valorisation de leurs compétences pour favoriser le développement langagier de l’enfant.
Étayage langagier et comportements parentaux
1. Étayage langagier et comportements parentaux
L’étayage langagier désigne l’ensemble des stratégies parentales visant à soutenir et améliorer la communication et le développement langagier de l’enfant. Il s’appuie sur la compréhension des difficultés de l’enfant et sur l’adoption d’attitudes adaptées.
2. Objectifs clés pour les parents
- Comprendre les difficultés de l’enfant (production < compréhension) pour mieux adapter leur communication.
- Adopter des comportements efficaces : éviter les fausses idées (ex. ne pas forcer à répéter ou dénommer).
- Reconnaître leur rôle central dans le développement de leur enfant :

« Vous êtes la personne la mieux placée pour aider votre enfant. »
3. Séance de modelage (séance 2)
- But : montrer aux parents les cibles d’accompagnement à travers une activité ludique filmée.
- Stratégies illustrées :
| Stratégie | Description |
|---|---|
| Sensibilité aux intérêts | Se mettre à la hauteur de l’enfant, contact visuel, imitation des actions |
| Réciprocité dans les échanges | Respecter le tour de rôle : laisser l’enfant jouer, parler, répondre |
| Soutien au langage | Utiliser la verbalisation parallèle (commenter sans interrompre) |
| Valorisation et acceptation | Féliciter et encourager l’enfant dans ses actions |
4. Débriefing (séance 3)
- Visionnage de la vidéo de modelage avec les parents.
- Identification des stratégies utilisées.
- Discussion sur les conséquences des attitudes parentales sur l’enfant.
- Explications des consignes pour le programme à domicile.
5. Feedbacks vidéo (5 à 10 séances)
- Le parent se filme lors d’interactions à domicile.
- Le thérapeute sélectionne des extraits d’interactions réussies et moins réussies.
- Visionnage et discussion entre parent et professionnel pour valoriser les progrès et ajuster les stratégies.
- Feedbacks constructifs et bienveillants, par exemple :

« Vous avez corrigé ce que votre fille a dit sans lui demander de répéter. »
« Grâce à votre intervention, votre enfant est resté concentré sur son jeu. »
6. Progression d’intervention individuelle (sans enfant)
- Proposer une activité à haute probabilité de réussite au meilleur moment (parents/enfant détendus, émotions positives) pour favoriser la fierté de soi et l’expérience de maîtrise.
- Amener le parent à repérer quotidiennement les interactions réussies via une grille à compléter.
- Réduire l’utilisation des comportements inadaptés (non détaillés ici).
À retenir : L’étayage langagier repose sur un accompagnement parental ajusté, valorisant les réussites, respectant le rythme de l’enfant et favorisant la réciprocité dans les échanges.
Multilinguisme et accompagnement parental
1. Soutien parental face au multilinguisme
-
Parents et culpabilité : Il est fréquent que les parents se comparent aux autres via les réseaux sociaux, ce qui peut générer de la culpabilité.

À retenir : Il n’existe pas une seule manière de faire ; chaque enfant est unique même si les situations paraissent similaires.
-
Renforcements positifs :
- Féliciter le parent pour son engagement dans le suivi.
- Reconnaître la difficulté d’être parent et la diversité des comportements enfantins.
2. Accompagnement des enfants multilingues avec troubles du langage (TDL)
- Importance d’un input riche et varié dans chacune des langues parlées par l’enfant (quantité et qualité).
- Ne pas limiter la langue maternelle des parents, même en cas de difficultés langagières :
- Forcer l’usage d’une seule langue peut entraîner des difficultés identitaires et de communication familiale.
- Décisions parentales à discuter : qui parle quelle langue, où et quand, pour maintenir un environnement multilingue favorable.
3. Questions clés pour le maintien du bilinguisme en cas de TDL
| Question | Objectif |
|---|---|
| Un des parents parle-t-il la langue du programme d’immersion ? | Évaluer la possibilité d’un soutien naturel à la langue d’immersion. |
| L’enfant reçoit-il un soutien pédagogique adapté ? | Assurer une prise en charge adaptée aux besoins spécifiques. |
| Importance sociale, éducative, professionnelle de la langue d’immersion ? | Mesurer la priorité à accorder à cette langue. |
| Présence de frères/sœurs en immersion ? | Considérer l’impact familial et social. |
| Impacts organisationnels d’un changement d’école ? | Évaluer la faisabilité et les conséquences pratiques. |
| L’équipe pédagogique est-elle favorable à l’inclusion ? | Garantir un environnement scolaire inclusif. |
4. Critères pour choisir les cibles d’intervention en prise en charge phonologique
-
Basés sur :
- Âge d’acquisition des phonèmes (points de repère développementaux).
- Facilité/complexité linguistique : privilégier phonèmes précoces, non marqués (voyelles, occlusives, consonnes antérieures, non-voisées).
- Phonèmes stimulables.
- Processus phonologiques qui devraient avoir disparu à l’âge de l’enfant.
- Phonèmes déjà produits par l’enfant.
- Prioriser les processus phonologiques persistants (PPS) les plus nombreux et impactant l’intelligibilité.
-
Approche alternative :
- Approche par complexité (notamment en morphosyntaxe) pour favoriser la généralisation à d’autres phonèmes/processus.
À retenir : La sélection des cibles doit maximiser l’impact sur l’intelligibilité et la progression naturelle du développement phonologique.
