Historique et définitions
1. Définitions clés de l’émotion
- Émotion : concept hypothétique, multicomponentiel, désignant une réaction de courte durée à un objet ou événement lié aux buts, préoccupations ou besoins (Fehr & Russel, 1984).
- Origine latine : emovere = ce qui met en mouvement.
- Caractéristiques essentielles :
- Réaction automatique de l’organisme à un stimulus.
- Dirigée vers un objet ou une situation.
- Adaptative et transitoire.
- Influence les comportements (approche, fuite...).
L’émotion est une réponse épisodique impliquant plusieurs composantes de l’organisme face à un événement important (Scherer, 2001).
2. Composantes de l’émotion (Sander & Scherer, 2014)
| Composante | Description |
|---|---|
| Évaluation cognitive | Jugement de la situation déclenchante |
| Tendance à l’action | Préparation à agir (approche, évitement) |
| Physiologique | Changements corporels (rythme cardiaque, etc.) |
| Expressive | Manifestations visibles (expression faciale, posture) |
| Subjective | Ressenti personnel, conscience de l’émotion |
3. Critères distinctifs de l’émotion
| Critère | Description |
|---|---|
| Durée | Courte, mais peut être réactivée par la pensée (rumination). Diffère du sentiment et de l’humeur. |
| Réactivité | Toujours liée à un objet important pour l’individu (survie ou motivation personnelle). |
| Adaptabilité | Permet une réaction rapide et pertinente à l’événement déclencheur. |
4. Distinctions importantes
| Terme | Définition / Particularité |
|---|---|
| Sensation | Conséquence physique d’une perception sensorielle externe ou interne |
| Sentiment | Ressenti subjectif plus durable, conscience de l’émotion (feeling) |
| Humeur | État affectif de fond, plus diffus et prolongé |
| Trait de personnalité | Caractéristique émotionnelle stable dans le temps |
5. Historique et grandes conceptions
| Époque | Auteur / courant | Idée principale |
|---|---|---|
| Antiquité | Platon (427-358 av. J.C.) | Dualité corps-âme, émotion = maladie de l’âme, frein à la raison (tripartition âme : épithumia, thumos, logos) |
| Antiquité | Aristote (384-324 av. J.C.) | Émotions modifient jugement, opposées à la maîtrise rationnelle (vertus intellectuelles vs morales) |
| Antiquité | Scepticisme | Suspension du jugement (épochè) pour atteindre ataraxie (tranquillité d’esprit) |
| Antiquité | Stoïcisme | Acceptation rationnelle des émotions, apathie = absence de passions perturbatrices |
| XVIIe siècle | René Descartes (1596-1650) | Dualisme corps/âme, émotions obscures, 6 passions fondamentales, prémices approche cognitive |
| XVIIe siècle | Spinoza (1632-1677) | Émotions influencent positivement jugement et choix, conception dynamique des émotions |
| XIXe siècle | Darwin (1809-1882) | Émotions innées, universelles, issues de l’évolution, fonctions adaptatives initiales |
6. Conceptions modernes
- Darwin : émotions comme héritage évolutif, universelles et innées, avec continuité phylogénétique et ontogénétique.
- Trois courants en psychologie des émotions :
- Biologique : émotions programmées, automatiques, universelles.
- Physiologique : émotions associées à des modifications internes et réponses cérébrales spécifiques.
- Cognitif : émotions déclenchées par des processus mentaux, étudiées comme formes de cognition.
7. Modèle actuel de la réponse émotionnelle (Scherer, 2001)
- Situation → 2. Évaluation cognitive → 3. Tendance à l’action → 4. Réponses (physiologiques, comportementales, cognitives) → 5. Régulation → 6. Sentiment subjectif
L’émotion est une réaction brève, dirigée vers un objet, adaptative, impliquant des changements corporels, cognitifs et comportementaux, essentielle à la survie et à l’adaptation.
Approches catégorielles et dimensionnelles des émotions
1. Approches catégorielles des émotions
Les émotions de base sont des entités psychobiologiques universelles, caractérisées par :
| Critère | Description |
|---|---|
| Conditions d’émergence | Situations spécifiques déclenchant l’émotion (ex : danger → peur, frustration → colère). |
| Patterns autonomes spécifiques | Activation du système nerveux autonome avec des profils physiologiques distincts (fréquence cardiaque, température cutanée). |
| Patterns expressifs spécifiques | Expressions faciales codifiées (EFE) via le FACS (44 unités d’action), expressions vocales et posturales. |
| Patterns neuronaux spécifiques | Activation de régions cérébrales dédiées (ex : amygdale pour la peur, insula pour le dégoût). |
Chaque émotion de base possède un profil autonome, expressif et neuronal spécifique.
a) Critiques des émotions de base
- Universalité contestée : expressions émotionnelles varient culturellement (ex : Américains vs Japonais).
- Spécificité des expressions faciales remise en question : certains mouvements faciaux reflètent des évaluations cognitives, pas uniquement des émotions.
- Systèmes neuronaux non exclusifs : amygdale et insula impliquées dans plusieurs processus, pas uniquement peur ou dégoût.
- Notion d’émotions construites (Feldman-Barrett, 2006) : émotions émergent de constructions cérébrales en contexte social et culturel.
2. Modèle de Plutchik (1980)
- 8 émotions de base organisées en 4 paires opposées :
Joie – Tristesse, Acceptation – Dégoût, Peur – Colère, Surprise – Anticipation. - Disposées en cône où le sommet représente l’intensité maximale.
- Proximité sémantique sur la roue indique similarité émotionnelle.
