Définition et origines du jazz
1. Définition du jazz
Le jazz est défini comme un ensemble de musiques caractérisées par :
- Une grande place à l’improvisation.
- Une conception particulière du rythme, notamment l’usage de la syncopation (accentuation des temps faibles ou hors temps).
- Un lien étroit avec la communauté afro-américaine.
- Un répertoire spécifique et des traits idiomatiques propres.
Ces critères forment une unité historique et stylistique qui permet d’identifier le jazz à une époque donnée.
2. Caractéristiques rythmiques clés
| Terme | Description | Exemple musical |
|---|---|---|
| Syncopation | Accentuation sur les temps faibles ou hors temps | Premières formes de jazz, dites « syncopated music » |
| Swing | Substitution des formules rythmiques binaires par des formules ternaires | « Summertime » par Sidney Bechet (1939) |
3. Origines du mot « jazz »
- Probablement une déformation du nom Jazbo Brown, musicien semi-légendaire de Chicago.
- Autre hypothèse : dérivation de mots à connotation sexuelle comme « jism » ou « jasm ».
- Orthographes anciennes : jass, jasz.
- Première apparition écrite en 1913 dans le San Francisco Bulletin par Ernest Hopkins.
Le jazz se définit par son improvisation, son rythme syncopé et son enracinement dans la culture afro-américaine.
Influences musicales précurseurs du jazz
1. Contexte historique
- 1866 : point de départ du jazz avec l’émancipation des esclaves aux États-Unis (13e amendement).
- Fin de l’esclavage → ségrégation dans le Sud + grande migration afro-américaine vers les villes et le Nord.
- Ces mouvements favorisent le développement des musiques héritées des populations afro-américaines.
2. Citation clé
- Gordon Seagrove (1915, Chicago Sunday Tribune) :

« Blues is jazz and jazz is blues »
→ article fondateur pour l’usage contemporain du terme jazz.
3. Styles précurseurs du jazz
| Style | Définition / Origine | Caractéristiques principales | Notes importantes |
|---|---|---|---|
| Spirituals | Chants religieux afro-américains issus des psaumes, surtout de l’Exode, modifiés par les esclaves | Expression de foi, espoir, souffrance, souvent a cappella | Recueils historiques : Slave Songs of the United States (1867), The Book of American Negro Spirituals (années 1920) |
| Gospel | Évolution des spirituals, musique religieuse plus rythmée et expressive | Influence sur le chant et la structure musicale du jazz | Terme « negro spirituals » aujourd’hui obsolète et à connotation raciste, à éviter |
4. Points essentiels à retenir
- Le jazz naît d’un mélange culturel afro-américain post-esclavage, dans un contexte de ségrégation et de migration.
- Les spirituals et le gospel sont des racines majeures du jazz, portant des émotions fortes et une expressivité vocale qui influenceront le style.
- Le terme jazz est historiquement lié au blues, comme le souligne l’article de 1915.
Le jazz puise ses racines dans les musiques afro-américaines issues de la période post-esclavage, notamment les spirituals et le blues, qui en sont les fondements essentiels.
Spirituals, gospel et traditions vocales afro-américaines
1. Spirituals et Jubilee Songs
- Fisk Jubilee Singers (années 1870) : groupe emblématique qui popularise les chants afro-américains.
- Deux grandes catégories de chants religieux afro-américains :
- Sorrow songs : chants mélancoliques exprimant la douleur et la souffrance (ex. Sometimes I Feel Like a Motherless Child, Mahalia Jackson).
- Jubilee songs : chants plus joyeux et festifs (ex. When the Saints Go Marching In, Louis Armstrong, 1930).
2. Gospel
- Apparu au milieu du XXe siècle, sous l’impulsion de Thomas Dorsey.
- Produit plus indirect des musiques d’esclaves, mêlant spirituals et influences modernes.
- Exemple célèbre : Strange Things Happening Every Day (Sister Rosetta Tharpe, 1964).