Prise en charge des sons de parole
1. Choix des phonèmes cibles
- Cibler les phonèmes absents et/ou altérés les plus fréquents en français, selon leur fréquence d’utilisation.
- Prendre en compte la position du phonème dans le mot.
- Considérer la structure des mots :
- Types : CV, CVCV, C₁VC₂V, mots polysyllabiques (CVCVCV, VCVCV), clusters consonantiques.
- Sélectionner des mots selon :
- Catégories et nature des mots.
- Mots connus pour faciliter la modification des erreurs non figées, mais aussi des mots inconnus.
2. Critères liés à l’enfant
- Adapter les stratégies selon l’âge mental et les capacités de l’enfant, notamment :
- Motivation.
- Degré de concentration.
- Capacité de prise de conscience du trouble et compréhension du langage.
- Cible d’intervention.
- Combinaison des approches recommandée pour une meilleure efficacité.
3. Stratégies d’intervention
| Stratégie | Description | Principes clés |
|---|---|---|
| Stratégies sensori-motrices | Combinaison de placement articulatoire, indices et feed-backs multimodaux (tactiles, kinesthésiques, visuels, auditifs). | Basées sur la plasticité cérébrale et l’intégration sensorielle. La mémoire sensori-motrice se construit par le ressenti du positionnement correct de la bouche. |
| Logiciel DIABOLAB | Outil pour troubles phono-articulatoires, mettant l’accent sur la lecture linguale et palatale. | Facilite la rééducation orthophonique. |
| Méthode PROMPT | Utilise modélisation vocale et manipulation manuelle de la mâchoire et des lèvres pour guider les mouvements oro-faciaux pendant la vocalisation. | Préconisée pour la dyspraxie verbale. |
| Nuffield Dyspraxia Programme (NDP) | Programme structuré pour la dyspraxie verbale, version 3 adaptée en français. | Intervention basée sur des preuves, validée par Cochrane. |
À retenir : La prise en charge des sons de parole doit être adaptée à la fréquence des phonèmes, à la structure des mots, et aux capacités individuelles de l’enfant, en combinant plusieurs approches sensori-motrices et technologiques pour optimiser la rééducation.
Stratégies d'intervention pour les sons de parole
1. Stratégies d'intervention pour les sons de parole
Les stratégies d’intervention pour les troubles de la parole s’appuient sur des programmes cognitivo-linguistiques visant à développer la conscience phonologique. L’objectif est d’amener l’enfant à percevoir et manipuler les différences contrastives entre les segments phonétiques.
2. Programmes clés
| Programme | Description | Particularité |
|---|---|---|
| Integrated Phonological Awareness (Gillon & McNeil, 2007) | Intervention intégrée sur la conscience phonologique | Adaptation francophone disponible (Doyon et al., 2021) |
| Metaphon (Dean & Howell, 1994) | Travail sur la conscience phonologique via manipulation phonémique | Matériel non commercialisé, nécessite construction |
3. Niveaux d’intervention
a) Niveau du concept
- Utilisation d’objets, jouets, images partageant des propriétés communes avec les phonèmes ciblés.
- Exemple : positionner un chat devant ou derrière un arbre pour travailler l’antériorisation/postériorisation.
- Activités : jeux de catégorisation, appariement, dessin, manipulation.
b) Niveau du son (si possible)
- Transfert du vocabulaire et notions du niveau conceptuel aux sons.
- Activités avec sons non verbaux : instruments de musique, cris d’animaux, objets familiers.
- Objectif : jugement et catégorisation des sons.
c) Niveau du phonème isolé
- Manipulation des phonèmes via tâches de jugement et classement selon le trait ciblé.
- Exemple : placer les objets commençant par [t] à l’avant d’une voiture, ceux par [k] dans le coffre.
- Approche par contraste avec supports des étapes précédentes.
d) Niveau de la syllabe/du mot
- Utilisation de paires minimales (ex. : « tout » / « cou ») en images.
- Au dos des images, référents liés aux étapes précédentes (ex. : chauffeur de voiture).
- Activités : jugement, classement, manipulation et production de mots.
- Questions ciblées :
- « Entends-tu un son venant de l’avant ou de l’arrière de la bouche ? »
- « Connais-tu d’autres sons produits à l’avant ? »
4. Cas spécifiques
- Pour les omissions de syllabes ou phonèmes, on peut utiliser des objets illustrant un contraste long/court ou présence/absence.
À retenir : L’intervention phonologique efficace repose sur une progression du niveau conceptuel au phonémique, en utilisant des activités ludiques et manipulatives pour développer la conscience phonologique et la discrimination des sons.
Prise en charge du lexique
1. Prise en charge du lexique
La prise en charge du lexique repose sur des activités ciblées qui favorisent la conscience phonologique et la manipulation des unités sonores à différents niveaux (son, syllabe, mot).
a) Niveaux d'intervention
| Niveau | Objectif / Activité | Exemple |
|---|---|---|
| Niveau du son | Familiariser l’enfant avec la durée et la quantité de sons dans les mots. | Utilisation d’un xylophone pour produire des sons courts/longs ou des séquences de sons (ex. 2 vs 3 sons). |
| Niveau de la syllabe | Travailler la distinction entre syllabes avec ou sans groupe consonantique. | Contraste [bra] vs [ba], en scandant les phonèmes sur un xylophone. |
| Niveau du mot | Manipulation et production de mots avec des contrastes phonémiques. | Activités diverses de jugement, inversion phonémique (ex. am/ma, al/la). |
b) Supports et outils
- Objets ou images incomplètes (ex. animal sans tête, train sans locomotive) pour stimuler la reconnaissance lexicale.