- Combinaisons d’émotions de base forment des dyades primaires, secondaires et tertiaires (ex : Joie + Confiance = Amour).
| Type de dyade | Exemple d’émotions combinées | Résultat émotionnel |
|---|---|---|
| Dyades primaires | Joie + Confiance | Amour |
| Dyades secondaires | Joie + Peur | Culpabilité |
| Dyades tertiaires | Joie + Surprise | Ravissement |
3. Émotions complexes
-
Définitions :
- Émotions mixtes : activation simultanée de plusieurs émotions de base.
- Émotions secondaires (méta-émotions) : réactions à d’autres émotions (ex : peur de la colère).
- Sentiments complexes : états affectifs composés (ex : honte, culpabilité, jalousie).
-
Caractéristiques :
- Partagées ou non avec d’autres espèces.
- Construits à partir des émotions de base et de cognitions additionnelles.
-
Exemples de sentiments complexes :
- Honte : lié au rejet social et à l’humiliation.
- Culpabilité : sentiment d’avoir causé du tort.
- Jalousie : mélange de peur, colère, tristesse lié à une insécurité relationnelle.
-
Émotions sociales : acquises, impliquent conscience de soi et processus cognitifs (comparaison sociale, évaluation de soi).
4. Néo-émotions
- Émotions récemment nommées ou identifiées, souvent liées à des contextes sociaux contemporains.
- Exemples :
- Doomscrolling : anxiété liée à la consommation compulsive d’actualités négatives.
- Black joy : joie collective face à l’adversité.
- Eco-grief : tristesse liée à la perte environnementale.
- FoMO (Fear of Missing Out) : peur de manquer quelque chose.
5. Approches dimensionnelles des émotions
a) Modèles multidimensionnels
| Auteur | Dimensions principales | Description |
|---|---|---|
| Wilhelm Wundt | Tension-relaxation, Plaisant-déplaisant, Excitation-calme | Modèle tridimensionnel fondamental. |
| James Russell | Valence (positif/négatif), Activation (faible/élevée) | Modèle circulaire (Circumplex model). |
| Watson & Tellegen | Affect positif/négatif, Activation | Base de la PANAS, mesure la fréquence émotionnelle. |
- Valence : degré de plaisir ou déplaisir.
- Activation : niveau d’éveil ou d’excitation physiologique.
b) Critiques des modèles dimensionnels
- Difficulté à différencier des émotions proches (ex : peur vs colère).
- Absence de consensus sur les dimensions élémentaires (ex : ajout de dominance, contrôle).
- Influence du langage sur la modélisation : les dimensions extraites dépendent des mots émotionnels disponibles dans chaque langue.
6. Modèle d’Ekman (émotions complexes)
Propose une liste d’émotions complexes incluant : amusement, gêne, culpabilité, fierté, honte, mépris, etc.
À retenir : Les émotions peuvent être abordées selon deux grandes approches — catégorielle, qui identifie des émotions de base universelles avec des patterns spécifiques, et dimensionnelle, qui les décrit selon des axes continus (valence, activation). Ces approches sont complémentaires et enrichissent la compréhension des émotions simples et complexes.
Approche physiologique de l'émotion
1. Théories classiques de l’émotion et arousal
- Théorie de Cannon-Bard : émotion et réactions corporelles surviennent simultanément (ex. : « Je tremble et j’ai peur en même temps »).
- Réconciliation périphéraliste/centraliste : l’émotion implique à la fois une activation physiologique (arousal) et une cognition (appraisal).
2. Théorie bi-factorielle de Schachter et Singer (1962)
- L’émotion résulte de l’interaction entre :
- Activation physiologique (arousal)
- Cognition sur le stimulus déclencheur (appraisal)
- Exemple : un état d’activation physiologique est interprété cognitivement pour être labellisé comme peur, colère, joie, etc.
- Expérience clé : manipulation de l’état physiologique (injection d’épinéphrine) et de l’information fournie aux sujets, montrant que la cognition influence l’étiquetage de l’émotion.
- Conclusion : l’émotion nécessite un changement physiologique, une cognition, et la perception d’un lien causal entre les deux.
L’émotion se produit si un changement physiologique est présent, une cognition est présente, et un lien causal est perçu entre ces deux éléments.
3. Effet Valins
- La croyance en un état d’activation physiologique peut suffire à provoquer une émotion, même sans activation réelle.
- Expérience : sujets exposés à des photos avec un faux feedback de rythme cardiaque modifié, influençant leur attraction pour les images.
- Deux cognitions nécessaires :
- Présence perçue d’activation physiologique
- Attribution de cette activation à un stimulus
4. Remise en question de l’approche périphéraliste (James-Lange)
- Sentiments et réponses autonomes peuvent être dissociés.
- Études sur patients avec lésions cérébrales :
- Lésion du cortex somatosensoriel droit → expérience émotionnelle réduite malgré réponses autonomiques normales.
- Lésion du cortex préfrontal ventromédian → réponses autonomiques réduites mais expérience émotionnelle préservée.
- Conclusion : expérience émotionnelle et réponses physiologiques impliquent des aires cérébrales différentes et peuvent fonctionner indépendamment.
5. Modèle de l’évaluation cognitive (Lazarus)
- L’émotion dépend de l’évaluation cognitive d’une situation, qui influence l’activation physiologique et l’émotion ressentie.
- Exemple : phobies où l’évaluation cognitive amplifie la réponse émotionnelle.