3. Work Songs et Blues
- Work songs : chants de travail issus des field hollers (chants des champs), rythment le travail dans les plantations.
- Après l’émancipation, ces chants évoluent en blues, musique des musiciens itinérants.
- Le blues est fixé en 1912 avec la publication de The Memphis Blues par William Christopher Handy.
a) Caractéristiques musicales du blues
- Système musical distinct du système tonal classique.
- Utilisation des blue notes : notes altérées (tierce minorisée sur mode majeur, quinte diminuée et septième mineure sur mode mineur).
- Exemple de grille harmonique (12 mesures) :
| Mesures | Accords |
|---|---|
| 1-4 | I7 |
| 5-6 | IV7 |
| 7-8 | I7 |
| 9 | V7 |
| 10 | IV7 ou V7 |
| 11-12 | I7 |
- Exemple : Death Letter Blues (Son House).
b) Enregistrements et figures majeures
- Premiers enregistrements blues dans les années 1920.
- Figures emblématiques : surtout des chanteuses, comme Ma Rainey (Chicago), qui marque la transition du blues rural vers le blues urbain.
- Chanson représentative : See See Rider.
- Ma Rainey est surnommée la Mère du Blues.
Les spirituals et work songs afro-américains sont les racines essentielles du gospel et du blues, deux genres majeurs de la musique américaine.
Work songs et blues
1. Work songs et blues
Blues : genre musical afro-américain né au début du XXe siècle, exprimant souvent la douleur, la tristesse et les difficultés de la vie quotidienne.
a) Figures majeures du blues
| Artiste | Surnom | Œuvre emblématique | Date | Particularité |
|---|---|---|---|---|
| Mamie Smith | Reine du Blues | Crazy Blues | 1920 | Première chanteuse de blues enregistrée |
| Bessie Smith | Impératrice du Blues | Downhearted Blues | 1923 | Succès commercial avec 750 000 copies vendues |
b) Caractéristiques des work songs et blues
- Work songs : chants de travail des esclaves et travailleurs afro-américains, rythmiques et répétitifs, utilisés pour coordonner les efforts et exprimer la souffrance.
- Blues : évolution des work songs, avec une structure musicale spécifique (12 mesures, accords I-IV-V), thèmes personnels et émotionnels.
2. Musiques folkloriques et populaires états-uniennes liées au blues
a) Minstrel show
- Spectacles populaires mêlant chansons, danses et sketches.
- Lieu de formation pour de nombreux musiciens de blues et jazz.
- Troupes afro-américaines (ex : Georgia Minstrels) créées après l’émancipation.
- Pratique controversée : les troupes blanches utilisaient le blackface (maquillage caricatural).
b) Ragtime
- Origine : « cakewalks », danses parodiques des esclaves imitant les danses des maîtres blancs.
- Naissance officielle vers 1893, lors de la Chicago World’s Fair.
- Caractérisé par une musique syncopée (rythme décalé), d’où le nom « ragged time ».
- Piano : main gauche joue la « pompe » (alternance fondamentale/accord sur tous les temps).
- Figures clés :
- William Krell (Mississippi Rag, 1897)
- Scott Joplin (Maple Leaf Rag)
- Tom Turpin (Harlem Rag)
c) Brass bands et Nouvelle-Orléans
- Orchestres militaires blancs (John Philip Sousa) et noirs (James Reese Europe et les Harlem Hellfighters).
- Développement des marching bands et fanfares à la Nouvelle-Orléans.
- Fusion des cultures créoles et noires, base du jazz naissant.
- Exemple célèbre : Memphis Blues (1919).
À retenir : Le blues, issu des work songs, est la base émotionnelle et structurelle du jazz, tandis que ragtime et brass bands participent à l’évolution musicale afro-américaine vers ce nouveau genre.