- Instruments de musique (xylophone, tambourin, maracas) pour symboliser les sons et rythmes, facilitant la conscience phonologique.
- Activités de loto pour illustrer la notion d’ordre et la séquence phonémique.
c) Stratégies spécifiques
- Utilisation de la musique pour développer la conscience phonologique et la notion de durée (ex. méthode METAPHON).
- En cas d’inintelligibilité de l’enfant, mise en place d’une Communication Alternative et Améliorée (CAA) avant la prise en charge des sons de parole.
- Travail des praxies bucco-linguales uniquement si troubles myofonctionnels liés à une hypotonicité musculaire affectant directement le phonème problématique (ex. élévation de la langue, nasalisation).
d) Critères de choix des cibles lexicales
- Utilité pour l’enfant, ses intérêts, ainsi que pour l’enseignant et les parents.
- Fréquence des mots dans la langue d’usage (bases de données comme Novlex, Manulex).
La prise en charge lexicale doit être adaptée au niveau phonologique de l’enfant et privilégier des activités multisensorielles (sonores, visuelles, tactiles) pour renforcer la conscience phonologique et la production correcte des mots.
Apprentissage de nouveaux mots
1. Diversification et classification du vocabulaire
- Âge d’acquisition : notion clé pour adapter l’enseignement des mots selon le développement cognitif (Bonin et al., 2020).
- Diversifier les mots : inclure toutes les natures grammaticales (noms, verbes, adjectifs, etc.) pour un apprentissage complet.
- Pyramide des tiers du vocabulaire (Ornella Thys, 2021) : classification en 3 niveaux selon la fréquence et la complexité.
| Tiers | Description | Exemples |
|---|---|---|
| 1er tiers | Vocabulaire de base, mots courants | faire, passer, toucher, surpris |
| 2ème tiers | Vocabulaire littéraire, mots plus complexes | exécuter, franchir, émue, stupéfait |
| 3ème tiers | Vocabulaire spécifique à des matières/sujets | diamètre, polygone, minéraux, photosynthèse |
- Base de données : fréquence d’apparition selon Coxhead (2000) pour guider le choix des mots à enseigner.
2. Dosage et modalités d’enseignement
- Au moins 6 activités différentes recommandées pour enseigner un même mot afin de renforcer l’apprentissage.
- Approche explicite intégrant :
- Métasémantique (sens)
- Métaphonologie (sons)
- Métamorphologie (dérivation)
- Travail à l’oral et à l’écrit
- Objectif : tisser des liens entre représentations phonologiques, morphologiques, sémantiques et orthographiques → abaisser le seuil d’activation du mot.
3. Activités à privilégier pour un même mot
- Répéter le mot immédiatement puis de manière espacée.
- Donner une définition simple et accessible (ex. : « doucement, cela vient du mot doux »).
- Fournir des synonymes et antonymes.
- Déduire le sens du mot à partir du contexte (phrase, histoire).
4. Stratégies d’intervention pour l’apprentissage
- Utiliser un langage décontextualisé : parler du mot dans différents contextes pour généraliser son usage.
- Mimer le sens du mot pour renforcer la compréhension.
- Évoquer similarités et différences au niveau :
- Sémantique (sens)
- Phonologique (sons)
- Morphologique (affixes, suffixes)
- Réaliser des catégorisations ou tris selon critères sémantiques, phonologiques, morphologiques, orthographiques (ex. : trier selon un même suffixe).
- Chercher des intrus dans des listes pour développer la conscience des différences.
- Proposer des devinettes pour faire deviner un mot à partir de sa description, en lien avec la PEC du discours.
- Tâches spécifiques de conscience phonologique et morphologique.
- Utiliser des organisateurs graphiques pour visualiser les relations entre mots.
5. Exemple d’illustration d’activités
| Critère | Exemple d’activité |
|---|---|
| Catégorisation | Trier fruits vs animaux |
| Phonologie | Identifier mots commençant par /p/ ou /f/ |
| Morphologie | Repérer mots avec le même suffixe |
| Syllabes | Compter syllabes dans un mot |
| Contexte | Utiliser le mot dans une phrase différente |
6. Programme structuré recommandé
- Programme PALS (University College London) pour troubles du langage (MM) :
Word Therapy Guide - Déroulement type d’une séance :
- Choisir X mots cibles.
- Dénommer rapidement tous les mots (ex. : via dénomination d’images, avec buzzer < 5’’).
- Travailler spécifiquement les mots non reconnus ou mal nommés.
À retenir : L’apprentissage efficace de nouveaux mots repose sur la diversité des activités, la combinaison des approches phonologique, morphologique et sémantique, et la contextualisation multiple du vocabulaire.