6. Théories contemporaines biologiques
| Théorie | Idée clé |
|---|---|
| Théorie périphéraliste | Émotion = réponse aux modifications physiologiques |
| Théorie de la rétroaction corporelle | Toute modification corporelle engendre une émotion |
| Théorie des marqueurs somatiques | Émotions créent des signaux physiologiques guidant le comportement (Damasio) |
| Théorie incarnée de l’émotion | Processus émotionnels ont une composante sensorimotrice, cognition et corps sont liés |
7. Théorie de la rétroaction corporelle
- Toute modification corporelle (volontaire ou non) peut provoquer une émotion.
- Hypothèse de rétroaction faciale (Tomkins, 1984) : l’expression faciale joue un rôle central dans la régulation émotionnelle.
- Trois hypothèses testées :
- Nécessité : expression faciale nécessaire au ressenti émotionnel ? (non confirmé)
- Continuité : intensité de l’expression faciale corrélée à l’intensité émotionnelle ? (partiellement confirmé)
- Suffisance : expression faciale suffit-elle à produire une émotion ? (résultats mitigés)
8. Études clés sur la rétroaction faciale
- Paralysie faciale totale → expérience émotionnelle normale (Keillor et al., 2002).
- Induction artificielle d’expressions faciales modifie l’intensité émotionnelle rapportée (Strack, Martin & Stepper, 1988).
- Inhibition ou amplification des expressions faciales modifie la perception de la douleur (Lanzetta et al., 1976; Salomons et al., 2008).
- Injection de Botox réduisant l’activation musculaire faciale diminue l’intensité émotionnelle pour certains stimuli (Davis et al., 2010; Havas et al., 2010).
Le feedback facial n’est pas nécessaire à l’expérience émotionnelle mais influence directement son intensité.
9. Théorie des marqueurs somatiques (Damasio)
- Les émotions créent des marqueurs somatiques : associations entre situations, réactions physiologiques et émotions.
- Ces marqueurs guident les décisions en signalant les conséquences bénéfiques ou non.
- Impliquent le cortex ventromédian qui produit les réponses physiologiques associées à l’émotion et à sa remémoration.
10. Théorie de l’émotion incarnée
- Les processus émotionnels et cognitifs ont une composante sensorimotrice.
- La cognition émotionnelle implique la réactivation des représentations corporelles (interoceptives et motrices) associées à l’émotion.
- Exemple : les participants sont plus rapides à tirer un levier pour des mots positifs et à pousser pour des mots négatifs, montrant une dimension motrice dans la valence émotionnelle (Chen & Bargh, 1999).
11. Contagion émotionnelle et neurones miroirs
- Exposition à des expressions faciales émotionnelles provoque des réactions musculaires automatiques, même subliminales (Dimberg et al., 2000).
- Cette contagion émotionnelle est inconsciente et ne nécessite pas d’évaluation cognitive.
- Les neurones miroirs, présents dans le cortex moteur et pariétal inférieur, jouent un rôle dans l’imitation, l’empathie et la cognition sociale.
La contagion émotionnelle est une réponse automatique et inconsciente, facilitée par les neurones miroirs.
Approche cognitive de l'émotion
1. Approche cognitive de l'émotion
a) Neurones miroirs et contagion émotionnelle
- Neurones de l’insula s’activent lors de l’expérience du dégoût et à la vue d’autrui exprimant du dégoût.
- Neurones miroirs expliquent la contagion émotionnelle : les émotions se propagent dans l’entourage (Maréchal, 2015).
b) Voies de traitement de l’émotion
- Voie courte (Zajonc, LeDoux) : émotion sans conscience ni cognition, activation rapide via l’amygdale.
- Voie longue : traitement cognitif plus lent impliquant le cortex.
- La cognition ne précède pas toujours l’émotion.
c) Module de la peur (Öhman et Mineka, 2001)
- Système automatique, spécifique, dédié à la peur, centré sur l’amygdale.
- Activation automatique et difficilement contrôlable cognitivement.
- Hypothèse de la préparation biologique (Seligman, 1971) : apprentissage facilité pour stimuli dangereux évolutifs.
- Conditionnement à la peur possible aussi avec stimuli culturels, pas uniquement biologiques.
| Voie émotionnelle | Caractéristiques | Exemple |
|---|---|---|
| Voie courte | Rapide, automatique, sans conscience | Peur déclenchée par stimulus subliminal |
| Voie longue | Cognitive, consciente, plus lente | Évaluation consciente d’un danger |
d) Modèle de Lazarus : évaluation cognitive (Appraisal)
- Appraisal : processus cognitif d’évaluation implicite d’un événement déclenchant l’émotion.
- L’évaluation dépend des motivations, valeurs et contexte individuel.
- Distinction entre :
- Évaluation primaire : pertinence et menace perçue.
- Évaluation secondaire : ressources et capacités de coping.
- Réévaluation possible, modifiant l’émotion initiale.
e) Thèmes relationnels des émotions (Lazarus)
| Thème central | Émotion |
|---|---|
| Offense, humiliation | Colère |
| Danger physique immédiat | Peur |
| Perte irrévocable | Tristesse |
| Objet ou idée indigeste | Dégoût |
| Transgression morale | Culpabilité |
| Progrès vers un but | Joie |
| Relation affective désirée | Amour |
f) Modèle transactionnel du stress et coping (Lazarus & Folkman, 1984)
- Évaluation continue de la relation individu-environnement.
- Évaluation primaire : importance et menace.
- Évaluation secondaire : capacité à faire face (coping).