Ragtime et musiques folkloriques états-uniennes
1. Ragtime et musiques folkloriques états-uniennes
a) Brass bands et brass bands à la Nouvelle-Orléans
- Brass bands : orchestres militaires composés d'instruments à vent et percussions, très populaires à la Nouvelle-Orléans.
- Figures majeures :
- Blancs : John Philip Sousa, célèbre pour ses marches militaires.
- Noirs : James Reese Europe, chef du régiment Harlem Hellfighters, pionnier du jazz militaire (ex. « Memphis Blues », 1919).
- Ces brass bands résultent du rapprochement des communautés créoles et noires à la Nouvelle-Orléans.
- Ils sont à l'origine du jazz élémentaire ou style New Orleans, considéré comme la forme la plus primitive du jazz.
b) Jazz élémentaire / traditionnel de la Nouvelle-Orléans (1890-1910)
- Aussi appelé vieux style, New Orleans jazz ou jazz traditionnel.
- Considéré comme le point de départ de l'histoire du jazz.
- Lieu d'effervescence musicale : quartier de Storyville, zone de prostitution et jeux, marquée par la ségrégation raciale.
- Caractéristiques musicales :
- Syncope généralisée, donnant un rythme décalé et vivant.
- Harmonie tonale simple, basée sur les degrés fondamentaux.
- Rythme en 2 ou 4 temps, souvent des marches recomposées.
- Instruments mélodiques jouent sur le temps fort.
- Section rythmique accentue les temps faibles (after beat), créant un décalage rythmique essentiel.
c) Instrumentarium typique du style New Orleans
| Rôle | Instruments principaux | Fonction rythmique/mélodique |
|---|---|---|
| Mélodique | Trompette (ou cornet), clarinette, trombone | Jouent la mélodie principale et les contrechants |
| Rythmique | Banjo, batterie, tuba (ou contrebasse) | Assurent la pulsation et le groove |
Le jazz élémentaire de la Nouvelle-Orléans repose sur un équilibre entre mélodie syncopée et rythmique décalée, fondé sur la tradition des brass bands et la culture afro-américaine locale.
Brass bands et naissance du jazz à la Nouvelle-Orléans
1. Brass bands et naissance du jazz à la Nouvelle-Orléans
a) Structure typique d’un brass band
- Section mélodique : 1 ou 2 cornets (mélodie principale), clarinette (contrepoint aigu), trombone (contrepoint grave), parfois violon.
- Section rythmique : banjo ou guitare, parfois piano, basse à vent (tuba) ou contrebasse, batterie (caisse claire + grosse caisse).
- Peu de solos, mais forte expressivité via blue notes et vibrato.
b) Jazz élémentaire/traditionnel de la Nouvelle-Orléans
- Buddy Bolden (cornettiste, actif années 1890-début 1900) : considéré comme un des fondateurs du jazz, influence majeure sur Louis Armstrong et Sidney Bechet.
- Jack « Papa » Laine (batteur depuis 1891) : père du jazz « blanc », spécialisé dans les marches et le ragtime.
- Autres musiciens notables :
- Freddie Keppard (cornettiste) avec l’Original Creole Orchestra, incluant Georges Baquet (clarinette) et Bill Johnson (contrebasse).
- Refus d’enregistrer sa musique, ce qui limite sa diffusion.
- Premier enregistrement de jazz (1917, New York, Victor) : Nick La Rocca (cornettiste de Papa Laine) avec l’Original Dixieland Jazz Band, morceaux célèbres comme Livery Stable Blues et At the Jazz Band Ball.
c) Migration vers Chicago : le Dixieland
- Fermeture du quartier de Storyville en 1917 → exode des musiciens vers Chicago.
- Le style Dixieland se développe avec :
- Plus grande influence du blues.
- Accent renforcé sur les temps faibles.
- Début de la valorisation du solo.
- Ce sont principalement les musiciens blancs qui enregistrent et diffusent ce style.