Lecture interactive enrichie
1. Lecture interactive enrichie (LIE) : principes et phases clés
La Lecture interactive enrichie (LIE) est une stratégie de stimulation des habiletés langagières et de l’éveil à l’écrit, utilisable dès 3 ans, en groupe ou en individuel. Elle s’appuie sur des albums jeunesse et vise quatre cibles principales :
- Vocabulaire (souvent littéraire)
- Compréhension inférentielle de l’histoire
- Conventions de la lecture
- Conscience phonologique (syllabes ou phonèmes)
2. Phases de la méthode LIE
| Phase | Objectif | Description |
|---|---|---|
| Phase 1 : Création progressive de rosaces / organisateurs graphiques | Structurer le vocabulaire autour de mots cibles | Pour chaque mot cible, on crée des rosaces avec des catégories sémantiques (superordonné, mot associé, apparence, lieu, utilité) et phonologiques (premier son, mots commençant/finissant pareil, nombre de syllabes). Ex : Word Therapy (Best et al., 2015) |
| Phase 2 : Métacognition | Faire prendre conscience à l’enfant des indices utilisés | Identifier les indices préférentiels de l’enfant pour retrouver un mot et adapter les rosaces en fonction de ces indices |
| Phase 3 : Activités de devinettes via PACE (communication référentielle) | Encourager la communication et l’utilisation des indices | Utilisation de deux paquets de cartes identiques avec cache, échange de rôles pour faire deviner les mots, avec estompage progressif des indices |
3. Mise en œuvre pratique de la LIE
- Respecter le texte : pas de simplification du livre choisi
- Préparation des séances :
- Choix du livre selon critères précis
- Appropriation de l’histoire par l’adulte
- Sélection de 3-4 mots cibles dans le 2ᵉ tiers du livre (ex : se pourlécher les babines, ancêtre, abriter)
- Recherche de définitions adaptées, synonymes/antonymes, images ou situations alternatives pour enrichir le vocabulaire
4. Déroulement des séances en 4 phases
| Phase | Description | But |
|---|---|---|
| P1 : Modélisation | Lecture adulte avec 9 à 12 interruptions planifiées sur les mots cibles | Montrer comment utiliser les indices et organiser le vocabulaire |
| P2 : Les erreurs | Lecture adulte avec erreurs introduites sur les mêmes mots cibles | Détection et explication des erreurs, reformulation correcte par l’adulte (apprentissage sans erreur) |
| P3 : Les questions | Lecture adulte avec interruptions pour poser des questions à l’enfant | Stimuler la réflexion et la compréhension, reformulation si nécessaire |
| P4 : Les enfants racontent | Les enfants racontent l’histoire eux-mêmes | Vérifier la compréhension et la mémorisation |
À retenir : La LIE combine une lecture respectueuse du texte avec des interruptions ciblées pour enrichir le vocabulaire, développer la conscience phonologique et renforcer la compréhension, en s’appuyant sur une progression méthodique et interactive.
Prise en charge de la morphosyntaxe
1. Prise en charge de la morphosyntaxe
a) Principes généraux
- Suivre la progression développementale : adapter les cibles en fonction des repères développementaux de l’enfant.
- Choix des cibles : privilégier des structures morphosyntaxiques adaptées à l’âge et au niveau de l’enfant.
b) Approches implicites
- Modelage de la structure cible : répétitions fréquentes, reformulations en cas d’erreurs.
- Efficace chez les enfants d’âge préscolaire, avec difficultés expressives ou d’abstraction.
c) Approches métalinguistiques (explicites)
- Apprentissage explicite de la grammaire via des codes visuels (formes, couleurs) et pictogrammes.
- Le logopède :
- explique clairement les codes,
- montre un modèle (phrase cible),
- demande à l’enfant de placer les codes/pictogrammes,
- ou place les codes pour que l’enfant produise la phrase.
- Exemples d’outils : Contes de gram’maire©, Shape Coding©, Colourful Semantics©.
- Stratégie efficace : combinaison des approches implicite et explicite avec estompage progressif des indices.
La combinaison d’approches implicites et explicites, avec un modelage progressif, est la plus efficace pour la prise en charge morphosyntaxique.
2. Stratégie d’intervention en macrostructure narrative
a) Approche explicite
- Apprentissage de la structure du récit via des codes visuels (similaire à la morphosyntaxe).
- Utilisation d’indices visuels pour expliciter et schématiser le modèle narratif (ex. Programme Story Champs©).
- L’enfant identifie les étapes du récit en plaçant les symboles correspondants.
b) Pendant la production narrative
- Fournir une rétroaction corrective immédiate (ne pas attendre la fin du récit).
- Si une information est omise, orienter l’enfant par des questions ciblées, par exemple :
- « Comment X se sentait-il par rapport à son problème ? »
- « Qu’a-t-il fait pour résoudre le problème ? »
- Si l’enfant ne trouve pas la réponse, fournir le modèle et poursuivre le récit.
La rétroaction immédiate et l’utilisation de codes visuels facilitent l’apprentissage de la structure narrative.
3. Ressources et références clés
- Spencer & Petersen (2020) : principes d’intervention narrative.
- Brassart & El Kouba (2025) : stratégies d’intervention macrostructure.
- Outils pratiques : Story Champs© kit, Contes de gram’maire©, Shape Coding©, Colourful Semantics©.
4. Synthèse des stratégies morphosyntaxiques
| Approche | Description | Public cible | Points forts |
|---|---|---|---|
| Implicite | Modelage, reformulations, répétitions | Enfants préscolaires, difficultés expressives ou d’abstraction | Naturelle, efficace |
| Métalinguistique | Codes visuels, pictogrammes, apprentissage explicite | Enfants pouvant comprendre les codes | Clarifie la structure, favorise la métacognition |
| Mixte | Combinaison des deux approches avec estompage | Tous profils | Meilleure efficacité prouvée |
Pour une prise en charge optimale, adapter la méthode au profil de l’enfant et combiner modelage implicite et apprentissage explicite avec supports visuels.
Compétences narratives et macrostructure
1. Compétences narratives et macrostructure
Les compétences narratives regroupent la capacité à comprendre, produire et organiser un récit cohérent. La macrostructure désigne l'organisation globale du récit, incluant la séquence des événements, les relations causales et la cohérence thématique.