- Processus dynamique avec réévaluations successives.
g) Modèle de Leventhal : trois niveaux de traitement émotionnel
| Niveau | Description | Exemple |
|---|---|---|
| Sensori-moteur | Réflexes émotionnels innés | Sursaut à un bruit soudain |
| Schématique | Réponses conditionnées, schémas émotionnels | Phobie des chiens |
| Propositionnel | Conscient, contrôle volontaire des émotions | Réflexion sur une peur |
h) Modèle de Scherer : 5 dimensions de l’évaluation émotionnelle
- Nouveauté : l’événement est-il soudain, imprévisible ?
- Valence : plaisant ou déplaisant ?
- Rapport aux buts : l’événement facilite ou entrave les objectifs ?
- Potentiel de maîtrise : ressources disponibles pour gérer l’événement.
- Accord avec les normes : conformité aux normes sociales et personnelles.
i) Évaluation de la nouveauté
- Détection automatique de changements brusques ou d’incongruences avec les schémas.
- Non-prévisibilité liée à l’anxiété (ex. expérience de Weiss, 1972 sur rats).
j) Évaluation du potentiel de maîtrise
- Causalité : locus interne (contrôlable) vs externe (incontrôlable).
- Contrôle : perception de la capacité à influencer la situation.
- Puissance : capacité à changer ou éviter les conséquences.
- Ajustements possibles : acceptation et restructuration cognitive (Hayes et al., 1994).
| Dimension | Description | Impact émotionnel |
|---|---|---|
| Causalité | Attribution interne/externe | Sentiment de maîtrise ou impuissance |
| Contrôle | Possibilité d’agir sur la situation | Anxiété si non-contrôlable |
| Puissance | Force relative face à la menace | Confrontation ou fuite |
| Ajustements | Acceptation ou lutte contre l’émotion | Adaptation émotionnelle |
k) Évaluation de l’accord avec les normes
- Normes externes : culture, attentes sociales.
- Normes internes : valeurs personnelles, idéaux (honte, fierté).
l) Synthèse : intégration des modèles de Leventhal et Scherer
- Les dimensions d’évaluation de Scherer peuvent être réalisées à différents niveaux cognitifs selon Leventhal (sensori-moteur, schématique, propositionnel).
- Exemple : la nouveauté peut être détectée automatiquement (niveau sensori-moteur) ou via une incongruence avec un schéma (niveau schématique).
À retenir : L’émotion résulte d’un processus d’évaluation cognitive multidimensionnel, dynamique et modulé par les ressources individuelles, les normes sociales et les expériences passées.
Approche neuroanatomique des émotions
1. Approche neuroanatomique des émotions
L'approche neuroanatomique des émotions étudie les structures cérébrales impliquées dans la perception, la production et la régulation des émotions. Elle met en lumière la complexité des circuits neuronaux qui sous-tendent les réponses émotionnelles, intégrant à la fois des processus automatiques et cognitifs.
2. Structures clés impliquées dans les émotions
| Structure cérébrale | Rôle principal dans les émotions |
|---|---|
| Amygdale | Détection rapide des stimuli émotionnels, en particulier la peur. Module de peur selon Öhman. |
| Cortex préfrontal | Régulation cognitive des émotions, évaluation consciente et contrôle des réponses émotionnelles. |
| Hypothalamus | Activation des réponses physiologiques associées aux émotions (ex : réactions autonomes). |
| Système limbique | Ensemble incluant l'amygdale, l'hippocampe, impliqué dans la mémoire émotionnelle et la motivation. |
| Insula | Perception des sensations corporelles liées aux émotions (marqueurs somatiques). |
3. Niveaux d’évaluation émotionnelle
Les émotions peuvent être évaluées à différents niveaux, selon la théorie de l'appraisal :
- Niveau sensori-moteur : évaluation automatique, inconditionnelle (ex : stimulus intrinsèquement négatif ou positif).
- Niveau schématique : évaluation acquise par conditionnement.
- Niveau propositionnel : évaluation consciente, basée sur un jugement explicite.
Certaines combinaisons dimension/niveau sont plus probables que d’autres, notamment la difficulté d’évaluer les normes au niveau sensori-moteur.
4. Critiques de la théorie cognitive de l'appraisal
- Trop centrée sur les processus cognitifs, elle peine à expliquer les émotions déclenchées par des facteurs non cognitifs.
- Existence de modules émotionnels spécifiques (ex : module de peur d’Öhman) qui fonctionnent indépendamment de la cognition consciente.
- Troubles émotionnels peuvent persister malgré une connaissance explicite des stimuli, suggérant un rôle important des réponses automatiques.
5. Compétences émotionnelles et intelligence émotionnelle
Les compétences émotionnelles regroupent les capacités à percevoir, comprendre, exprimer et réguler ses émotions et celles des autres, essentielles pour l’adaptation sociale.
a) 5 compétences transversales (Mikolajczak et al., 2014)
| Compétence | Soi | Autrui |
|---|---|---|
| 1. Identification | Reconnaître ses émotions | Reconnaître les émotions d’autrui |
| 2. Compréhension | Comprendre causes et conséquences | Comprendre vécu et réactions d’autrui |
| 3. Utilisation | Utiliser émotions pour efficacité | Utiliser émotions d’autrui pour efficacité |
| 4. Expression | Exprimer émotions de façon adaptée | Permettre expression émotionnelle d’autrui |
| 5. Régulation | Réguler émotions pour comportements adaptés | Réguler émotions dans les relations |
6. Modèles d’intelligence émotionnelle
| Modèle | Description principale |
|---|---|
| Mayer & Salovey (1997) | Habiletés émotionnelles en 2 dimensions : expérientielle (perception, assimilation) et stratégique (compréhension, gestion). |
| Goleman (1995, 1998) | Modèle mixte à 4-5 composantes : conscience de soi, maîtrise de soi, conscience sociale, gestion des relations, motivation. |
| Bar-On (1997, 2000) | Quotient émotionnel (QE) avec 5 composantes : perception de soi, expression individuelle, relations humaines, prise de décision, gestion du stress. |
7. Développement émotionnel chez l’enfant
- Apparition précoce : cris et postures exprimant faim, douleur, colère, plaisir dès la naissance.