À retenir : Le jazz naît à la Nouvelle-Orléans avec les brass bands, caractérisés par une section mélodique et rythmique expressive, puis migre vers Chicago où le Dixieland intègre plus de blues et valorise le solo.
Jazz élémentaire et style New Orleans
1. Jazz élémentaire et style New Orleans
a) Contexte et premiers enregistrements
- New Orleans Rhythm Kings : groupe majeur issu de la Nouvelle-Orléans, représentatif du jazz élémentaire.
- Red Nichols (1926) et Paul Whiteman (1920) : figures importantes, ce dernier avec un jazz symphonique intégrant un ensemble de cordes.
- Musiciens noirs à Chicago : Jelly Roll Morton (ex-ragtime) avec ses Red Hot Peppers, Kid Ory à Los Angeles (tailgate style).
- Premiers enregistrements marquants :
- Jelly Roll Morton : Original Jelly Roll Blues, Black Bottom Stomp (avec une walking bass mélodique).
- Kid Ory : Ory’s Creole Trombone (1922).
b) Évolution de l’industrie phonographique
- Concurrence entre grandes maisons de disques et nouveaux labels ciblant le public noir.
- Développement des enregistrements blues (ex. Blind Willie Johnson).
- Influence des échanges avec Broadway : chansons d’Irving Berlin (How Deep Is the Ocean, 1932) et Jerome Kern fournissent des thèmes aux jazzmen.
c) Débuts du jazz et phonographie
- Dixieland : jazz des musiciens blancs fidèles à l’esthétique New Orleans.
- Style Chicago : accentuation des syncopes, influence accrue du blues, valorisation du solo.
- Apparition du terme « hot jazz » pour différencier ce jazz du ragtime.
- Chicago devient un centre musical majeur grâce à la prohibition (1919-1933) et ses cabarets contrôlés par la mafia.
| Style | Caractéristiques principales | Localisation | Période clé |
|---|---|---|---|
| New Orleans | Collectif, polyphonie, rythmes syncopés, walking bass | Nouvelle-Orléans | Années 1910-1920 |
| Dixieland | Jazz blanc, fidèle à New Orleans | Chicago/New Orleans | Années 1920 |
| Chicago | Plus syncopé, blues influent, solos valorisés | Chicago | 1926-1934 |
Le style New Orleans est la base du jazz élémentaire, caractérisé par la polyphonie collective et la walking bass, avant l’évolution vers le style Chicago plus solo et syncopé.
Dixieland et migration vers Chicago
1. Dixieland et migration vers Chicago
a) Contexte et formation des orchestres
- Joe "King" Oliver arrive à Chicago en 1918, cornettiste influent ayant joué avec Kid Ory et Buddy Bolden.
- Son orchestre enregistre chez Gennett en captation acoustique, avec des contraintes techniques fortes.
- Louis Armstrong y fait ses débuts, apportant un style novateur basé sur la blue note et le jeu wa-wa (effet produit avec une ventouse, « plunger mute »).
- Les solos restent courts mais marquent une évolution stylistique (exemples : « Dipper Mouth Blues » 1923, « Chimes Blues », « Mandy Lee Blues »).
b) Le style Chicago (1926-1934)
- Le style Chicago est une évolution du Dixieland, avec une plus grande place aux solos et à l’improvisation individuelle.
- Les orchestres s’organisent en big bands : formation type avec 2 trompettes, 1 trombone, 3 instruments à anche (saxophone ou clarinette), piano, banjo, tuba, batterie.
- Exemple de formation influente : orchestre de Bennie Moten à Kansas City, inspiré par les modèles de Chicago.
- Concurrent direct : les Missourians du Savoy Ballroom.
c) Le rôle de l’arrangeur
- Nouveau rôle essentiel dans les orchestres : l’arrangeur structure la musique, crée un cadre rythmique, répartit les motifs entre les pupitres.
- Jelly Roll Morton est le premier à déposer un arrangement pour orchestre à la librairie nationale.