2. Lecture partagée et compréhension narrative
- Lecture partagée : méthode où l’adulte lit un livre à l’enfant deux fois, en insérant des questions et indices pour stimuler la compréhension.
- Possible dès 3 ans.
- Cible trois types d’inférences essentielles à la compréhension narrative :
- Causales : pourquoi un événement se produit.
- Informationnelles : liens entre éléments du récit.
- Évaluatives : jugements sur les personnages ou événements.
La lecture partagée favorise le développement des compétences inférentielles, clés pour la compréhension narrative.
3. Lecture interactive enrichie
- Technique qui engage l’enfant dans un processus inférentiel par la pensée à voix haute de l’adulte.
- Trois étapes clés :
- Jour de la pensée à voix haute : l’adulte verbalise ses inférences (« Je pense que… »).
- Jour des erreurs : identification et correction d’erreurs dans le récit.
- Jour des questions : formulation de questions pour approfondir la compréhension.
- Sélection de 3 moments propices dans l’histoire pour travailler les inférences.
4. Types d’inférences en compréhension narrative
| Type d’inférence | Fonction principale | Exemple |
|---|---|---|
| Anaphorique | Résoudre les référents dans le texte | « Elle » = la galette ? |
| Causale | Expliquer pourquoi un événement arrive | Le petit singe a peur parce que… |
| Informationnelle | Relier des informations implicites | Comprendre le contexte |
| Évaluative | Juger ou interpréter les intentions/actions | Est-ce que le personnage est gentil ? |
5. Supports et ressources pour développer la macrostructure narrative
- Vidéos muettes (31 disponibles) pour travailler la résolution de problèmes et la narration sans support verbal.
- Bandes dessinées sans bulles (ex. Pepper & Carrot) pour stimuler l’invention narrative.
- Images inspirantes (ex. Once Upon a Picture) pour créer des récits.
- Séries animées (ex. Simon’s Cat) illustrant des séquences narratives simples et humoristiques.
6. Stratégies d’intervention pour les compétences narratives
- Approche implicite via :
- Modelage : montrer comment raconter.
- Reformulation : répéter en corrigeant.
- Répétitions : renforcer les structures narratives.
- Cible fréquente : requêtes pragmatiques simples (« donne-moi ») intégrées dans un contexte naturel.
- Importance d’un modèle intensif et constant dans l’activité.
Pour développer la macrostructure narrative, il faut combiner stimulation des inférences, supports variés et stratégies d’intervention adaptées.
Compréhension inférentielle et récit
1. Compréhension inférentielle et récit
La compréhension inférentielle consiste à amener le patient à détecter et identifier une attitude socio-pragmatique adéquate ou non dans un contexte social donné. Cela implique un jugement métapragmatique, c’est-à-dire une prise de conscience des règles sociales implicites.
a) Objectifs clés
- Expliciter les codes sociaux que l’enfant ne parvient pas à décoder seul.
- Justifier et expliquer pourquoi une attitude est adéquate et en quoi cette compétence est utile au quotidien.
2. Stratégies d’intervention
| Technique | Description succincte | Public cible / usage |
|---|---|---|
| Vidéomodeling | Observation de modèles sociaux via vidéos | Enfants/adolescents |
| Scénarii sociaux | Histoires personnalisées explicitant les codes sociaux | Enfants avec difficultés socio-pragmatiques |
| Jeux de rôle | Mise en situation pour pratiquer les compétences sociales | Tous âges |
| Communication référentielle (PACE) | Approche centrée sur la communication adaptée | Enfants/adolescents |
| E-plays (Murphy et al., 2014) | Programme numérique structuré | Adolescents |
| Groupes d’habiletés sociales | Travail en groupe sur les compétences sociales | Enfants et adolescents |
3. Scénario social
- Créé sur mesure pour chaque patient.
- Sert à expliciter une difficulté ou une situation anxiogène précise.
- Décrit les circonstances, les causes de l’anxiété et le comportement inadéquat qui en découle.
- Se termine par la description du comportement attendu.
- Peut prendre la forme d’une bande dessinée, maquette, etc., selon l’âge et les capacités de communication de l’enfant.
À retenir : Le scénario social est un outil personnalisé qui explicite les règles sociales implicites pour faciliter leur compréhension et leur application.
4. Programme Escalade (adolescents)
- Cible des compétences adaptées à l’adolescence, hors sons de parole et morphosyntaxe.
- Met l’accent sur l’auto-détermination, c’est-à-dire l’implication active de l’adolescent dans son plan d’intervention.
- Favorise la connaissance de soi et de ses besoins.
5. Prise en charge de l’enfant sans langage
- Accompagnement parental renforcé pour soutenir l’utilisation des moyens alternatifs.
- Apprentissage d’un moyen de Communication Alternative et Augmentée (CAA), définitif ou transitoire.
- Exemples : tableaux de langage assisté (TLA), utilisation d’outils numériques (iPad).
- Nécessite un soutien à la parentalité pour intégrer la CAA dans la vie quotidienne.
- Cible : enfants ≥ 2 ans avec difficultés de compréhension orale, ou ≥ 3 ans peu intelligibles.
6. Points complémentaires
- Stimuler l’attention conjointe : proposer des objets visuellement attractifs pour favoriser l’interaction.
- Ressources en ligne disponibles pour outils et jeux adaptés :
orthoetpragmatique.wixsite.com
Programme Escalade
À retenir : La compréhension inférentielle s’appuie sur des outils personnalisés et des stratégies variées pour expliciter les règles sociales et favoriser l’autonomie sociale.