- Rôle adaptatif : communication avec l’entourage, régulation affective.
- Complexification progressive : développement des émotions simples vers des émotions complexes (honte, jalousie, fierté).
- Contrôle volontaire : dès l’âge préscolaire, l’enfant apprend à moduler ses expressions faciales émotionnelles (EFE).
- Évocation des émotions : capacité à produire des expressions faciales correspondant à des émotions spécifiques s’améliore avec l’âge.
8. Modèle de Lane et Schwartz (1987) : conscience émotionnelle
| Niveau | Description | Qualité subjective | Capacité de description |
|---|---|---|---|
| 1 | Sensori-moteur réflexe | Sensations corporelles, indifférenciées | Absence ou description somatique |
| 2 | Sensori-moteur énactif | Tendance à l’action, activation globale | Description de tendance à l’action |
| 3 | Pré-opératoire (réflexive) | Émotions envahissantes, unidimensionnelles | Description d’émotions simples |
| 4 | Opératoire concret | Émotions mixtes, différenciées | Description d’émotions différenciées |
| 5 | Opératoire formel | Représentation complexe des émotions | Description riche et différenciée |
9. Alexithymie
- Définition : difficulté à identifier et exprimer ses émotions, « absence de mots pour décrire les émotions » (Sifneos, 1973).
- Caractéristiques :
- Difficulté à différencier émotions et sensations corporelles.
- Vie imaginaire limitée, pensée pragmatique.
- Faible réactivité émotionnelle.
- Conséquences : troubles psychosomatiques, difficultés dans la reconnaissance des expressions faciales émotionnelles.
À retenir : L’amygdale joue un rôle central dans la détection rapide des émotions, notamment la peur, tandis que le cortex préfrontal assure la régulation cognitive et consciente des réponses émotionnelles.
Les compétences émotionnelles
1. Alexithymie : définition et évaluation
- Alexithymie : difficulté à identifier, décrire et exprimer ses émotions, associée à une faible conscience émotionnelle et à une pauvreté de la mimique faciale sous stress.
- Évaluation : Toronto Alexithymia Scale (TAS-20), 20 items répartis en 3 facteurs :
- Facteur I : difficulté à identifier les sentiments
- Facteur II : difficulté à décrire les sentiments
- Facteur III : pensée opératoire (style cognitif concret)
- Score élevé = forte alexithymie (cut-off clinique = 56, moyenne générale ~47-49).
2. Modes émotionnels (Greenberg, 2002)
| Mode émotionnel | Description | Exemple | Attitude thérapeutique |
|---|---|---|---|
| Emotion primaire adaptée | Réponse directe, fonctionnelle et adaptée à la situation | Deuil → tristesse | Encourager expression et exploration |
| Emotion primaire inadaptée | Réponse primaire mais évaluation erronée de la situation | Phobie (conditionnement) | Exposition |
| Emotion secondaire réactive | Réaction émotionnelle à une émotion primaire ou pensée émotionnelle | Colère d’avoir été triste | Rechercher et travailler sur l’émotion primaire |
| Emotion instrumentale | Expression émotionnelle non authentique, souvent manipulatrice | Manipulation émotionnelle | Identifier besoin sous-jacent, décourager |
- Sous-catégories d’émotion secondaire : réaction défensive, méta-émotion, méta-cognition.
3. Troubles affectant la réponse émotionnelle (Philippot, 2011)
- Sur-activation émotionnelle : émotion adaptée mais trop intense (ex. effet Zillmann : activation résiduelle amplifie la réponse émotionnelle suivante).
- Sous-activation d’un schéma : absence ou faible activation émotionnelle (ex. anhédonie dans la dépression).
- Déficit de compétences émotionnelles : difficultés à reconnaître, exprimer ou réguler les émotions, souvent liées à des troubles sociaux (ex. alcoolisme, alexithymie).
- Inhibition émotionnelle : suppression chronique de l’expression émotionnelle, associée à une réactivité physiologique accrue et à des problèmes de santé.
4. Effet Zillmann (1974)
- L’activation physiologique d’une situation A persiste et s’additionne à celle d’une situation B, amplifiant la réponse émotionnelle à B.
- Expérimenté par exemple dans des situations d’agression ou d’excitation.
5. Cognition sociale et reconnaissance des émotions
- Cognition sociale : ensemble des compétences cognitives et émotionnelles régissant les interactions sociales (prise de décision, empathie, théorie de l’esprit).
- Composants :
- Perception des indices sociaux (expressions faciales, voix, gestes)
- Évaluation/interprétation (cognition sociale froide : théorie de l’esprit, empathie cognitive ; cognition sociale chaude : empathie émotionnelle, reconnaissance des émotions)
- Régulation émotionnelle (conscience de soi, contrôle cognitif)
6. Reconnaissance des expressions faciales émotionnelles (EFE)
- Modèle de Bruce & Young : voies distinctes pour percevoir l’identité, l’émotion, le discours sur un visage.
- Capacités émergent dès la naissance, avec discrimination des EFE vers 4 mois, catégorisation vers 7 mois, et reconnaissance des émotions de base entre 2 et 3 ans.
- Troubles fréquents dans plusieurs pathologies : autisme, schizophrénie, bipolarité, dépression, alcoolisme, etc.