- Exemple d’arrangeur célèbre : Don Redman chez Fletcher Henderson.
d) Orchestre de Duke Ellington (milieu années 1920)
- Formé à New York, style « jungle » caractérisé par un son moins policé, avec des effets expressionnistes (ex : wa-wa, growl).
- Trompettiste emblématique : Bubber Miley.
- Morceaux clés : « The Mooche », « Mood Indigo » (utilisation originale de la clarinette dans les graves et du trombone dans l’aigu).
À retenir : La migration vers Chicago a favorisé l’évolution du Dixieland vers un style plus structuré et soliste, avec l’émergence des big bands et le rôle central de l’arrangeur. Louis Armstrong et Duke Ellington sont des figures majeures de cette période.
Style Chicago et ses solistes
1. Le style Chicago (1926-1934)
Le style Chicago se développe autour de solistes virtuoses, souvent issus de quintets ou septets en studio, notamment sous la marque Okeh. Ce style est marqué par une grande expressivité et une innovation dans le jeu instrumental et vocal.
2. Louis Armstrong (1901-1971) : figure centrale du style Chicago
- Arrivé à Chicago en 1918, il joue avec Joe "King" Oliver, cornettiste influent.
- Enregistrements chez Gennett en captation acoustique, avec contraintes techniques fortes.
- Exemples d’enregistrements clés :
- « Dipper Mouth Blues » (1923) : utilisation de la blue note et du style wa-wa (effet ventouse).
- Solos courts mais marquants dans « Chimes Blues » (stop time) et « Mandy Lee Blues » (break).
- Référence majeure du style Chicago avec les disques Hot Five (quintet) et Hot Seven (septet) chez Okeh.
- Innovations vocales : introduction du scat dans « Heebie Jeebies ».
- Solos expressifs et célèbres, notamment l’ouverture de « West End Blues » (1928).
- Collaboration avec le pianiste Earl Hines (exemple : « Weather Bird », 1928).
3. Autres solistes emblématiques du style Chicago
| Nom | Instrument | Particularités / Contributions | Exemples d’enregistrements |
|---|---|---|---|
| Jimmy McPartland | Cornet | Soliste influent de Chicago | - |
| Bud Freeman | Saxophone ténor | Soliste reconnu pour son style fluide et expressif | - |
| Bix Beiderbecke | Cornet | Compositeur et soliste, influencé par Ravel, style lyrique et sophistiqué | « Riverboat Shuffle » (1924), « From Monday On » (1928, avec Paul Whiteman), « In a Mist » (1926) |
- Bix Beiderbecke rejoint l’orchestre de Paul Whiteman, apportant une touche plus orchestrale et compositeur influencé par la musique classique.
Le style Chicago est caractérisé par des solistes expressifs, une innovation vocale (scat) et une virtuosité instrumentale portée par des groupes de studio comme les Hot Five et Hot Seven.
Louis Armstrong et les Hot Five/Seven
1. Louis Armstrong et les Hot Five/Seven
Louis Armstrong est une figure centrale du jazz des années 1920, notamment à travers ses enregistrements avec les Hot Five puis les Hot Seven. Ces formations ont marqué une étape décisive dans l’évolution du jazz, en mettant l’accent sur le solo et l’improvisation individuelle.
2. Contexte et influence
- Armstrong a révolutionné le rôle du soliste dans le jazz, passant d’un rôle collectif à une mise en avant du solo expressif.
- Son influence s’étend à plusieurs instruments, notamment la trompette, mais aussi le trombone et le saxophone.
- Le style Armstrong est caractérisé par un phrasé fluide, une grande expressivité et une maîtrise technique remarquable.