Compétences pragmatiques et sociales
1. Compétences pragmatiques et sociales
Les compétences pragmatiques et sociales concernent l'usage fonctionnel et adapté du langage dans les interactions sociales. Elles incluent la capacité à attirer l'attention, à imiter, à reconnaître et exprimer les émotions, ainsi qu'à maintenir une communication efficace.
2. Objectifs d'intervention en compétences pragmatiques
- Stimuler l’attention aux stimuli visuels (couleurs contrastées) et auditifs (bruits environnementaux, voix parentale).
- Susciter l’imitation des onomatopées.
- Favoriser la reconnaissance et l’expression des émotions.
- Améliorer les compétences pragmatiques telles que la durée du contact oculaire en situation de communication.
- Développer les habiletés sociales et la qualité des interactions parent-enfant.
- Renforcer les attitudes parentales positives.
3. Bégaiement : cibles et critères d’intervention
| Cibles d’intervention | Exemples spécifiques |
|---|---|
| Disfluences de type bégaiement | Blocages, allongements phonémiques, répétitions de mots monosyllabiques |
| Mouvements annexes | Clignements des yeux, hochements de tête |
| Comportements sociaux et communication | Contact oculaire, intensité vocale, estime de soi, réciprocité parentale |
4. Critères pour choisir la stratégie d’intervention
- Âge de l’enfant : généralement > 3 ans.
- Durée du bégaiement : > 6 mois.
- Évolution : tendance à la persistance ou aggravation.
- Facteurs de risque : antécédents familiaux, sexe, difficultés langagières associées.
- Sévérité du bégaiement.
- Souffrance de l’enfant.
5. Stratégies d’intervention
| Situation clinique | Stratégie recommandée |
|---|---|
| Bégaiement < 6 mois, sans composante héréditaire, sans difficultés associées, sans détresse, léger | Surveillance avec guidance parentale (informer, conseiller, mesurer évolution, réévaluer à 6 mois) |
| Bégaiement > 6 mois, ou présence de composante héréditaire, ou difficultés associées, ou trouble persistant/sévère | Traitement indirect (accompagnement parental, intervention basée sur l’information et le soutien) |
| Cas plus complexes ou sévères | Traitement direct avec soutien à la parentalité |
6. Surveillance avec guidance parentale
- Informer les parents sur :
- La nature du trouble et ses facteurs de risque.
- Les attitudes positives à adopter et celles à éviter (cf. règles d’or).
- Les techniques d’étayage langagier (ex. verbalisation parallèle).
- Mesurer régulièrement l’évolution du bégaiement via une échelle de sévérité.
- Réévaluer l’enfant après 6 mois.
À retenir : La prise en charge du bégaiement dépend de la durée, de la sévérité, des facteurs de risque et de la souffrance de l’enfant, avec une surveillance active et un soutien parental essentiels dans les formes légères.
Prise en charge de l'enfant sans langage
1. Parole parentale ralentie/prolongée (Technique ERASM)
- Débit ralenti : ralentissement du débit de parole pour faciliter la compréhension et la production.
- Adoucissement des contacts articulatoires : mouvements plus doux et moins brusques des organes de la parole.
- Allongement des voyelles et prolongations des sons fricatifs : accentuation des sons pour améliorer la fluidité.
- Augmentation de la fréquence des pauses : plus de pauses pour permettre à l’enfant de mieux traiter l’information.
Cette technique, appelée ERASM (Easy Relax Approach Smooth Movement) ou « parler doux », n’implique pas forcément l’utilisation simultanée de tous ces éléments.
2. Renforcements positifs et acquisition de comportements parentaux
- Importance d’enseigner aux parents des comportements et techniques favorisant la fluidité.
- Le rôle des parents est central dans la mise en œuvre des stratégies d’intervention.
3. Stratégies d’intervention possibles
| Programme / Méthode | Description | Formation requise |
|---|---|---|
| DCM (Modèle des Demandes et Capacités) | Approche basée sur l’adaptation des demandes aux capacités de l’enfant (Franken & Putker-de-Bruijn, 2007) | Oui |
| PCI (Interaction Parent/Enfant) | Programme centré sur l’interaction et la communication parent-enfant (Kelman & Nicholas, 2008, 2020) | Oui |
| Modélisation par le logopède | Le thérapeute montre la parole ralentie et les techniques d’étayage langagier à adopter par les parents | Oui |
| Programme Lidcombe | Intervention combinant parole ralentie et renforcement positif, appliquée par l’enfant et les parents (Onslow & Packman, 1990) | Oui |
4. Mise en pratique et suivi
- Temps spécial quotidien : 5 à 10 minutes d’interaction choisie avec les parents, à filmer pour analyse.
- Feed-back vidéo : repérage des attitudes parentales favorisant la fluidité.
- Stratégies mixtes : combiner interventions directes (thérapeute-enfant) et indirectes (parents-enfant).
5. Mesures régulières de la fluence
- Évaluation parentale : parents formés à utiliser une échelle de sévérité du bégaiement dès la première rencontre.
- Analyse de la parole : parents apprennent à distinguer parole bégayée et non bégayée.
- Évaluation clinique : logopède évalue l’enfant en début de séance et compare avec les cotations parentales pour vérifier leur fiabilité.
6. Commentaires verbaux des parents
- Parents entraînés à fournir des commentaires verbaux spécifiques sur la parole de l’enfant pendant une activité de 10-15 minutes.
- Activités à reproduire quotidiennement à domicile.