7. Théorie de l’esprit (ToM)
- Capacité à comprendre les états mentaux d’autrui (intentions, croyances, désirs).
- Distinctions fonctionnelles :
- ToM cognitive : compréhension des pensées (régions préfrontales dorsolatérales)
- ToM affective : compréhension des émotions (régions préfrontales ventromédianes)
- Ordres de ToM : 1er ordre (perspective d’une personne), 2e ordre (perspective sur la perspective d’une autre).
- Processus fonctionnels :
- Décodage automatique et multimodal des états mentaux
- Raisonnement contextuel pour expliquer et prédire les comportements
8. Développement du raisonnement émotionnel chez l’enfant
- Vers 2 ans ½ : reconnaissance que d’autres partagent des émotions similaires.
- 3 ans : jugement émotionnel basé sur l’agent et ses buts.
- 6-7 ans : capacité à évaluer intentions et croyances d’autrui.
- Difficultés persistantes à distinguer certaines émotions complexes avant 7 ans.
9. Évitement émotionnel et troubles psychopathologiques
- L’évitement des émotions désagréables maintient la détresse émotionnelle (Barlow, 2005).
- Formes d’évitement :
- Comportemental : hyperactivité, distraction, réassurance, compulsions, vérifications.
- Cognitif : déni, dissociation, ruminations, surgénéralisation.
- Impact négatif sur la santé mentale et physique.
À retenir : Les compétences émotionnelles incluent la reconnaissance, l’expression et la régulation des émotions, ainsi que la compréhension des états mentaux d’autrui (théorie de l’esprit), et sont essentielles pour un fonctionnement social et psychologique adapté.
La régulation émotionnelle
1. Définition de la régulation émotionnelle
La régulation émotionnelle désigne les processus par lesquels un individu influence quelles émotions il ressent, quand il les ressent, leur intensité, leur durée, ainsi que leur expression (verbale, comportementale, physiologique) (Gross, 1998). Elle peut agir sur :
- Le déclenchement ou non d’une émotion
- Le type d’émotion ressentie
- L’intensité et la durée de l’émotion
- La manière dont l’émotion est ressentie et exprimée
Les stratégies de régulation peuvent être automatiques/inconscientes ou conscientes/contrôlées, et viser une régulation intrinsèque (sur soi-même) ou extrinsèque (sur autrui).
2. Fonctions et enjeux de la régulation émotionnelle
- Les émotions sont à la fois des phénomènes régulateurs et des phénomènes à réguler.
- La régulation émotionnelle ne consiste pas à supprimer les émotions, mais à les adapter au contexte et aux objectifs personnels.
- Une répression excessive des émotions nuit à l’adaptation psychique et physique.
- Il faut réguler les émotions lorsque celles-ci entravent les objectifs (bien-être, performance, relations sociales) ou quand le contexte impose des normes d’expression (ex. : milieux professionnels, différences culturelles).
À retenir : La régulation émotionnelle vise à ajuster les émotions pour favoriser l’adaptation, sans nier leur richesse et leur fonction.
3. Quand réguler ses émotions ?
- Réguler quand l’émotion gêne la réalisation d’objectifs personnels ou sociaux.
- Adapter l’expression émotionnelle aux normes sociales et culturelles.
- Ne pas confondre émotion et expression comportementale : une émotion peut être ressentie sans être exprimée.
4. Types de stratégies de régulation émotionnelle (Gross, 1998)
| Type de stratégie | Description | Exemple |
|---|---|---|
| Stratégies automatiques | Inconscientes, spontanées | Réaction physiologique au stress |
| Stratégies conscientes | Contrôlées, volontaires | Réévaluation cognitive d’une situation |
| Régulation intrinsèque | Sur soi-même | Suppression d’une colère |
| Régulation extrinsèque | Sur autrui | Consoler quelqu’un |
5. Impact de la régulation émotionnelle
- Influence la qualité des relations sociales, la santé mentale et la performance.
- Une régulation efficace permet d’éviter les dysfonctionnements émotionnels (ex. : anxiété, dépression).
- La régulation émotionnelle est un processus dynamique, impliquant des ajustements constants selon le contexte.
6. Concepts associés
- Stress et coping : La régulation émotionnelle est liée à la gestion du stress et aux stratégies de coping (Lazarus, 1966).
- Mécanismes de défense psychologiques (Freud) : formes inconscientes de régulation émotionnelle.
- Régulation des humeurs : processus plus durables que la régulation émotionnelle.
7. Conclusion partielle
La régulation émotionnelle est un mécanisme fondamental pour l’adaptation humaine, permettant de moduler les émotions en fonction des exigences internes et externes, tout en préservant leur fonction adaptative. Elle s’inscrit dans un continuum allant des réponses automatiques aux stratégies conscientes et contrôlées.
Émotion, cognition et comportement
1. Expression et régulation des émotions
- Expression émotionnelle est modulée par des règles sociales et culturelles (display rules, Ekman) qui dictent comment et quand exprimer ses émotions.
- Dissonance émotionnelle : écart entre émotions ressenties et émotions exprimées, souvent pour se conformer aux attentes sociales.
- Régulation émotionnelle peut viser à diminuer ou augmenter une émotion, selon le contexte (ex : gestion du stress, travail, relations sociales).
| Formes de régulation | Exemples d’émotions négatives | Exemples d’émotions positives |
|---|---|---|
| Diminution | Gestion du stress, colère retenue | Joie partagée, intérêt accru |
| Augmentation | Colère exprimée (huissiers) | Savourer les vacances |
2. Pourquoi réguler ses émotions ?
- Améliore les relations sociales (plus d’amis, relations durables).