3. Les Hot Five et Hot Seven
| Formation | Années principales | Particularités | Membres clés (exemples) |
|---|---|---|---|
| Hot Five | 1925-1928 | Premier groupe d’enregistrement d’Armstrong, focus sur la trompette et le chant | Louis Armstrong (trompette, chant), Kid Ory (trombone), Johnny Dodds (clarinette) |
| Hot Seven | 1927-1928 | Extension du Hot Five avec batterie et tuba, son plus riche et plus rythmé | Ajout de Baby Dodds (batterie), Pete Briggs (tuba) |
- Ces groupes ont produit des morceaux emblématiques comme "Potato Head Blues" et "West End Blues".
- L’accent est mis sur la virtuosité individuelle, avec des solos longs et élaborés.
4. Style et innovations musicales
- Improvisation : Armstrong a popularisé le solo improvisé comme élément central du jazz.
- Technique : maîtrise du phrasé, du vibrato et du rythme.
- Expression : utilisation du chant scatté, apportant une dimension vocale au solo instrumental.
- Rythme : accent sur le swing, avec un jeu syncopé et fluide.
5. Influence sur les autres musiciens
- Armstrong a influencé de nombreux solistes, notamment :
- Jimmy Doods (clarinette, influences blues)
- Jimmy Noone (clarinette, influence créole)
- Sidney Bechet (clarinette et saxophone soprano, son caractéristique de la Nouvelle-Orléans)
- Son impact s’étend aussi au trombone (ex. Jimmy Harrison) et au saxophone (ex. Coleman Hawkins).
À retenir : Louis Armstrong, avec les Hot Five et Hot Seven, a transformé le jazz en valorisant le solo improvisé, posant les bases du jazz moderne et du swing.
Solistes du style Chicago
1. Contexte géographique et historique
- Fin années 1920 - début années 1930 : le jazz connaît un grand succès en Europe et au Japon, avec de nombreuses tournées d'orchestres blancs (Paul Whiteman, Ray Ventura) et noirs (Southern Syncopated Orchestra de Will Cook avec Sidney Bechet).
- Réception controversée : le jazz est parfois perçu comme une musique incitant à la débauche.
- Aux États-Unis, Chicago se vide au début des années 1930, seuls quelques musiciens comme le pianiste Earl Hines y restent, animant notamment le Grand Terrace, lieu contrôlé par Al Capone.
2. Acquis du style Chicago
| Élément clé | Description |
|---|---|
| Fixation du solo | Le solo devient un élément central et structurant dans les morceaux. |
| Walking bass | Installation de la basse "marchante", qui rythme et structure l'harmonie. |
| Effectifs en hausse | Les formations instrumentales s'agrandissent, permettant plus de richesse sonore. |
| Swing affirmé | Phrasé inégal, "au fond du temps", influencé par Louis Armstrong, le piano stride et le boogie-woogie. |
- Exemple d'influence : James P. Johnson, « The Harlem Strut » (1921) illustre le style stride piano qui influence le swing.
3. Harmonie jazz : premiers principes
- Influence du blues : utilisation des degrés mobiles et surtout des accords avec ajout de la 7e, pas seulement sur le degré V.
- Accords : le jazz privilégie les tétrades (accords à 4 sons) plutôt que les triades parfaites à 3 sons, qui sont rares.
- Construction des accords : par empilement de tierces, le chiffrage est implicite et cumulatif, indiquant la fondamentale et la dernière tierce superposée.
- Triades par défaut : tierce majeure et quinte juste.
Le style Chicago marque la fixation du solo et l'installation d'une rythmique à la walking bass, avec un swing affirmé et une harmonie enrichie par les tétrades et l'influence du blues.
Harmonie jazz et principes fondamentaux
1. Harmonie jazz : premiers principes
- Tétrades (accords de 7e) : base harmonique du jazz, composées de quatre notes.
- Accord de 7e par défaut : la septième est mineure sauf indication contraire.
- Notation pour la septième majeure : on précise maj7 ou utilise le symbole Δ.
- Les chiffrages entre parenthèses sont informatifs, privilégier la notation simple (ex. CΔ7).