- Logopède aide à choisir le moment et le lieu les plus adaptés pour ces activités.
La collaboration active des parents, via formation et feed-back, est essentielle pour la réussite de la prise en charge de l’enfant sans langage.
Prise en charge du bégaiement
1. Méthode Lidcombe
- Principe : intervention comportementale basée sur le renforcement positif de la parole fluide chez l’enfant.
- Techniques clés :
- Compliments pour la parole fluide (« Belle parole ! », « Ouaw, c’était super doux »).
- Demande d’autoévaluation (« Elle était douce ta parole ? »).
- Identification et commentaires sur la parole bégayée (« Oh, j’ai entendu une bosse »).
- Demande d’autocorrection (« Tu veux bien essayer de gommer la bosse ? »).
- Quota de commentaires : équilibre entre commentaires positifs sur la parole fluide et commentaires sur la parole bégayée.
- Progression des séances :
- Début avec activités où l’enfant bégaie peu (jeux simples).
- Progression vers des situations plus difficiles (jeux avec famille, autres lieux, activités variées).
2. Programme Westmead
- Basé sur la technique du « parler robot » : parole syllabée, rythmée et ralentie.
- Parents formés pour appliquer la technique 5-6 fois par jour, 5-10 minutes.
- Progression : augmentation progressive du débit jusqu’à parole plus naturelle.
- Phases et types de commentaires similaires à la méthode Lidcombe.
3. Stratégies d’intervention directe
| Stratégie | Description | Exemple / Programme |
|---|---|---|
| Intervention structurée | Programmes formalisés nécessitant formation spécifique | Camperdown (pour adolescents et adultes) : parole prolongée, méthode australienne |
| Intervention non structurée | Techniques sans programme formel, centrées sur la prise de conscience et la proprioception | Jeux d’auto-évaluation, bégaiement volontaire |
- Camperdown Program : basé sur la parole prolongée, progression par niveaux de techniques.
- Intervention non structurée :
- Faire ressentir à l’enfant la différence entre parole fluide et non fluide (ex. image du toboggan vs pierre).
- Jeux où le thérapeute bégaie volontairement pour que l’enfant repère les disfluences.
- Technique du bégaiement volontaire : enfant reproduit volontairement un mot disfluent pour mieux le contrôler.
À retenir : la prise en charge du bégaiement repose sur un renforcement positif de la parole fluide, une progression graduelle des situations, et l’implication active de l’enfant et de sa famille via des techniques adaptées à l’âge et au profil.
Stratégies d'intervention pour le bégaiement
1. Techniques d’intervention directe
-
Technique du bégaiement inverse (« Negative practice »)
L’enfant produit volontairement des mots qui lui font peur avec une tension maximale (100 %), puis progressivement réduite (75 %, etc.) jusqu’à parler doucement. Cette méthode vise à désensibiliser la peur associée au bégaiement. -
Technique du self-modeling
Filmer l’enfant pendant une séquence fluente (sans bégaiement). Se voir parler de manière fluente améliore l’estime de soi et la conscience de ses capacités. -
Jeux et activités sur le contrôle de la vitesse de parole
Utiliser des exercices progressifs pour maîtriser la vitesse d’élocution, facteur clé dans la gestion du bégaiement. -
Jeux et activités sur la parole prolongée
Favoriser l’utilisation de la parole prolongée, qui aide à modifier la fluence en réduisant les disfluences.
2. Synthèse des stratégies directes
| Objectif principal | Description |
|---|---|
| Identification/compréhension | Aider l’enfant à reconnaître et comprendre son trouble |
| Désensibilisation/estime de soi | Réduire l’anxiété liée au bégaiement, renforcer la confiance |
| Modification de la fluence | Travailler la parole prolongée pour améliorer la fluidité |
- Thérapies de groupe : à considérer pour un soutien social et un apprentissage par les pairs.
- Accompagnement scolaire : informer et impliquer l’enseignant pour une meilleure prise en charge en milieu scolaire.
3. Interventions technologiques
- Feed-back auditif retardé
Appareils comme le SpeechEasy restituent la parole avec un décalage temporel et modifient la tonalité (plus grave ou aiguë). Ils réduisent le bruit ambiant et aident à la rééducation et à l’apprentissage de la parole prolongée.
4. Traitement médicamenteux
- Mentionné comme une option possible, mais sans détails spécifiques dans ce cours.
5. Ressources ludiques existantes
| Jeu / Ressource | Éditeur / Année | Particularités |
|---|---|---|
| Théo et Théa | Orthoédition, 2015 | Ludothèque |
| Alex et la tortue | Ortho et Logo, 2018 | Ludothèque |
| Le Parc à parol | Orthoédition, 2020 | Ludothèque |
| Livre d’exercices (F. Estienne & H. Bijleveld) | Masson Elsevier, 2020 | Exercices variés |
| Jeu basé sur la méthode Camperdown | Ludothèque | Créé par Camille Moulin |
| Jeu vidéo « Stutter Stars » (à venir en français) | Google Play / Smartphone | Version anglaise déjà existante |
6. Problématique majeure
- Généralisation hors contexte logopédique : difficulté à transférer les acquis thérapeutiques dans la vie quotidienne.
- Stratégie recommandée : exposition progressive à des situations concrètes de plus en plus anxiogènes pour favoriser la généralisation des compétences.
À retenir : Combiner des activités ciblant la compréhension du trouble, la désensibilisation et la modification de la fluence, tout en intégrant un accompagnement scolaire et des outils technologiques adaptés.