- Favorise la réussite académique et professionnelle.
- Protège la santé mentale (réduit risques de dépression, burnout).
- Protège la santé physique (réduit risques cardio-vasculaires, troubles gastro-intestinaux).
3. Bases neurobiologiques
- Amygdale : réactivité émotionnelle initiale.
- Zones frontales : régulation cognitive et comportementale des émotions.
4. Types de régulation émotionnelle (Frijda, 1986)
| Émotion | Tendance à l’action |
|---|---|
| Positive | Approche, attention, jeu (joie, amusement) |
| Colère | Agression pour éliminer obstacle |
| Peur | Fuite, inhibition |
| Dégoût | Rejet physique ou psychologique |
| Culpabilité | Soumission (embarras, timidité) |
| Fierté | Dominance |
5. Règles d’expression faciale (Ekman)
- Modérer l’intensité de l’émotion montrée.
- Intensifier l’émotion.
- Neutraliser l’émotion ressentie.
- Masquer une émotion en affichant une autre.
- Micro-expressions : expressions très brèves (< 0,5 s) révélant l’émotion vraie malgré un masque.
- Détection des mensonges liée à la capacité à repérer ces micro-expressions.
6. Stress et coping
- Stress : réactions biologiques, physiologiques et psychologiques face à une menace.
- Stress aigu : court, mobilisateur.
- Stress chronique : prolongé, délétère.
- Coping (Lazarus & Folkman, 1984) : efforts cognitifs et comportementaux pour gérer des demandes perçues comme menaçantes.
| Types de coping (Schwarzer & Knoll, 2002) | Description |
|---|---|
| Réactionnel | Gérer un événement passé ou présent |
| Anticipatoire | Gérer un événement imminent et certain |
| Proactif/Dynamique | Construire des ressources pour défis futurs |
| Préventif | Préparer à des événements exceptionnels |
- Coping centré sur le problème : agir sur la situation.
- Coping centré sur l’émotion : gérer le vécu émotionnel (ex : déni, évitement, réévaluation positive).
7. Modèle processuel de la régulation émotionnelle (Gross, 2002)
- Régulation centrée sur les antécédents : modifier l’évaluation de la situation avant la réponse émotionnelle (réévaluation cognitive).
- Régulation centrée sur la réponse : modifier la réponse émotionnelle après son déclenchement (suppression, modulation comportementale).
| Stratégie | Effets clés |
|---|---|
| Réévaluation | Diminue l’intensité émotionnelle vécue, réduit l’expression |
| Suppression | Réduit l’expression mais augmente la réactivité physiologique |
- La réévaluation est plus efficace si appliquée tôt et pour émotions moins intenses.
- L’évitement dysfonctionnel maintient la détresse émotionnelle (Barlow, 2005).
8. Évitement émotionnel
- Évitement comportemental : distraction, hyperactivité, compulsions, vérifications.
- Évitement cognitif : déni, dissociation, ruminations, suppression émotionnelle.
9. Réévaluation cognitive
- Examiner ses croyances (identifier distorsions cognitives).
- Rechercher points positifs et bénéfices à long terme.
- En cas d’événements incontrôlables, pratiquer l’acceptation émotionnelle (sans résignation).
10. Régulation émotionnelle sociale
- Partage social : ré-évocation d’un événement émotionnel avec un destinataire, impliquant soutien, validation et intégration sociale.
- Partage fréquent (80-95% des épisodes émotionnels), mais inhibé par honte ou culpabilité.
- Effet ambivalent : parler de ses émotions peut réactiver les composantes physiologiques et sensorielles.
11. Influence réciproque entre émotion et cognition
- Les émotions influencent la cognition (attention, mémoire, raisonnement) et vice versa.
- Biais cognitifs : distorsions dans le traitement de l’information influencées par émotions.
12. Notion de biais
- Biais : mécanismes cognitifs ou émotionnels qui déforment la sélection ou le traitement de l’information.
- Types principaux : biais sensorimoteurs, attentionnels, mnésiques, de raisonnement, de jugement, de personnalité.
13. Biais émotionnels
- Distorsion cognitive due à l’état émotionnel ou au contenu émotionnel du stimulus.
- Influence la prise de décision et le comportement.
- Exemple : humeur positive favorise perception globale et créativité, mais augmente stéréotypes ; humeur négative favorise perception détaillée et traitement systématique.
14. Paradigmes expérimentaux en psychologie des émotions
- Évaluer intégrité des processus cognitifs (biais vs déficit).
- Mesurer influence de la charge émotionnelle (positive vs négative).
- Étudier impact de l’état émotionnel sur le traitement émotionnel.
15. Attention et émotion
- Paradigmes clés : Stroop émotionnel (mesure de l’interférence émotionnelle sur l’attention).
À retenir : La régulation émotionnelle repose sur des stratégies variées (réévaluation, suppression, évitement) qui influencent la cognition, le comportement et la santé mentale, avec une forte interaction entre émotions et processus cognitifs.
Les émotions en psychologie et psychothérapie
1. Interférence émotionnelle et mesures expérimentales
-
Tâche de Stroop émotionnel : mesure l'interférence émotionnelle sur le temps de réaction (TR) lors de la dénomination de la couleur de mots à valence émotionnelle (négative, neutre, positive).
- TR plus longs pour mots émotionnels, surtout négatifs, que pour mots neutres.
- Effet amplifié chez individus anxieux, dépressifs (interférence accrue), réduit chez alexithymiques.
- Présent aussi avec images émotionnelles et mots masqués (non conscients).