2. Le swing (1935-1944)
a) Contexte et caractéristiques
- Style associé à un classicisme du jazz, avec une forte présence des big bands conçus pour la danse.
- Mesure à 4 temps systématisée, pupitres élargis.
- Rythme swing : rebondi, souple, moins sautillant que les styles précédents.
- Industrie musicale dominée par les grandes maisons de disque : Victor-RCA, Columbia, Decca.
b) Figures majeures
| Artiste | Rôle | Particularités | Exemples d’écoute |
|---|---|---|---|
| Benny Goodman | Clarinettiste, chef d’orchestre | Pont entre jazz et musique savante, lutte contre la ségrégation raciale | « Amapola » (1941), « Goodbye » (1935) |
| Glenn Miller | Chef d’orchestre | Orchestre blanc majeur | « Moonlight Serenade » (1939) |
| Jimmy & Tommy Dorsey | Chefs d’orchestre | Orchestres blancs |
c) Orchestres afro-américains
- Dépendance au circuit TOBA (Theatre’s Owners Booking Association), distinct des structures blanches.
- Count Basie (1904-1984) : pianiste et chef d’orchestre, successeur de Benny Moten (1935).
- Rythmique swing très marquée avec :
- Contrebasse : Walter Page
- Batterie : Jo Jones
- Guitare : Freddie Green
- Contribution essentielle au développement de l’écriture en riffs.
- Solistes et improvisateurs influents dans l’orchestre.
À retenir : En jazz, l’accord de 7e est fondamental, avec une septième mineure par défaut, et le swing des années 1935-1944 marque l’apogée des big bands et un rythme plus souple adapté à la danse.
L'ère du swing et des big bands
1. Le swing et les big bands (1935-1944)
a) Caractéristiques des orchestres et formations
- Big bands : grandes formations orchestrales, souvent composées de sections de cuivres (trompettes, trombones) et de bois (saxophones).
- Exemple : orchestre avec 3 trombones, 3 saxophones (dont 2 ténors et 1 baryton), pas de clarinette.
- Formation typique du swing : tempo dansant, rythme marqué par la walking bass à la contrebasse.
b) Figures majeures et orchestres afro-américains à New York
| Artiste / Orchestre | Particularités / Contributions | Exemples d’œuvres |
|---|---|---|
| Fletcher Henderson | Orchestre actif, pionnier du swing | « King Porter Stomp » (1928) vs « New King Porter Stomp » (1932) : tempo plus rapide, swing affirmé |
| Jimmie Lunceford | Orchestre avec arrangeurs Willie Smith, Edwin Wilcox, Sy Oliver | « Stratosphere » (1934) |
| Cab Calloway | Concurrent au Cotton Club de Harlem | |
| Duke Ellington | Concurrent au Cotton Club, chef d’orchestre influent | |
| Roy Eldridge | Trompettiste et chef d’orchestre, développement du solo | « After You’ve Gone » (1937) |
c) Petites formations et solistes
- Benny Goodman Quartet/Quintet : clarinette, vibraphone (Lionel Hampton), piano (Teddy Wilson), batterie (Gene Krupa), parfois guitare (Charlie Christian).
- Exemple d’écoute : « A Smo-O-O-Oth One ».
- Solistes importants : Coleman Hawkins, Lester Young, Louis Armstrong.
- Arrangeurs influents : Gil Evans (années 1940), Eddie Sauter (chez Benny Goodman).
d) Blues et jazz vocal dans l’ère du swing
- Bluesmen émergents : Robert Johnson (delta blues du Mississippi), Leadbelly (multi-instrumentiste).
- Exemples d’écoute : « Good Morning Blues » (1939).
- Blues shouters dans les big bands, notamment avec Count Basie :
- Jimmy Rushing (« Pennies from Heaven »)
- Big Joe Turner (« Roll Em Pete », 1939)
Le swing se caractérise par un tempo dansant, une orchestration riche en cuivres et saxophones, et un rôle accru du solo dans les big bands.