Prise en charge du bredouillement
1. Objectifs possibles d’intervention dans la prise en charge du bredouillement
- Favoriser la conscience (nosognosie) du trouble : aider le patient à reconnaître ses disfluences et difficultés.
- Réduire le débit de parole : viser un nombre cible de syllabes par seconde.
- Réduire la fréquence des disfluences non typiques.
- Réduire les téléscopages (enchaînements inappropriés de mots ou syllabes).
- Améliorer l’organisation du discours, notamment les compétences narratives.
2. Stratégies d’intervention principales
| Objectif | Stratégie | Description |
|---|---|---|
| Favoriser la nosognosie | Utilisation de vidéos/enregistrements audio | Permet au patient de prendre conscience de ses disfluences et de la compréhension difficile de ses phrases. |
| Feedback audio-visuel (ex. logiciel Praat) | Visualisation de la vitesse de parole, nombre de pauses, pour un retour objectif. | |
| Réduction du débit et amélioration de l’intelligibilité | Adaptation du programme Lidcombe | Accent sur les commentaires liés à la vitesse et à la clarté de la parole. |
| Parole-robot progressive | Exercices de parole en augmentant la complexité : mots monosyllabiques → bisyllabiques → trisyllabiques → phrases → textes. | |
| Parole prolongée | Technique pour ralentir et contrôler le débit. | |
| Jeux d’exercices de vitesse | Placer différentes vitesses sur une échelle de 1 à 10 pour apprendre à les reproduire. | |
| Auto-évaluation | Auto-évaluation de la vitesse | Le patient apprend à estimer et ajuster son débit de parole. |
3. Ressources et approches complémentaires
- Programmes de réalité virtuelle : en émergence pour entraîner la prise de parole en public.
- Traitements émotionnels (quand objectifs sont affectifs) :
- Musique (écoute, danse, production) pour diminuer le stress et éviter la sur-écoute.
- Thérapies cognitivo-comportementales (TCC, TSCC).
- Art-thérapie, pleine conscience, thérapie d’acceptation et d’engagement.
- Hypnose.
4. Ressources en ligne utiles
- Programme Lidcombe : https://lidcombeprogram.org/
- Centre Australien de recherche sur le Bégaiement (ressources EPB) : https://www.uts.edu.au/asrc
- Association Parole Bégaiement : https://www.begaiement.org/
- Begaiement-Orthophonie : https://begaiement-orthophonie.fr/
À retenir : La prise en charge du bredouillement combine la conscience du trouble, la réduction du débit et l’amélioration de l’intelligibilité, avec un accompagnement émotionnel adapté et des outils technologiques pour un feedback objectif.
Conseils pratiques pour l'élaboration du plan thérapeutique
1. Élaboration du plan thérapeutique : principes clés
- Aller du plus global au plus précis : commencer par définir des objectifs larges à long terme (OLT), puis les décomposer en objectifs à court terme (OCT), et enfin en cibles spécifiques.
- Décomposition des objectifs :
- Chaque OLT correspond généralement à un niveau de langage.
- Chaque OCT est un sous-objectif plus précis, parfois difficile à décomposer en cibles.
- Les cibles sont les actions ou comportements concrets à travailler.
- Formulation des objectifs : toujours avec un verbe d’action pour clarifier ce qui est attendu.
2. Structuration des objectifs
| Niveau d’objectif | Description | Particularités |
|---|---|---|
| Objectif Long Terme (OLT) | But global à atteindre (ex : amélioration du langage) | Souvent large et général |
| Objectif Court Terme (OCT) | Étapes intermédiaires vers l’OLT | Parfois chevauchement avec cibles |
| Cible | Comportement précis à travailler | Parfois identique à l’OCT sans verbe |
3. Stratégies d’intervention pratiques
- Soutien parental :
- Éviter les conseils vagues du type « parle moins vite ».
- Favoriser l’échange et la communication naturelle (comme pour le bégaiement).
- Encourager des exercices quotidiens à la maison, avec un temps dédié.
- Utiliser des outils comme l’application « delayed auditory feedback app free » pour ralentir le débit de parole via un retour auditif en écho.
- Accompagnement scolaire : se référer aux ressources spécifiques disponibles (ex : fiche Moodle).
4. Mesure de l’intelligibilité et de l’instabilité
- Plusieurs méthodes existent, dépendant du test utilisé ou de l’exploitation du langage spontané.
- Calcul de l’intelligibilité (PCC - Pourcentage de Consonnes Correctes) :
- Exemples :
| Production du mot | Consonnes correctes | Consonnes produites (correctes + erronées) | Consonnes omises | PCC (%) |
|---|---|---|---|---|
| /katab/ | 3 | 3 | 2 | 60 |
| /kaRtRa/ | 3 | 4 | 2 | 50 |
5. Autres points importants
- Confirmation possible d’un trouble développemental du langage (TDL) dès 3 ans (cf. arbre décisionnel).
- Les classifications évoluent constamment : se tenir à jour est essentiel.
- Adapter les méthodes, techniques et programmes aux besoins spécifiques du patient.
- Intégrer différents « ingrédients » thérapeutiques pour enrichir la prise en charge (ex : lecture interactive enrichie).
- Ne pas systématiquement inclure toutes les cibles ou phases (ex : détection d’erreurs) dans chaque plan.
- Prévoir des répétitions sur plusieurs phases pour consolider les acquis.
À retenir : un plan thérapeutique efficace est structuré, précis, adapté au patient, et formulé avec des objectifs clairs et mesurables.