- Utilisé pour étudier troubles comme alcoolisme, PTSD, addictions, troubles alimentaires.
-
Tâche dot-probe : mesure l’orientation spatiale de l’attention via TR à une cible apparaissant à l’emplacement d’un stimulus émotionnel ou neutre.
- TR plus court si la cible suit l’emplacement regardé (facilitation).
- Trois composantes des biais attentionnels (BA) : facilitation (orientation), désengagement ralenti, évitement.
- Utilisée pour détecter biais attentionnels dans anxiété, schizophrénie, addictions, paranoïa.
-
Recherche visuelle : détection plus rapide et efficace des visages menaçants ("effet visage dans la foule"), amplifiée en troubles anxieux.
- Effet "pop-out" préattentif possible.
2. Biais attentionnels et émotion
- Les biais attentionnels dépendent des motivations et préoccupations individuelles.
- L’humeur module l’attention portée aux stimuli, favorisant la détection rapide des stimuli à forte charge émotionnelle.
- Ces biais influencent la prise de décision et renseignent sur les préoccupations des patients.
- Utiles pour dépister, diagnostiquer et prédire les troubles mentaux.
À retenir : Les émotions modulent l’attention et la mémoire, influençant les processus cognitifs et psychopathologiques.
3. Mémoire et émotion
-
Mémoire flash (flashbulb memory) : souvenir précis et durable d’un événement émotionnellement marquant, lié à une attention accrue et importance perçue.
-
Effet weapon focus : meilleure mémoire pour les détails centraux émotionnels (ex : arme) mais détérioration des détails périphériques.
-
Trade-off central/périphérique : meilleure mémorisation des items émotionnels mais moins bonne des contextes associés.
-
Rôle de l’amygdale : activation accrue en situation de stress favorise l’attention et la consolidation mnésique via l’hippocampe.
- Propranolol (antagoniste adrénergique) peut diminuer la mémorisation des événements émotionnels traumatiques sans affecter les souvenirs neutres.
-
Interaction cortisol et mémoire :
- Cortisol élevé chronique (dépression, Cushing) → déficit mémoire déclarative.
- Effet en U inversé : cortisol peut faciliter ou inhiber la mémoire selon le moment d’administration.
- Stress aigu : inhibe mémoire de travail et récupération, mais augmente encodage de la situation en cours.
-
Mémoire de travail et émotion :
- L’émotion priorise l’encodage à long terme mais peut diminuer la capacité de mémoire de travail, notamment via ruminations et surcharge attentionnelle.
-
Biais mnésiques dans les troubles de l’humeur :
- Dépression : biais de congruence à l’humeur en mémoire explicite et implicite.
- Anxiété : biais attentionnel sans biais mnésique.
- ESPT, trouble panique, TOC : biais mnésiques pour stimuli congruents à l’humeur, renforcés par biais attentionnels.
4. Raisonnement et émotion
-
Types de raisonnement : déductif, inductif, par analogie, réfutation, par l’absurde.
-
Le raisonnement déductif humain est souvent biaisé, surtout avec des syllogismes émotionnels (mots à forte charge émotionnelle augmentent les erreurs).
-
Les émotions peuvent aussi améliorer le raisonnement logique si le contenu est pertinent pour l’individu (ex : vétérans, patients OCD).
-
Émotions non pertinentes consomment des ressources cognitives, diminuant la performance.
-
Raisonnement émotionnel : s’appuyer sur ses émotions pour tirer des conclusions (ex : « j’ai peur, donc quelque chose de grave va arriver »).
- Fréquent dans troubles anxieux et base de la restructuration cognitive en TCC.
-
Biais cognitifs liés aux émotions :
- Biais de confirmation : privilégier les informations qui confirment ses croyances.
- Biais de non-confirmation : rejeter les informations contraires à ses croyances.
- Ces biais sont liés à des traits de personnalité (ouverture, neuroticisme).
5. Décision, impulsivité et émotions
-
La prise de décision est influencée par les émotions, surtout en situation de risque.
-
Impulsivité : tendance à agir rapidement sous l’effet d’émotions fortes (négatives ou positives).
- Composantes :
- Urgence (réactions rapides aux affects)
- Persévérance (capacité à rester concentré malgré ennui/difficulté)
- Préméditation (réflexion avant action)
- Recherche de sensations (recherche d’excitation et plaisir)
- Composantes :
-
Un haut score d’urgence entraîne des réponses émotionnelles rapides et parfois disproportionnées, avec un faible contrôle émotionnel.
-
Manque de préméditation lié à une faible capacité de contrôle de soi (ex : expérience du marshmallow).
-
Faible persévérance associée à difficultés attentionnelles, procrastination.
-
Recherche de sensations liée à la sensibilité aux récompenses et à la réactivité émotionnelle, pouvant mener à l’addiction.
6. Interventions psychothérapeutiques centrées sur les émotions
-
Les émotions sont centrales en psychologie et psychopathologie.
-
Psychothérapies de 3ème vague : interventions ciblant la régulation émotionnelle, incluant :
- Thérapies cognitivo-comportementales centrées sur l’émotion
- Thérapie centrée sur les émotions (Greenberg)
- Pleine conscience (mindfulness)
- Thérapie par l’acceptation et l’engagement (ACT)
- Thérapie des schémas
- Thérapie comportementale dialectique
-
Ces approches reconnaissent que les troubles psychopathologiques résultent souvent d’une tentative erronée de suppression des émotions.
-
La régulation émotionnelle est une compétence clé, souvent altérée dans les troubles.
À retenir : La prise en charge centrée sur les émotions vise à reconnaître, accepter et réguler les émotions plutôt que les supprimer.